Les tribulations d'un éditeur

Alexandre K. Ounadjela, raconte son aventure dans l'univers impitoyable du livre et de l'édition. Et donne son opinion au regard de l'actualité, des parutions, et des événements culturels du monde littéraire.

La microédition, laboratoire fragile de la création littéraire

Publié le 15/07/2010 à 12h26


Une pile de livres (RLHyde/Flickr).

La France est probablement le pays du monde où le système d’aide à la création littéraire est le plus complet et le mieux rodé : prix, foires, salons du livre, bourses de création, résidences d’écrivains. A cela on ajoute un réseau assez dense de libraires et points de vente.

Ce système français du livre, permet à de nombreux écrivains de vivre et d’accéder à la notoriété. Cette espérance de vie prolongée des auteurs se fait aussi grâce aux microéditeurs.

Qu’appelle-t-on un microéditeur ?

Le vocabulaire courant tendrait à définir la petite édition par rapport à la grande. Cependant il n’est pas rare qu’un petit éditeur en cache un gros, dont il n’est en fait qu’une extension, par le biais d’une collection par exemple.

Le vrai petit éditeur c’est le microéditeur, qui est totalement indépendant. Il est en général diffusé par lui-même, on appelle ça « l’autodiffusion ». Quand il commence à être reconnu il peut être diffusé par un distributeur spécialisé dans les maisons dites « de taille restreinte ».

Une maison de taille restreinte ne fonctionne pas comme les autres maisons de taille plus importante. En général elle fonctionne avec une ou deux personnes en plus de « l’éditeur », souvent sur la base du bénévolat. Vivre de cette activité n’est pas simple, souvent c’est un violon d’Ingres, parfois coûteux, souvent dévoreur de temps.

La microédition, refuge d’un Michel Houellebecq débutant

Les gros éditeurs -je dis bien les gros pas les grands, car on peut être petit et grand dans l’édition, rarement petit et gros, c’est bizarre mais c’est comme ça- les gros éditeurs donc, disent que publier des écrivains médiocres mais vendeurs permet d’éditer des écrivains plus talentueux, mais plus difficiles à lire.

C’est parfois vrai, mais dans la plupart des cas, ces écrivains au talent non-reconnu ne trouvent refuge que chez un microéditeur. Lorsqu’un débutant au talent complexe, sous entendez qui ne vendra pas assez, a été refusé par les grosses maisons, il se tourne vers les microéditeurs. S’il parvient au succès, sous entendez s’il atteint le seuil de rentabilité exigé par une grosse maison, il arrive qu’il quitte son microéditeur pour la grosse structure qui lui permettra plus facilement d’accéder à la notoriété et aux différents prix qui font vendre plus.

Il est des exemples édifiants, comme celui de Michel Houellebecq.

Publié d’abord par un éditeur courageux (Maurice Nadeau) mais disposant de peu de moyens, il a bénéficié de l’extraordinaire richesse de la petite édition qui, seule, s’est engagée à le soutenir et à le porter vers le public alors que les grandes maisons lui ont toutes fermé la porte au nez.

De même, Philippe Claudel a publié des livres chez une tout petit éditeur avant de connaître le succès chez Stock avec « Les Ames grises ». POL, à l’époque où il était petit et indépendant, a eu le courage de soutenir l’œuvre difficile, mais essentielle, de Valère Novarina.

Sans les petits éditeurs, la poésie ne survivrait pas en France

Cette diversité des maisons d’édition, tant par la taille que par leur spécialisation, est un élément déterminant du système littéraire français. Sans les microéditeurs, beaucoup d’auteurs ne parviendraient pas à trouver leur place. Non que dans les petites structures on publie des ouvrages plus intéressants que chez Gallimard ou chez Flammarion. A ma connaissance le choix n’y est proportionnellement ni pire ni meilleur. Mais elles exercent plusieurs fonctions essentielles :

  • permettre à des inconnus d’accéder à la publication,
  • assurer la survie de genre peu commerciaux,
  • rééditer certains écrivains oubliés ou étrangers.

Sans la microédition, la poésie, en France, ne survivrait pas. Les microéditeurs de poésie sont innombrables et dévoués. Souvent ils publient aussi des beaux livres, où l’artiste s’associe avec un écrivain, un poète. Sans eux on ne pourrait lire ceux qui animent avec intensité une vie de poésie quotidienne. Ce ne sont pas Le Seuil ou Flammarion qui gaspilleraient un centime en publiant de jeunes poètes.

