Compétitivité : quand France Inter prête son antenne au patronat
Sur France Inter, il y a parfois du très bon, souvent du bon mais parfois du moins bon. Ainsi peut-on ne pas apprécier une chronique économique matinale quotidienne, tenue systématiquement par un journaliste des Echos – journal qui n’est pas fondamentalement neutre du point de vue de l’analyse économique. Mais bon, cette chronique se présente, si l’on peut dire, à visage découvert.
Plus inquiétant pour l’impartialité du service public est cette séquence, ce mercredi 24 octobre, au cours du journal de 8 heures, consacrée au débat sur la compétitivité.
Quoi de plus normal que de mettre en exergue ce thème et le rapport Gallois ?
D’autant que Jean-Marc Ayrault, le Premier ministre, est interrogé sur l’antenne vingt minutes plus tard. Mais surprise, voilà que le présentateur nous assène tout de go que « pour les économistes, le rapport Gallois – qui préconiserait des transferts massifs de charges des entreprises vers les ménages –, c’est la solution ».
On s’attend alors à des interviews croisés ou du moins multiples de différents économistes. Las, en guise d’économistes (au pluriel s’il vous plaît), on entend l’interview d’un seul homme : Denis Ferrand, directeur général de l’Institut COE-Rexecode.
Que nous dit-il ? Rien d’autre que le message répété à satiété par le Medef, à savoir que les entreprises sont pénalisées par les charges sociales, que leurs marges s’en ressentent et qu’elles n’ont plus les moyens d’investir et d’innover.
Mais au fait qu’est ce que cet institut COE-Rexecode qui s’intitule pompeusement sur son site « Centre d’observation économique et de Recherche pour l’Expansion de l’économie et le Développement des Entreprises » ?
L’annexe du Medef
La page d’accueil du dit site nous en dit un peu plus : cet organisme est né de la fusion en 2006 de deux instituts, à savoir Rexecode, qui connu ses heures de gloire à la fin des années 70 et était directement lié au Conseil national du patronat français (CNPF, l’ancêtre du Medef) et le Centre d’observation économique (COE) de la Chambre de Commerce et d’Industrie de Paris. Autrement dit, et ce n’est pas lui faire injure que de le rappeler, Coe-Rexecode est une annexe du patronat ou, disons, sa parole économique « experte ».
Et Denis Ferrand, dont la compétence personnelle n’est bien sûr pas en cause, développe l’argumentaire du Medef.
Il a évidemment droit à la parole, mais pas en se présentant –ou en étant présenté– comme représentant « les économistes », pas en avançant masqué. La science économique n’est pas neutre. Comme toutes les sciences humaines, elle est marquée idéologiquement.
Beaucoup, dont Denis Ferrand, peuvent prétendre à la qualification d’« économiste ». Mais nombre de ceux-ci ne partagent pas l’analyse de Ceo-Rexecode sur la compétitivité des entreprises.
On eût aimé les entendre également. C’est un débat important qui va occuper ces prochains jours. Et qui mérite mieux que des petites manipulations comme celle dans laquelle France Inter nous a entraîné, s’est laissé entraîner. A son corps défendant, espérons-le...
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non connue
non connue
And so what ? Les économistes ont tous une couleur politique, et on ne nous la présente pas toujours lorsqu’ils s’expriment !
Est-ce que par exemple la parole d’un Daniel Cohen ou d’un Thomas Piketty, économistes de gauche, vaut plus que celle de ce type, proche du MEDEF ? Je ne le crois pas ! Ce sont avant tout des économistes, qui expriment des idées. Qu’ils soient de droite ou de gauche oriente évidemment leurs discours, mais ne signifie pas qu’ils ont tort ou raison. A nous simplement de nous faire notre opinion par rapport à ce qu’ils disent, et ce que nous ressentons, pensons, imaginons, croyons, etc.
J’ai lu de nombreuses fois des articles, ou regardé des émissions, dans lesquelles on nous disait que « les économistes » pensent ceci ou cela. Et les économistes interrogés étaient soit de droite, soit de gauche, selon les articles et émissions. Mais on ne nous les présentait pas comme des économistes de droit ou de gauche. Simplement comme des économistes censés représentés la grande armée des économistes !
D’ailleurs, en parlant de compétitivité, de baisse des charges salariales et de transfert vers la TVA et la CSG, beaucoup d’économistes y sont favorables. Y compris ceux proches de la gauche. Comme par exemple un certain Thomas Piketty... France Inter n’avait donc pas totalement faux !




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