Tunisie libre

Libre ! Et après ?
Reportages, images, analyses et entretiens pour décrypter la transformation de la Tunisie post-dictature.

 

Printemps arabe : pour le PS, une affaire de classes moyennes

Thierry Brésillon
Journaliste
Publié le 25/08/2011 à 12h27


Capture d’écran du programme des plénières du Parti socialiste.

Le printemps arabe sera au programme de l’université d’été du Parti socialiste vendredi. Des représentants du Forum démocratique pour le travail et les libertés (connu en Tunisie sous l’appellation Ettakatol), de l’USFP marocaine, du FFS algérien et du Fatah palestinien y évoqueront les conséquences de ce mouvement politique sur le monde arabe.

On se demande toutefois si les militants socialistes pourront mesurer toute la portée sociale et politique de l’événement si l’on en juge par la présentation pour le moins biaisée de la conférence en question dans le programme des plénières :

« Ces révoltes […] ont été initiées par des classes moyennes instruites, mais sans expérience politique. »

Classes moyennes ! Décidément, le PS semble éprouver une difficulté persistante à percevoir la présence des classes populaires.

Certes, dans les cortèges de manifestants à Tunis, on retrouve des fonctionnaires, des avocats, des cadres, des étudiants... les classes moyennes sont effectivement un des acteurs de la révolution. Mais s’il faut parler des initiateurs, ce sont d’abord les plus modestes des villes de l’intérieur et des quartiers populaires qui sont montés en première ligne. Pour s’en faire une idée, on suggérera aux organisateurs de la conférence de se renseigner sur le profil des quelque 300 victimes de la répression : marchands ambulants, mécaniciens, ouvriers agricoles...

La pression sociale qui a fini par exploser en décembre 2010 montait même depuis les événements du bassin minier de Gafsa en 2008, où là aussi ce sont des chômeurs, des ouvriers qui sont descendus dans la rue.

Si l’on s’attache au cas algérien, on voit bien la difficulté qu’éprouvent l’élite militante de la capitale pour se connecter avec les mobilisations sociales de l’intérieur du pays qui, à défaut d’entraîner la fin du système, maintiennent la situation politique sous tension.

Une perception biaisée

Ce détail est moins anecdotique qu’il n’en a l’air. Il est révélateur de la perception du printemps arabe, et notamment en Tunisie, du côté nord de la Méditerranée. Il est plus tentant de projeter nos propres espoirs sur les perspectives ouvertes par le printemps arabe, que de s’attacher aux dynamiques internes de sociétés que des décennies de dictatures ont rendu peu transparentes.

Il est plus facile de s’identifier à une génération éduquée, connectée, imprégnée de valeurs mondialisées qu’au petit peuple qui tente aujourd’hui de percevoir les dividendes sociaux des changements politiques qui ont ouvert un espace de liberté dont les classes moyennes tirent le meilleur parti.

Si le processus social qui a conduit à la chute du régime a été initié par des catégories plutôt défavorisées, celles-ci redoutent justement de ne pas gagner grand chose à cette « révolution ». Une donnée à ne pas oublier pour comprendre la suite des événements.

  • 2188 visites
  • 10 réactions
Vous devez être connecté pour pouvoir commenter : ou créez un compte
  • spleenlancien
    spleenlancien
    Manant, de passage sous le (...)
    • Posté à 13h04 le 25/08/2011
    • Internaute 78672
      Manant, de passage sous le (...)

    @ l’auteur,

    « ...Classes moyennes ! Décidément, le PS semble éprouver une difficulté persistante à percevoir la présence des classes populaires... »

    C’est vrai depuis la fin du Guesdisme...

  • Autist Reading -
    Autist Reading -
    In enculo cum vibro
    • Posté à 12h46 le 25/08/2011
    • Internaute 73535
      In enculo cum vibro

    De toutes façons, Terra Nova a décrété que les classes populaires étaient perdu pour le PS, et que le PS devait n’avoir d’yeux que pour les classes moyennes plusse.

    Les revendications des travailleurs d’afrique du nord ou d’ailleurs, ça ne les intéresse pas.

    • PGC
      PGC répond à Autist Reading -
      Impair Impasse89
      • Posté à 13h07 le 25/08/2011
      • Internaute 147266
        Impair Impasse89

      Oui, et ils osent se servir de la Tunisie en miroir pour passer leur message de politique intérieure.

      • pablico
        pablico répond à PGC
        À la porte d'un sourd, 
un jour (...)
        • Posté à 16h36 le 25/08/2011
        • Internaute 14278
          À la porte d'un sourd, 
un jour (...)

        la paille et de la poutre..

        personne n’imagine pour soi.. aussi gros que soit le problème..

        c’est toujours une difficulté de se voir sans filtres, à nu..
        on s’aime trop..

        d’où :

        « Le pire ennemi, c’est soi-même, Mais je ne le tue, car je l’aime. » Charles de Leusse

        – pourquoi les politiques flattent à tout va, et ne critiquent jamais beaucoup ?

        personne ne les écouterait...

