Traversée à grande vitesse

Louis Villers a embarqué à bord du maxi-trimaran Groupama 3, il raconte jour après jour sur Rue89 la traversée de l'Atlantique du bateau et de l'équipage, et met en relation les marins et les internautes.

Sécurité : dans l'océan, personne ne vous entendra vous noyer

Louis Villers
Reporter / LINTERVIEW.fr
Publié le 01/07/2009 à 22h10


Louis et Fred (Loïc Dorez)

Normalement, dans quelques heures, nous serons à New-York. Les dernières heures. Comme dans tout voyage, elles ont une saveur particulière. Cet étrange sentiment d’être tiraillé entre l’excitation d’arriver et le regret de finir. J’ai eu du mal à descendre taper mon article, le bateau déboule à 30 nœuds et je veux profiter de ces derniers miles (200 environs).

Et pour ces dernières heures, nous avons eu droit tout… Une longue journée de pétole (pas de vent) mardi. Longue, mais plutôt sympathique, car l« ensemble de l’équipage était sur le pont. Nous en avons profité pour discuter, faire sécher nos affaires, lire, bricoler et enlever des couches de vêtements !

Cette nuit n’a pas été très ventée, mais a été marquée par un épais brouillard. J’en ai profité pour discuter avec Fred de la sécurité des hommes à bord. Groupama est un bateau très sain, et lorsque les équipiers ne sont pas à l’avant, ils n’ont aucune chance d’être confrontés au risque numéro 1 : la chute à la mer.

Sur ce genre de bateau, tomber à l’eau est fatal : la vitesse est telle et les manœuvres si compliquées que récupérer un homme avant qu’il meurt de froid est quasiment impossible. Le simple fait de le localiser est un problème en soit, et dans une nuit noire et brumeuse, il faut oublier…

De gros orages avec 40 noeuds de vent, et des éclairs à quelques mètres

En cas de gros temps, les équipiers sont en général équipés de lumières et de fusées pour faciliter le repérage. S’ils sont amenés à se déplacer sur le bateau, ils peuvent s’attacher aux “ lignes de vie ”, sortes de cordes auxquelles ils peuvent s’amarrer.

Autre aspect de la sécurité, peut-être le plus important selon Fred : l’unité et l’expérience de l’équipage. Dans le cas d’un grave problème, un chavirage par exemple, dans lequel deux ou trois hommes peuvent se retrouver à la mer, et d’autres peuvent être blessés, il faut être sûr de pouvoir compter sur les autres.

Et nous avons pu constater une fois de plus la réactivité de l“équipage ce matin, face à des formations rapides et violentes d’orages (40 nœuds de vent, éclairs à quelques centaines de mètres…)


manoeuvre

Je ne vais pas tarder à remonter sur le pont, profiter des derniers miles. Une excitation est papable chez tout l’équipage. Celle de retrouver la terre, un bon lit, un bon steak, une bonne bière. Celle d’arriver à New York aussi. Quelques oiseaux et bateaux de pêche nous rappellent que l’Amérique n’est pas si loin.

En mer, il n’y a pas de ‘bonjour’, ni de ‘bonsoir’

Au bout d’une semaine, nous nous sommes habitués à la vie en mer. Habitués à n’avoir que quelques pas à faire pour constater l’état de la mer. Habitués à parcourir dans un sens et dans l’autre ce ridicule espace de vie partagé entre dix hommes.

Habitués à ce bruit. Habitués à ces visages, croisés plusieurs fois par jours, à n’importe quelle heure. La dernière fois que nous nous sommes dis bonjour, c’était à l’hôtel au Portugal. La prochaine fois que nous nous dirons au revoir, ce sera ce sera demain sur le quai.

A terre, dans la vraie vie. En mer, il n’y a pas de ‘ bonjour ’ et de ‘ bonsoir ’, il n’y a pas d’horaires, il n’y a qu’une cohabitation permanente.

Je vous laisse donc, ayant hâte de partager avec vous l’arrivée, de jour ou de nuit, à New-York.

A demain !


38 noeuds

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  • Gantoo
    Gantoo
    Ingénieur Informaticien
    • Posté à 09h24 le 02/07/2009
    • Internaute 84393
      Ingénieur Informaticien

    Quelle chance vous avez de pouvoir partager ce genre d’aventure ! Vivre tout cela de l’intérieur...

    J’ai pu effectuer un transat, bien plus classique (Cap Vert - Brésil, sur un lagoon), cet hivers. Je n’ai qu’une envie aujourd’hui : remettre ça. C’est long, si loin de la famille, et parfois chiant à mourir, surtout avec un équipage qui ne s’entend pas forcément, mais ce sont vraiment des moment uniques.

    Et ce mélange de sentiments contradictoires en apercevant les premières traces de terre. La joie de retrouver les siens, d’arriver sur un nouveau continent, et de jouir d’un certain confort... se mêle à la peine de voir l’aventure se finir, de retrouver le monde des fous, où le temps semble compté pour tous (encore que pour vous, ce doit être différent).

    Que de souvenirs...

    S’il vous reste une place sur le prochain, je me ferais tout petit.

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