Le livre numérique, beau coup marketing
En mai 2009, pour mon anniversaire je décidais de m’offrir un luxe. Pas une Rolex, ni une semaine en Thalasso à Pouet-les-bains. Allez, je vous aide un peu, ça touche au livre. Toujours pas ? Les deux tomes de Julien Gracq en Pléiade ? Ahhhh, on y est presque, ça c’est pour cette année.
L’année dernière, je me suis offert une liseuse. Une liseuse, ce n’est plus une lampe et ce n’est pas encore une jeune femme légèrement vêtue vous susurrant des poèmes langoureux au rythme des vagues sur une plage des Caraïbes.
Une liseuse, c’est un livre électronique, un petit appareil qui permet de restituer un texte au format numérique. C’est autonome, portable, léger et lisible, grâce notamment à l’encre électronique, géniale invention qui permet de lire sans se fatiguer les yeux. Car allez essayer de lire « Les Misérables » sur votre iPhone et revenez me dire comment ça fait.
La liseuse, le « must » du grand lecteur
J’ai donc choisi le Cybook Gen3 de Bookeen, car on ne m’imposait pas d’aller à la Fnac pour télécharger les livres dont j’avais envie. J’ai lâché dans les 300 euros avec la pochette en cuir. On me proposait un pack à 350 euros avec une carte SD (stockage de données) de 4Go et un adaptateur. J’ai dit non, car ça faisait cher la carte SD. J’ai joué le radin, il n’y a pas de petites économies.
Je suis retourné à la maison, comme un ado ayant cassé sa tirelire pour sa première guitare Stratocaster. Je l’ai allumé, j’ai feuilleté... Oups, que dis-je, j’ai parcouru les différents menus, cliqué ici et là, puis je me suis lancé dans la lecture du « Mystère de la chambre jaune » de Gaston Leroux... C’était il y a un an.
Aujourd’hui, je n’ai toujours pas percé le mystère et je ne sais plus où est ma liseuse, sûrement perdue sous une pile de vrais livres à lire.
Le supposé tsunami à venir du livre numérique
Pourtant, je dois la retrouver car j’ai lu dans les Echos qu’arrivait le tsunami du livre numérique. Au dernier Salon du livre, on ne parlait que de l’avenir du livre en glosant sur le livre numérique.
Je dois être prêt pour la vague. J’écris cette dernière phrase avec une bonne pincée d’ironie car je dois vous avouer que je n’ai rien d’un surfeur et je ne suis pas patient. Et avec ma liseuse, j’ai perdu patience. Car quand on parle du livre numérique et des liseuses, on n’en parle qu’au futur. On parle de ce que sera, de ce qui se traduira par, on parle de budget prévisionnel, on parle de promesses, on ne parle que du futur.
Et bien souvent, quand on me parle du futur, ça me fait peur. On dit qu’avec une liseuse, on pourra transporter sa bibliothèque n’importe où avec soi. Les cartes mémoires pourront stocker jusqu’à 10 000 livres et bientôt plus. Enfin cette info date de l’année dernière : cette année, on pourra en stocker combien sur 32Go d’espace mémoire ? Théoriquement des dizaines de milliers ! ! Cela fait tourner la tête.
Les analystes doivent s’en donner à cœur joie pour convaincre leur direction d’investir un maximum sur le marché du livre numérique. C’est potentiellement des millions de livres au format numérique qui attendent d’être vendus. Et si on s’attaquait au marché chinois aussi ? ? Imaginez des milliards de liseuses vides attendant d’être remplies de milliers de livres ! Enorme !
On ne lira jamais ces 10 000 livres
Les analystes devraient regarder la télé un peu plus. Même les vieilles émissions disponible sur YouTube ou le site de l’INA. Ils y trouveraient des études sérieuses. Un exemple : combien de livres lirons-nous dans notre vie ? Pas plus de 2 000 à en croire Pivot.
Mais ça, c’est le chiffre tiré à l’extrême. C’est le cas où on lit un livre par semaine. Un livre par semaine ! Vous lisez un livre par semaine ? Ne répondez pas tous en même temps, je suis sûr que certains d’entre vous le font. Je le fais moi-même et plus encore, mais c’est mon métier. Je ne veux faire du mal à personne, mais j’ai lu me semble-t-il, mais ça date un peu, qu’en France on lisait dans les trois livres par an en moyenne et par Français. Trois livres par an.
