Les tribulations d'un éditeur

Alexandre K. Ounadjela, raconte son aventure dans l'univers impitoyable du livre et de l'édition. Et donne son opinion au regard de l'actualité, des parutions, et des événements culturels du monde littéraire.

Levy vs Houellebecq : juste un message, pas un coup marketing

Publié le 23/01/2011 à 10h30


« La Carte et le territoire » (Éditions 93)

Ma maison d’édition (Editions 93) vient de rééditer « La Carte et le territoire » de Michel Levy. Le jour de la parution du livre, je me suis dit : « Laissons les autres en parler », pensant qu’en prenant trop tôt la parole, on me reprocherait de faire de l’autopromo. C’était vite oublier que les absents ont toujours tort.

Non, ma démarche n’est pas celle d’un profiteur ; d’ailleurs je n’en ai pas les moyens. En rééditant ce livre, je voulais lancer un message, je voulais qu’on m’écoute et qu’on entende Michel Levy. Rééditer son livre fut pour moi, en ces temps d’indignation, un acte militant.

Et pour ceux qui douteraient de la qualité de sa plume, je ne peux que leur dire : lisez-le. Vous seul pourrez juger, mais surtout n’allez pas comparer ; les livres de Houellebecq et de Levy n’ont de commun pour l’instant que le titre.

En attendant cela, je n’ai que la préface à vous offrir, en espérant que vous comprendrez et soutiendrez notre position.

Préface à « La Carte et le territoire »

Lorsque j’appris que Michel Houellebecq avait obtenu le prix Goncourt, je me souviens avoir souri. « Il a fini par l’avoir » me dis-je en mon for intérieur. En dépit des accusations de plagiat, l’académie Goncourt a finalement décerné son prix au plus controversé des auteurs français.

Celui-là même qui, quelques années plus tôt, disait de son éditeur qu’il n’avait pas la ligne budgétaire pour acheter les jurés. Celui-là même qui, revêtu de son costume « neotrashproutbadboy » promenait son image de loser ici et là, proférant propos injurieux ou racistes, au nez et surtout à la barbe de ces mêmes jurés, qui doivent faire se retourner dans leur tombe les frères Goncourt.

Les raisons de s’indigner sont nombreuses et il n’est pas nécessaire d’être « un intellectuel » pour les comprendre.

Bien sûr, pour définir le personnage on peut retenir la phrase de Jean-François Patricola tirée de son livre « Houellebecq ou la provocation permanente » :

« [Il] est à la littérature ce que la Star Academy est à la chanson : un produit commercial, savamment distillé, rendu incontournable ! ».

Houellebecq serait donc une sorte de lessive qui laverait plus blanc que blanc, une mauvaise chanson alignée au côté de la « Zoubida » et de « La Danse des canards » sur une incontournable compil « Megateuf » à 3 euros ?

L’académie Goncourt a cautionné l’acte de Houellebecq

Le talent de Houellebecq n’a pas à être discuté ici. Nous ne le jugerons pas sur son œuvre dont la critique en revient au lecteur. Là n’est donc pas la question. La véritable question s’est posée avant la parution de l’ouvrage. Quand un auteur jusqu’alors inconnu se réclame propriétaire des droits d’un livre intitulé « La Carte et le territoire ».

Michel Houellebecq, peu inspiré, a-t-il « volé » le titre à Michel Levy ? Tout porte à le croire et c’est d’autant plus injuste que l’académie Goncourt a cautionné son acte en ne tenant pas compte du courrier que Michel Levy leur avait adressé. Portant ainsi préjudice à l’ensemble de tous les auteurs et éditeurs qui œuvrent au maintien de la littérature française au sein de son patrimoine.

La gravité de ce geste n’a pas encore été mesurée, car bien que cette affaire ait été médiatisée, Houellebecq, Flammarion ou l’académie Goncourt ne se sont pas exprimés publiquement sur le sujet. En rééditant ce livre, je prends fait et cause pour Michel Levy.

Michel Levy est l’auteur de « La Carte et le territoire ». Son œuvre est protégée par le code de la propriété intellectuelle et en tant que telle, elle a le droit d’exister à travers le temps et l’espace. Rééditer ce livre, c’est rendre à César ce qui appartient à César.

Je prends parti contre la machine qui écrase les petits

Rééditer ce livre c’est ne plus faire de ce combat celui d’un seul homme. C’est s’unir et prendre parti contre une machine qui n’a pas le droit d’écraser les petits au nom du seul profit. Car personne n’ignore les enjeux financiers autour de la parution du prix Goncourt.

Rééditer ce livre, c’est aussi prendre la défense de tous ceux qui pourraient voir leur passion et souvent le travail de toute une vie disparaître en fumée sous la seule volonté d’un caprice de star en manque d’inspiration.

Laisser faire ne serait pas juste ; car au-delà de « l’affaire », il y a d’abord le travail d’un écrivain. Un auteur passionné de mots, déjà reconnu pour la valeur de son travail. Tout comme Marcel Proust, alors anonyme, Michel Levy s’est autoédité et, à l’instar de Marcel Proust, le style est tout à fait séduisant pour un éditeur.

