Tchèque, chic et choc

Déboires d'un Tchèque sans provisions

La prohibition tchèque a assommé les producteurs de spiritueux

Martin Danes
Journaliste et écrivain tchèque
Publié le 28/09/2012 à 16h42

La Becherovka (Wikimedia Commons/CC)

En écrivant ce petit texte, je suis en train de siroter un verre de Becherovka, une liqueur traditionnelle tchèque. Je vous assure : ce n’est pas de l’alcoolisme mais un geste patriotique.

Le 14 septembre, Prague a interdit la distribution et la vente des spiritueux de plus de vingt degrés, après une vaste intoxication à l’alcool frelaté. La mesure assouplie depuis jeudi serait levée sous un délai de 60 jours.

Avec l’interdiction en question, le gouvernement tchèque avait envoyé ce message au monde : la consommation de l’alcool fort tchèque peut vous renvoyer vers la bière... celle où l’on avance les pieds devant !

Les appuis haut placés du marché noir

Et bien je ne suis pas d’accord. Certes, la mort, en l’espace de quelques semaines, de plus de 26 personnes intoxiquées à l’alcool frelaté, vendu entre la Moravie du Nord et Prague, est une chose tragique. L’alcool meurtrier provenait d’un réseau de distilleries illégales qui, auto-exonéré d’une importante taxe qui frappe ce secteur de production, approvisionnait le marché aux prix de défi.

Il n’y a pourtant aucun doute : ceux qui ont été le plus gravement touchés par la prohibition temporaire, instaurée par le gouvernement, ce sont les producteurs légaux respectant toutes les normes et payant des impôts élevés ; depuis l’interdiction des exportations des spiritueux tchèques, leur réputation internationale en a pris un coup.

Comment le commerce illégal a-t-il pu continuer de gagner du terrain en Tchéquie depuis bien des années, sans que personne ne s’en émeuve ? La journaliste d’investigation Jana Lorencova a une opinion claire et nette là-dessus.

Autour de l’an 2000, elle avait tourné une série de reportages sur le traficdes spiritueux pour la Télévision publique tchèque. Aucune enquête judiciaire n’avait suivi ses nombreuses révélations, en revanche, à la suite de ses émissions la rédactrice avait subi des pressions et des intimidations multiples.

Selon Jana Lorencova, ce trafic noir était couvert part des hommes très haut placés, depuis la direction des douanes jusqu’au ministère des Finances. Il avait fini par se transformer en une véritable bombe à retardement.

Tout récemment encore, le parlement tchèque a voté une décriminalisation de la production illégale d’alcool. Les autorités ne se sont réveillées que lorsque l’eau-de-vie empoisonnée a commencé à faire ses premières victimes.

Le gouvernement montre (tard) ses muscles

Après avoir longtemps fermé les yeux, en réaction aux décès en série, le gouvernement tchèque a frappé fort, mais pas la bonne cible : les producteurs légaux des spiritueux. Pour des raisons purement politiciennes. A quelques semaines des élections sénatoriales et régionales, la coalition des droites au pouvoir était en très mauvaise posture : les médias remâchaient sans cesse les effets escomptés d’une nouvelle vague de rigueur et d’une énième hausse de la TVA, programmées pour janvier prochain, sur la population.

Après la mise en place de la prohibition, l’attention des médias s’est subitement tournée vers cette décision qui permettait au gouvernement d’exhiber ses muscles. Et ça lui a plutôt réussi : l’opinion publique oscillant dans un premier temps entre neutralité et approbation, une partie des électeurs de droite s’est mise à scander : « Mettons nos ivrognes à sec ! »

Sous l’euphorie de son coup médiatique, le gouvernement a oublié que le pays ne vivait pas en autarcie : en admettant que tout l’alcool vendu sur le territoire national était potentiellement dangereux, il devait l’être également en dehors de ses frontières, vu la constitution physique quasi identique des Tchèques et des étrangers.

Les interdictions slovaques, puis polonaises et même russes des importations de l’alcool en provenance de la Tchéquie ont d’abord pris le cabinet de court. Pour prévenir une décision de Bruxelles allant dans le même sens, il s’est enfin résigné à interdire toutes les exportations des spiritueux.

La Becherovka, une boisson tchèque ?

Ayant déniché quelque part la nouvelle, mes amis parisiens à qui j’avais offert une belle bouteille design pleine de Becherovka m’ont récemment demandé si boire de l’alcool fort en provenance de mon pays ne comportait pas quelques risques. Face à leurs visages crispés, je les ai soupçonnés, malgré mes assurances, de s’apprêter le soir même à vider le contenu de ma bouteille-cadeau dans l’évier.

