« Miracle en Bohême » de Skvorecky, fresque de vie en Tchécoslovaquie
Aux côtés d’un Milan Kundera ou d’un Bohumil Hrabal, Josef Škvorecký (1924-2012) appartient à la génération d’auteurs tchèques irrévérencieux envers les dogmes officiels et qui ont joué un rôle clef dans la libéralisation du régime communiste de Prague dans les années 60.
Un écrivain anticommuniste
Parmi les écrivains précités, Josef Skvorecky se distinguait alors par son look soigné d’intellectuel dandy, par son talent pour la provocation ainsi que son anticommunisme de la première heure, plus ou moins dissimulé. Rien de surprenant que, après l’écrasement du Printemps de Prague par les chars soviétiques, en août 1968, il soit parmi les premiers intellectuels tchèques à quitter le pays.
Son premier roman « Les Lâches » (« Zbabělci »), publié en 1958 – dix ans après avoir été écrit –, a fait scandale dans un pays où la littérature elle aussi devait obéir aux règles du « réalisme socialiste ». On y suit les derniers jours de guerre dans une petite ville de province tchèque, le narrateur étant un adolescent tourmenté avant tout par son désir sexuel...

Couverture de « Miracle en Bohème »
Dany Smiricky, le héros des « Lâches » et alter ego de l’auteur, réapparaît en homme mûr et « écrivain d’opérette » à succès dans « Miracle en Bohême » (« Mirákl ») qui vient d’être réédité en français (Gallimard 1978, 2012).
A travers une myriade de personnages qui, malgré leur comportement bizarre, ne sont pas moins authentiques, on nous rapporte combien de destins ont été brisés par le terrible engrenage mis en place après le coup de Prague de 1948.
Agents de la police politique et leurs indics agissant parfois « de bonne foi », élite intellectuelle cherchant un « modus operandi » précaire dans un système où l’idéologie marxiste entrait jusque dans votre cuisine, ils s’y côtoient tous.
Un miracle orchestré par la police politique
Fidèle à son image, Skvorecky ouvre son histoire par une intrigue sexuelle : Dany devient prof dans une école de jeunes filles de province ; il résiste aux avances d’une belle élève, non pas par sens moral mais parce qu’il vient de choper une gonorrhée. Pour expliquer son refus inexplicable de goûter aux plaisirs charnels avec elle, il fait croire à la jeune fille qu’il est profondément croyant.
En toile de fond du roman se trouve l’enquête sur un « miracle » survenu dans une église de campagne proche. Monté de toutes pièces par la police politique pour pouvoir frapper le clergé catholique, le miracle imaginé par l’auteur reprend un événement réel de fin 1949.
Parmi la pléiade d’anti-héros peuplant le roman, mentionnons du moins cette dame, proviseur d’école, qui, en marxiste fidèle, aime à tel point les hommes qu’elle finit par protéger ses élèves contre un régime communiste qui s’attaque jusqu’à la plus jeune génération des Tchèques ; ou ce joueur d’échecs de renom qui, après avoir mouchardé ses collègues dans les années 50, devient une décennie plus tard l’une des figures de proue du mouvement réformiste.
« Miracle en Bohême » est une fresque de la vie en Tchécoslovaquie entre 1948 et 1969. Il peut être lu comme un manuel historique ou tout simplement comme un bon roman.
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myope
myope
Les trois auteurs que vous citez comme représentants d’une génération de la littérature tchèque irrévérencieuse et pro réformiste lors des années soixante est exacte mais masque un peu le fait qu’ils sont aussi : Hrabal, Kundera ou Skvorecky au sein de cette génération ceux qui ont construit la seconde partie de leur oeuvre dans l’émigration. Loin de moi l’idée de les prétendre moins tchèques pour autant, mais ils décrivent souvent dans ce deuxième temps une Tchécoslovaquie passée, ou des destins marqués par l’exil. Hrabal est sans doute le meilleur écrivain de la truculence et du verbe oral depuis le Svejk de Capek, Kundera un très grand romancier et intellectuel et j’adore Skvorecky le morave (surtout « Zbàbelci »).
Parmi ceux de cette génération ou approchant qui sont restés au pays après que le grillage de fer ne retombe en été 1969 sur la CSSR d’autres auteurs partagent cet humanisme au ras du sol, sain, sentimental sans jamais être comme dégoulinant et ce que vous appelez un anticommunisme plus ou moins voilé : -). Jan Trefulka par exemple avec cette perle qu’est pour moi son : « hommage aux fous » récit volontairement monographique avec des flash-back familiaux qui brossent un portrait complet de l’histoire la Tchécoslovaquie de 14 aux années 80 à travers la vie d’un homme vieillissant qui reverdit et choisit de découvrir ce que la vie lui avait tenu celé jusque là.




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