Le lecteur quant à lui appréciera dans ce recueil l’étonnante maîtrise de la forme brève et sa diversité. Il appréciera également la touche personnelle d’un auteur habile qui laisse percevoir au lecteur la part la plus intime de ses personnages.

« La Carte et le territoire » fait partie de ces bons livres qu’il serait dommage d’oublier.

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  • FraGueuR
    FraGueuR
    Développeur web et adepte de l' (...)
    • Posté à 11h11 le 23/01/2011
    • Internaute 141928
      Développeur web et adepte de l' (...)

    @freevanunu : Ce troll gratuit : D Tu les as lu au moins ?

    Pour ma part je trouve ça injustifié de blamer Houellebecq pour avoir réutilisé ce titre. Comme vous le dites dans votre billet vous ne connaissez pas l’intention réel de Houellebecq en utilisant ce titre et pas un autre, et si c’était un hommage ? (je sais, moi non plus je n’y crois pas trop mais je trouve ça moche de dire n’importe quoi sous prétexte que ça colle avec le personnage).

    Bref, ce qui me fait commenter cet article aussi c’est le principe même de la réutilisation d’un titre : Je ne vois pas en quoi c’est un problème, comme vous le dites le contenu n’a rien à voir ! Projetez-vous dans 2000 ans quand tout les titre aurons été utilisé : faudra-t-il utilisez des paragraphes de 5 lignes comme titre ? Je réagi peut être violemment mais je me suis fait la réflexion hier soir en me remémorant les titre de jeux vidéos de mon enfance : « Combat » « Soccer » « Tank » ... c’était concis. Et maintenant ? : Maintenant les titre font presque 2 lignes alors qu’il ne s’est écoulé qu’une grosse vingtaine d’année. On va franchement rire d’ici 20 nouvelles années je vous le dit. De plus si l’on regarde du cote de la législation sur les nom de société par exemple, tant que le domaine d’activité n’est pas le même, 2 société peuvent très bien porter le même nom, et heureusement => pourquoi pas pour un livre ?

    Pour finir, sur une constatation personnelle : Je ne connaissait ps « La carte et le territoire » de Levy mais en me renseignant sur celui de Houellebecq je suis tombé sur la référence et est lu les deux. Je ne vois donc vraiment pas en quoi le geste d’Houellebecq est à blâmer du point de vue de Levy.

    A bon entendeur ;)

  • Stabilo1999
    Stabilo1999
    Lecteur assidu
    • Posté à 13h33 le 23/01/2011
    • Internaute 136869
      Lecteur assidu

    Dans le mille ! !

    Merci et bravo aux Éditions 93.

    Au nom de tout ceux qui écrivent chez eux anonymement.
    Au nom de tous les petits éditeurs régionaux.

    Maintenant un petit mot à ceux qui n’ont lu ni l’un ni l’autre et qui se permettent eux de déposer leur fiel n’importe où et qui ne comprennent rien à rien ! ! Apprenez à lire ! !

    Je suis allé sur leur site aux Éditions 93. Il y a des extraits ... au moins on sait pourquoi il a appelé son bouquin « La carte et le territoire ». Contrairement au Houellebecq qui se justifie même pas ! Et qui avec sa carte Michelin fait insulte à Korzybski ! !

    Le Houellebecq est tout ce qu’il y a de plus inintéressant. Je regrette d’avoir lâcher 22€ pour une « lessive » discount ... si je pouvais me faire rembourser franchement j’hésiterai pas.

    Il écrit pas si mal le Levy si on en juge par le style, surement rien à voir avec le « Neotrashproutbadboy » ... excellent : -))

  • Dissonance
    Dissonance
    met le doigt où ça fait mal.
    • Posté à 13h43 le 23/01/2011
    • Internaute 70089
      met le doigt où ça fait mal.

    Il n’y a rien de plus idiot que le code de propriété intellectuelle. Il y a en soi déjà beaucoup à redire sur la notion de propriété privée en général, mais lorsqu’il s’agit de la propriété privé sur des idées ou, pour ce cas précis, sur un ensemble spécifique de mots, on atteint le comble de l’absurde. Mr Levy peut-il sérieusement se prétendre propriétaire de ces 5 mots collés les uns à la suite des autres sans rougir ?

    Son éditeur, soucieux de défendre les intérêts de sa « gagneuse » - et donc les siens par la même occasion - a-t-il pris soin de compulser chaque ouvrage littéraire existant, ainsi peut-être que le moindre atlas ou manuel de géographie, afin de contrôler qu’à aucun moment, dans aucune circonstance, cette expression composée de 5 malheureux mots ne soit présente ? Et si cela avait été le cas, serait-il intervenu de manière systématique afin de faire respecter le code idiot ?

    Avez-vous conscience enfin que chaque idée que vous manipulez comporte une forte probabilité d’avoir été énoncée avant vous par quelqu’un d’autre que vous, et que par conséquent vous seriez sensé lui verser un dédommagement ? Et comment la philosophie ou les sciences auraient-elles pu progresser dans ces conditions ? L’aéronautique aurait-elle pu voir le jour si Newton avait privatisé son explication de la gravité ?

    Il y a évidemment bien des choses à faire pour faciliter la vie des « créateurs d’idées » (quel que soit leur discipline), mais ce n’est certainement pas du côté de la propriété intellectuelle qu’elles se trouvent, bien au contraire.

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