Chez Sylvain Gouz

Dans son blog, Sylvain Gouz analyse l'économie, la société et les média, avec les yeux ouverts, l'esprit aiguisé et le souci de s'adresser à tous, de faire œuvre de pédagogie, bref de remplir un rôle de citoyen-journaliste.

Comment combler les trous de la protection sociale avec « justice »

Sylvain Gouz
Journaliste
Publié le 30/01/2013 à 14h45

Voici le Président et son gouvernement confrontés à des choix radicaux et, disons le, philosophiques pour lutter contre les déficits de la protection sociale. Maladie, vieillesse, famille, chômage, bientôt dépendance : autant de piliers de notre protection sociale qui sont toutes dans le rouge et violemment. Au total, les déficits additionnés tournent autour de 50 milliards… Insupportable, en temps de vaches maigres et de réduction de déficits publics à marche forcée – trop forcée d’ailleurs mais c’est un autre sujet.

Il y aurait bien une solution pour combler tous ces trous, tous les modèles économétriques convergent sur ce point, ce serait la diminution du chômage… car c’est avant tout le manque de cotisants qui plombent les comptes sociaux, ceux-ci étant alimentés par les contributions des travailleurs.

François Mitterrand constatait avec un brin de fatalisme que « contre le chômage on a tout essayé ». On verra en fin d’année si François Hollande parvient à faire mentir son mentor.

Trois manières de combler les « trous »

Faute d’une baisse du chômage, pour équilibrer la protection sociale, il faut en venir soit à augmenter les ressources, soit à diminuer les prestations, globalement ou de manière différenciée.

  • Pour augmenter les ressources, la méthode serait simple, elle s’articule autour du remplacement progressif des cotisations employeurs-employés par l’impôt, pour ce qui concerne le financement, et par une réforme fiscale –la grande réforme fiscale promise mais visiblement oubliée– rendant cet impôt beaucoup plus progressif qu’il n’est globalement aujourd’hui (d’où la fusion impôt sur le revenu-Contribution sociale généralisée (CSG)…). La protection sociale ne relèverait dès lors plus de la logique de l’assurance mais de la solidarité. Cela aurait du sens, puisqu’elle est devenue quasiment universelle et n’est plus restreinte aux seuls salariés, comme ce fut le cas à l’origine, dans l’immédiat après guerre. Nul doute que cette orientation irait dans le sens de la réduction des inégalités, et donc de la « justice », le seul critère qui, avait promis le candidat Hollande, guiderait toutes ses décisions.
  • Diminuer globalement les prestations, c’est ce qu’ont fait tous les pays contraints à pressurer leurs dépenses publiques de la Grèce au Portugal ou à l’Espagne. Cette démarche uniforme (diminution de toutes les retraites, de toutes les allocations chômage…) est à l’évidence profondément injuste, et donc contraire au « seul critère » hollandais. Elle n’est pas à l’ordre du jour en France aujourd’hui, encore que du côté des retraites, il soit question de cesser de les augmenter en fonction de la hausse des prix, ce qui reviendrait à les diminuer. On commencerait par les retraites complémentaires, puis suivraient les retraites de base versées par la sécurité sociale.
  • Diminuer sélectivement les prestations. La boite à idées est bien remplie : on pourrait instituer une franchise progressive (avec les revenus) sur les remboursements de frais médicaux, limer quelques avantages fiscaux (CSG diminuée ou déduction des frais) dont bénéficient les retraités les mieux pensionnés, fixer un plafond au montant de l’indemnisation des chômeurs, en particulier des cadres (ainsi que le préconise la Cour des comptes) ou encore mettre les allocations familiales sous condition de ressources, le Premier ministre venant de commander un rapport sur le sujet.

Justice et République

Faire participer ainsi la protection sociale à la redistribution des revenus pourrait rapporter gros et serait bien sûr tout à fait en phase avec la volonté de « justice » affichée. Elle heurterait cependant, selon certains, un des principes de la République qui assure l’égalité des droits entre tous les citoyens, notamment en matière de protection sociale.

