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Seul un Tunisien sur quatre s'est inscrit pour élire la Constituante

Thierry Brésillon
Journaliste
Publié le 02/08/2011 à 10h44


Bureau d’inscription sur les listes électorales dans la Médina de Tunis (Thierry Brésillon)

Depuis le 11 juillet, les Tunisiens sont appelés à s’inscrire sur les listes électorales en vue de l’élection de l’assemblée constituante le 23 octobre. Il était hors de question en effet d’utiliser un fichier électoral grâce auquel même les morts avaient le droit de vote, certains vivants pouvaient voter plusieurs fois et d’autres déposer leur bulletin dans l’urne sans même le savoir.

On s’attendait à voir les pionniers du printemps arabe, après des décennies d’élections truquées, de dictature policière, de liberté d’expression bafouée se lancer avec enthousiasme dans l’expérience d’une élection libre et transparente pour choisir leur régime politique. A l’inverse du modèle égyptien, où une réforme constitutionnelle cosmétique a été adoptée par référendum, la pression de la rue avait imposé en Tunisie, une assemblée élue pour refonder totalement le régime. Or, les Tunisiens boudent manifestement cette première phase du processus électoral.

Sur les quelque 7 millions d’électeurs potentiels (pour 11 millions d’habitants), après trois semaines, seules 1,8 million de personnes étaient allées s’inscrire, dont seulement 20% de femmes.

Devant ce résultat décevant, l’Instance supérieure indépendante pour les élections (ISIE), chargée d’organiser l’ensemble des opérations électorales, a décidé de repousser du 2 jusqu’au 14 août la fin de la période d’inscription.

Un air de fiasco

Le démarrage de l’opération avait été, il est vrai, chaotique. Seulement 165 000 personnes s’étaient inscrites durant la première semaine, faisant souffler un air de fiasco sur cette première étape du processus électoral. La procédure repose sur la présentation de la carte nationale d’identité et la lecture d’un code barre qui permet aux 460 bureaux d’inscription d’accéder au même fichier national. Les premiers jours, une panne d’accès au serveur (un grand classique) a bloqué le processus.

Aujourd’hui encore, les connexions ont quelques caprices, mais globalement le problème a été surmonté. La démarche en elle-même prend à peine plus d’une minute et peut être effectuée n’importe où en Tunisie (y compris depuis le 26 juillet, pour les Tunisiens à l’étranger). Une fois l’adresse de résidence, et donc de vote, actualisée, un reçu est remis au nouvel inscrit, avec un autocollant rouge « Je me suis inscris, je vote ! ».

Côté communication, l’ISIE n’a pas lésiné sur les moyens. Campagne d’affichage, encarts dans les journaux, spots TV, page Facebook, bannières internet et même, dans l’intérieur du pays, annonces par haut-parleurs à travers les villages.

Une preuve d’action citoyenne

L’effort a porté quelques fruits. Dans le bureau de Sidi El Béchir, un quartier populaire du centre de Tunis, la moyenne est passée de 200 à presque 500 inscrits par jour depuis le 25 juillet. Les files d’attente se forment et certains futurs électeurs ne rechignent pas à attendre parfois plus de deux heures. Les resquilleurs habitués à leurs anciens privilèges sont vite remis dans le rang.

Certains croient que l’inscription leur permettra de recevoir un peu d’argent, comme autrefois, quand le RCD octroyait une petite aide à des électeurs modestes. Mais dans l’ensemble, à l’instar de Jamila Binous, historienne, venue s’inscrire dans le bureau au cœur de la vieille ville de Tunis, prévaut « la fierté de participer à un moment unique de la vie la Tunisie » de la part de citoyens qui, pour la plupart, n’ont jamais voté.

Mais avec à peine 25% d’inscrits, on est encore loin du compte.

Protestation silencieuse

Cette démobilisation, au-delà d’une distance classique avec le politique, exprime deux malaises. D’abord, une perplexité devant une offre électorale totalement illisible. La Tunisie a passé à présent le cap des 100 partis légalisés. Dans un pays où seul le Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD) régnait, entouré de cinq autres servant de prétexte à un pluripartisme de façade, c’est beaucoup. Peu familiers des processus électoraux, certains croient d’ailleurs trouver dans les bureaux d’inscription des informations sur les partis.