Trois livres par an ! Et même si c’était cinq, ça ne donne pas forcément envie d’investir dans une liseuse. Et comme en général, les pros du marketing en font des produits renouvelables, comme le téléphone portable ou les lecteurs de mp3, il faudrait changer de liseuse au bout de trois ou quatre ans. Ça ferait cher du roman à l’eau de rose, n’est-ce pas ? ?
Je sens que certains ont envie de pleurer. J’imagine déjà Bernard Werber s’arracher ce qui lui reste de cheveux.
Trop chère la liseuse ?
Et si ça coûtait le prix d’un lecteur mp3 moyen ? Là encore, rien n’est moins sûr. N’oublions pas une chose essentielle : on ne lit qu’un livre à la fois. Et depuis l’invention du livre de poche, on n’a pas fait mieux !
Ils y travaillent. Qui ça « ils » ? Mais les gens du marketing pardi ! Ah s’il ne restait plus d’arbre, tout serait tellement plus simple. Mais non, les forêts sont de mieux en mieux gérées, les papetiers font de gros effort pour nous offrir des papiers de qualité et recyclables. Ils doivent trouver une solution pour nous refourguer leurs liseuses.
Une question qui me vient là, de suite : n’avez-vous pas remarqué les pavés que lisent vos voisins dans le métro ou dans le bus ? Le dernier « Twilight » 750 pages, « Le Symbole perdu » de Dan Brown, 600 pages, le dernier Katherine Pancol, 850 pages... Des ouvrages tellement gros et lourds qu’on aurait envie d’une liseuse pour les lire.
Ah, ces pros du marketing, il pourrait même nous en faire manger qu’on en redemanderait !
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Bonjour M. Ounadjela,
Premier commentaire sur votre blog. Je constate qu’on vous a relégué en bas à droite de la page d’accueil pour l’inauguration… Passons...
Je trouve vos questions pertinentes : à quoi bon avoir 10 000 livres numérisés en stock sachant qu’on n’en lira certainement pas la moitié. A quoi bon payer pour ce gadget quand on peut se cultiver gratuitement à la bibliothèque (quand on en a une près de chez soi) ou à moindre coût lorsqu’on souhaite posséder le livre qu’on lit ?
Mes parents m’ont permis de hanter la bibliothèque de ma petite ville de province le samedi après midi avant même que je sache lire. J’aime toucher les livres, les sentir, tourner les pages etc. De ce fait, je n’ai pas testé la « liseuse », je ne suis pas mûr pour la lecture de livres sous format numérique. Je suis un has been des nouvelles technologies. Néanmoins, je me souviens du nilslof d’il y a dix ans qui freinait des quatre fers afin de ne pas avoir à subir le téléphone portable puisqu’il avait déjà un fixe à la maison et au boulot, ainsi que des cabines téléphoniques à chaque coin de rue. J’avoue que j’aurais du mal à m’en passer maintenant.
Le nilslof d’aujourd’hui possède des livres, une carte de bibliothèque, peut en emprunter aux amis, leur en prêter, en acheter chez le libraire... Si on m’offrait une tablette, je grommellerais dur. Je suis tenté de me dire que je ferais comme vous, je la paumerais dans un coin et l’oublierais rapidement. Mais quel sera mon état d’esprit dans dix ans ?
Le point positif, à mes yeux et à l’heure actuelle, n’est pas ce que les services marketing mettent en avant (tout plein de livres à dispo dans peu d’espace, avec peu de poids, et qu’on peut trimballer partout en faisant hyper fashion) mais le fait que des jeunes et moins jeunes a priori pas attirés par la lecture seront peut être tentés d’acheter ce gadget pour être dans le vent et prendront peut être gout à la lecture.
Un peu confus tout ça, mais c’était pour que vous ayiez au moins un commentaire sous votre article placé aux oubliettes.
Cordialement.
Edit : je constate qu’on vous a remonté dans la colonne, zut, mon commentaire sera un peu moins confidentiel... Désolé pour l’aspect confus




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