Voici donc François Hollande confronté en quelque sorte à une vraie question de philosophie politique : la justice ou la république ? Pour ma part, je ne saurais imaginer la république sans la justice. Un débat qui ne fait que s’ouvrir.

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  • Lionel06
    Lionel06
    Dessoucheur
    • Posté à 15h32 le 30/01/2013
    • Internaute 30683
      Dessoucheur

    « Le seul moyen de combattre le chômage, c’est de donner du travail aux chômeurs », comme disait le président Armand Fallières en 1905.

    Ce qui n’est pas sans rappeler cette brillante analyse énoncée par le Professeur Ougudu en juillet 2007 :
    « On s’est longuement interrogé sur les causes du sommeil. La principale est l’envie de dormir. »

    • Noélie Buisson-Descombes
      Noélie Buisson-Descombes répond à Lionel06
      Militante débutante, (...)
      • Posté à 16h41 le 30/01/2013
      • Internaute 167514
        Militante débutante, (...)

      - Sarkozy préférait donner plus de travail à ceux qui travaillent déjà, Montebourg cherche désespérément à conserver celui qu’ils ont. Mais trouver du travail aux chômeurs, ça fait longtemps qu’on a laissé tomber.

  • miles.v
    miles.v
    Matheux
    • Posté à 15h43 le 30/01/2013
    • Internaute 80105
      Matheux

    Quelques pistes surement idiotes mais je ne suis pas un spécialiste :
    embaucher des inspecteurs du travail afin de, entre autres, faire la chasse aux pseudos stages et autres magouilles permettant à des entreprises de réaliser des profits sur le dos des salariés et des divers prestataires sociaux, tout en pénalisant les patrons honnêtes et respectueux de leurs employés ;
    faire enfin un bilan de toutes les exonérations et aides aux entreprises (170 milliards) afin de ne conserver que celles qui ont une réelle utilité ;
    enfin, plus personnel, taxer ces p... de guichets automatiques qui ne cessent de proliférer dans les gares , péages d’autoroutes, musées, et même fast food et bien souvent n’ont aucun autre intérêt que de supprimer des emplois.

    • carlyto
      carlyto répond à miles.v
      à l agonie
      • Posté à 22h40 le 04/02/2013
      • Internaute 198079
        à l agonie

      170 milliards , rien que ça.. ! ! ! d abord,je suis tout à fait d accord pour les controles secu mais moi je viserai plutôt les fonctionnaires et notamment hôpitaux, enseignants et les employés des collectivités territoriales par ex..qui comme vous le dites si bien pénalisent les fonctionnaires honnêtes et respectueux(je grossis le trait volontairement en réponse à votre argutie).....ensuite pour info les exonérations aux entreprises ne sont pas des depenses mais des exonérations de recettes qui sont plus que largement compensées par le produit résultante de la cotisation des millions d emplois que ces exonérations permettent de créer..et qui dit emplois dit « charges sociales, consommation tva,is,ir..et cie..pour vous situer le niveau, on parle des 35h et des exonérations ..mais les entreprises n ont jamais demandé ni les 35h ni les exonérations qui vont avec...on les leur a imposé..chiche supprimons les exonérations et les 35 h...les entreprises ne demandent que ça..parce que si vous payez le salaire d une personne en plus dont vous n aviez pas besoin à 39h ,que votre chiffre d affaires lui reste identique,vous savez les exonérations ! ! ! vous n en avez pas grand chose à faire....alors tout cela est certes un peu complexe, mais on ne peut pas résumer ces problèmes en deux phrases lapidaires

  • Do it yourself
    Do it yourself
    Pote d'Ernest-Lucien
    • Posté à 17h44 le 30/01/2013
    • Internaute 195948
      Pote d'Ernest-Lucien

    .

  • Noélie Buisson-Descombes
    Noélie Buisson-Descombes
    Militante débutante, (...)
    • Posté à 16h38 le 30/01/2013
    • Internaute 167514
      Militante débutante, (...)