La vocation de ces grosses maisons c’est le chiffre d’affaire.

Erotisme et canulars... Les genres mineurs chez les petits éditeurs

Ce phénomène n’est pas nouveau, mais il a tendance à s’accentuer avec le phénomène de concentration qui touche le secteur de l’édition. Il y a cinquante ans, les grands éditeurs misaient plus sur le fonds, moins sur le côté marchand et les ventes rapides. Dans les années 60 et 70, celles du boom économique et culturel, les éditeurs importants prenaient plus facilement le risque de textes difficiles et d’auteurs peu connus, de peur de rater le train de la fin de siècle et l’an 2000.

Ce ne sont pas seulement les auteurs inconnus ou marginaux, ou les futurs grands écrivains, qui trouvent refuge dans les petites maisons, ce sont aussi les genres mineurs, négligés ou provisoirement méprisés, comme autrefois le roman :

  • érotisme,
  • satire,
  • canulars,
  • insolite,
  • faux dictionnaires,
  • catalogues d’expositions loufoques...

Ces récits incongrus, issus d’univers imaginaires ne sont pas tous réussis, mais la microédition demeure le principal lieu d’expérimentation et d’invention, sans lesquelles une littérature ne vit pas.

Beaucoup d’auteurs étrangers doivent également passer par de toutes petites maisons pour trouver un public.

Enfin, c’est bien souvent chez un microéditeur que l’amateur trouvera :

  • des rééditions d’auteurs oubliés,
  • des textes rares de grands auteurs,
  • des ouvrages qui ont eu leur importance dans l’histoire de la littérature ou des idées.

Les libraires croulant sous l’accumulation de romans, comment trouver un espace pour un recueil de poésie tiré à trois cents exemplaires, mal distribué, et dont on vendra un ou deux en six mois ? Non seulement les journalistes accordent presque toute la place, à chaque rentrée littéraire, à deux ou trois livres publiés par Gallimard, Grasset ou Albin Michel, mais les prix les plus connus vont systématiquement aux grandes maisons.

Enfin, comme s’il fallait définitivement en finir avec la diversité et avec l’édition indépendante, leurs tirages massifs envahissent les rayonnages, et s’entassent en piles dans les Fnac.

Des problèmes de visibilité et d’argent pour les petits éditeurs

On publie environ sept cents romans français en septembre. Cette abondance ne signifie pas que le lecteur a vraiment le choix car les mémoires de Loana ou le dernier roman de PPDA ne sont pas plus excitants qu’un récit issu de la microédition.

Mais, en l’absence de véritable information, le lecteur moyen ne choisit pas : il prend ce qu’il voit et ce dont tout le monde parle. Certains ont les moyens de lui faire croire qu’il choisit, ça s’appelle le marketing.

On s’étonne donc parfois des mauvais commentaires des grosses maisons, je dis bien grosses mais pas grandes, qui s’en prennent aux plus petites pour leur reprocher de n’avoir qu’un succès de snobisme, ou d’encombrer les tables des libraires. Il ne suffit pas aux gros éditeurs d’être riches, il faut aussi que les autres n’aient pas le droit d’exister.

Un microéditeur, à moins de bénéficier d’une fortune personnelle ou de gagner au Loto, finit souvent par être dévoré par un plus gros. S’il veut survivre et demeurer indépendant, il doit souvent avoir recours aux aides à la publication apportées par le Centre national du livre (CNL).

Mais celui-ci ne peut pas soutenir tout le monde, et qui plus est lorsqu’à sa tête on trouve, comme ce fut le cas de 2005 à 2008, un directeur de collection des éditions du Seuil, cela peut faire douter de l’équité de certains choix.

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  • thoughtthrow
    • Posté à 12h58 le 15/07/2010
    • Internaute 17515

    Pour la bande dessinée c’est exactement la même chose. L’Association, Cornélius, La Cinquième Couche, 6 Pieds Sous Terre, Les Requins Marteaux... Sont des découvreurs de talents, des militants de l’éditions. Ce sont eux qui ont mis au goût du jour le format banalement nommé Roman Graphique (entendre par là, tous ce qui n’est pas du 48 planches Couleur /Cartonné) et on fait sortir la bande dessinée de ses stéréotypes sur la lecture nostalgique. Tout cela a été repris aujourd’hui par les gros éditeurs mais avec leur « mollesse » légendaire (pour reprendre la notion « d’avant garde molle » explicité par JC Menu éditeur de l’Association) : la collection écriture de Casterman, le nouveau Futuropolis... Je ne dis pas qu’ils font des mauvais livres. C’est calibré, bien pensant, télérama quoi !
    Pour les rayons des grande surfaces de la culture envahi par les bestsellers : c’est là, à mon avis que la loi Lang prend tout son intérêt : le prix unique du livre. Cela permet d’avoir partout les mêmes tarifs et donc quand on est curieux on fuit les grandes surfaces et on fonce chez un libraire. Alors il faut peut-être en faire plusieurs avant de trouver celui qui a « une ligne éditoriale » qui nous plait. mais une fois cela fait quel plaisir !

