Traversée à grande vitesse

Louis Villers a embarqué à bord du maxi-trimaran Groupama 3, il raconte jour après jour sur Rue89 la traversée de l'Atlantique du bateau et de l'équipage, et met en relation les marins et les internautes.

« C'est bon, on peut éteindre le moteur » : premier jour en mer

Louis Villers
Reporter / LINTERVIEW.fr
Publié le 24/06/2009 à 23h04


1ere journée de navigation

Et c’est parti ! Pour la première fois, je suis assis à ma bannette, le clavier en plastique posé sur mes genoux repliés. En tournant la tête, j’aperçois, par le hublot, l’eau turquoise qui défile. La dérive vibre, on entend le vent souffler dans les haubans. Nous filons, droit vers l’Amérique. L’équipage est heureux.

Flashback. 8h30, ce matin. L’ensemble de l’équipage se retrouve à la terrasse de l’hôtel. Nous ressemblons à tout, sauf à 10 marins sur le point de traverser l’Atlantique. Seules nos tenues identiques Groupama trahissent l’objet de notre réunion, et déjà, les retraités anglais viennent gentiment nous rappeler que nous venons de passer notre « last night in civilization ».

Rapide briefing météo et distribution des dernières tâches. Vers midi à table, je prends véritablement conscience d’être entouré de « tourdumondistes ».Tous racontent leurs souvenirs de New-York, de Tasmanie, ou encore de Cap Horn.

De chavirages, de naufrages et de victoires. Comment exprimer mon excitation pour une simple traversée de l’Atlantique, alors que ces mecs ont juste l’impression d’aller faire un tour dans la baie de la Baule ?

Retour sur le bateau, cette fois-ci, je n’y redescendrai pas. Nous chargeons nos affaires, déchargeons l’inutile. Je suis le numéro 10, j’ai donc la bannette (lit) numéro 10, la gamelle numéro 10, le casier numéro 10, le ciré numéro 10. Tout est organisé à bord, en cas de problème, il faut être réactif.

Mes bras se transforment en compote…

Enfin nous larguons les amarres. Le moment tant attendu. Depuis des mois, j’attends cette traversée, et jamais une matinée ne m’a paru aussi longue.

Nous sortons de la marina de Cascais, et au bout de quelques minutes, commençons à hisser la grand voile. Debout sur le moulin à café, je mouline. Ces sortes de colonnes, reliées aux winchs permettent de démultiplier les forces, et franchement, ce n’est marrant que les quatre premières secondes.

En effet, depuis cinq mois, je me la pète en racontant que le mât fait 38 mètres de haut, mais bordel, je n’avais pas pensé qu’il fallait y hisser une voile...

Je n’en peux plus, mes bras se transforment en compote, je deviens tout rouge, je souffle comme pas possible, et en face de moi, Lionel Lemonchoix semble mouliner avec une facilité déconcertante… « Allez les mecs, vous en êtes à la moitié ! » -le genre de phrase qui ne fait pas plaisir…


Au moulin à café

« Bon, c’est bon, on peut éteindre le moteur ». Fred s’écarte de quelques degrés du vent et le bateau prend immédiatement de la vitesse.

Ce monstre semble ne plus rien peser et se met à glisser sur l’eau tel un petit dériveur. Je ma ballade sur le bateau, essaie de prendre mes marques pendant que l’équipage s’affaire sur des petits détails techniques à régler.

Déjà les quarts sont mis en place, dans trois heures, je monterai sur le pont avec Fred, Gaël et Yann. La vitesse est toujours envoutante, mais devenant habituelle, reste-elle excitante ? Je ne le sais pas.

Sentir la dérive vibrer, de voir l’eau défiler à toute allure

Ce qui est sûr, c’est que ces bateaux procurent une sensation permanente. Celle de sentir la dérive vibrer, de voir l’eau défiler à toute allure sous les filets, d’aller plus vite que le vent lui-même. Celle d’avoir le temps de « vivre le moment présent » tout en étant heureux « d’avaler les miles »

Juste avant de finir ce papier, je suis monté sur le pont quelques minutes, le temps d’apercevoir des dauphins, et… des baleines ! A demain !


Le stand-by

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  • MarineMe
    MarineMe
    étudiante
    • Posté à 10h40 le 25/06/2009
    • Internaute 74890
      étudiante

    Merci Louis de faire partager cette belle aventure ! Si tu savais le nombre d’envieux que tu fais !

    Un détail attise ma curiosité, détail purement pratique et préoccupation tout à fait féminine, maintenant que j’ai planté le décor, ma question est la suivante : niveau hygiène (les douches avec un quota de 5 minutes d’eau chaude à la capitainerie étant exclus) comment ça se passe ? ?

    A bientôt moussaillon.
    Bon courage à tous

  • supersapiens
    supersapiens
    lecteur libre
    • Posté à 17h05 le 25/06/2009
    • Internaute 68356
      lecteur libre

    Trop top...

    J’attend la suite ! ! ! !

  • poissonpiloté
    poissonpiloté
    c'est par où l'amer ?
    • Posté à 18h34 le 25/06/2009
    • Internaute 75343
      c'est par où l'amer ?

    C’est indécent en ces temps troublés de nous faire envie à ce point. Profitez en pleinement mais quelque chose me dit que ça risque d’aller trop vite de toutes façons.
    Petite interrogation, Charlie c’est pour animer les petits bateaux sur France inter à la rentrée ? : - )

  • samivel51
    samivel51 répond à MarineMe
    Jeune insolent
    • Posté à 19h28 le 25/06/2009
    • Internaute 28345
      Jeune insolent

    Comme ils sont en convoyage, ils ont probablement émbarqué de l’eau douce. Donc je dirais un seau d’eau par jour avec savon et gant de toilette. En conditions de record, où chaque gramme compte, je pense que c’est plutôt des lingettes pour fesses de bébé... de temps en temps.

  • Louis Villers
    Louis Villers répond à MarineMe
    Reporter / LINTERVIEW.fr
    • Posté à 09h04 le 26/06/2009
    • Internaute 74512
      Reporter / LINTERVIEW.fr

    Petite répose à Marineme,
    Pour ne rien te cacher, il n’y a pas de douches à bord, pour ne vraiment rien te chacher, au bout du 3ème jour, nous n’vons pas encore enlevé nos couches de vetement.

    Sinon,pour les petits et gros besoins, tout se passe sur le pont... pas toujours évident vu la rapidité du bateau. Petite vidéo à venir !

  • BUBRY56
    BUBRY56
    Garde-côte-de-boeuf
    • Posté à 17h08 le 26/06/2009
    • Internaute 83915
      Garde-côte-de-boeuf

    Je vous envie.
    J’étais sur GROUPAMA 3 ce lundi à Cascais. J’ai eu le bonheur immense d’y être invité et de naviguer avec l’équipage.
    Je ressens vos sensations. Je les vis avec vous. Je sens le bateau glisser, la mer défiler sous les filets.

    Je vous souhaite le mer la plus belle. Et le record.
    Tous mes voeux à l’équipage.

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