Le choix d’élire une assemblée a fait passer directement la vie politique tunisienne de l’unanisme obligatoire au jeu des ambitions personnelles rivales et des manœuvres partisanes. Un spectacle qui dissuade beaucoup de potentiels électeurs de devoir choisir entre des partis jugés « tous malhonnêtes ».

Plus sérieux ensuite, le faible taux d’inscription exprime aussi une forme de protestation contre une transition en trompe-l’œil qu’on refuse de cautionner en participant aux élections. Dans plusieurs bureaux, des agitateurs sont même venus clamer haut et fort leur refus de s’inscrire.

A ce stade, néanmoins, le faible taux d’inscription ne compromet pas la réussite des élections. L’objectif de cette phase du premier processus électoral
post-dictature, était d’abord d’offrir aux Tunisiens une occasion de
manifester leur citoyenneté, comme l’a rappelé l’ISIE :

« 
L’inscription sur les listes électorales est nécessaire parce que c’est
une preuve d’action citoyenne d’une part, et une preuve d’inscription
volontaire d’autre part. »

Si techniquement l’inscription permet de confirmer le lieu de vote pour éviter les mauvaises surprises le 23 octobre, la liste des électeurs sera établie sur la base du fichier de la carte nationale d’identité. Il reste donc encore trois mois aux acteurs politiques tunisiens pour ressusciter l’élan populaire qui a secoué le monde arabe.

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  • Redroom
    Redroom
    La V2, une grosse merde.
    • Posté à 11h14 le 02/08/2011
    • Internaute 23589
      La V2, une grosse merde.

    Ils ont raison de prendre leur temps, le temps est l’ennemi des tyrans...

  • marcdelon
    marcdelon
    Freelance
    • Posté à 11h28 le 02/08/2011
    • Internaute 152318
      Freelance

    12 jours de plus pour s’inscrire dans l’histoire de sa nation.
    Debout Tunisiens épris de liberté.
    Que le printemps fleurisse en mémoire de Mohamed BOUAZIZI.

  • Jean-baptiste dubruel
    Jean-baptiste dubruel
    WATSAN manager - Solidarité (...)
    • Posté à 11h33 le 02/08/2011
    • Internaute 37094
      WATSAN manager - Solidarité (...)

    « D’abord, une perplexité devant une offre électorale totalement illisible. La Tunisie a passé à présent le cap des 100 partis légalisés. »
    Effectivement, dans ce contexte, il semble difficile de pouvoir se forger une idée véritable des projets de chaque partis en présence. Lorsque l’on découvre ce chiffre, on ne peut que supposer ce que l’article souligne, et que cette prolifération de partis politiques en Tunisie est le miroir d’un « jeu des ambitions personnelles rivales et des manœuvres partisanes ».
    Cependant, et en espérant que la transparence soit le mot d’ordre de tous les partis en présence, cette prolifération de l’offre politique en Tunisie doit être considéré comme une chance de pouvoir se faire entendre.
    Quand en Tunisie, c’est l’offre politique qui est un des obstacles à la voie démocratique, en France, c’est l’absence d’alternative politique qui gangrène cette démarche. Lorsque le peuple ne se reconnait plus dans les personnes qui sont censées le représenter, la démocratie à de biens sombres jours devant elle.

    • marcdelon
      marcdelon répond à Jean-baptiste dubruel
      Freelance
      • Posté à 11h43 le 02/08/2011
      • Internaute 152318
        Freelance

      en FRANCE 20% des citoyens sont exclus de l’assemblée par manque de démocratie !
      Sans oublier les opposants ou les contre-pouvoirs qui n’en sont plus...

    • pierrejcallard
      pierrejcallard répond à Jean-baptiste dubruel
      http://www.nouvellesociete.org
      • Posté à 17h33 le 02/08/2011
      • Internaute 3366
        http://www.nouvellesociete.org

      @ JPD

      Il y a une leçon a comprendre : les Tunisiens ne se sont pas révoltés pour se bâtir une démocratie bidon à l’occidentale a base de manipulation médiatique et de corruption, mais pour mettre en place une gouvernance efficace contre la pauvreté et le chômage.

      Lien

      Si l’union a la Libye de Kadhafi était une option, je parierais que c’est celle que choisirait un scrutin honnête en Tunisie. Mais ne rêvons pas, l’OTAN ne tue pas tous ces civils à Tripoli pour en arriver là !