  • Le_mouton_noir
    Le_mouton_noir
    www.delaservitudemoderne.org
    • Posté à 13h00 le 15/07/2010
    • Internaute 119868
      www.delaservitudemoderne.org

    Que penser des éditeurs à compte d’auteur ? Rentrent-ils dans la catégorie des microéditions ?

    • alberich
      alberich répond à Le_mouton_noir
      fumiste
      • Posté à 13h19 le 15/07/2010
      • Internaute 84604
        fumiste

      Ce sont les mêmes, sauf qu’en situation de micro-éditeur ils prennent un risque financier et pas dans l’autre cas.

      • ysengrimus
        ysengrimus répond à alberich
        • Posté à 18h33 le 15/07/2010
        • Internaute 12674

        Ils font aussi dans le viral. Exemple :

        Lien

        Paul Laurendeau

         
        • Le_mouton_noir
          Le_mouton_noir répond à ysengrimus
          www.delaservitudemoderne.org
          • Posté à 18h50 le 15/07/2010
          • Internaute 119868
            www.delaservitudemoderne.org

          C’est pour les ados votre site ?

          Histoire de mes assassins (Tejpal)
          « il s’agit là d’un succès remarquable pour un écrivain de la “ périphérie ” qui a commis son premier roman après l’âge - vénérable - de quarante ans. »

           : -)

        1 autres commentaires
    • Baurelyre
      Baurelyre répond à Le_mouton_noir
      Libelliste
      • Posté à 13h36 le 15/07/2010
      • Internaute 21869
        Libelliste

      L’éditeur à compte d’auteur n’est qu’une médiation entre un auteur et un imprimeur, via un travail standard de mise en pages et de pré-presse.
      Il se paie sur l’auteur et ne fait donc ensuite aucun travail de commercialisation. Sa diffusion l’indiffère. Il ne conserve aucun fond.

      Cette activité avait sa justification pour distribuer dans la tribu les Mémoires de Grand-Papa.
      Elle n’en a plus guère, à l’heure des outils d’autoédition et d’impression en ligne…

      • Le_mouton_noir
        Le_mouton_noir répond à Baurelyre
        www.delaservitudemoderne.org
        • Posté à 13h46 le 15/07/2010
        • Internaute 119868
          www.delaservitudemoderne.org

        Je ne suis pas un défenseur des éditions à comptes d’auteur parce qu’il y à parmi eux, d’après ce que j’ai pu comprendre, de véritables escrocs. Maintenant certains d’entre eux proposent de diffuser les œuvres éditées, sur internet et dans les librairies.

         
        • jnk1961
          jnk1961 répond à Le_mouton_noir
          • Posté à 18h30 le 15/07/2010
          • Internaute 119895

          Sauf à se faire plaisir, un auteur n’a rien à gagner à financer la publication de son texte. Bien au contraire.
          En effet, celui qui se laisse aller à l’édition à comptes d’auteur referme lui même toutes les portes qu’il pourrait escomper ouvrir.
          Aussi, est-ce nécessaire de souligner que si un auteur ne trouve pas d’éditeur, c’est sûrement que ce dernier juge que la qualité des écrits présentés n’est pas là.
          Et qui mieux qu’un éditeur pour en juger, le public certes mais la règle du jeu ne permet pas de le toucher directement alors il faut
          continuer à écrire pour soi d’abord et non pas en cherchant à plaire.Il faut respecter l’écriture en l’approchant comme une besogne et non pas un passe temps. Enfin se rappeler parfois ce que disait Bedos : « Soyez sans crainte, le talent n’est pas contagieux »...

          • La mouche du coche-
            La mouche du coche- répond à jnk1961
            diptère
            • Posté à 19h24 le 15/07/2010
            • Internaute 45466
              diptère

            z
            z
            « si un auteur ne trouve pas d’éditeur, c’est sûrement que ce dernier juge que la qualité des écrits présentés n’est pas là.

