Texaspérant

Le Texas est bipolaire : farouchement républicain, pays de "Walker Texas Rangers" et de "Dallas", du pétrole et de la religion omniprésente, sa capitale, Austin, est un bastion culturel et progressiste digne du San Francisco des années 1970.

Messe'n'roll

Publié le 26/12/2011 à 12h46

Je suis allé, par curiosité, suivre la messe dominicale à l’University Baptist Church. Quelle expérience ! Dans un bâtiment moderne qui ne laisse en rien présager de son programme, une salle au deuxième étage, au demeurant plutôt agréable, accueille le service.

Malgré son nom équivoque, l’église n’est absolument pas rattachée à l’université – elle tire juste son appellation de sa proximité avec le campus, à un petit bloc de ce dernier.

D’ailleurs, on peut trouver un nombre impressionnant d’églises, de confessions toutes différentes, à proximité du campus : catholique, méthodiste, épiscopale, luthérienne, presbytérienne,…

Le Baptist Comedy Club ?

Trois cent chaises disposées face à une scène plutôt sympathique, ambiance grand café-théâtre – la scène se prêterait bien à un stand-up à l’américaine. Et justement…

Le pasteur, micro en main, la trentaine, allure décontractée, fait son show exactement comme un comédien de stand-up le ferait. Bon, ses blagues sont moins drôles – mais il en fait quand même, et les fidèles semblent conquis ! Derrière lui, une batterie, quelques micros, deux amplis – vides. Pour l’instant.

Autour de lui, trois écrans diffusent la présentation PowerPoint de son service – comme à l’université ! Parties, sous-parties, puces, certains fidèles en profitent pour prendre des notes. Comme à l’université – sauf que personne n’est sur son MacBook à faire passer le temps sur Facebook (ou sur Rue89, bien sûr, consciencieusement lu par tous les étudiants texans !).

D’ailleurs, la plupart des fidèles – la salle est pleine – ont la vingtaine grand maximum, un look d’étudiant type – le genre de personnes que tu imagines plutôt en train de décuver dans son lit que d’aller à la messe le dimanche matin. Enfin, peut-être concilient-ils les deux ? !

Austin, « Live Music Capital of the World »

Après la prédication enflammée du pasteur-acteur qui se balade sur scène avec un charisme et une aisance à faire pâlir d’envie les acteurs-pas-pasteurs, un groupe de rock fait son entrée en scène – deux guitares, une basse, une batterie, une chanteuse.

Ils ne joueront qu’une seule chanson – elle durera plus de dix minutes. Les écrans autour d’eux diffusent les paroles – un karaoké religieux. Certains fidèles chantent à tue-tête, d’autres s’agitent comme s’ils étaient à un concert de rock – ils dansent, crient, lèvent les bras, une transe musicale étonnante à l’église !

Je ne discuterai pas ici la teneur des propos tenus – c’étaient des propos somme toute assez banales pour une église – rien de nouveau sous les tropiques ! Ce qui ne m’empêche pas de désespérer devant une telle soumission à l’absolue, devant une telle négation de l’humanité qui laissent la porte ouverte à bien des dérives… Mais stop – j’ai dis que je n’en parlais pas !

Et puis, en trente minutes, c’était fini. La chanson-fleuve touche à sa fin, les fidèles sont tous debout, les bras tendus en V, certains hurlent, applaudissent, transcendés par le pouvoir de la religion.

Les lumières se rallument, les gens se dirigent vers la sortie. Peut-être aussi le secret pour attirer ces fidèles jeunes et dévoués est-il de leur réserver des services à leur image – décontracté, dynamique, « amusant »… et, surtout, pas trop longs : c’est pas tout mais ils doivent aussi réviser leurs partiels !

En sortant, je suis passé devant une autre église du coin – la plus proche du campus, la plus visible, la plus imposante, située sur la rue la plus passante du quartier quand les autres sont généralement un petit peu plus reculées : l’Eglise de Scientologie du Texas…

La messe y était plus confidentielle : dix chaises dont huit vides, un prédicateur et un paperboard. Ils ne sont donc pas encore passés à la technologie PowerPoint, les scientologues ? La semaine prochaine, une nouvelle mission : y assister. Non, je rigole – faut pas déconner, quand même !

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  • Ptilou67
    Ptilou67
    C'est pas facile
    • Posté à 20h13 le 28/12/2011
    • 175346
      C'est pas facile

    Certes, vous êtes au Texas... mais si vous aviez été en France, je vous aurai donné quelques adresses où vous auriez pu « vivre » la même chose dans des églises évangéliques... Rétroprojecteur pour suivre les paroles des chants, prédicateur « in », groupe de louange avec une pêche « d’enfer », un accueil vip pour tout nouvel arrivant...
    Dans votre article, je retrouver tout ce que j’ai vécu durant 10 ans en tant que membre d’une église évangélique française.

    Merci pour ce partage ! Même si cela ravive des souvenirs un peu douloureux...
    La vérité est toujours bonne à dire.
    Mais ne nous voilons pas la face : tout cela n’a qu’un seul but : le prosélytisme. Recruter encore et encore de nouveaux membres.

    « Ce qui ne m’empêche pas de désespérer devant une telle soumission à l’absolue, devant une telle négation de l’humanité qui laissent la porte ouverte à bien des dérives… »

    Olivier

  • Ebualibana
    Ebualibana
    créatif
    • Posté à 11h24 le 29/12/2011
    • Internaute 122069
      créatif

    D’après l’auteur Thomas Cahill, le monothéisme (dans ses variantes judaïques et chrétiennes) fut une révolution par rapport aux religions cycliques et fatalistes de l’antiquité, en affirmant que tous les humains naissent égaux sous le ciel et que chacun peut donner un sens à sa destinée à travers des choix.

    Tout comme l’Empire romain qui jetais les chrétiens aux lions, les dictatures se sentent mises en danger par ce discours qui met en avant le libre arbitre. Il ne faut donc pas jeter le bébé avec l’eau du bain : la foi amène parfois les personnes à donner le meilleur d’elles-mêmes. J’éviterais de cracher sur ces philanthropes chrétiens qui font un travail remarquable : Croix rouge, Armée du salut, Alcooliques anonymes, Disciples d’Emmaüs, etc...

    Vous venez d’un ex-royaume catholique devenu république laïque. C’est évidemment biaisé et réducteur de baser son opinion sur une visite d’une heure et demie. Une bonne partie de la population des USA descend d’intégristes protestants qui fuirent la répression de structures pyramidales telles que l’église officielle.

    Pour éviter les amalgames, il faudrait donc prendre en compte la structure administrative et le fonctionnement de l’église dont vous parlez. C’est là que l’on peut vraiment différencier le bon grain de l’ivraie. Après cela, persister à stigmatiser les structures transparentes et démocratiques serait vraiment de la « mauvaise foi » ; -)

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