Tchèque, chic et choc

Déboires d'un Tchèque sans provisions

Un prince contre un hobereau : les Tchèques choisissent leur Président

Martin Danes
Journaliste et écrivain tchèque
Publié le 15/01/2013 à 11h19

Effigie « branchée » du candidat présidentiel Karel Schwarzenberg (DR)

Au second tour de l’élection présidentielle, première au suffrage universel direct, les Tchèques choisiront entre deux aristocrates. Les 25 et 26 janvier, ils choisiront également entre deux hommes ayant bien dépassé l’âge de la retraite.

Sortis au coude à coude du premier tour, les 11 et 12 janvier, Milos Zeman et Karel Schwarzenberg ont obtenu respectivement 24,2% et 23,4% de suffrages exprimés.

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Schwarzenberg, le prince au bois dormant

 

Issu d’une vielle aristocratie de Bohême, mi-tchèque, mi-allemande, Karel Schwarzenberg, 75 ans, a la double nationalité tchèque et suisse. Doyen de sa famille, il s’enorgueillit des titres de prince zu Schwarzenberg, de duc de Krummau, de comte de Sulz et de landgrave de Klettgau. Les titres de noblesse avaient beau être bannis après la naissance de la République tchécoslovaque en 1918, les médias tchèques qui lui sont presque tous acquis ont donné un surnom simple à leur candidat, « le prince Karel ».

Dès son retour de l’exil autrichien, en 1990, Vaclav Havel a choisi le prince Karel pour diriger l’Office présidentiel tchécoslovaque. Plus tard, le prince a été élu sénateur et, à présent, il est ministre des Affaires étrangères dans le gouvernement Petr Necas. Il exerce ce poste à titre de chef de TOP 09, un des trois partis membres d’une coalition des droites.

Malgré ses opinions très conservatrices, le prince Karel est devenu un véritable chouchou de la jeunesse tchèque. Pourquoi ? D’un avis commun des teenagers, il est vraiment « top » quand il parle en zézayant, en ayant une prononciation indistincte et en truffant ses phrases de vulgarismes ainsi que de fautes de tchèque.

Vous à qui tout cela n’aurait pas suffi pour vous le rendre sympathique, sachez quelque chose qui va vous faire fondre : assis, le prince Karel s’endort toujours et partout, mais il se réveille à chaque fois que quelqu’un l’interpelle. Son état-major de campagne a jeté un badge avec sa tête coiffée d’une crête punk rouge à l’usage de ses fans. Que les paradoxes, dignes du pays de Kafka.

Malgré son arrivée en seconde position au premier tour, Karel Schwarzenberg est considéré comme le favori du second tour de l’élection présidentielle tchèque.

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Zeman, l’hobereau financé de Moscou

 

Milos Zeman, lui, n’a que 69 ans. Par contraste avec son rival princier, son patronyme veut dire « hobereau » en tchèque. Zeman a été communiste (1968-1970), social-démocrate (1992-2007), puis il est devenu l’icône vivante d’un nouveau parti fabriqué à sa taille : « Le Parti des droits civiques – les Zemaniens ».

Après 1989, Zeman a exercé les plus hautes responsabilités dans l’appareil de l’Etat : il a dirigé la chambre basse du parlement (1996-1998) et le gouvernement (1998-2002). Parmi ses proches on trouve des ex-apparatchiks communistes et des entrepreneurs douteux. On l’a maintes fois soupçonné de sources de financements suspects. Ce n’est pas un hasard que sa campagne présidentielle soit cofinancée par le chef de l’office tchèque de Lukoil, la gigantesque entreprise pétrolière russe.

Milos Zeman est un grand amateur de becherovka, fameuse liqueur tchèque, et de petites phrases assassines qu’il débite à l’encontre de tout le monde. Les mauvaises langues disent que sa soif du pouvoir est invétérée.

Le président tchèque doit être vieux

La préférence des électeurs tchèques pour les candidats qui se trouvent au bout de leur parcours politique correspond à l’imaginaire populaire qui veut que le chef de l’Etat soit un vieil homme digne aux cheveux gris.