            Muuuaaaah ! : -))

            C’est ce qui est arrivé à Marcel Proust qui n’a pas trouvé d’éditeur et a du publier à compte d’auteur sa Recherche, certainement parce que “la qualité des écrits présentés n’est pas là.”
            z
            z

            • Intendant Zonard
              • Posté à 00h34 le 16/07/2010
              • Internaute 26612

              Bin justement, Proust c’est pas vraiment un texte lisible par tout le monde ! Je suis un gros lecteur mais sincèrement jamais je n’ai réussi à en lire plus de trois pages sans que ça me tombe des mains. Pas de jugement de valeur dans ce que dis là, mais si les éditeurs contactés par Proust ont pensé la même chose en leur temps...

              • La mouche du coche-
                • Posté à 08h58 le 16/07/2010
                • Internaute 45466
                  diptère

                z
                z
                Moi, c’est l’inverse. Tous les livres me tombent des mains sauf celui-là. Je ne sais pas si ça se soigne.
                z
                z

            • jnk1961
              • Posté à 09h03 le 16/07/2010
              • Internaute 119895

              Proust, l’exception qui fait la rêgle !
              Mais cela s’est produit quand déjà ? et depuis, qui d’autre ?
              Je n’en trouve point.

              • Tron
                Tron répond à jnk1961
                auditeur
                • Posté à 22h57 le 16/07/2010
                • Internaute 109783
                  auditeur

                Julien Gracq.

                • jnk1961
                  jnk1961 répond à Tron
                  • Posté à 12h31 le 17/07/2010
                  • Internaute 119895

                  Et de 2 pour combien d’anonymes ! N’ergotons point !

        7 autres commentaires
    • pier1jean
      pier1jean répond à Le_mouton_noir
      imprimeur
      • Posté à 18h29 le 15/07/2010
      • Internaute 87841
        imprimeur

      Et que penser de la juxtaposition d’un article très informatif sur le sujet et de trois publicités forcément...moins informatives ? Serait-ce à dire qu’on choisit ses auteurs et qu’on ne choisit guère ses annonceurs ?
      ...Enfin on a aussi des infos sur ces annonceurs, mais pas sur ce site.
      Voyez l’oie plate, le calcre ; etc.

    • Philippe Leclercq
      Philippe Leclercq répond à Le_mouton_noir
      dilettante
      • Posté à 00h24 le 16/07/2010
      • Internaute 64790
        dilettante

      Les « éditeurs » à compte d’auteur ne sont pas éditeurs, mais commerçants, et, le plus souvent, escrocs.
      Si un livre ne trouve pas d’éditeur, c’est qu’il est mauvais.
      Simple et efficace.

      • Le_mouton_noir
        Le_mouton_noir répond à Philippe Leclercq
        www.delaservitudemoderne.org
        • Posté à 10h23 le 16/07/2010
        • Internaute 119868
          www.delaservitudemoderne.org

        La réalité n’est pas toujours aussi simple...

        Un contre exemple qui dément votre propos :
        Lien

        Plus récemment l’auteur de la série des Harry Potter refusé par tous les grands éditeurs.

         
        • Philippe Leclercq
          Philippe Leclercq répond à Le_mouton_noir
          dilettante
          • Posté à 12h10 le 16/07/2010
          • Internaute 64790
            dilettante

          Oui, enfin, « Harry Potter », c’est uand même de la sous-littérature pour quai de gare !
          Quant à « La conjuration des imbéciles », c’est ans doute l’exception...
          Mais le nombre d’indigents qui se font piéger par « l’édition à compte d’auteur » méritarait qu’on interdise cette pratqiue !

          • Le_mouton_noir
            Le_mouton_noir répond à Philippe Leclercq
            www.delaservitudemoderne.org
            • Posté à 15h19 le 16/07/2010
            • Internaute 119868
              www.delaservitudemoderne.org

            Je n’ai pas lu Harry Potter mais cette série à quand même eu le mérite de faire découvrir les joies de la lecture à des millions d’enfants.
            Sinon, plutôt que d’interdire, je pense qu’il faut sérieusement réglementer les pratiques des éditions à compte d’auteur.

        2 autres commentaires
  • Alexander Doria
    Alexander Doria
    wikipédien…
    • Posté à 13h02 le 15/07/2010
    • Internaute 42699
      wikipédien…

    L’avantage et l’inconvénient du statut de micro-éditeur c’est que l’on exerce son activité en dehors du marché.

