Les tribulations d'un éditeur

Alexandre K. Ounadjela, raconte son aventure dans l'univers impitoyable du livre et de l'édition. Et donne son opinion au regard de l'actualité, des parutions, et des événements culturels du monde littéraire.

Achetez vos livres à la source, directement chez l'éditeur !

Publié le 27/06/2011 à 10h44


Un porte-monnaie (cocoinzenl/Flickr/CC).

Oui, il faut soutenir sa librairie de quartier. Oui, il faut défendre ce métier qui, à l’instar des bibliothécaires, contribue à la diffusion du savoir. Mais saviez-vous qu’un éditeur peut devenir un excellent libraire ? Je serai même tenté de dire « redevenir » un bon libraire car, jusqu’au XIXe siècle, les éditeurs étaient aussi libraires.

Ces deux professions ont toujours été intimement liées. Les libraires trouvaient des auteurs, achetaient des manuscrits, les faisaient imprimer et les débitaient dans leur boutique. Aujourd’hui, il est tout à fait possible d’acheter ses livres directement chez l’éditeur, à la source pourrait-on dire.

Quelle différence ?

Le contact direz-vous : « Mon libraire est sympa », « Il me donne d’excellents conseils de lecture ». Oui, c’est vrai, mais il y a beaucoup d’hypocrisie dans ces affirmations, car nous n’achetons pas nos livres systématiquement chez un libraire attitré. La Fnac, Virgin et Amazon sont de tristes réalités statistiques qui nous rattrapent et nous dénoncent sans ménagement !

Acheter chez un éditeur, c’est possible et cela pourrait devenir moins cher.

Le livre est trop cher

Aujourd’hui, la chaîne du livre est composée d’acteurs qui dans leur ensemble tirent le prix du livre vers le haut. On y trouve les auteurs, qui au passage gagnent peu ; et c’est un euphémisme de le dire, les éditeurs traditionnels, ceux dont la vocation, n’est pas liée au capital, et qui gagnent de moins en moins.

Viennent ensuite les imprimeurs avec leurs photocopieurs géants, les diffuseurs avec leurs lots de commerciaux, les distributeurs avec leurs palettes et les gros camions et enfin les petites mains... nos libraires qui sortent des cartons, mettent en rayon et trouvent à peine le temps de lire les quatrièmes de couverture qu’il faut déjà aller accueillir le prochain chargement de livres.

Ce système est responsable de la hausse des prix du livre.

Avec la dématérialisation du livre, il serait temps de se poser la question de l’efficacité réelle de cette chaîne sur la production. Un fait saute aux yeux : le livre est trop cher.

Avec le livre numérique, l’imprimeur a du souci à se faire

Trop cher par rapport à quoi ?

Par rapport à ce qu’il pourrait coûter si on repensait la chaîne du livre. A bien y regarder, un bon nettoyage par le vide ne ferait pas grand mal à cette grande dame qu’est l’édition française.

Elaguer le système ?

Garder les racines et le tronc. Sans auteurs pas de livres, sans éditeurs pas de livres non plus... quid des libraires ? Ces derniers, nous l’avons vu, peuvent faire d’excellents éditeurs. Le reste ? Un bon coup de tronçonneuse pour favoriser une meilleure repousse et un contrôle du feuillage.

Même l’imprimeur a du souci à se faire ! A ce jour, la production d’ouvrages en impression numérique est prise en charge par des machines énormes occupant plusieurs centaines de mètres carrés au sol. Demain, ce ne seront que de gros photocopieurs casés chez l’éditeur dans des pièces de 20 m2.

Mieux payer nos auteurs

A ceux qui douteraient du rôle essentiel de l’éditeur dans le système, je répondrai simplement que pour trouver la pépite qui fera le bonheur de vos moments de lecture, il faut avoir du nez.

Alors, achetez vos livres chez l’éditeur quand cela vous est possible ; directement à la source.
Nous pourrons mieux payer nos auteurs, mieux vivre de notre métier et vous offrir de beaux moments de lecture.

Aller plus loin
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  • unagi-
    unagi-
    卑語
    • Posté à 11h17 le 27/06/2011
    • Internaute 24252
      卑語

    Mieux rémunérer un auteur c´est accorder un un pourcentage plus favorable.
    Entre autres.

    Pourquoi les éditeurs français courent à leur perte
    Lien

    Le droit a pour fonction de régler les conflits et c’est toujours le signe d’une crise lorsqu’une institution juridique contribue à créer des tensions au lieu de les apaiser. Malgré l’unité affichée par les représentants des auteurs et des éditeurs, il n’est pas nécessaire de chercher très loin pour percevoir que le consensus sur le contrat d’édition est en train de se fissurer sur certains points essentiels.

