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Tunisie : de la révolution à la fracture

Thierry Brésillon
Journaliste
Publié le 06/12/2011 à 18h01

Manifestation et contre-manifestation devant le siège de l’Assemblée constituante, le 3 décembre. (Thierry Brésillon)

Depuis une semaine, un campement s’est installé devant les grilles du palais du Bardo, à Tunis, où siège l’Assemblée constituante, au moment où se négocie une mini-Constitution provisoire. Côte à côte, des militants venus protester contre le projet initial, dans lequel ils voient la volonté d’une hégémonie d’Ennahdha sur la rédaction de la Constitution et «  le risque d’une nouvelle dictature  », et des chômeurs du bassin minier de Gafsa, révoltés par la persistance du népotisme et de la corruption depuis la publication d’une liste d’embauches par la Compagnie des phosphates de Gafsa.

Samedi, des militants d’Ennahdha ont appelé à une contre-manifestation, auquel ont pris part environ 3 000 personnes. C’est la première fois qu’un face-à-face d’une telle ampleur avait lieu entre deux composantes de la société tunisienne, offrant l’image saisissante de la fracture divisant un peuple hier uni contre le régime de Ben Ali.

Pendant toute la journée, les deux camps se sont opposés verbalement de part et d’autre de la rue, contenus par deux cordons de policiers, avec la contribution du service d’ordre d’Ennahdha, officiellement étranger à cette mobilisation.

Résumé à une opposition entre modernistes et islamistes, le moment permet de saisir les multiples ressorts du débat politique alors que s’amorce le débat sur la Constitution.

«  Nous sommes le peuple  »


Des sympathisants d’Ennahdha scandent « zéro ! zéro ! », le Bardo, 3 décembre 2011 (Thierry Brésillon)

Durant toute la matinée, le slogan favori, clamé sur un ton goguenard et geste à l’appui, était « zéro  ! zéro  !  », allusion au score dérisoire lors des élections du 23 octobre, de certaines listes comme la liste indépendante Doustourna («  notre Constitution  ») dont les représentants, avec le mouvement du 20 mars, sont à l’origine du sit-in.

«  Nous sommes le peuple  »  : au-delà du score du parti islamiste (37% des voix avec 55% de participation), ses sympathisants ont la certitude d’incarner la vérité de la société tunisienne face à de mauvais perdants qui «  refusent de reconnaître la victoire  » et de céder la place aux vainqueurs.

Revanche sociale

Un autre slogan, fuse, cruel  : «  Condoléances, Ben Ali est parti  !  », adressé comme un défi aux gens dont la plupart était dans la rue en janvier dernier, militants d’associations de droits de l’Homme, d’associations féminines, des syndicalistes, voire d’anciens détenus politiques.

Les manifestants partisans d’Ennahdha dénoncent  :

«  Ce sont des bourgeois qui ont profité de l’ancien régime. Même s’ils ont milité pour les droits de l’Homme, ils se sont servis de leurs positions et de l’appui des pays occidentaux pour faire pression sur le pouvoir et obtenir des places.  »

«  Les médias nous dénigrent  »

Costume strict, une pancarte à la main face à la circulation ralentie par la manifestation, un ingénieur d’une cinquantaine d’années qui se déclare «  simple citoyen  », délivre un message bien rôdé  :

«  Nous sommes vraiment convaincus de la démocratie. Nous voulons le bien de ce pays. Nous sommes contre une minorité qui a bien vécu pendant la dictature et qui profite de son contrôle des médias pour nous dénigrer. Les médias ne reflètent pas l’opinion de la majorité. Nous avons attendu avec patience jusqu’au 23 octobre. Maintenant que la démocratie est installée, tout le monde doit respecter les résultats. Qu’ils laissent les élus travailler  !  »

Sur l’écriteau proprement calligraphié qu’il tient, le message est simple  :

«  La démocratie, oui. La tyrannie, non. La minorité laïque ne doit pas dicter sa volonté à la majorité.  »

Quelle volonté les «  laïques  » veulent-ils imposer  ?