    L’indépendance est totale, de telle sorte que c’est sans doute le seul métier enviable pour quiconque aime vraiment la littérature. Par comparaison, un éditeur généraliste ne publiera sans doute que quelques livres qui lui tiennent à coeur au cour de son existence.

    En même temps le public est difficile à atteindre. Les vrais passionnés de littératures accèdent fréquemment aux livres en dehors de toute transaction commerciale, que ce soit par des emprunts auprès de pairs, de bibliothèques ou des achats d’occasion. De telle sorte qu’un ouvrage publié à 300 exemplaires peut toucher un grand nombre de lecteurs, sans que l’éditeur n’en sache rien, ni n’en tire profit.

    Pour remédier à cette situation, il serait sans doute souhaitable que le législateur prévoie une subvention spécifique pour ces militants de l’édition.

    • Le_mouton_noir
      Le_mouton_noir répond à Alexander Doria
      www.delaservitudemoderne.org
      • Posté à 13h37 le 15/07/2010
      • Internaute 119868
        www.delaservitudemoderne.org

      « Pour remédier à cette situation, il serait sans doute souhaitable que le législateur prévoie une subvention spécifique pour ces militants de l’édition. »
      Pensez-vous que les gros éditeurs laissent une t-elle chose se produire ?

      Le livre numérique changera peut-être la donne...

  • steed1
    steed1
    Franco-Breton
    • Posté à 13h45 le 15/07/2010
    • Internaute 29140
      Franco-Breton

    J’en reste perplexe, tant de maisons d’éditions, petites ou grosses, comment démarrer sans ficelles, sans connaissances ? devoir toujours se farcir l’envoi de tapuscrits et faire le tour des éditeurs avec plusieurs kilos de papier en format A4 reliés...Je l’ai fait une fois, c’est comme transporter deux ramettes de papier dans une besace solide, même avec le métro on a l’impression de revivre la traversée de paris avec des valises de cochons découpés dans une cave. Croire qu’on va devenir un écrivain « lu » du jour au lendemain est illusoire, 700 manuscrits publiés chaque années à la rentrée, mais combien de « nouveaux » auteurs dans le tas ?
    Et puis à l’heure d’internet et de la téléréalité, reste t-il encore des jeunes pour avoir envie de lire ? Quand je rentre dans une librairie je croise plus de quadras et au delà que de jeunes lecteurs blasés, plutôt scotchés aux rayons mangas.

    Celà dit, c’est un business, je le comprend fort bien. pas de ventes - pas de pognon, pas de pognon - pas d’édition, et du coup, je m’interroge sur la santé financière des petites structures..

  • Camille D
    Camille D
    www.tsubaki.ouvaton.org
    • Posté à 14h06 le 15/07/2010
    • Internaute 7885
      www.tsubaki.ouvaton.org

    Vous avez précisé qui a d’abord édité Houellebecq, et qui a d’abord édité Novarina. Je me permets donc d’ajouter que pour Philippe Claudel, il s’agit des éditions La Dragonne, à Nancy, créées, animées, portées par Olivier Brun.

  • Spiripotain
    Spiripotain
    promeneur écoutant
    • Posté à 15h42 le 15/07/2010
    • Internaute 49037
      promeneur écoutant

    Un exemple :
    Lien

  • Don_Lorenjy
    Don_Lorenjy
    Ecriveur à Annecy
    • Posté à 16h12 le 15/07/2010
    • Internaute 20427
      Ecriveur à Annecy

    « Mais, en l’absence de véritable information, le lecteur moyen ne choisit pas : il prend ce qu’il voit et ce dont tout le monde parle. Certains ont les moyens de lui faire croire qu’il choisit, ça s’appelle le marketing. “

    Excellent !

    Quand on voit que la presse ne fait que servir la soupe aux succès et pratiquer le renvoi d’ascenseur entre journaliste/auteur et critique/auteur, c’est à pleurer de la voir déplorer ‘l’absence de véritable information’.

    Des pans entiers de la littérature sont négligés par la presse, parce que la SF ou la Fantasy c’est sale et juste bon pour ado boutonneux. Ce n’est pas qu’un problème de micro-édition, puisque de grosses maisons font de grosses ventes avec des ‘livres’ de ces genres décriés par les légitimeurs.