Dans les forums de discussion sur Internet, beaucoup ont relevé les qualités d’un des neufs candidats de cette première présidentielle tchèque au suffrage universel direct : Jiri Dienstbier Jr., fils de l’ex-ministre des Affaires étrangères, investi par l’opposition social-démocrate. Il est intelligent, dynamique et intègre, admettait-on volontiers, toutefois – ajoutait-on d’emblée – il a un handicap majeur : sa jeunesse. Jiri Dienstbier qui va sur ses 44 ans est sorti quatrième de ce premier tour.

En résultat, lors d’un duel télévisé entre les deux finalistes de la présidentielle tchèque, l’un d’eux somnolait et la tête de l’autre avait la fâcheuse tendance à se pencher toujours sur un côté.

Prince ou hobereau, le futur locataire du Château de Prague, siège millénaire des rois de Bohême, ne pétillera pas de santé. Il ressemblera même plutôt à un vieux monarque gâteux.

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  • spleenlancien
    spleenlancien
    Merde à l'or
    • Posté à 12h00 le 15/01/2013
    • Internaute 78672
      Merde à l'or

    Comte de Sulz, pas conte...

  • Martin Danes
    Martin Danes
    Journaliste et écrivain tchèque (...)
    • Posté à 12h24 le 15/01/2013
    • Journaliste 66921
      Journaliste et écrivain tchèque (...)

    Merci pour votre vigilance. J’ai corrigé ma faute ; c’est l’aspect féerique de notre cher prince, candidat à la présidentielle, qui m’avait sûrement induit en erreur.

  • tArTeL¤RdRe
    tArTeL¤RdRe
    click toride
    • Posté à 12h38 le 15/01/2013
    • Internaute 192571
      click toride

    super le choix..bon bah évitez l’ex-stal mafieux-libéral pour le comte Dalicula c’est ptêt mieux...

  • John Lénine
    John Lénine
    Etudiant
    • Posté à 12h55 le 15/01/2013
    • 181929
      Etudiant

    C’est lui qu’il fallait choisir ! Authentique candidat à l’élection, son corps est à 99% et quelques tatoué ! En plus ses idées sont assez intéressantes d’après les quelques interview que j’ai entendues de lui.

    • Martin Danes
      Martin Danes répond à John Lénine
      Journaliste et écrivain tchèque (...)
      • Posté à 13h25 le 15/01/2013
      • Journaliste 66921
        Journaliste et écrivain tchèque (...)

      Par souci d’économie d’espace, je n’ai pas mentionné ce candidat folklorique qui a obtenu 6,8 pour cent de suffrages au premier tour. Vous parlez de ces idées intéressantes ; j’ai cherché à en débusquer une ou deux dans ces interventions lors de la campagne électorale mais je n’ai strictement rien trouvé. Toutefois, je suis prêt à admettre qu’en cas de sa victoire, les Tchèques auraient eu un président inoubliable qui pourrait se faire respecter même par quelques tribus isolées de l’hémisphère Sud.

      • John Lénine
        John Lénine répond à Martin Danes
        Etudiant
        • Posté à 13h30 le 15/01/2013
        • 181929
          Etudiant

        Je ne me souviens plus où je l’avais entendu. Je dirais une ou deux fois sur le zapping de Canal, et dans un des JT d’Arte je crois.

         
        • Martin Danes
          Martin Danes répond à John Lénine
          Journaliste et écrivain tchèque (...)
          • Posté à 13h39 le 15/01/2013
          • Journaliste 66921
            Journaliste et écrivain tchèque (...)

          J’ai suivi presque toutes ses interventions lors des débats télévisées et j’ai constaté que les animateurs avaient un grand mal à lui arracher des réponses. A son attitude zen et à sa diction hyper lente, comme si l’on passait une bande magnéto au ralenti, on aurait dit qu’il avait consommé quelque substance interdite avant chacune de ses prestations publiques.