    Face au caractère mouvant de l’environnement numérique, nombreux sont les auteurs qui estiment que les cessions perpétuelles des droits ne sont plus acceptables et qui demandent à ce que la durée des contrats soit réellement limitée dans le temps. En réponse à cette demande, et malgré quelques voix dissidentes, l’édition française fait front pour continuer à exiger des cessions égales à toute la durée de la propriété intellectuelle. Tout au plus, avance-t-on du côté du SNE la possibilité d’insérer des « clauses de rendez-vous », obligeant l’éditeur à négocier avec son auteur à échéances régulières, mais sans garantir à celui-ci que le contrat sera effectivement modifié.

    Plus complexe encore est la question de la titularité des droits numériques, déjà abordée plus haut. Pour pouvoir procéder à la numérisation des ouvrages de leur fonds, les éditeurs ont été souvent contraints de revenir vers leurs auteurs pour signer des avenants au contrat d’édition, de façon à se faire céder les droits numériques. Nombreux ont été les auteurs à accepter ces avenants sans négocier, ce qui a permis aux éditeurs d’emporter les droits de manière exclusive et définitive, comme c’était le cas pour le papier.

    La métaphore évolutionniste peut paraître brutale, mais c’est devenu un lieu commun d’avancer que le monde de l’édition est confronté à la nécessité d’évoluer, face aux changements induits par le numérique. Si pendant longtemps, la faiblesse des parts de marché de l’eBook par rapport au papier a pu faire croire que le cadre traditionnel n’aurait pas besoin de subir une mutation radicale, les signes d’accélération du processus qui se sont faits jour en 2010 montrent que le météore se rapproche à présent dangereusement de la planète éditoriale. Le basculement significatif des marchés américains et japonais vers le numérique, une étude récente annonçant une part de 20% des eBooks dans les chiffres de l’édition d’ici à 2020, le saut qualitatif des tablettes de lecture, l’engagement de nouveaux acteurs comme Google, Amazon ou Apple, autant de signes qui interrogent les fondements même du paysage éditorial, à commencer par son sous-bassement juridique : le contrat d’édition.

  • Dave Feng
    Dave Feng répond à 22decembre
    • Posté à 12h28 le 27/06/2011
    • Internaute 27954

    La difficulté avec les libraires « indépendants », c’est qu’il leur est difficile d’aider les éditeurs « indépendants », dans la mesure où cela augmente pour eux le risque de ne pas vendre. Pour rester à flots, il leur faut piocher dans ce qui « partira » peu à peu. Il est triste de voir que les petites éditeurs sont plus faciles à trouver dans une grosse Fnac ou sur Amazon, que dans les librairies « indépendantes »...
    - enfin, vous avez raison, il faut distinguer les lecteurs et définir des circuits distincts.

  • steed1
    steed1
    Franco-Breton
    • Posté à 15h43 le 27/06/2011
    • Internaute 29140
      Franco-Breton

    Je prend ce texte comme un playdoyer pour la petite édition qui, on le soupçonne que trop rarement, concerne plus d’une centaine de petites maisons d’éditions qui ont du mal à joindre les deux bouts.
    Alors oui, j’aime commander chez les petits éditeurs, la plupart du temps les frais de port sont offert, contrairement à la FNAC, Oui, je leur fais confiance pour trouver de bons nouveaux auteurs.

    Les jeunes auteurs rêvent tous de publier à compte d’éditeur, ce qui représente pour eux une certaine reconnaissance, une légitimité d’auteur. C’est signe que leur manuscrit a franchi le barrage du comité de lecture, c’est le gage aussi d’un résultat de qualité, pas un de ces mauvais tirages sur des sites comme book édition ou Lulu...
    L’éditeur va s’occuper de tout, correction, mise en page, dépot à la bnf, composition de la couverture et rédaction de la 4ème.

    Son problême au petit éditeur, c’est que bien souvent il se trouve en dehors des circuits normaux de distribution et de ce fait ne trouve pas beaucoup de moyens de se placer en librairie. Celà veux dire, démarchage des librairies indé (s’il s’en trouve encore de vraies), perte d’énergie et de temps qu’il pourrait consacrer à d’autres auteurs etc.

    Ouvir une nouvelle maison d’édition en france c’est un peu comme entrer en religion, les chances de se planter sont plus grandes que les chances de réussir. Les grosses ne font pas de cadeaux !
    Ce que j’attend des petites maisons d’édition c’est, pourquoi pas une fédé indépendante, de nouveaux canaux de distro, des formats numériques moins chers etc.