    Continuez donc de critiquer le manque d’information d’un côté, et de ne jamais critiquer les genres populaires de l’autre. Le grand écart ne vous fait visiblement pas peur.
    Mais vous pourriez aussi passer un peu de temps à trier les vrais livres et les bas produits marketing au lieu de laisser les lecteurs de Werber ou Levy livrés aux lois du marché de gros.

  • albin
    • Posté à 17h38 le 15/07/2010
    • Internaute 11837

    Il existe un portail qui regroupe plus de 50 micro-éditeurs et ou éditeurs indépendants, c’est Rezolibre.fr - vous pouvez y trouver le catalogue presque complet de ces éditeurs en quelques clics parce qu’il est trop souvent difficile de les retrouver même sur le net. Rezolibre n’a certes pas l’efficacité de Amazon (parce que réalisé par un éditeur indépendant) mais les livres arrivent plus vite que si vous allez les commander dans votre librairie (si le libraire les trouve parce qu’il y a parfois la mauvaise fois du libraire qui ne veut pas commander un livre chez un micro-éditeur et qui dit que c’est épuisé). Je pense que l’initiative est intéressante et à développer certainement.

    En tous les cas, l’article est intéressant. Surtout pas assez répété. C’est un monde mal connu même des gens hyper intéressés par la littérature.

  • spartak
    spartak
    (comité libertaire lyophilisé)
    • Posté à 17h58 le 15/07/2010
    • Internaute 84113
      (comité libertaire lyophilisé)

    Vous dites que l’objectif des grosses maisons est le chiffre d’affaires, et je crois que vous avez raison. Atteindre cet objectif peut même prendre des voies insoupçonnables. Je vous donne mon exemple : Complexe, groupe Vilo, a édité un bouquin d’histoire que j’ai écrit en 2008, sans jamais me retourner de contrats signés, ni me payer mes à-valoir - alors même que le livre a reçu le soutien du CNL. Et je ne dois pas être le seul dans ce cas... Que dirait-on d’un employeur qui emploierait ces méthodes ?

    • Le_mouton_noir
      Le_mouton_noir répond à spartak
      www.delaservitudemoderne.org
      • Posté à 10h05 le 16/07/2010
      • Internaute 119868
        www.delaservitudemoderne.org

      Et vous n’avez aucun moyen de défendre vos droits ?

      • spartak
        spartak répond à Le_mouton_noir
        (comité libertaire lyophilisé)
        • Posté à 13h35 le 16/07/2010
        • Internaute 84113
          (comité libertaire lyophilisé)

        Je réfléchis à mettre un avocat sur le coup, mais bon, mes ventes n’ont à voir que de très loin avec celles de Stephen King...

         
        • Le_mouton_noir
          Le_mouton_noir répond à spartak
          www.delaservitudemoderne.org
          • Posté à 15h14 le 16/07/2010
          • Internaute 119868
            www.delaservitudemoderne.org

          La CNL ne peu vous aider à faire valoir vos droits ? Avez-vous contacté l’éditeur pour un arrangement à l’amiable ?
          Il doit bien y avoir une association qui est susceptible de vous venir en aide.

          • spartak
            spartak répond à Le_mouton_noir
            (comité libertaire lyophilisé)
            • Posté à 17h20 le 16/07/2010
            • Internaute 84113
              (comité libertaire lyophilisé)

            Je vais voir. Merci de vos conseils en tout cas.

        2 autres commentaires
  • egide
    egide
    Littéral
    • Posté à 19h02 le 16/07/2010
    • Internaute 45067
      Littéral

    Ce système français du livre, permet à de nombreux écrivains de vivre et d’accéder à la notoriété.

    Je crains que la réalité ne ressemble guère au portrait que vous faite de la France en paradis des auteurs littéraires.

    Les statistiques* ne vous servent pas  :

    Environ quarante auteurs tirent de confortables revenus de leurs publications. ( 40 - )

    Environ huit cent cinquante auteurs ont un revenu en droit d’auteur correspondant au S.M.I.C. annuel. ( 850 - )

    Voilà pour ceux qui pourraient en vivre dont la très grande majorité assez chichement eu égard à ce que représente l’investissement financier pour écrire un livre.

    Environ trois mille auteurs touchent un tiers de S.M.I.C. annuel en retour des ventes de leurs ouvrages. ( 3000 + )
    Là, c’est carrément la bohème ou bien, ces auteurs ont un «  vrai  » job.

    Voilà pour le paradis des auteurs qu’est la France.

    Je ne connais pas un seul auteur littéraire qui n’a pas une autre source de revenus.

