Chez Sylvain Gouz

Dans son blog, Sylvain Gouz analyse l'économie, la société et les média, avec les yeux ouverts, l'esprit aiguisé et le souci de s'adresser à tous, de faire œuvre de pédagogie, bref de remplir un rôle de citoyen-journaliste.

Louis Gallois a raison, il faut ressusciter le Commissariat au plan

Sylvain Gouz
Journaliste
Publié le 11/01/2013 à 13h10

Le pouvoir rendrait-il myope ? On aurait tendance à le penser à voir les gouvernants, Président, Premier ministre et ministres de toutes choses, se coller le nez au pare-brise de leurs véhicules bringuebalants.

Il faut dire que sous les coups de boutoir de sondages déliquescents, sous le regard de ces maudits marchés qui financent la dette, sous l’urgence des plans sociaux qui fleurissent comme pâquerettes dans un pré au printemps, il reste à ces dirigeants peu de temps pour réfléchir au-delà du lendemain quand ce n’est qu’à terme de quelques heures.

Et pourtant la vrai urgence, c’est évidemment… après-demain. Comment penser l’avenir au-delà de la formule très vite usée de « l’Etat stratège » ?

La réponse, du moins une réponse, avait été avancée par Louis Gallois, l’ex-patron de la SNCF et d’EADS, dans son désormais fameux Pacte pour la compétitivité de l’industrie française [PDF], remis le 5 novembre à Jean-Marc Ayrault.

Ce n’est certes pas la proposition dont on a le plus parlé, elle n’en arrive pas moins en troisième position dans la médication proposée, à savoir : « Le projet de création d’un Commissariat à la prospective, lieu d’expertise et de dialogue social [...]. »

Louis Gallois qui connaît ses classiques, aurait pu aller jusqu’à écrire « recréer un Commissariat… ». Car bizarrement, le Commissariat général au plan d’antan, créé à la Libération et dont le premier « commissaire » fut Jean Monnet, a disparu dans les limbes administratifs alors même qu’il devenait de plus en plus nécessaire.

« Ardente obligation »

Unanimement apprécié tout au long des Trente glorieuses, consacré « ardente obligation » par de Gaulle, cette institution était un lieu de concertation unique qui, en quelque sorte, posait des jalons, indiquait des chemins et donnait ainsi corps à ce qu’on nommait alors la « planification indicative à la française ». Oh, ce n’était pas le Gosplan soviétique, mais ce n’était pas le laisser-aller/laisser-faire du libéralisme forcené. Nul gouvernement ne se sentait prisonnier de ce qui ressortait des rapports des commissions du Plan, mais aucun ne jetait ces rapports à la poubelle.

Le Plan – comme on disait – s’est éteint de sa belle mort en 2006 pour devenir un Centre d’analyse stratégique, manifestement de peu de poids. Mais il avait commencé de devenir évanescent avec le premier choc pétrolier et avait été maintenu depuis lors en survie artificielle. François Mitterrand appréciait si peu la planification qu’il nomma Michel Rocard ministre du Plan et de l’Aménagement du territoire dans le premier gouvernement Mauroy.

De la sorte, a pratiquement disparu ce lieu précieux, rue de Martignac à Paris VIIe, dans les salles de travail duquel se rencontraient en relative discrétion les partenaires sociaux, les politiques, les technocrates et les spécialistes de toutes disciplines (économistes, sociologues, géographes...). Et donc le plus étrange, c’est que cette disparition a été concomitante avec un besoin renforcé par les crises qui se succèdent depuis vingt, trente ans et singulièrement depuis 2008, d’éclairer l’avenir et de fonder cet éclairage sur des consensus.

L’avenir n’attend pas

Certes, les partenaires sociaux se rencontrent fréquemment – aujourd’hui même sur la « flexi-sécurité » – mais c’est la plupart du temps sous le signe de l’urgence et sous les projecteurs de l’actualité chaude.

La proposition de Louis Gallois n’est pas abandonnée, entend-on, dans les allées du pouvoir. Jean-Marc Ayrault a sur son bureau depuis plus d’un mois un rapport sur le sujet de Yannick Moreau, présidente de section au Conseil d’Etat, et par ailleurs présidente du Haut conseil du dialogue social, rapport qu’il avait commandé à l’issue de la conférence sociale de juillet dernier.

Depuis lors la décision de faire renaître le Plan se fait attendre. Elle serait imminente. Vite, vite, car s’il y a une erreur à ne pas commettre lorsqu’on gouverne, c’est de penser que l’avenir peut attendre.

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  • Communisty Manager
    Communisty Manager
    Franc-Tireur
    • Posté à 13h40 le 11/01/2013
    • Internaute 196465
      Franc-Tireur

    Belle apologie de la collaboration de classe.

