Tchèque, chic et choc

Déboires d'un Tchèque sans provisions

La Guerre des salamandres parle au lecteur contemporain

Martin Danes
Journaliste et écrivain tchèque
Publié le 19/06/2012 à 09h58

La Guerre des salamandres de Karel Čapek

Sur une île isolée du Pacifique, on découvre une famille d’amphibiens jusque-là méconnue. Ces petites bêtes se révèlent vite extrêmement douées et l’homme ne tarde alors pas à les exploiter pour la quête de perles sur les fonds marins.

Mais les salamandres valent bien plus que ça. Elles apprennent la langue humaine et la communication avec elles devient possible. L’homme en profite pour faire d’elles des ouvriers esclaves… Pour créer du profit, on les fait reproduire en progression géométrique. Les salamandres doivent sans cesse élargir leur espace vital et l’étendue des océans ne semble plus leur suffire. Ainsi, un jour, finissent-elles par défier l’homme…

Tel est le résumé du roman La Guerre des salamandres de Karel Čapek (lis Tchapek). Čapek est communément considéré comme le plus grand auteur tchèque de la première moitié du XXe siècle : il a entre autre été l’inventeur du mot «  robot  » repris par la plupart des langues du monde.

Les salamandres sont toujours là

«  Il y a des gens qui collectionnent les timbres, d’autres qui collectionnent les incunables. M. Povondra, le portier de la maison de G. H. Bondy, chercha longtemps le sens de sa vie  ; il hésita des années entre un penchant pour les sépultures préhistoriques et une passion pour la politique étrangère  ; mais un soir, soudain, il découvrit ce que lui avait manqué jusqu’alors pour vivre pleinement. Les grands événements se produisent en général avec cette soudaineté.

Ce soir-là, M. Povondra lisait le journal, Mme Povondra reprisait les chaussettes de Frantik, et Frantik faisait semblant d’apprendre les affluents de la rive gauche du Danube. Il régnait un silence bienfaisant.

– Ça alors  ! grommela M. Povondra.

– Qu’est-ce qui t’arrive  ? demanda Mme Povondra en enfilant son aiguille.

– Mais… ces histoires de salamandres, dit Povondra père. On dit ici qu’on en a vendu soixante-dix millions au cours du dernier trimestre.

– C’est beaucoup, hein  ? fit Mme Povondra…

C’est ainsi que M. Povondra se mit à collectionner les coupures de journaux sur les salamandres…  »

L’un des précurseurs du genre science fiction, Karel Čapek a écrit son roman en 1935. Il s’est servi de l’histoire de l’amphibien qui bouscule l’ordre humain comme d’une métaphore de la montée du nazisme en Allemagne. Mais le contexte historique dans lequel cette œuvre est née ne réduit en rien son attractivité pour un lecteur contemporain. Le roman peut être lu et interprété de mille façons différentes. Par ailleurs, son message central – une mise en garde contre la capacité de l’homme à s’autodétruire, l’homme qui ne prend guère de leçon de ses erreurs passées – semble, lui, redevenir d’actualité…

La réédition en français de La Guerre des salamandres, dans la traduction congéniale de Claudia Ancelot, vient de paraître aux éditions La Baconnière, en collaboration avec Ibolya Virag.

  • 4209 visites
  • 3 réactions
Vous devez être connecté pour pouvoir commenter : ou créez un compte
  • amarré
    • Posté à 12h31 le 19/06/2012
    • 174877

    Ca m’a donné envie ; j’ai commandé !

  • kodiak
    kodiak
    myope
    • Posté à 19h17 le 19/06/2012
    • Internaute 148655
      myope

    Reedice ? To je parada !

  • kodiak
    kodiak
    myope
    • Posté à 20h14 le 20/06/2012
    • Internaute 148655
      myope

    C’est triste que cette réédition intéresse si peu de monde. Mais les français n’aiment pas tellement qu’on leur rappelle qu’ils ne sont pas les seuls à réfléchir/réagir aux convulsions de l’histoire, que leur point de vue - pour universaliste qu’il ait pu être jadis - n’en n’a pas moins participé à l’exécution de grands crimes, couverts par les pensées dominantes qu’ils ont puissamment contribué à élaborer. Kafka ? Trop pessimiste ! Capek ? Pas sérieux. Ils reconnaissent que le mot « robot » vient du tchèque si on les met devant le fait accompli et ça les fatigue de remonter au Golem... Bref, depuis 40 ans que je les observe, ils restent une énigme assez invraisemblable. Capables de stimuler le summum de la curiosité culturelle et se détournant aussitôt des résultats. Bon, soyons justes : les tchèques - malgré leur provincialisme - ne valent pas toujours mieux.

    Merci de l’information à propos de cette parution. Claudia Ancelot.et toute sa famille soient en paix.

Retour sur Rue89

Note Les notes de blogs ne sont pas toutes mises en forme par l'équipe de Rue89 contrairement aux articles du site.