          • John Lénine
            John Lénine répond à Martin Danes
            Etudiant
            • Posté à 13h41 le 15/01/2013
            • 181929
              Etudiant

            « on aurait dit qu’il avait consommé quelque substance interdite avant chacune de ses prestations publiques. »

            C’est peut-être pour ça qu’il m’a semblé intéressant ! : -)

            • Martin Danes
              Martin Danes répond à John Lénine
              Journaliste et écrivain tchèque (...)
              • Posté à 13h45 le 15/01/2013
              • Journaliste 66921
                Journaliste et écrivain tchèque (...)

              Qu’est-ce que je vous comprends !

        3 autres commentaires
  • spleenlancien
    spleenlancien
    Merde à l'or
    • Posté à 13h04 le 15/01/2013
    • Internaute 78672
      Merde à l'or

    « ... Il ressemblera même plutôt à un vieux monarque gâteux. »

    La nostalgie s’appelle François-Joseph Ier

  • Bernardo Z
    Bernardo Z
    Europe ? Salope ! Tu t'es (...)
    • Posté à 14h56 le 15/01/2013
    • Internaute 196411
      Europe ? Salope ! Tu t'es (...)

    69 et 75 ans, bientôt les élections se feront directement dans les cimetières dites moi ? : -)

    • spleenlancien
      spleenlancien répond à Bernardo Z
      Merde à l'or
      • Posté à 15h02 le 15/01/2013
      • Internaute 78672
        Merde à l'or

      Les urnes n’étant que le cercueil de nos illusions pourquoi pas dans un cimetière... : o)

      • Bernardo Z
        Bernardo Z répond à spleenlancien
        Europe ? Salope ! Tu t'es (...)
        • Posté à 15h05 le 15/01/2013
        • Internaute 196411
          Europe ? Salope ! Tu t'es (...)

        En effet on reste bien dans l’état d’esprit... : -)

      • vorivzakonie
        vorivzakonie répond à spleenlancien
        toujours juste -Ceterum censeo (...)
        • Posté à 03h54 le 16/01/2013
        • Internaute 168643
          toujours juste -Ceterum censeo (...)

        A ce propos deux anecdotes :

        A la veille de la réélection d’Eltsine, dans le sauna du Kremlin son âme damné Korjakov lui glisse à l’oreille : « Boris Nicolaïevtch, la démocratie c’est bien, mais sans élections ce serait mieux ».

        Dans le même temps Georges Soros (une autre âme damné des pays de l’Est) dans le bar d’un grand hôtel de Moscou glisse à l’oreille de Berezovski un truc du style : « La réélection c’est pas dans la poche. Ils vont t’envoyer en Sibérie. A votre place les gars je ferais gaffe ! »
        Et Berezovski de réunir les 6 Oligarques les plus pourris de toutes les Saintes Russies y compris son pire ennemi pour mettre tous leurs moyens médiatiques au service du vieux Boris.

        Pour ce qui est de la Loukoïl après que le traitre Khodorovoski se soit retrouvé en Sibérie et que Berezovski se soit retrouvé en exil à Londres, Vagit Alekperov son président, deuxième fortune de Russie, a sagement comme d’autres fait allégeance. En échange de quoi, entre autres, Poutine a inauguré avec lui a New York la première station d’une compagnie de stations services issue du rachat de la Getty Petroleum Marketing Inc et où l’essence est trois fois plus cher qu’en Russie mais la moins chère des USA.
        En Tchécoslovaquie, Vagit Alekperov possède les station-services JET... et y a d’autres projets liés à l’acheminement du pétrole vers l’Ouest.
        A ne pas douter que notre buveur de Becherovka a de fortes chances de l’emporter.

        на здорове !

  • vorivzakonie
    vorivzakonie
    toujours juste -Ceterum censeo (...)
    • Posté à 02h59 le 16/01/2013
    • Internaute 168643
      toujours juste -Ceterum censeo (...)

    Des aristos ! A ne pas s’étonner quand on coupe en deux la Tchécoslovaquie comme on a coupé en deux la Yougoslavie que l’on revienne au XIXème siècle avec des régnants à la masse et un peuple hagard non plus du coup du fait de son inculture volontairement entretenu, mais du fait de son intoxication permanente par la société du spectacle en servitude volontaire. L’iconologie à la place de la conscience politique. Exit la fine intelligence et la grande culture d’un Vàclav Havel...