    L’intégration des organisations syndicales au pouvoir de l’Etat, c’est la fin de l’indépendance syndicale, c’est la fin de l’organisme de défense des seuls intérêts des salariés.

    Lien
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  • Do it yourself
    Do it yourself
    Pote d'Ernest-Lucien
    • Posté à 14h18 le 11/01/2013
    • Internaute 195948
      Pote d'Ernest-Lucien

    Les faisceaux de développements, avec une r&d mutualisée, jalonnée, axée sur le développement du territoire (ce qui exclut la délocalisation) offrent une visibilité bien meilleure que nos économistes pour ceux qui ont la volonté d’entreprendre.

    C’est ce qu’on attend du politique. Et, non pas de faire croupier dans ce grand casino qu’est devenu l’ensemble des sociétés du marché, ne servant qu’à brouiller les cartes, comme on l’a connu ces dernières années.

    Si des axes, sont bien définis, protégés des empêcheurs de développer (lobbies, barons locaux,...), des valorisations par le travail, la synergie, génèrent des pôles compétences, pour lesquels l’apport en capital monstrueux d’origine n’est pas forcément obligatoire.

    Personnellement, je me souviens que les anciens y accordaient beaucoup d’importance ; n’était-ce que pour calculer les postes pour lesquels ils auraient à faire face tout seul.

  • pablico
    pablico
    Co-NOBEL de la Paix
    • Posté à 15h38 le 11/01/2013
    • Internaute 14278
      Co-NOBEL de la Paix

    Le bon vieux plan quinquennal gaulliste, même si il y a eu des ´erreurs’ (qui n’en fait pas). Permettait de prévoir après l’élection (court terme) du long ou du moyen terme.
    On a préféré l’idéologie....idiote et myope comme toutes les idéologies quoi qu’elles soient.

  • Tremolos
    Tremolos
    Branleur censuré (2)
    • Posté à 17h40 le 11/01/2013
    • Internaute 192528
      Branleur censuré (2)

    Avec la brochette de « visionnaires “ au pouvoir, et leurs collaborateurs, auxquels on a eu le droit ces dernieres années, c’est un peu choisir entre ‘charybde et scylla’.... mais bon... vu qu’il y’a meme plus de choix, la question se pose meme pas et nous epargne un dilemne cornélien...

  • La luciole
    La luciole
    Inspecteur de nuages
    • Posté à 17h49 le 11/01/2013
    • Internaute 113252
      Inspecteur de nuages

    « François Mitterrand appréciait si peu la planification qu’il nomma Michel Rocard ministre du Plan »
    Et pendant c e temps, Mitterrand consultait Élisabeth Tessier...

  • jyeden
    jyeden
    khmer vert ( age des caverne, (...)
    • Posté à 20h38 le 11/01/2013
    • Internaute 20631
      khmer vert ( age des caverne, (...)

    il y aussi le grenelle de l’environnement , qui était une sorte de planification mais avec plein de dérogation pour tout filouter

    et puis un certain Mélenchon a parler de « planification écologique »
    et comment ne pas pas parler « planficiation » lorsqu’on parle d’écologie
    M ; Gouz avant de parler de gallois rendez à jean luc ce qui appartient à melenchon : -))

  • plastic quidam of universe
    plastic quidam of universe
    J'en suis comme deux ronds de (...)
    • Posté à 21h09 le 11/01/2013
    • 183735
      J'en suis comme deux ronds de (...)

    - « Notre Plan a été examiné par le concile de Latran 4, on est les meilleurs ! »

  • medicago
    medicago
    Plante cultivée
    • Posté à 07h16 le 12/01/2013
    • Internaute 58931
      Plante cultivée

    Quelle évidence que la nécessité d’un commissariat au plan ! Nous n’avons gardé gardé que la cécité...
    Ce n’est pas seulement nécessaire au niveau de l’état mais également à tous les autres échelons de l’administration dont le rythme de travail est cadencé sur celui des élections ce qui génère des périodes d’investissement puis des périodes de calme intégral et on recommence... les élections municipales s’annoncent elles, qu’il est nécessaire de ne rien entreprendre qui puisse générer l’agacement des électeurs et de se concentrer sur la mise en valeur des réalisations qui permettent de se faire une image dorée. C’est complètement nul mais ça marche comme ça alors qu’il serait évidement nécessaire d’avoir une vision à plus long terme. Commençons par réduire le nombre de collectivités locales pour leur donner les moyens de regarder plus loin que la ligne bleue des prochaines élections. 3000 communes en France à l’horizon 2020 et pas une de plus

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