Tchèque, chic et choc

Déboires d'un Tchèque sans provisions

« Miracle en Bohême » de Skvorecky, fresque de vie en Tchécoslovaquie

Martin Danes
Journaliste et écrivain tchèque
Publié le 12/10/2012 à 15h26

Aux côtés d’un Milan Kundera ou d’un Bohumil Hrabal, Josef Škvorecký (1924-2012) appartient à la génération d’auteurs tchèques irrévérencieux envers les dogmes officiels et qui ont joué un rôle clef dans la libéralisation du régime communiste de Prague dans les années 60.

Un écrivain anticommuniste

Parmi les écrivains précités, Josef Skvorecky se distinguait alors par son look soigné d’intellectuel dandy, par son talent pour la provocation ainsi que son anticommunisme de la première heure, plus ou moins dissimulé. Rien de surprenant que, après l’écrasement du Printemps de Prague par les chars soviétiques, en août 1968, il soit parmi les premiers intellectuels tchèques à quitter le pays.

Son premier roman « Les Lâches » (« Zbabělci »), publié en 1958 – dix ans après avoir été écrit –, a fait scandale dans un pays où la littérature elle aussi devait obéir aux règles du « réalisme socialiste ». On y suit les derniers jours de guerre dans une petite ville de province tchèque, le narrateur étant un adolescent tourmenté avant tout par son désir sexuel...


Couverture de « Miracle en Bohème »

Dany Smiricky, le héros des « Lâches » et alter ego de l’auteur, réapparaît en homme mûr et « écrivain d’opérette » à succès dans « Miracle en Bohême » (« Mirákl ») qui vient d’être réédité en français (Gallimard 1978, 2012).

A travers une myriade de personnages qui, malgré leur comportement bizarre, ne sont pas moins authentiques, on nous rapporte combien de destins ont été brisés par le terrible engrenage mis en place après le coup de Prague de 1948.

Agents de la police politique et leurs indics agissant parfois « de bonne foi », élite intellectuelle cherchant un « modus operandi » précaire dans un système où l’idéologie marxiste entrait jusque dans votre cuisine, ils s’y côtoient tous.

Un miracle orchestré par la police politique

Fidèle à son image, Skvorecky ouvre son histoire par une intrigue sexuelle : Dany devient prof dans une école de jeunes filles de province ; il résiste aux avances d’une belle élève, non pas par sens moral mais parce qu’il vient de choper une gonorrhée. Pour expliquer son refus inexplicable de goûter aux plaisirs charnels avec elle, il fait croire à la jeune fille qu’il est profondément croyant.

En toile de fond du roman se trouve l’enquête sur un « miracle » survenu dans une église de campagne proche. Monté de toutes pièces par la police politique pour pouvoir frapper le clergé catholique, le miracle imaginé par l’auteur reprend un événement réel de fin 1949.

Parmi la pléiade d’anti-héros peuplant le roman, mentionnons du moins cette dame, proviseur d’école, qui, en marxiste fidèle, aime à tel point les hommes qu’elle finit par protéger ses élèves contre un régime communiste qui s’attaque jusqu’à la plus jeune génération des Tchèques ; ou ce joueur d’échecs de renom qui, après avoir mouchardé ses collègues dans les années 50, devient une décennie plus tard l’une des figures de proue du mouvement réformiste.

« Miracle en Bohême » est une fresque de la vie en Tchécoslovaquie entre 1948 et 1969. Il peut être lu comme un manuel historique ou tout simplement comme un bon roman.

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  • kodiak
    kodiak
    myope
    • Posté à 07h59 le 13/10/2012
    • Internaute 148655
      myope

    Les trois auteurs que vous citez comme représentants d’une génération de la littérature tchèque irrévérencieuse et pro réformiste lors des années soixante est exacte mais masque un peu le fait qu’ils sont aussi : Hrabal, Kundera ou Skvorecky au sein de cette génération ceux qui ont construit la seconde partie de leur oeuvre dans l’émigration. Loin de moi l’idée de les prétendre moins tchèques pour autant, mais ils décrivent souvent dans ce deuxième temps une Tchécoslovaquie passée, ou des destins marqués par l’exil. Hrabal est sans doute le meilleur écrivain de la truculence et du verbe oral depuis le Svejk de Capek, Kundera un très grand romancier et intellectuel et j’adore Skvorecky le morave (surtout « Zbàbelci »).

    Parmi ceux de cette génération ou approchant qui sont restés au pays après que le grillage de fer ne retombe en été 1969 sur la CSSR d’autres auteurs partagent cet humanisme au ras du sol, sain, sentimental sans jamais être comme dégoulinant et ce que vous appelez un anticommunisme plus ou moins voilé : -). Jan Trefulka par exemple avec cette perle qu’est pour moi son : « hommage aux fous » récit volontairement monographique avec des flash-back familiaux qui brossent un portrait complet de l’histoire la Tchécoslovaquie de 14 aux années 80 à travers la vie d’un homme vieillissant qui reverdit et choisit de découvrir ce que la vie lui avait tenu celé jusque là.

    • Germana Samonà
      Germana Samonà répond à kodiak
      35° 35′ 00″ N 27° 08′ 00″ E (...)
      • Posté à 20h24 le 13/10/2012
      • Internaute 190077
        35° 35′ 00″ N 27° 08′ 00″ E (...)