    A propos de la Becherovka, ma mère en avait toujours une bouteille dans le frigidaire. C’est plus un digestif qu’une liqueur, assez dégueulasse d’ailleurs, mais ma mère prétend que cela soignait un peu son cancer. J’en ai toujours une bouteille dans mon bar.

  • Elocirkus
    Elocirkus
    Ailleurs
    • Posté à 18h07 le 16/01/2013
    • Internaute 189611
      Ailleurs

    J’adore autant l’article que les commentaires :)

    Ps : Chouette pays la république tchèque ^^

  • Kedor
    Kedor
    Nulle
    • Posté à 12h48 le 17/01/2013
    • Internaute 197394
      Nulle

    Allons allons, pourquoi tant de pessimisme ? Plus que leurs petits travers, c’est surtout ce que représentent les deux candidats qui compte. Et à ce titre, vous n’êtes pas franchement impartial...
    De toute manière, vu le peu de pouvoir réel qu’aura ce président, je cite Emett Braun : on s’en balance, non ?

    Enfin, l’élection a beau ne pas satisfaire tout le monde mais.... Elle satisfera au moins quelques-uns. Franchement, qui pourrait dire que la scène politique française ou espagnole, italienne ou encore britannique, a quoi que ce soit d’enviable ?

    • Martin Danes
      Martin Danes répond à Kedor
      Journaliste et écrivain tchèque (...)
      • Posté à 10h45 le 18/01/2013
      • Journaliste 66921
        Journaliste et écrivain tchèque (...)

      Mais je n’ai jamais prétendu être impartial, Kedor. Pour moi en tant qu’auteur, Impartial est presqu’un gros mot, un peu comme « impuissant ». Mon parti pris, c’est l’honnêteté en politique !

      • Kedor
        Kedor répond à Martin Danes
        Nulle
        • Posté à 13h55 le 19/01/2013
        • Internaute 197394
          Nulle

        Je veux bien, mais alors pourquoi attaquer les confrères à propos de leur soi-disant acquisition à un des deux candidats (celui que vous ne soutenez pas ?) ?

        Oh, on peut lui reprocher bien des choses à Karel Schwarzenberg. Mais lui prêter des mots ou des intentions qu’il n’a pas prononcés et s’appuyer sur une théorie du complot médiatique (c’est drôle, on retrouve toujours les mêmes arguments dans tous les camps, à toutes les élections, dans tous les pays) ; dénigrer son électorat nécessairement « teenager » dont le seul argument serait la « cool attitude » du suscité candidat... Tout ça ne relève pas tant que ça de cette honnêteté dont vous vous enorgueuillissez.

        Vous avez un point de vue, soit. Plus qu’un choix, je comprends bien que ce soit votre métier et je suis même d’accord avec vous sur le fait qu’un journaliste ne saurait-être entièrement neutre. Il y a néanmoins une différence entre point de vue et parti-pris.

        PS : ne vous sentez pas attaqué ; j’ai lu et continuerai à lire avec attention et, souvent, plaisir, vos articles de rue 89 et d’ailleurs :)

         
        • Martin Danes
          Martin Danes répond à Kedor
          Journaliste et écrivain tchèque (...)
          • Posté à 14h12 le 19/01/2013
          • Journaliste 66921
            Journaliste et écrivain tchèque (...)

          Cher Kedor, merci de me rester fidèle, tout en vous sentant (souvent ?) en désaccord avec mes textes (rien de plus normal dans une société humaine, n’est-ce pas ?). Mais, quelque peu aveuglé que vous êtes par votre propre parti pris à vous, vous vous trompez sur un point majeur : Je ne suis pas « fan » de Milos Zeman dans cette élection ! Je crois même que, dans mon article, j’ai « dénigré » à un degré égal les deux finalistes de la présidentielle tchèque. Et que 85 pour cent des médias pragois font révérence « au prince Karel », c’est un fait, il suffit de vous informer là-dessus en détail. De là à dire qu’il s’agisse d’un complot... en tout cas c’est vous qui le dites !

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