    Auteur c’est un métier qui demandent beaucoup de travail. Ce n’est certainement pas un job.

    Beaucoup de textes excellents ne trouveront pas à être édité.

    Il est évident qu’il y a un problème économique. Et il se traduit par ce constat, personne ne veut miser sur la création littéraire.
    Si le phénomène n’est pas nouveau, il est devenu le principal obstacle à la création artistique.

    N’ayez crainte, ce n’est pas la faute des éditeurs, c’est les auteurs qui ne sont plus aussi bons que les auteurs d’avant.
    Ces grands écrivains d’antan. D’ailleurs, tout le monde sait ça.

    L’encre de la Recherche n’était pas encore sèche que les plus grands éditeurs de la place de Paris faisait le siège de la chambre de Marcel Proust, au grand dam de Mme Albaret !
    C’est connu, non ?

    On sait que James Joyce était supplié par la crème des éditeurs anglais pour Ulysse.

    Certes, une constellation de petits éditeurs défrichent, comme ils peuvent, le terrain pour les dix ou douze grosses maisons qui font le chiffre d’affaire du livre français.

    Certains font très bien leur métier, une poignée, pour la plupart des autres il s’agit d’un business un peu particulier et ils exploitent plutôt leur carnet d’adresse de petit notable et savent décrocher les aides d’une politique culturelle essentiellement clientéliste.

    C’est une forme de dilettantisme mondain dont le rapport n’est pas énorme mais dont la notoriété n’est pas un des moins avantages dans les Landerneau ou autres Saumur.

    Aujourd’hui Balzac en ballade de batellerie sur la Loire ne se hasarderait plus à snober la petite ville tourangelle comme il le fit à son époque.

    Pour le reste, les prix, les festivals, les salons, les bourses servent un seul modèle du livre et le plus clair de ces financements reviennent aux acteurs traditionnels de la chaine de valeur du livre qui se retrouvent ainsi une des activités la plus subventionnée au monde. même les prix il y en a plus de deux mille (2000) en France font l’objet d’une âpre bataille.
    Même les plus gros éditeurs cherchent à séduire les jurés afin qu’ils soient indulgent pour leurs auteurs.
    Évidemment le montant du prix n’y est pas pour rien qui vient en complément des droits très chiches.

    Si un certain Julien Gracq songerait aujourd’hui à refuser même le prix de la quinzaine commerciale du chef lieu de canton qu’il ne le pourrait plus.

    Où est la liberté inhérente à l’activité même du créateur  ?
    On peut dire qu’en France cette liberté a disparu pour des raisons économiques.

    En fait je ne devrais pas l’écrire mais les éditeurs dans leur immense majorité ne savent plus lire.

    J’entends lire avec la lucidité qui permet de repérer parmi les nombreuses propositions de textes celles qui sont vraiment nouvelles.

    Cette faculté là, est perdu. Il faut dire que «  lecteur  », je veux dire ceux des comités de lecture, il n’y en a plus guère.

    En tout cas de moins en moins, paradoxalement chez les principaux éditeurs qui jouent, à fond, la carte commerciale de la marque.

    Comme si, tel ou tel éditeur archi connu représentait encore quelque gage de nouveauté  ?

    Il faut dire à la décharge des professionnels du livre, on en achète moins. De moins en moins. En tous cas pas sous la forme des livres d’avant.

    Alors le prix des livres a tendance à augmenter plus vite que la hausse moyenne des prix. Deux fois plus vite.

    Les livres sont plus légers. (Entendre moins de pages et caractère plus gros.)

    Ils sont aussi plus consommables. D’aucun dise mieux consommables. Par charité, on n’en dira pas plus.

    Un indicateur incontournable et préoccupant, le prix moyen du livre d’occasion a considérablement baissé. Les meilleurs textes, même des raretés sont à des tarifs plus qu’abordables. Bref, les bouquinistes vendent moins chers pour soutenir leur activité eux qui sont sur le marché libre.

    C’est une véritable aubaine pour les lettrés qui vivent leur âge d’or. Évidemment, cela ne durera pas. En tout cas, c’est un des couts fixes de la création, l’indispensable documentation, qui a baissé, sans aucune intervention public, ni privé d’ailleurs.

    Entre rareté relative du lectorat, la rigidité de la chaine du livre, les exigences ahurissantes de marge des financiers, les auteurs français sont en manque cruel de fonds.
    Et c’est pas près de finir.