      Pierre JC Allard

    • pierrejcallard
      pierrejcallard répond à Jean-baptiste dubruel
      http://www.nouvellesociete.org
      • Posté à 17h34 le 02/08/2011
      • Internaute 3366
        http://www.nouvellesociete.org

      @ JPD

      Il y a une leçon a comprendre : les Tunisiens ne se sont pas révoltés pour se bâtir une démocratie bidon à l’occidentale a base de manipulation médiatique et de corruption, mais pour mettre en place une gouvernance efficace contre la pauvreté et le chômage.

      Lien

      Si l’union a la Libye de Kadhafi était une option, je parierais que c’est celle que choisirait un scrutin honnête en Tunisie. Mais ne rêvons pas, l’OTAN ne tue pas tous ces civils à Tripoli pour en arriver là !

      Pierre JC Allard

      • marcdelon
        marcdelon répond à pierrejcallard
        Freelance
        • Posté à 17h45 le 02/08/2011
        • Internaute 152318
          Freelance

        l’union à la libye ?
        vous déraillez complètement

        la démocratie à l’occidentale est si bidon que les Tunisiens accostent non à tripoli pour soutenir le psychopathe mais à Lampedusa pour rejoindre l’europe en général et la FRANCE en particulier.

        ouvrez les yeux plutôt que de faire dans la propagande à deux sous.

         
        • pierrejcallard
          pierrejcallard répond à marcdelon
          http://www.nouvellesociete.org
          • Posté à 19h55 le 02/08/2011
          • Internaute 3366
            http://www.nouvellesociete.org

          @ Marcdelon

          L’union entre la Tunisie et la Libye a été sérieusement discutée pendant longtemps et n’a avorté que suite aux pressions de la France auprès de Bourguiba. À l’époque, la Tunisie voulait de l’argent et la Libye une masse démographique plus significative et des compétences.

          Aujourd’hui, la Libye a ses propres compétences, mais le messianisme de Kadhafi ne s’est pas émoussé et joindre la Libye serait toujours pour les Tunisiens l’équivalent de tripler leur revenu par tête !

          Avec l’OTAN qui pilonne Tripoli, je ne vois pas qu’une telle union soit aujourd’hui possible, mais si l’Occident ne réussit pas à assassiner Kadhafi, cette hypothèse renaîtra certainement quand les Coalisés seront partis.

          Kadhafi n’a pas que de l’argent : il a un modele de gouvernance qui fonctionne et qui est particulièrement bien adapté à la situation des pays africains. Voyez en lien le LIVRE VERT, qu’on ne se bouscule pas encore pour distribuer en Occident…

          Lien

          Pierre JC Allard

          • marcdelon
            marcdelon répond à pierrejcallard
            Freelance
            • Posté à 20h50 le 02/08/2011
            • Internaute 152318
              Freelance

            allard, votre guide à du plomb dans l’aile.

            • pierrejcallard
              pierrejcallard répond à marcdelon
              http://www.nouvellesociete.org
              • Posté à 02h48 le 03/08/2011
              • Internaute 3366
                http://www.nouvellesociete.org

              @ Marcdelon

              Eh oui … ! Peut-être même du « plomb durci ». Il demeure que le Livre Vert est remarquablement sensé et vaut la peine d’être lu, surtout que la légitimité de notre type de démocratie ne fait pas l’unanimité.

              Tuer le messager n’arrêtera pas le message. Die Gedanken sind frei

              PJCA

          • Fantomiald
            Fantomiald répond à pierrejcallard
            Entrepreneur
            • Posté à 00h33 le 03/08/2011
            • Internaute 81539
              Entrepreneur

            @PJCA

            Le livre vert est un recueil de blagues pour les Tunisiens. Voyez plutôt :
            Lien

            • pierrejcallard
              pierrejcallard répond à Fantomiald
              http://www.nouvellesociete.org
              • Posté à 03h18 le 03/08/2011
              • Internaute 3366
                http://www.nouvellesociete.org

              Les blagues du journal Le Monde - publiées au début mars, dans la Phase 1 de la campagne de propagande contre Kadhafi - sont aujourd’hui moins drôles… Si on en faisait quelques unes sur les héros de la démocratie de Benghazi. moitié renégats, moitié fanatiques salafistes importés ?

              La meilleure aujourd’hui : une des factions des rebelles vient de flinguer leur commandant-en-chef à tous. On ne connait pas le détail du vote qui a mené a cette décision démocratique pour résoudre cette divergence de vue.