J’ai ensuite cherché sur Google les informations à propos de la distillerie de Becherovka, siégeant à Karlovy Vary (Carlsbad), en Bohême. J’ai découvert que, à mon insu, elle avait été rachetée par Pernod Ricard !

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  • kodiak
    kodiak
    myope
    • Posté à 17h16 le 28/09/2012
    • Internaute 148655
      myope

    Je to smesny, Na zdrav !

    • curieux22
      curieux22 répond à kodiak
      dernière marche avant le saut
      • Posté à 17h31 le 28/09/2012
      • Internaute 192553
        dernière marche avant le saut

      A votre santé

  • vegandfreak
    vegandfreak
    http://leeg.overblog.com/
    • Posté à 19h19 le 28/09/2012
    • 185628
      http://leeg.overblog.com/

    yec’hed mat

  • Le Renifleur
    Le Renifleur
    loin d'ici
    • Posté à 21h42 le 28/09/2012
    • Internaute 136986
      loin d'ici

    J’ai travaillé (trop peu de temps) à Prague et c’est une ville que j’adore.

    Je suis surpris quoiqu’a peine étonné d’apprendre que les Tchèques subissent les mêmes avatars que les français concernant la « construction européenne » : on leur impose une politique de rigueur pour renflouer les caisses de banksters qui ne sont ni tchèques, ni français ni européens car « les marchés » n’ont pas de patrie... Quoique.

    Article instructif qui mériterai plus de visites ; -)

  • Srgvlt
    Srgvlt
    Twitter @srgvlt
    • Posté à 22h17 le 28/09/2012
    • Internaute 23660
      Twitter @srgvlt

    La Becherovka, si je me rappelle bien, a un goût extrêmement sucré, on ne sent pas beaucoup l’alcool ; pas autant qu’en buvant de l’absinthe, en tous cas

    • Martin Danes
      Martin Danes répond à Srgvlt
      Journaliste et écrivain tchèque (...)
      • Posté à 22h22 le 28/09/2012
      • Journaliste 66921
        Journaliste et écrivain tchèque (...)

      C’est exact.

  • Jupiter Capitolin
    • Posté à 23h41 le 28/09/2012
    • Internaute 189743
      Burp

    vu la constitution physique quasi identique des Tchèques et des étrangers.
    Cela reste qd même à prouver. Qd on voit un Tchèque picoler, on se demande qd même légitimement si la nature ne lui a pas offert un truc spécial pour rester debout alors que tout le monde dort depuis longtemps.

    • Martin Danes
      Martin Danes répond à Jupiter Capitolin
      Journaliste et écrivain tchèque (...)
      • Posté à 00h20 le 29/09/2012
      • Journaliste 66921
        Journaliste et écrivain tchèque (...)

      Voilà pourquoi j’ai mis « quasi identique » plutôt que « identique ».

  • kodiak
    kodiak
    myope
    • Posté à 00h18 le 29/09/2012
    • Internaute 148655
      myope

    Et maintenant que les alcools tchèques ne s’exportent plus, les ivrognes de Bohème et de Moravie/Silésie vont pouvoir trouver de la Becherovka toute l’année. Douze mois sur douze, il n’y aura plus de période de soudure sans, où il fallait se rabattre sur les alcools de grains affreux, voire polonais, ou sur la slivovice. Hurrah ! Vive la droite moralisatrice ! à bas le samogon assassin !

    (Pla-ka-li vsechny psové...)

  • PaulTron
    PaulTron
    Ce champ sera visible par tous (...)
    • Posté à 11h20 le 29/09/2012
    • Internaute 168564
      Ce champ sera visible par tous (...)

    J’imagine que durant cette prohibition, les producteurs d’allcool non déclarés ont cessé de produire pour respecter la loi. Gangsters, mais citoyens en somme. Comme l’exemple américain de la prohibition avait été un grand succès, il devenait naturel pour le gouvernement Tchèque de faire pareil.
    Il reste à espérer que le Fisc tchèque soit aussi bon que l’américain pour arrêter l’Al Capone local.
    Enfin, pour aider l’industrie des spiritueux, je suggère aux Tchèques d’être aussi patriotes que les français. Quand nos producteurs de vins sont en crise, on picole le surplus (et souvent on attend même pas qu’il y ait crise)....

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