  • parle à mon Q
    parle à mon Q
    ..ma tête est ailleurs.
    • Posté à 13h19 le 25/08/2011
    • Internaute 166721
      ..ma tête est ailleurs.

    Le PS pense encore que le modèle de la révolution française est transportable. La révolution française est faite (organisée, manipulée, au début pour le moins..) par la noblesse = de robe, clergé, politique, et les classes très aisées (les très grands bourgeois). Elle déviera ensuite. La classe moyenne éjectera les premiers pour asseoir sa domination sur les classes populaires.
    Il faudrait peut-être que la classe moyenne du PS (bonne moyenne financièrement parlant et sans grande expérience politique, à croire !) révise et étudie à la loupe le printemps arabe. Les données ne sont pas les mêmes, même si ce sont les « classes moyennes » qui vont encore se rincer à l’oeil et ceux qui faisaient partie des premiers cercles de l’ancien pouvoir.

  • unagi-
    unagi-
    卑語
    • Posté à 14h00 le 25/08/2011
    • Internaute 24252
      卑語

    terranova a été parfaitement entendu, le ps n’est moins au courant que d’autres de la sociologie des révolutions arabes.
    Autant mettre en place le signal des manipulations pour mythifier une classe moyenne que ps a décidé de sacrifier sur l’hôtel des 3,5% de dettes.
    Mais pas que : « Or derrière les discours on découvre une réalité. Dans un monde où la tendance de fond depuis trente ans consiste à désengager l’État et la puissance publique au profit des acteurs privés, la règle d’or n’a d’autre signification que de graver dans le marbre la RGPP, constitutionnaliser les privatisations. On peut rétorquer que les gouvernements n’ont aucun besoin de règle d’or pour sabrer, l’hégémonie culturelle du néo conservatisme a suffi largement à inculquer le sacrifice. Mais il ne faut jamais être à court de symboles. Regrouper dans un même corpus la Déclaration universelle des droits de l’Homme et l’orthodoxie budgétaire relève alors du coup de maitre.

    D’une apparente neutralité, la règle d’or, compte tenu des rapports de force ne peut qu’aboutir à l’austérité pour les classes moyennes et inférieures. Il y a deux leviers pour équilibrer les comptes. Augmenter les recettes et baisser les dépenses. La tendance lourde depuis de nombreuses décennies consiste à présumer que les dépenses de l’État s’apparentent à une gabegie. En l’occurrence que l’on dépense trop pour un résultat médiocre ; ce qu’affirment en substance L. M. Châtel, L. Wauquiez, et autres portes voix de la réforme inéluctable. De façon significative ce type d’emballement peut trouver un écho chez nombre de socialistes (D. Migaud, M. Valls et bien d’autres). De façon quasi automatique, on aboutit à l’expression incessamment ressassée “ faire mieux avec moins ”, comme par exemple accueillir plus d’élèves avec moins de professeurs. Et donc y entendre allouer moins de subsides aux services publics et par la magie de protocoles de management, qualifiés de modernisations, obtenir le même service. C’est évidemment une vaste escroquerie pour transférer une partie des services publics sous gestion privée. Ou les abandonner à la décrépitude. E. Todd en marge d’une conférence de presse sur la démondialisation, expliquait qu’on ne peut mesurer la baisse du pouvoir d’achat sans tenir compte de la dégradation des services publics. »
    Lien
    J’irai pêcher.

    • 22decembre
      22decembre répond à unagi-
      Social-libéral... C'est pas (...)
      • Posté à 15h10 le 25/08/2011
      • Internaute 137595
        Social-libéral... C'est pas (...)

      D’un autre côté, on peut très certainement faire mieux !

      Mais Sarkozy ne rationnalise pas, il rationne. Couper arbitrairement, sans reflechir ... Son quiquennat a été inutile. Il a tout commencé mais rien fini. Tout fait, mais rien de concret !

      Il aurait suffit de quelques trucs bien simples :
      - reformes fiscales (honnêtes sous-entendues) avec disparition de l’isf, mais une nouvelle tranche d’IR
      - reformes des contrats de travail (CDI, CDD, fonctionnaires... hop, tous au même !)
      - booster la formation professionnelle en y melant les syndicats, pour qu’ils ne plantent pas tout !

  • Fantomax
    Fantomax
    escroc
    • Posté à 14h51 le 25/08/2011
    • Internaute 157606
      escroc

    On a décidé d’ abandonner les classes populaires au FN en France.

    En Tunisie et en Egypte on va les abandonner à qui ? Aux barbus ?

  • informateur-
    • Posté à 16h08 le 25/08/2011
    • Internaute 147312
  • Le Templier
    • Posté à 17h01 le 25/08/2011
    • Internaute 153996

    Ces « révolutions » ont été initiées par d’autres puissances.
    de même qu’en Egypte, Libye et Syrie ...

    Il serait peut être temps de l’admettre et d’arrêter de déblatérer sur un « printemps arabe » imaginaire.

Retour sur Rue89

Note Les notes de blogs ne sont pas toutes mises en forme par l'équipe de Rue89 contrairement aux articles du site.