Chez Sylvain Gouz

Dans son blog, Sylvain Gouz analyse l'économie, la société et les média, avec les yeux ouverts, l'esprit aiguisé et le souci de s'adresser à tous, de faire œuvre de pédagogie, bref de remplir un rôle de citoyen-journaliste.

Europe « Père Noël » ou Europe « Père Fouettard » ?

Sylvain Gouz
Journaliste
Publié le 04/12/2011 à 11h57

Angela connaît ses classiques, fussent-ils français. Et quelle meilleure inspiration pourrait-elle trouver que cette fable de La Fontaine : elle qui se voit, tout comme son pays, ainsi qu’une fourmi laborieuse et économe, entourée, cernée de tous côtés, par des cigales dispendieuses.

Mais « Quand la bise fut venue », les cigales s’en vont, l’une après l’autre :

« Crier famine Chez la Fourmi sa voisine La priant de lui prêter Quelque grain pour subsister Jusqu’à la saison nouvelle. “Je vous paierai, lui dit-elle, Avant l’Oût, foi d’animal, Intérêt et principal”.

Mais chacun sait que

“La Fourmi n’est pas prêteuse :
C’est là son moindre défaut”.

Autrement dit, pas question que l’Allemagne, ou même la Banque Centrale Européenne, prête sur ses deniers pour secourir les pays européens à la peine.

Et Angela d’adresser cet envoi final de Jean de La Fontaine à toutes ces cigales dépensières qui ont passé des années à chantonner, à vivre au-dessus de leurs moyens :

“Vous chantiez ? j’en suis fort aise.
Eh bien ! dansez maintenant.”

On peut se sentir flatté de l’hommage implicite ainsi rendu au patrimoine poétique français, mais force est de constater que l’analogie prêtée à Angela est à côté de la plaque. Car la fourmi allemande, toute besogneuse qu’elle paraisse être, ne saurait survivre très longtemps sans vendre ce qu’elle produit aux cigales alentours qui demeurent, qu’elles chantent ou qu’elles dansent, ses meilleurs clients.

Surveiller et punir

Alors Angela va devoir chercher d’autres références, d’autres analogies. Se raccrocher par exemple à une certaine morale familiale qu’on peut trouver chez la Comtesse de Ségur : lorsqu’un enfant n’a pas été sage, il doit être puni. “Surveiller et punir” - sans se référer bien sûr au contenu de l’œuvre de Michel Foucault - tel serait en effet le nouveau précepte qu’Angela voudrait voir inscrit au frontispice de la nouvelle Europe qu’elle souhaite instituer.

L’ennui, cette fois c’est qu’Angela, même suivie à pas jusqu’ici feutrés par son coadjuteur Nicolas, ne peut pas imposer ses règles aux autres, que ce soit au sein de la petite famille de l’euro (dix-sept pays) ou de la famille élargie (vingt-sept pays). L’ennui, c’est que, même si l’Allemagne et la France constituent les économies les plus puissantes de l’Union européenne, les autres nations qui la composent ne semblent pas disposées à renoncer à leurs intérêts nationaux.

“Surveiller et punir”. Qui surveille et qui punit ? La surveillance selon Angela serait exercée par la Commission européenne - des personnalités sans doute qualifiées mais qui ne rendent des comptes à personne- .

Idéologie ultra-libérale

Sur quels critères ? Bien évidemment sur ceux qui régissent aujourd’hui “l’idéologie allemande” (sans la moindre référence à Marx). Mais pas d’anti-germanisme primaire, il s’agit de l’idéologie ultra-libérale de la droite conservatrice allemande : tous, Outre-Rhin, notamment les sociaux-démocrates, ne sont pas sur cette ligne rigide. Car de quoi s’agit-il ? d’abord, surtout et avant tout de la réduction des déficits, de coupes dans les budgets, notamment sociaux, bref, de la purge sur le mode grec, portugais, espagnol, italien…

Qui punira ? Pour Angela ce doivent être carrément les juges de la Cour européenne de justice. Nicolas, craignant tout de même de se faire taper sur les doigts par les électeurs, préconise que la sanction relève plutôt d’une majorité qualifiée de gouvernements européens, mais il rejoint Angela pour imposer l’austérité budgétaire et donc, clairement, des années de vaches maigres aux populations.