              PJCA

        5 autres commentaires
  • Autist Reading -
    Autist Reading -
    In enculo cum vibro
    • Posté à 11h41 le 02/08/2011
    • Internaute 73535
      In enculo cum vibro

    Ils vont pouvoir voter sans s’inscrire parce que la liste des électeurs sera établie sur la base du fichier de la carte nationale d’identité, et on disserte sur le peu d’inscriptions...

  • DeSuisse-
    DeSuisse-
    Je pense donc je gêne !
    • Posté à 11h44 le 02/08/2011
    • Internaute 101756
      Je pense donc je gêne !

    L’auteur indique 2 pistes (’’perplexité devant une offre électorale totalement illisible’’ et ’’protestation contre une transition en trompe-l’œil’’) mais élude une donnée probablement tout aussi valable.... Le désintérêt du ’’peuple’’ pour une ’révolution’ qui lui faire perdre du pouvoir d’achat sans la réconcilier avec la politique.

    Pourquoi le peuple serait-il plus intéressé aujourd’hui qu’il y a 2 ans à la chose politique ? Singulièrement s’il s’est tenu en retrait des ’évènements révolutionnaires’...

    On touche probablement ici du doigt la réalité du soutien populaire au mouvement du printemps.

  • nanabel
    nanabel
    1ère version
    • Posté à 11h55 le 02/08/2011
    • Internaute 97292
      1ère version

    Extraits de l’article d’un Tunisien bien renseigné :

    Une grande majorité de la population tunisienne a boycotté volontairement les inscriptions aux listes électorales. (...) La raison de ce boycott n’est pas le manque d’informations mais bien un manque d’envie. (...) Ceux qui pensent que les gens ne sont pas informés, oublient que les informations en Tunisie ont été diffusées durant la révolution de l’intérieur du pays vers ses côtes et sa capitale et non le contraire.

    Une multitude de jeunes partis politiques novices présentant dans leur majorité les mêmes idées et principes de liberté et de démocratie et les offrants sur un plateau d’argent au peuple, semblent oublier que c’est en fait ce même peuple qui détient ces valeurs et a été celui qui les leur a offerts par sa révolution.

    Lire l’article : Lien

    • Autist Reading -
      Autist Reading - répond à nanabel
      In enculo cum vibro
      • Posté à 15h03 le 02/08/2011
      • Internaute 73535
        In enculo cum vibro

      Voilà un intellectuel qui n’appelle ni à s’inscrire ni à voter...

      Un intellectuel qui dit que la Tunisie ne sera jamais laïque, et qui ne le regrette nullement.

      Un intellectuel qui trouve que les manifestants devraient penser à l’économie plutôt qu’à eux.

      M’enfin, un intellectuel qui s’exprime dans Les Echos, faut pas trop en attendre...

  • Sebek
    Sebek
    Assis debout
    • Posté à 13h45 le 02/08/2011
    • Internaute 148937
      Assis debout

    Aller, faut se remuer les gars ! Et avoir l’envie de bâtir quelque chose. Enfin, l’article de nanabel confirme pourquoi il y a eu une telle vague de migration vers l’Europe. Ils n’ont tout simplement pas envie de rebâtir.

    C’est dommage, ils ont fait la moitié du boulot en virant le dictateur en place.

    • marcdelon
      marcdelon répond à Sebek
      Freelance
      • Posté à 15h09 le 02/08/2011
      • Internaute 152318
        Freelance

      ce serait une vraie déception,vraiment, tout ça pour ça ?

    • A340AMIRI
      A340AMIRI répond à Sebek
      funcionario viaçao aerea
      • Posté à 10h05 le 03/08/2011
      • Internaute 132679
        funcionario viaçao aerea

      Ils n’ont rien compris.
      Pour eux, si Benali est barré ça veut dire feu vert a l’ abandon du pays pour aller en Europe ou les rues sont pavées d’or.
      Je me demande a quoi a servi l’ indépendance.
      J’imagine que c’est la faute de la France qui a donné de mauvais conseils a ses adolescents émancipés

  • feddit
    feddit
    liberté
    • Posté à 15h41 le 02/08/2011
    • Internaute 140003
      liberté

    « la liste des électeurs sera établie sur la base du fichier de la carte nationale d’identité. » Dans ces conditions, un décompte de 2 millions d’inscrits qui se sont déplacés (sur les 8 millions) est plutôt une belle performance !
    Le processus démocratique en Tunisie est bien en marche.