    Le pire en ces affaires de livre, ce n’est pas que l’auteur n’a rien à gagner financièrement, globalement il y perd, le plus souvent. C’est que dans ces conditions déjà abominables, il n’a rien à espérer du tout  son talent n’est tout simplement plus reconnaissable.

    L’auteur n’a pas la donne
    C’est la faute à personne.
    (Quel salopard ce personne !)

    * Magazine Littéraire de mars 2009.

    • Le_mouton_noir
      Le_mouton_noir répond à egide
      www.delaservitudemoderne.org
      • Posté à 22h40 le 16/07/2010
      • Internaute 119868
        www.delaservitudemoderne.org

      Vous êtes injuste. Il reste encore la possibilité de faire une belle carrière médiatique et d’écrire, ou de faire écrire, ses mémoires.
      Plus sérieusement, comme pour la presse, la désaffection des lecteurs ne s’explique t-elle pas par l’indigence de la production ? Le pb c’est que les diffuseurs se figurent aujourd’hui que la qualité du produit est moins importante que la façon dont-il est distribué. Seulement les principes marketing qui s’appliquent aux boissons gazeuses sont sans doute bien différents de ceux qui prévalent pour les produits culturelles. Prendront-il conscience de leur erreur avant d’avoir tué la poule aux œufs d’or ?
      L’ère du numérique sauvera alors peut-être la création littéraire comme elle va probablement sauver la création musicale.

      • egide
        egide répond à Le_mouton_noir
        Littéral
        • Posté à 16h27 le 17/07/2010
        • Internaute 45067
          Littéral

        la désaffection des lecteurs ne s’explique t-elle pas par l’indigence de la production

        On ne peut pas dire que toutes les meilleures œuvres ont disparu de l’offre ni les auteurs connus sont des médiocres.

        Non, il reste un marché de la littérature générale avec un soupçon de nouveauté, un peu tout petit peu.

        J’aimerais croire à cette hypothèse mais je crains bien qu’il ne s’agisse d’autre chose.

        L’image sous toutes ses formes a en partie remplacée le texte. L’adage qui veut qu’un bon croquis est plus compréhensible qu’un long discours tend à devenir un aphorisme qu’on tient pour vrai.

        Les graphiques, les courbes, les tableaux à plusieurs entrées, l’imagerie scientifique et technique se suffisent d’une glose d’aruspices experts qui ont une foultitude de langages métier pour les interpréter. Comprennent que les initiés.
        Et vive la vulgarisation  !

        L’écrivain actuel est un expert ou semi-expert qui se consacre à la vulgarisation. C’est d’ailleurs ce genre de para-littérature qui se vend très bien dans tous les champs des activités humaines , économiques et personnelles.

        Mais vous allez les lire tous ces putains de manuels 

        Pour appréhender la complexité du monde contemporain, les lecteurs profondément acculturés par la spécialisation précoce de leur formation se méfient des abstractions artistiques.

        Ni l’artiste pourtant producteur d’images et de formes, inventeur de couleurs, ni l’auteur littéraire créateur de poésie et de métaphores n’ont d’audience auprès de ces personnes qui ont systématisé à leur vie entière les méthodes professionnelles dont ils ont l’usage dans le champ étroit de leurs expertises.

        La distraction donc le divertissement, l’oubli dans l’ivresse des plaisirs simples des fabliaux animés, ou l’information grâce aux documentaires de toutes sorte y compris écrits dont ils ont le sentiment qu’ils leur ouvrent les clés du monde et de leur vie.

        Définitivement dépendant d’un initiateur formateur des esprits à la méthodologie conforme à la norme I.S.O. qui va bien.

        Et bien sûr avec la garantie que les contenus sont à la dernière version correspondant au niveau le plus récent des technologies de communication et d’information.

        Le spectacle c’est la réalité. La représentation de la réalité par le spectacle des action réelles et sincères engendre la pensée qui s’avère, en fin de compte, l’ensemble des croyances qui permettent effectivement d’agir ainsi qu’on nous l’a démontré conformément à ce qu’on a vu, entendu et lu. Et nous savons surtout, par les témoignages de ceux qui en ont fait l’expérience que ces spectacles, ces divertissements, ces documentaires ont modifié en mieux leurs comportements.

        C’est important ce sentiment de communauté d’expérience.

        Pour ce qui est de l’offre de nouveauté vraiment originale, il n’y a pas beaucoup de lecteur pour ça. De trente à cinquante par an pendant une dizaine ou une quinzaine d’année.

        Pourtant, on n’ a jamais autant écrit.

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