«  La laïcité, la société sans Dieu  !  »

«  La guerre des laïques contre les musulmans  »

Un des refrains de la manifestation clame  :

«  Nous sommes musulmans et nous n’abdiquerons pas  !  »

Auquel l’autre côté répond  :

«  Nous sommes musulmans et nous voulons des emplois  !  »

Un jeune militant explique  :

«  Ennahdha n’est pas un parti religieux. Il se réfère à des valeurs islamiques. »

Mais pour beaucoup, le distinguo n’est pas aussi clair et le «  Ech’chaab yourid... » (le peuple veut) est décliné dans une version islamique  :

«  Le peuple veut l’application de la charia. »

Un jeune homme, survêtement gris et barbe hésitante, précise  :

«  Ce que nous voulons c’est l’Etat islamique. Le Coran et la sunna. Rien de plus, rien de moins.  »

Un homme plus âgé, en kamis de laine, chéchia, longue barbe grisonnante, ajoute  :

«  Notre problème avec les athées, c’est qu’ils croient à la religion de Marx. Ils ont perdu, ils doivent se taire. Ils se disent musulmans, mais la vraie la religion, ce n’est pas la loi de Marx ou de Rousseau. C’est la loi du prophète. Le régime idéal, c’est le régime musulman. »

Le jeune homme en survêtement gris nuance  :

«  Nous voulons un islam actualisé pour résoudre les problèmes nouveaux, comme le chômage. Au fond, l’islam c’est la justice.  »

Avant d’ajouter

«  Nous sommes en guerre contre les laïques, les bourgeois et les collabos de Ben Ali.  »

Les salafistes assurent l’ambiance


Des militants salafistes, le Bardo, 3 décembre 2011 (Thierry Brésillon)

A partir de la mi-journée, toutes les tendances de l’islam salafiste se sont jointes à la manifestation et font acclamer leurs bannières par la foule.

Drapeau blanc avec la calligraphie de la profession de foi («  Il n’est de Dieu que Dieu et Mohamed est son prophète  ») qui sert généralement d’emblème au parti Tahrir, partisan de la restauration du califat de l’époque du prophète (parti non autorisé en Tunisie, mais qu’Ennahdha envisage de légaliser), et dont le mode d’action est plutôt politique.

Version noire, arboré par les mouvements takfiristes, beaucoup plus radicaux, voire violents.

Et même, innovation récente, une version rouge (comme le drapeau tunisien) semble signaler la volonté de développer l’activisme takfiri dans le cadre national. Ces militants, plutôt jeunes, ne sont qu’une poignée. Quelques uns, plus aguerris portent des tenues paramilitaires.


Le chef d’un groupuscule radical conduit la prière devant le Bardo, 3 décembre 2011 (Thierry Brésillon)

L’un d’eux s’en prend à une militante des droits de l’homme  :

«  Quelqu’un comme toi n’a pas le droit de dire Wallah [de jurer par Dieu]. Vous, les francs-maçons, les juifs et les chiens de la France  !  »

C’est le chef de ce groupe le plus radical, en kamis camouflé, qui guidera la prière du couchant pour les quelques centaines de fidèles demeurés sur place.

«  Le but, c’est le but  »

Un sympathisant d’Ennahdha tente d’expliquer :

«  La présence de Tahrir et des salafistes est spontanée. C’est le rassemblement du peuple tunisien et chacun a le droit de s’exprimer.
Mais il va falloir travailler pour élever le niveau de culture démocratique. Avec l’éducation, les gens apprendront à distinguer les discours et s’éloigneront de l’extrémisme.  »

Un sympathisant, plus jeune, voit les choses autrement  :

«  Ennahdha, c’est le peuple. Il chapeaute tous les partis islamiques  : Tahrir, les salafistes… C’est une même structure, c’est la même loi. Ennahdha a plus de souplesse, mais le but c’est le but.  »

«  Des putes et des pédés  »


Une manifestante devant le Bardo, 3 décembre 2011 (Thierry Brésillon)

En plus des slogans politiques et religieux, un troisième type de discours, moral, se développe et fait souvent référence à la manifestation du 16 octobre, en soutien à la liberté d’expression en pleine polémique autour de Persepolis, baptisée «  Aatakni  » (lâche-moi), décrite comme «  une manifestation d’amoureux où les hommes et les femmes se tenaient par la main  ». Pour ne pas dire une orgie à ciel ouvert.