    « mettre les allocations familiales sous condition de ressources, le Premier ministre venant de commander un rapport sur le sujet. »
    Ou supprimer le quotient conjugo-familial en passant à l’imposition individuelle. On pourrait alors sans doute même les augmenter un peu, les allocs. Ca se serait juste : chaque gamin couterait la même chose à la république

  • Peter20
    Peter20
    Seul avec tous
    • Posté à 17h15 le 30/01/2013
    • Internaute 197934
      Seul avec tous

    Deux principes importants a tenir en compte loin de la pensée liberal (Liberté, Responsabilté, proprieté).
    -Plus le citoyen est riche (materiel et intelectuellement) plus il est friand de bien publiques.
    -Un pays est grand dans la mesure ou il protege les plus faibles de ses citoyens.
    Augmenter les ressources :
    -Fussioner l’impot sur le revenu et la CSG en un seul impot avec une forte progressivité.
    -Taxer fortement les ressources non renouvables (Petrole, Gaz, etc).
    -Etablir une TVA indexée sur le type de produit, Luxe ou premiere necessité.
    -Una forte taxe aux transsactions financieres.
    Diminuer les depenses :
    -Reduire de 75% le budget de l’armée.
    -Reduire le nombre de fonctionnaires.
    -Reduire le train de vie, notamment des haut fontionnaires(Senateurs, Deputés, Ministres) de l’etat. Voitures, salaires, avantages, logements de fonctions.

  • Druuna
    Druuna
    Prout
    • Posté à 17h24 le 30/01/2013
    • Internaute 195244
      Prout

    « Comment combler les trous de la protection sociale avec “ justice ” »

    En exigeant du patronat qu’il rembourse les centaines de milliards d’euros d’exonérations de cotisations que des gouvernements-traitres lui ont octroyé.

    • LienRag
      LienRag répond à Druuna
      • Posté à 22h57 le 30/01/2013
      • Internaute 34767

      Au delà de l’idéologie il y a la réalité économique : une grande partie de cet argent a été dilapidé, et une autre partie investie dans un outil de production qu’il ne sera pas évident de faire tourner sans eux...
      S’il est vrai que sur un plan théorique, les patrons ont besoin des ouvriers et les ouvriers n’ont pas besoin des patrons, la transition d’une entreprise hiérarchisée vers une entreprise autogérée ne se fait pas sans heurts, sans même compter le sabotage patronal (qui a empêché exemple le passage des Starissima en SCOP) ou le fait que dans les PME le patron effectue souvent un travail réel même si pas directement productif.

      • Druuna
        Druuna répond à LienRag
        Prout
        • Posté à 00h40 le 31/01/2013
        • Internaute 195244
          Prout

        Et bien la République n’a qu’à se payer en nature.

        En nationalisant les boîtes cotées en bourse, ça devrait presque suffire à combler la dette du patronat.

        Et comme ça on ne s’emmerde pas avec des scop, on ne fait que des entreprises publiques, et le petit patron qui souffre devient un cadre salarié avec grosse sécurité sociale et de l’emploi.

  • Druuna
    Druuna
    Prout
    • Posté à 17h27 le 30/01/2013
    • Internaute 195244
      Prout

    C’est aux patrons de payer les cotisations de LEURS travailleurs qui LEURS rapportent, pas aux contribuables.

    100% cotisations, 0% CSG.

  • Boutauvent
    Boutauvent
    Testeur de temps libre
    • Posté à 18h21 le 30/01/2013
    • Internaute 45018
      Testeur de temps libre

    Je me demande bien à quoi pourra bien servir cette « protection sociale » dans les (relativement) prochaines décennies : quand notre mode de production/consommation aura achevé de rendre l’air irrespirable, les produits agricoles toxiques et que les ressources en matière première auront été épuisées ? ! ?
    J’ai l’impression de voir un secouriste s’occupant de l’escarbille dans l’œil d’un blessé dont l’artère fémorale coule à flots.
    Pourtant, se préoccuper sérieusement du devenir de la planète pourrait constituer la 4ème solution pour « combler les trous de la protection sociale » (qui, en outre, seront infiniment moindres que « le trou écologique ») , mais ça exige de chacun un effort un peu plus contraignant que de jouer avec sa calculette pour savoir dans la poche de qui il va falloir piquer trois sous, et c’est sans doute pourquoi elle n’est pas envisagée par l’auteur.