  • hasni
    • Posté à 17h54 le 02/08/2011
    • Internaute 37535

    Bonjour,

    Je me permets de m’inscrire en faux avec cet article laissant à penser que les Tunisiens ne se ruent pas pour s’inscrire sur les listes et que de plus l’attitude serait une forme de protestation « contre une transition en trompe-l’œil qu’on refuse de cautionner en participant aux élections ».

    Bien que d’un exemple personnel, on ne puisse tirer de généralités, je vais quand même faire part de mon expérience qui, je l’espère, sera crédible après avoir passé 10 ans comme administrateur du site reveiltunisien.org.

    Je suis allé m’inscrire hier au consulat de Tunisie en France. J’ai fait deux heures de queue sans information autres que celles qui circulent dans les queues où personne ne sait rien. Mais quand on a été privé de parole si longtemps, les gens parlent beaucoup et quand ils ne savent pas euh ... Ils imaginent les papiers nécessaires pour s’enregistrer, le report de la date butoir, ...

    Pendant deux heures disais-je je me serais attendu à ce que les 200 personnes qui étaient présentes pendant que j’y étais (12 h - 14 h et visiblement c’est comme cela tout les jours) râlent, pestent, contre la lenteur de l’administration, le manque d’information, le fait d’être traité comme des « riens ». Et bien non. Les gens, les vieux, les jeunes, autant d’hommes que de femmes, discutaient et se réjouissaient de se compter aussi nombreux pour faire la même chose : s’inscrire. J’entends encore un vieux monsieur dire : « C’est la première fois que je vais voter » et un autre lui répondre « C’est la première fois que nous allons tous voté depuis toujours ». Il y a plus loin un jeune barbu qui tente haranguer les gens. Il se fait prendre à parti par une femme qui ne se laisse pas impressionner (visiblement on ne mesure pas sa foi à la longueur de sa barbe jeune homme). Il sera ridiculisé par un autre qui proposera qu’on lui donne une pièce à la fin de son spectacle. Bref, l’ambiance est « relax ». Et la chape de plomb a bel et bien disparu. Même ceux qui faisaient les kékés filtrant les entrées et usant de leur petit pouvoir donné par celui qui dispose de l’information qu’on ne se trouve nulle part et qui implique souvent de revenir le lendemain avec le papier manquant, même ceux là, ne se la pète plus.

    Surprise !

    Une fois entré, les choses vont très vite. On remplit un formulaire avec le n° de la pièce d’identité nécessaire. Le nom et les coordonnées sont enregistrées et hop on ressort avec le sourire aux lèvres et fier d’avoir ce petit papier. Tu sens même dans le regard des autres qui font encore la queue une pointe de jalousie alors tu gonfles un peu plus le torse et tu repars fier et ému.

    Mais voilà, c’est le bordel en fait. Pourquoi si peu de personnes sont enregistrées ?

    Parce que les services consulaires sont incompétents et sous équipés. Voilà pourquoi ce sont des bénévoles, avec la super vision des services consulaires, qui se substituent à ces derniers.
    Aucun ordinateur n’a été mis en place pour les saisines, tout se fait manuellement sur des registres. J’étais au consulat de Paris, je sais que pour celui de Pantin, c’est pire. Quand on leur a proposé des ordis, c’était des vieux coucous sans un tableur de base à utiliser.

    Parce qu’aussi aucune information n’est faite à destination des tunisiens. Les dates butoirs qui changent par exemple. Les kits de communication de l’ISIE qui est citée dans l’article arrivent au compte goutte et à l’exemple des consulats en France n’ont été mis en place que par les bénévoles.

    Bien entendu, en rentrant chez moi, mon sésame à la main, j’ai discuté et annoncé que j’étais inscrit et que la tête des gens faisait plaisir à voir et on me répond « Ici à Tunis c’est pareil ! La presse n’en parle pas, je ne comprends pas ».

    (Je n’ai pas osé dire ce que je pense de la presse tunisienne afin de ne pas gâcher la discussion mais des décennies de « pitreries » ne s’effacent en 6 mois)

    Moi je ne comprends pas qu’on puisse sous titrer « un air de fiasco ». Cela pourrait m’irriter et me laisser à penser que nous faisons en Tunisie la queue pour nous inscrire pendant des heures et dans des conditions déplorables alors qu’en France les électeurs ne font pas la queue pour venir grossir la cohorte des abstentionnistes mais cela rendrait mon côté binational un chouïa schizophrène.