A destination des femmes  :

«  Les filles rentrez chez vous, c’est samedi soir  ! Où sont vos hommes  ? Traînées  ! … »

Et pour les hommes  :

«  Relevez vos pantalons et rentrez chez vous. Les barbes, c’est pour les hommes, les boucles d’oreille, c’est pour les femmes… »

Un jeune manifestant fustige les mœurs contraires à l’identité nationale des modernistes  :

«  Ces hommes qui s’accordent le droit de porter une boucle d’oreille alors que ça n’appartient pas à nos traditions. Et nos barbes, ils trouvent que c’est anormal  !

Les touristes qui viennent comme ça, c’est leur culture. Mais pour les Tunisiens, ce n’est pas possible. Ce n’est pas notre identité.  »

Un chauffeur de taxi exprime plus crument la perception des modernistes distillée depuis des mois à travers des pages Facebook, des prêches et des conservations de café  :

«  Ce sont des putes et des pédés. »

Manipulation

En face, on encaisse plus ou moins bien. Aux quolibets, on répond par l’hymne national.


Iyed Dahmani, député PDP à la Constituante, devant le Bardo, le 1er décembre 2011 (Thierry Brésillon)

Iyed Dahmani, député du PDP (opposition) dénonce  :

«  C’est une manipulation pour faire croire qu’il s’agit d’une opposition entre laïcs et musulmans alors qu’il s’agit d’un problème de concentration des pouvoirs.  »

Un instituteur et militant syndical explique  :

«  Si ce n’est pas pour la liberté et pour les droits de l’homme, pourquoi a-t-on fait la révolution  ?

Ennahdha n’a pas le monopole de l’islam. La contradiction sur la religion, c’est une déviation. Ils veulent nous contenir dans cette opposition entre musulmans et athées  : c’est un piège.

Ce qui nous préoccupe, c’est de parler du chômage, de la baisse du pouvoir d’achat. C’est pour ça qu’on a fait la révolution. Nous luttons contre Ennahdha parce que son programme économique est au service des intérêts de la bourgeoisie.  »

Ce sont nos enfants


Ezzedine Hazgui (Thierry Brésillon)

Ancien détenu politique dans les années 70, Ezzedine Hazgui rappelle l’objet du sit-in  :

«  Les jeunes de l’autre côté, ce sont nos enfants. Ils ne se rendent pas compte qu’on fait ce sit-in pour eux. On défend un projet de démocratie participative, horizontale, où le pouvoir rend des comptes au peuple et non l’inverse. Nous sommes contre le pouvoir absolu d’une seule force. Nous voulons un équilibre des pouvoirs.

Ce qui me fait mal, c’est que Ennahdha utilise les mêmes méthodes que Ben Ali pour concentrer tout le pouvoir entre ses mains  : dire que nous sommes contre l’intérêt du pays, que nous ne sommes pas des patriotes.  »

« No Pasaran ! »

Mais, pour beaucoup, la manifestation sert surtout à conjurer la peur d’une dictature islamiste  :

«  Nous resterons là aussi longtemps que nécessaire pour qu’ils comprennent qu’ils ne pourront pas faire ce qu’ils veulent et prendre le contrôle de l’Etat. »

Un professeur d’allemand puise ses références dans la montée du nazisme  :

«  Nous sommes en 1933, à la République de Weimar. Les islamistes sont des néo-fascistes, ils ont remplacé la discrimination par la race, par la discrimination par la religion.  »

Besoin de reconnaissance

Une jeune sympathisante d’Ennahdha, étudiante en médecine se désole de cette confrontation  :

«  C’est plus facile d’exclure les électeurs d’Ennahdha que de faire un travail pour intégrer ces jeunes, de réformer le système éducatif pour leur ouvrir l’esprit, et l’économie pour qu’ils aient du travail.