  • egide
    egide
    Littéral
    • Posté à 09h26 le 28/06/2011
    • Internaute 45067
      Littéral

    À ceux qui douteraient du rôle essentiel de l’éditeur dans le système, je répondrai simplement que pour trouver la pépite qui fera le bonheur de vos moments de lecture, il faut avoir du nez.

    Évidemment l’édition ne porte pas tout le poids du déclin progressif de la lecture et donc, de la vente des livres dont le budget dans les ménages se réduit peu à peu, inexorablement au profit d’autres produits de divertissement.

    Mais l’organisation actuelle de la chaine de valeur du livre dépend étroitement des intérêts d’une douzaine d’éditeurs devenus soit de simples filiales de grands groupes industriels cotés au CAC40, soit des indépendants dont l’organisation capitalistique ressemble furieusement à celui de ces mêmes filiales.

    Et s’il n’y avait la loi française sur les sociétés qui ménage un droit de blocage à l’administrateur fondateur mais minoritaire, l’indépendance ne serait que pure façade.

    N’est-ce pas d’ailleurs le cas tant le poids des contrôleurs de gestion des financiers qui participent au tour de table, comme on dit, est prépondérant au moment des choix stratégiques  ?

    Les petites maisons à qui ont a dévolu le risque de rechercher de nouveau titres, et non pas de nouveaux auteurs, n’ont pas d’autre choix que de céder les droits d’édition à un distributeur sous la tutelle des financiers qui ont capitalisé et concentré ce secteur économique.

    Comme la cession du contrat d’auteur rapporte 2% au découvreur de la pépite, c’est autant de moins que touchera l’auteur dont la part déjà congrue aux alentour de 8% tombe ipso facto à 6% environ pour un tirage moyen de 2000 ou 3000 exemplaires en deux ou trois ans si le livre se vend bien.

    C’est la réalité économique du secteur. très rude pour l’auteur, qui, en cas de succès peut escompter un gain de 900 à 1200 €, au mieux, en deux ans minimum, sinon trois et plus.

    Beaucoup d’éditeurs, même parmi les plus importants, ont encore leur librairie. Et les ventes directes qui y sont réalisées augmentent un peu les marges. Mais ces achats restent marginaux et les lieux au centre des principales métropoles coutent une fortune.

    Le maintien de ces librairies d’éditeurs participent plutôt de la communication, endroits des mondanités si chères au cœur du microcosme de la culture, ce milieu très fermé où se mélangent commis de l’état, politiciens, financiers, les directeurs de collections avec leurs affidés, les journalistes et leur relations influentes et tous les Verdurin de l’hexagone, ces épigones de l’exception culturelle.

    La littérature n’est pas composition de parfums et l’édition plutôt que de nez aurait besoin de véritables lecteurs.

    Par rapport à ce qu’il pourrait coûter si on repensait la chaîne du livre. A bien y regarder, un bon nettoyage par le vide ne ferait pas grand mal à cette grande dame qu’est l’édition française.

    C’est très exactement à quoi se livre depuis 20 ans et plus, les contrôleurs de gestions qui taillent comme des Goshn en élaguant largement dans les dépenses.
    Les pingreries des principaux éditeurs lors du Salon du Livre le démontrent assez.

    Mais l’unique souci c’est l’accroissement des marges pour maintenir le R.O.I. (return of investment) d’une vache à lait qui produit moins et dont les prix unitaires, réglementés comme dans une vulgaire république bananière dont l’état a délégué au privé la fixation des tarifs, aux éditeurs justement.

    Or, ce qui est dégagé par l’abaissement des coûts ne profite pas à la création. Cette industrie de prototype n’investit absolument pas pour la nouveauté. C’est l’auteur qui supporte le risque en finançant lui-même sa création sans aucune certitude qu’il sera publié.

    Et les aides publiques sont tellement éparpillées par faute de compétences que leurs attributions n’a aucune efficacité. Pire, elles profitent souvent aux acteurs en place de la chaine de valeur du livre et participent à l’augmentation de la marge pour l’investisseur.

    Néanmoins pour une petite maison, les ventes directes sont aubaines non négligeables, mais le fonctionnement en prend le plus clair.

    Et puis, un directeur d’une petite maison d’édition qui n’est pas bénévole, quelle liberté éditoriale a-t-il s’il doit vivre de son activité  ?

    On le sait bien, c’est aucune.

    Et puis, les acheteurs de livre sont convaincus de payer trop cher leur pesant de lecture distrayantes et ils ne comprennent pas que l’abaissement des coûts ne leur profite pas en terme de tarif de vente au détail.

    Le dilemme est insoluble.

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