    Bref, cet article est à charge, défaitiste et à mon sens un peu facile alors je reprends sur le fonds en présentant déjà des excuses pour cette dernière saillie.

    100 partis politiques ? Oui. Et des très rigolos, voir folkloriques. On trouvera le parti de la Justice et de l’Indépendance puis celui de l’Indépendance et de la Justice. On trouvera bon nombre d’opportunistes, d’arrivistes, d’incompétents, sans doute quelques voleurs et d’autres qui n’ont pas non plus les mains très propres. On trouvera aussi beaucoup de partis à membres uniques. Cela prête à sourire non ? (Je précise que je parle encore de la Tunisie et non pas de la France hein ?)

    Bien moi cela me plaît. Et si c’était le signe que les Tunisiens voulaient s’approprier la sphère publique et ne pas la laisser à d’autres opportunistes, incompétents, voleurs et j’en passe mais mieux organisés ?

    Et si dans ces 100 partis, il y avait aussi des formations qui ont soufferts pendant des décennies à défendre des idéaux, des projets de société etc ... Mais qui malheureusement ne pouvaient travailler que dans la clandestinité avec des bouts de ficelles et des leaders en prison et/ou torturés. Oui ceux là n’ont pas non plus beaucoup d’expériences en matière d’élection. Tu m’étonnes. Je ne ferais pas l’affront à l’auteur de rappeler ce qu’on risquait à militer contre la dictature. Mais je citerai le PCOT, Ettajdid, le PDP, Tunisie Verte, le Forum, Ennadha. Tous sont critiquables (et je n’ai pas manqué de les critiquer en d’autres lieux) mais toutes sont des formations politiques réelles et leur prêter les mêmes bassesses avec ce côté narquois me dépasse.

    Bien entendu il y a des ambitions et des négociations. Mais de grâce pas de sous entendus par le raccourcis du « Tous dans le même sac » (Couffin d’ailleurs serait plus adapté).

    Par contre je lui demanderai humblement pourquoi lui n’a pas vu que depuis le 14 janvier, il y avait 11 millions de politiciens en Tunisie qui avaient un avis sur tout ? Qui malheureusement n’ont pas accès aux matériaux, par ailleurs si rares, qui aident à former une opinion, à aiguiser des arguments et à les confronter. Je parle d’un programme électoral bien entendu. Oui c’est le bordel. Oui ce pays n’a aucune expérience électorale. Oui, il y a des vieux cons qui sclérosent le fonctionnement d’une société jeune et vive par des archaïsmes comportementaux (là j’ai cherché le terme un peu de temps). Oui encore on va sans doute se planter de gens, d’organisation, d’élire des cakes et on va râler après la classe politique, on va râler sur la nouvelle Constitution qui va se profiler. Mais on va essayer, n’en déplaise aux auteurs de mauvaise augure. Et si on se trompe, bin … On fera comme dans toutes démocraties respectées : on recommencera.

    Merci à celles et ceux qui auront eu le courage de me lire en entier.

    Hasni

    • Thierry Brésillon
      Thierry Brésillon répond à hasni
      Journaliste
      • Posté à 20h12 le 02/08/2011
      • Journaliste 163187
        Journaliste

      bonsoir
      C’est votre commentaire qui me semble à charge.
      Le faible taux d’inscription jusqu’à présent (et il est peu probable qu’il dépasse la moitié du corps électoral) est un signal politique qui préoccupe sérieusement les organisations chargées de la transition. Il est également commenté par d’autres observateurs tunisiens.

      « l’air fiasco » n’est pas un sous-titre, mais un intertitre qui est relatif au paragraphe consacré à la première semaine au terme de laquelle les problèmes techniques et le très faible taux d’inscription (2%) ont effectivement fait craindre un ratage de cette phase. Mais comme je l’indique, la barre a été redressée.

      Comme je le mentionne, les problèmes sont aujourd’hui résolus pour l’essentiel. Pour la communication, vous mentionnez la situation en France, j’évoque celle de la Tunisie où un effort considérable a été fait pour que l’information parvienne à un maximum de personne.

      Sur le fait qu’on ait dépassé aujourd’hui la centaine de partis, je n’émets aucune jugement de valeur, et c’est en effet compréhensible dans un contexte post-dictature. Mais c’est un fait et comme il est un fait que cela contribue à rendre le paysage difficile à décrypter pour les Tunisiens.