      Vu que sur un autre fil, nous parlions de pneus... un aperçu du style de Skvorecky dans une description de sa chtouille par Dany Smiricky dans Miracle :

      C’est aussi par un phallus que commence l’histoire de ma participation au miracle. Non pas un phallus symbolique, mais le mien propre, mis en piteux état par une gonorrhée dont la provenance ne pouvait être autre qu’une certaine Irène Znenahlikova, professeur de russe. Elle avait rejoint notre stage de formation politique à Hradiste trois jours avant la soirée d’adieux, arrivant tout droit de Bulgarie où elle avait participé à la construction d’une porcherie géante. sur le chantier, elle avait connu des Noirs du Brésil, de ces professionnels de la jeunesse et du progrès qui parcouraient le monde et se faisaient fêter comme combattants émérites pour la paix. Ainsi mes gonocoques avaient-ils fait le tourd monde et c’est peut-être ce qui les avait rendu si incroyablement résistants, presque indestructibles.
      Ils se manifestèrent dans le train qui m’amenait à Kostelec par des démangeaisons, des écoulements et une inflammation galopante du prépuce. Après avoir contemplé cette catastrophe, je levai la tête et je vis, par la fenêtre des cabinets, défiler la verte contrée à travers laquelle le train rampait comme un serpent vers la pomme grenat du soleil couchant. Mais je n’était pas d’humeur à admirer le paysage. Le soir, je me fis des compresses d’eau froide, mais au lever mon instrument de volupté avait doublé de volume, phénomène qui ne devait rien à une érection matinale. Sur le prépuce gonflé comme un pneu coulaient les gouttelettes grises décrites par tous les manuels. Les démangeaisons étaient insupportables. Après m’être fabriqué un suspensoir de fortune avec un bout de gaze, je m’en fus prendre mes fonctions de professeur dans un établissement pour jeunes filles

      Simple, efficace, du grand art.

      j’adore Skvorecky le morave (surtout « Zbàbelci »).

      Vous aussi, amateur du « chaton galeux », donc. : -)

      • kodiak
        kodiak répond à Germana Samonà
        myope
        • Posté à 00h11 le 14/10/2012
        • Internaute 148655
          myope

        La citation, lucide, datée, est un sacré passage où la géopolitique de la fraternité entre peuples le dispute à la raillerie la plus incoercible. Elle se passe de commentaires... Je continue à préférer « les lâches » ou « l’escadron blindé » : -). livres plus précoces de Skvorecky dans lesquels la raillerie reste à « focale simple ». Alors que dans ce passage - (je ne résiste plus - Aille, aille, aille, mamma ! Tant pis je commente...) - la raillerie est au moins double = envers la bêtise des discours dominants préconçus des communistes d’après-guerre et aussi ceux des yankees bien-pensants. Des doubles positions critiques qu’on pourraient aisément relever aussi dans les oeuvres cinématographiques de Milos Forman d’ailleurs. Comme quoi c’est bien la preuve que les dissidents artistes issus du bloc socialistes sont d’affreux ingrats vis à vis de nos beeeelles démocraties libres, démocratiques (et libres) qui leur avaient offert l’asile. Je n’ai pas saisi votre allusion au chaton galeux et en suis fort marri. Je crois déduire que ce n’est pas étranger à la chaude-pisse ou bien serait-ce lié aux porcs élevés en conglomérats agricoles socialistes bulgares, mais en quoi ? ? Je suis comme la truie qui doute...

        à bientôt !

         
        • Germana Samonà
          Germana Samonà répond à kodiak
          35° 35′ 00″ N 27° 08′ 00″ E (...)
          • Posté à 13h05 le 14/10/2012
          • Internaute 190077
            35° 35′ 00″ N 27° 08′ 00″ E (...)

          Je n’ai pas saisi votre allusion au chaton galeux et en suis fort marri.

          Dans la préface de Kundera, il est dit, par Kundera lui-même, cela va de soi, que Josef Skvorecky est entré dans la littérature avec Les Lâches, un roman exceptionnellement mûr qu’il avait écrit juste près la guerre, quand il n’était qu’un garçon de vingt-quatre ans. Le livre avait longtemps reposé dans son tiroir, pour n’être publié qu’au moment du dégel qui a suivi l’année 56 - époque où il a cependant déchaîné aussitôt contre lui une violente campagne idéologique. Dans la presse, comme au cours de nombreuses réunions, Skvorecky s’est vu attribuer les pires qualificatifs (celui de « chaton galeux » est devenu le plus célèbre) et son livre a été interdit à la vente ; il dut attendre les années 60 (et une nouvelle vague de « dégel » pour être réédité, à une centaine de milliers d’exemplaires, et devenir non seulement le premier grand <> de la jeune littérature tchèque d’après-guerre, mais aussi le symbole même d’une littérature libre et anti-officielle.

          Il compare un peu plus loin l’humour (rude) de Skvorecky à celui de Jaroslav Hasek, un mot, peut-être, sur ce monsieur que je ne connais pas ?

          • kodiak
            kodiak répond à Germana Samonà
            myope
            • Posté à 15h15 le 14/10/2012
            • Internaute 148655
              myope

            à propos de Hasek vous plaisantez ? Non ?
            Vous plaisantez.

            • Germana Samonà
              Germana Samonà répond à kodiak
              35° 35′ 00″ N 27° 08′ 00″ E (...)
              • Posté à 21h24 le 14/10/2012
              • Internaute 190077
                35° 35′ 00″ N 27° 08′ 00″ E (...)

              Tout le temps, j’arrête pas.

        3 autres commentaires
  • kodiak
    kodiak
    myope
    • Posté à 15h08 le 14/10/2012
    • Internaute 148655
      myope

    Prosim vas Martine delejte neco... Ach zadna parada to neni ! Tady delat vsecko asi nemuzu : -). Ona rika ze nezna « jaroslav Hasek » - No... Ona Vtipy ? Ne ? !

    Jezizmarja jozef ! No... nashle novinare. A mejte se dobre.

    (... Do prcic a do prdele to nejde, To neni mozny ... To...Vubec ! ....) - Rekl Svejk

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