Même pas une mini-taxe !

Ce scénario, un brin sadique, cherche sa justification dans les erreurs passées. Certes, l’euro, monnaie unique, nécessite une coordination des politiques économiques des pays concernés.

Mais à qui fera-t-on croire que l’origine des difficultés actuelles vient de ce défaut là plutôt que de la libéralisation à outrance de la finance qui a débouché sur la crise des subprimes ?

Au-delà des vices et des vertus de chacun, les surendettements publics actuels sont pour une grande part la suite logique du colmatage des brèches bancaires qu’il a fallu improviser en catastrophe en 2008. Tandis que les soubresauts monétaires qui font tanguer la zone euro tiennent bien davantage aux spéculations des investisseurs qu’à la prétendue fraude aux prestations sociales

Et ni Angela, ni Nicolas, ni leurs homologues, n’arrivent à mettre sur pied ne serait-ce qu’une mini taxe sur les transactions financières ! Serait-ce donc vraiment aux seuls peuples concernés de payer la facture ? Et de surcroît sans avoir leur mot à dire.

Une vision à court terme et punitive

Relancer l’Europe, créer une nouvelle Europe… bien sûr, mais laquelle ? On peut accompagner ce vœu de tout le lyrisme qu’on voudra, cela ne se fera pas sans une rénovation démocratique profonde des mécanismes européens. Par exemple,

  • un Parlement européen de plein exercice, qui, à l’instar des parlements nationaux, constitue un réel contre-pouvoir et dont les membres sont élus le même jour dans tous les pays sur la base de programmes électoraux européens
  • une Europe qui ait les moyens de préparer un avenir commun, autrement dit qui dispose de ressources fiscales significatives pour investir et relancer la croissance au niveau du continent.

Aujourd’hui, à cause de la vision à court terme et strictement punitive des dirigeants européens, notamment allemand et français, l’Europe, telle qu’elle est, apparaît comme la cause de tous les maux. Il s’agirait à l’inverse d’en faire la solution de nos problèmes et de redonner consistance à un rêve européen plus que jamais nécessaire dans un contexte mondial en plein bouleversement.

Aujourd’hui ce dont nous avons besoin, c’est d’une “Europe Père Noël”. Pas d’une “Europe Père Fouettard”.

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  • pablico
    pablico
    À la porte d'un sourd, 
un jour (...)
    • Posté à 17h19 le 04/12/2011
    • Internaute 14278
      À la porte d'un sourd, 
un jour (...)

    une europe sado maso

    on coupe un bras pour fortifier l’autre
    on coupe un poumon pour que l’autre respire mieux
    on fait une saignée pour avoir plus de force
    on fait une purge.... pour faire caguer tout le monde.

    est-ce bien sérieux comme posologie.... grand corps malade ?

    le corps n’est pas en crise, il est malade depuis trop longtemps pour être vigoureux.

  • Biloo
    Biloo
    Citoyen éveillé.
    • Posté à 18h09 le 04/12/2011
    • Internaute 141342
      Citoyen éveillé.

    Ce qu’il manque à l’Europe c’est une règle simple : l’obligation pour les pays membres de l’Europe de maintenant une balance commerciale équilibrée entre eux.

    Nous en sommes aujourd’hui à constater que « l’Allemagne qui se porte si bien » le fait au dépend des autres pays. Lorsque la balance commerciale est positive c’est bon pour le pays mais ça ne l’est pas pour le second qui lui se retrouve avec une balance déficitaire. Alors peut être que le pays en question à une balance commerciale globale positive en pillant à son tour un nouveau pays... Bref, en se passant la patate chaude....

    Ce principe devrait être obligatoire dans le monde entier, faisons le déjà au niveau européen.

    L’histoire montre bien qu’aucun, absolument aucun pays ne s’est développé par le libre échange. toutes les phases de croissance sont assorties d’un certain protectionnisme. Pour l’heure, les plus protectionniste sont les ultra libéraux : ils protègent à tout prix leur libre échange....

    • Magean
      Magean répond à Biloo
      Etudiant
      • Posté à 20h33 le 04/12/2011
      • Internaute 130528
        Etudiant

      N’importe quoi. Si je propose un truc à la vente dans un autre pays, alors je le pille... Je ne force personne à l’acheter, pourtant.

