Traversée à grande vitesse

Louis Villers a embarqué à bord du maxi-trimaran Groupama 3, il raconte jour après jour sur Rue89 la traversée de l'Atlantique du bateau et de l'équipage, et met en relation les marins et les internautes.

Il est 3 heures du matin et sur le pont, je pense au Titanic

Louis Villers
Reporter / LINTERVIEW.fr
Publié le 29/06/2009 à 17h58



Groupama 3 de nuit

Photo : Loïc Dorez

Je monte sur le pont. Il est 3 heures du matin. J’ai dormi entre 9 heures et minuit, somnolé entre minuit et 3 heures. Maintenant, il faut monter, c’est mon quart. On s’échange un petit sourire, histoire de demander comment va l’autre, sans pour autant attendre de réponse.

Fred est déjà à la barre. Les équipiers, par cette nuit calme, semblent dormir sur place, les yeux ouverts, scrutant le sillage qui défile indéfiniment.

Nous sommes tout près du banc de Terre-Neuve. Zone magique, qui, une fois pénétrée, nous plonge dans un univers totalement différent. En quelques miles, la température de l’eau a chuté de 21° à 8°. Le brouillard s’est levé. Le vent ne souffle qu’en altitude, procurant cette sensation étrange d’aller vite dans le néant.

La lune a disparu. La nuit est noire. Nous sommes dans la zone des glaces. Je m’amuse à imaginer Groupama 3 glissant sur les eaux tel un bateau fantôme perdu dans l’Atlantique Nord.

Des centaines d’ombres dansent avec le bateau

Naviguer de nuit est toujours une sensation unique. Plus sur Groupama 3 ? C« est possible. Habituellement très bruyant, ce bateau semble devenir calme. Il n’en est pourtant rien, mais le simple fait de savoir que toutes les lumières soient éteintes à bord, que le reste de l’équipage dorme profondément nous donne presque envie de parler tout bas.

Quelques écrans de navigation éclairent le cockpit. Nos lampes frontales viennent de temps en temps les soutenir. En penchant la tête nous apercevons les lueurs vertes et rouges, respectivement à tribord et bâbord. Des centaines d’ombres semblent danser avec le bateau, glisser sur la voile d’avant, tourner autour du mat pour disparaitre dans le sillage.

Au final, d’une nuit de navigation, il n’y a pas grand-chose à raconter. Nous sommes assis. Nous ne parlons pas. A terre, nous aurions eu l’impression de perdre notre temps. En mer, nous le prenons pour réfléchir. Réfléchir doucement sur des choses auxquelles nous n’aurions pas eu le temps de nous interroger à terre. Réfléchir sur le fait d’être le seul bateau à cet endroit.

Avoir le sentiment d’être seul au monde. D’être, comme le disait Jack, “ le maitre du monde ”. Mais d’être immédiatement rappelé à notre humilité face à l’immensité de l’océan.


Sur le pont de Groupama 3 au petit matin (Louis Villers)

Photo : Loïc Dorez

Ce soir, toutes les “polaires” sont sorties, il fait froid sur le pont. La bouche et le menton repliés à l’intérieur du col du ciré, les mains bien au chaud dans leurs poches, nous n’avons qu’à admirer.

Parfois, le sommeil reprend le dessus. Nos paupières deviennent lourdes, nos têtes tombent légèrement. Il faut alors se lever, aller chercher un morceau de chocolat, faire un petit réglage sur le pont, puis, venir se poser à nouveau.

Tiens, à ma gauche, une notice “ Manœuvre de récup homme à la mer ”

On essaie de penser à des choses plus terre à terre. On pense à vous, terriens, bien au chaud dans vos couettes. On regarde autour de nous. Tiens, à ma gauche, une notice “ Manœuvre de récup homme à la mer ”. Je me demande bien comment, par cette nuit noire, avec cette vitesse, dans cette eau si froide, et sans gilet de sauvetage, l’équipage pourrait me récupérer si je tombais à l’eau.

Et une fois de plus, une pensée pour Titanic, qui, il y a une centaine d’année coulait non loin d’ici.

Instants magiques, uniques, surréels, que certains tentent de décrire par la voix, le texte, l’image ou le film, mais qui ne peuvent qu’êtres vécus pour êtres compris.

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  • MarineMe
    MarineMe
    étudiante
    • Posté à 11h23 le 30/06/2009
    • Internaute 74890
      étudiante

    Bel article Louis, si la magie de l’instant ne peut être que vécue pour être comprise, tes mots l’évoquent assez pour nous la faire imaginer, ce qui, je crois, reste mieux pour le rêve... Alors merci !

  • Mister K
    Mister K
    Arpenteur
    • Posté à 12h37 le 30/06/2009
    • Internaute 81215
      Arpenteur

    Pour nous donner le grand frisson, à nous autres qui sommes à terre, un documentaire (diffusé sur la BBC et Thalassa en novembre 2007) sur des vagues géantes d’un genre anormalement violent, dites « vagues scélérates ». Ce n’est pas qu’un mythe parait il. Et selon les observations par satellite, les navigateurs peuvent en rencontrer dans certaines conditions de mer un peu formée à peu près partout dans le monde. A voir ou à revoir ici :

    Lien

    « Les disparitions de navires en pleine mer étaient longtemps attribuées à des vagues géantes. Une inanité, selon les scientifiques, jusqu’au jour où une vague de 26 mètres de haut fut effectivement enregistrée, en 1995.... »

  • Chris939
    Chris939
    Travailleur précaire
    • Posté à 18h29 le 30/06/2009
    • Internaute 26548
      Travailleur précaire

    « La lune a disparu. La nuit est noire. Nous sommes dans la zone des glaces. Je m’amuse à imaginer Groupama 3 glissant sur les eaux tel un bateau fantôme perdu dans l’Atlantique Nord. »

    Groupama 3 ! ! ! Quelle horreur !

    Vous parlez d’une poésie ! Groupama 3 !

    Quelle tristesse ! Quel grotesque !

    Groupama 3 ! - Non mais franchement, avec un nom pareil, évitez-nous vos écrits : pas crédibles.
    Naviguez, portez-vous bien, remportez votre prix commercial mais SVP, épargnez-nous votre poésie financiarisée à trois balles.
    Merci.

  • leactualites
    leactualites
    étudiante
    • Posté à 19h16 le 30/06/2009
    • Internaute 84232
      étudiante

    Tres bel article mon loulou... Ca fait rêver !

    Ais je besoin de signer ? ... =) Je t’embrasse.

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