      Quand aux commentaires « tous malhonnêtes », ce n’est pas le mien (je ne le pense pas d’ailleurs), mais c’est l’argument avancé par de nombreuses personnes que j’ai interrogées et qui m’ont expliqué ainsi leur choix de ne pas s’inscrire.

      Il n’y a rien de défaitiste. je termine d’ailleurs sur une note plutôt positive, mais il y a un constat qui alerte tous ceux que préoccupent le signal d’une désaffection évidente à l’égard du processus électoral.

      • zidakani
        zidakani répond à Thierry Brésillon
        Un citoyen
        • Posté à 14h10 le 04/08/2011
        • Internaute 123543
          Un citoyen

        Le 4 aout le nombre de citoyens tunisiens inscrits en Tunisie s’élève à 2.383.676
        source officielle.
        Lien

         
        • Thierry Brésillon
          Thierry Brésillon répond à zidakani
          Journaliste
          • Posté à 19h31 le 04/08/2011
          • Journaliste 163187
            Journaliste

          Bonjour
          Au mieux, le résultat attendu au final est d’environ 50 % du corps électoral inscrit. Cela ne dément pas le fait qu’il n’y pas eu d’élan populaire enthousiaste vers l’inscription. Les membres des instances de transition se disent très préoccupées par ce signal politique.
          Cela n’enlève rien non plus au fait que, pour l’instant, s’est produit une déconnexion manifeste entre les acteurs politiques (partis et institutions de transition) et une large partie de l’opinion qui estime que les instances de transition trahissent la volonté de rupture avec l’ancien régime qu’exprimait la révolution, et que les partis sont davantage occupés à se ménager leur part du gâteau que de se saisir de leurs problèmes.
          Ce n’est pas une appréciation personnelle. Il suffit de demander à n’importe qui ici en Tunisie son sentiment (politisé ou non) pour obtenir cette réponse. Les plus politisés qui s’inscrivent, le font avec l’idée de pouvoir s’exprimer pour amener les acteurs politiques à se reconnecter avec les réalités et à renouer avec l’élan du 14 janvier.

          • zidakani
            zidakani répond à Thierry Brésillon
            Un citoyen
            • Posté à 11h11 le 05/08/2011
            • Internaute 123543
              Un citoyen

            Je suis d’accord avec votre appréciation de la situation. C’est normal que les gens soient paumés pour choisir entre plus de 100 partis. En Espagne après Franco, il y avait plus de 200 partis.
            Le gouvernement transitoire ne peut pas résoudre tous les problèmes du pays. Le plus important est urgent, c’est d’arriver à organiser des élections.
            Les anciens profiteurs du régime comme les islamistes n’en veulent pas.
            Il y a eu la crise de Kasba 3 qui consistait à utiliser le mécontentement populaire pour faire tomber le gouvernement et le remplacer par un autre gouvernement provisoire avec des ministres islamistes.
            Maintenant une nouvelle crise a démarré hier. Elle consiste à faire libérer d’anciens cadres du régimes de Ben Ali pour mettre le feu au poudre et amener l’armée au pouvoir. Les émeutes ont déjà commencé près de Sfax.
            Il ne faut pas vous trompez. Les demandes des citoyens sont légitimes. Mais certains les manipulent pour défendre leur propre intérêts.
            Il faut défendre la voix démocratique quitte à négocier avec les puissants du pays. Sinon bye bye les élections.

        2 autres commentaires
  • A340AMIRI
    A340AMIRI
    funcionario viaçao aerea
    • Posté à 10h00 le 03/08/2011
    • Internaute 132679
      funcionario viaçao aerea

    En gros, les Tunisiens ont maintenant trop de choix....

    Tout a l’ heure c’est cette excuse qu’ils vont nous sortir quand ils vont traverser la mer en barque pour venir dormir sur les bancs de République : « depuis que papa Benali n’est plus là, c’est le bordel en Tunisie, tout le monde veut se faire élire »

    Suis surpris qu’on aie pas encore accusé la France d’être derriere ce trop plein de liberté qui étouffe la Tunisie.

  • zidakani
    zidakani
    Un citoyen
    • Posté à 14h07 le 04/08/2011
    • Internaute 123543
      Un citoyen

    Voici une illustration video en arabe sous-titrée en anglais du débat politique-religion dans les pays arabo-musulmans. On n’est pas sorti de l’auberge.

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