      Donc, vous voulez imposer aux Allemands de vendre autant à leurs voisins que leurs voisins ne leur vendent. Sauf que quand leurs voisins n’ont pas grand-chose à leur vendre, on fait quoi ?

      « ça ne l’est pas pour le second qui lui se retrouve avec une balance déficitaire » Ouais, et alors ?

  • Cannibal Ferox-
    Cannibal Ferox-
    mangeur de chouineur
    • Posté à 19h38 le 04/12/2011
    • Internaute 159072
      mangeur de chouineur

    La mère Merkel viendra la hotte pleine de diktats. Chouette !
    Oups, pardon pour la germanophobie.

    • pateris
      pateris répond à Cannibal Ferox-
      serial lecteur
      • Posté à 18h44 le 05/12/2011
      • 174584
        serial lecteur

      Oui, il faut se justifier à chaque terme employé. Par contre, si Merlkel disait « lDie französen sind allen arschloch », devrait elle justifier de sa non-francophobie ? J’en doute. Nos larbins professionnels en redemanderaient ! Fouette-moi, maîtresse !

      • pateris
        pateris répond à pateris
        serial lecteur
        • Posté à 18h45 le 05/12/2011
        • 174584
          serial lecteur

        P.S. J’oublie toujours de la préciser, mais j’aime beaucoup votre pseudo. Lenzi soit qui mal y pense ! ;)

  • Jardidi
    • Posté à 19h34 le 04/12/2011
    • Internaute 39516

    Pour s’arrimer à l’Allemagne post-hitlérienne, les gauchistes à la noix s’allient au girondins et aux libéraux français puis pleurent parce que leur chère Europe n’est pas glopglop. On fait l’Europe pour se débarrasser des pauvres donc le Front de gauche ne serait qu’une queue de comète plutôt que la naissance d’une nouvelle force politique. C’est dommage de laisser la défense de 1789 à la seule Le Pen.

  • pateris
    pateris
    serial lecteur
    • Posté à 18h42 le 05/12/2011
    • 174584
      serial lecteur

    Il suffit de voir le grand succès de nos malheureux collègues Anglais. Cameron, mû par son incoercible haine de classe (lui qui rêve d’être anobli, cf le Guardian), a considéré que faire souffrir le peuple ramènerait la « confiance des marchés ». La fée confiance, comme l’appelle Paul Krugman, brille par son absence. Quelle est la solution ? Plus d’austérité, plus de souffrance pour le peuple et l’absolution pour les grosses boîtes qui refusent de payer leurs impôts. Rappelons que c’est le chômage de masse, pas l’inflation qui a fait monter Hitler…

  • Autist Reading -
    Autist Reading -
    In enculo cum vibro
    • Posté à 00h44 le 06/12/2011
    • Internaute 73535
      In enculo cum vibro

    Vous n’avez pas honte de croire au père noël à votre âge ? ...

  • the ghost
    the ghost
    expatrie
    • Posté à 09h35 le 06/12/2011
    • 173412
      expatrie

    Nous avons vu les idees de ces grandes figures, l’emprunt a un taux au-dessus de celui du marche (tres !) et la suppresssion des services publics. Pas la moindre refonte des systemes d’impostition, pas la moindre augementation de taxes de facon juste (par exemple ajouter tous les revenus d’ou qu’ils viennent au revenu salarie et etablissement du bareme fiscal sur la totalite des revenus !). Non au contraire sans aucune raison logique ils ont encore renforces les idees d’anciens regime que les privilegies a l’image de la reine d’Angleterre ne paient pas d’impot ou alors a un taux moindre que tout le monde. Ces gens sont incompetents, mais ce n’est pas les banquiers installes au pouvoir en Grece et en Italie qui vont montrer le chemin (leur incompetences n’est plus a demontrer, ils ont toujours pris plus aux pauvres qu’aux riches sous les pretextes les plus fallacieux), il est temps d’elire des gens qui savent exactement comment se debrouilller avec un budget limite, des employes des gens des classes moyennes populaires ceux que ne nous meprisons tant (nous quoi !).

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