    • Daisy Notwise
      Daisy Notwise répond à Boutauvent
      Hobbit
      • Posté à 07h57 le 31/01/2013
      • Internaute 172584
        Hobbit

      « J’ai l’impression de voir un secouriste s’occupant de l’escarbille dans l’œil d’un blessé dont l’artère fémorale coule à flots. »

      C’est tout à fait ça.

  • miakhi
    miakhi
    ni frigide ni barjot
    • Posté à 12h28 le 31/01/2013
    • Internaute 168781
      ni frigide ni barjot

    C’est combien, la fraude fiscale, déjà ?
    Ah oui ! De l’ordre de 80 milliards...

    Je suis d’accord : pas de République sans justice.

  • Anastaze
    Anastaze
    inconsolable absolument
    • Posté à 16h28 le 31/01/2013
    • Internaute 53186
      inconsolable absolument

    En créant une taxe sur les corbillards.

  • Santesolidaire
    • Posté à 22h15 le 31/01/2013
    • Internaute 197973

    La réforme du système de financement de la sécu, est une proposition phare de la Mutualité. Diminuer les prestations sociales globalement ou partiellement, ça, non ! En revanche, nous pensons, au travers de la Mutualité Française, que pour refonder ce système, l’Etat devrait asseoir le financement de la Sécurité Sociale sur l’ensemble des richesses du pays. La récolte des recettes ne se ferait donc plus uniquement sur les cotisations salariales mais aussi, sur les bénéfices des entreprises. C’est, à notre avis, le moyen d’aller vers plus de solidarité dans le fonctionnement du système de santé et de tendre vers un accès aux soins pour tous. Nous continuerons de nous battre pour que ce soit enfin le cas.

    Lucie
    Community Manager de Pour une santé solidaire
    Lien

  • Hester
    Hester
    insurgé
    • Posté à 23h00 le 31/01/2013
    • Internaute 198005
      insurgé

    Excellent idée que celle de Santé Solidaire ! Les entreprises profitent de la bonne santé de leurs salariés pour performer ! Aucune raison qu’elles ne soient pas mises à contribution !

  • axelrenoux
    • Posté à 15h05 le 01/02/2013
    • Internaute 86883

    Vous trouvez que faire passer la protection sociale d’une logique assurantielle à une logique d’Etat providence aurait du sens. Autre son de cloche, extrait de m’article « Coût et financement de la santé en France » de Jacques Bichot :
    « Pour respecter la dignité des citoyens aux revenus les plus modestes, il est important de conserver le caractère contributif de la couverture maladie : celui qui paye, fut-ce peu, parce qu’il n’est pas aujourd’hui en situation de verser une prime correspondant au prix coûtant des garanties dont il bénéficie, n’est pas un assisté puisqu’il contribue dans la mesure de ses moyens, et puisqu’il est engagé à contribuer au-delà de ce qu’il coûte à l’assurance si un jour, la roue de la fortune ayant tourné, il est mis en mesure de verser beaucoup plus. Telle est la spécificité de l’assuré social : elle le distingue radicalement à la fois du client d’une assurance ordinaire et du bénéficiaire des largesses d’une organisation caritative. L’universalité des assurances sociales, qui se traduit par leur caractère obligatoire, est liée à un cadre national : la qualité d’assuré social fait partie intrinsèque de celle de citoyen. Le pacte assurantiel est un élément important de l’appartenance à une communaute nationale. C’est dans ce cadre qu’est mis en oeuvre le principe republicain de fraternité, sous sa forme de contribution proportionnée au revenu. La couverture maladie est ipso facto inséparablement contributive et redistnbutive. Dans cette perspective, on conçoit à quel point est désastreuse l’évolution qui a fait passer la sécurité sociale française à la formule Etat providence plutôt qu’à de véritables assurances sociales. »

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