Ces gens qui se disent des intellectuels devraient être capables de les comprendre, plutôt que de continuer à les mépriser, à les caricaturer dans les médias. Ils attendent d’abord une reconnaissance et il suffirait de peu de choses pour calmer les tensions.  »

Cette vision généreuse suffira-t-elle à éloigner le spectre de la radicalisation  ? Cette journée du 3 décembre signe-t-elle le début d’une fracture politique sur fond de crise sociale persistante, ou bien est-ce un de ces moments de décharge de trop-plein émotionnel ?

Pendant ce temps, loin des passions de Tunis, les villes d’où sont partis les mouvements de protestation continuent de s’enfoncer dans le désespoir. Un million de chômeurs au compteur.

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  • PaulTron
    PaulTron
    Ce champ sera visible par tous (...)
    • Posté à 18h23 le 06/12/2011
    • Internaute 168564
      Ce champ sera visible par tous (...)

    Qu’ils aient été unis durant la lutte, c’était indispensable poru gagner. Maintenant, pour construire, c’est dans l’adversité. Il est plutôt logique de voir se cristalliser les différents courants, les voir s’affronter dans la rue, idéologiquement. La société se constitue sur un socle démocratique. Et dans la démocratie c’est la majorité des cons qui décide. Il y aura toujours des fachos (islamistes là-bas, Fn chez nous) qui voudront un état aux référence religieuses, où la femme reste à la maison, et où les libertés n’existent que pour plaire à l’idéologie dominante.
    Il faut juste espérer que les réels démocrates, les gens sensés réagissent, votent, pour virer les plus réacs. Les islamistes n’ont pas eu la majorité des voix et peuvent vite se retrouver marginalisés, si les autres partis évitent de se faire représenter de 50 manières différentes pour des scores misérables.

  • LaoJinHu
    LaoJinHu
    ουκ ελαβον πολιν, αλλα γαρ (...)
    • Posté à 18h42 le 06/12/2011
    • Internaute 161554
      ουκ ελαβον πολιν, αλλα γαρ (...)

    Et la « révolution » tunisienne souffre en fait des révolutions que l’on a initiées ça et là, chez les voisins, en adoubant par exemple un soi-disant Conseil national de transition qu’on avait auparavant excité et armé alors qu’il ne s’agissait que d’un noyau de mécontents sécessionnistes.
    Le « peuple » est-il plus légitime lorsqu’il s’exprime (massivement mais mal) dans les urnes ou lorsque quelques clampins revendiquent dans la rue ? Il n’y a hélas qu’une certitude : il ne faut surtout jamais de mains étrangères dans une révolution ...

  • scripta manent
    scripta manent
    anarchogaulliste social
    • Posté à 19h09 le 06/12/2011
    • 175612
      anarchogaulliste social

    tout ça pour ça

    • lonesome
      lonesome répond à scripta manent
      un parmi tant d'autres
      • Posté à 08h44 le 07/12/2011
      • Internaute 165032
        un parmi tant d'autres

      Oui c’est vrai revenons à ben ali

  • Anastaze
    Anastaze
    inconsolable
    • Posté à 19h33 le 06/12/2011
    • Internaute 53186
      inconsolable

    Tous ça me semble très sain, l’expression se libère et est protéiforme, pourvu que ça dure longtemps... nous l’avons oublié, mais c’était ça la démocratie.

  • Autist Reading -
    Autist Reading -
    In enculo cum vibro
    • Posté à 22h21 le 06/12/2011
    • Internaute 73535
      In enculo cum vibro

    « Ce qui me fait mal, c’est que Ennahdha utilise les mêmes méthodes que Ben Ali pour concentrer tout le pouvoir entre ses mains : dire que nous sommes contre l’intérêt du pays, que nous ne sommes pas des patriotes. »

    C’est le passage le plus intéressant.

    [Et sinon, pour T.Brésillon qui va souvent utiliser l’adjectif laïque : Lien ]

  • ourwa
    ourwa
    oeiciole
    • Posté à 04h03 le 07/12/2011
    • Internaute 43943
      oeiciole

    « Nous sommes le peuple » : au-delà du score du parti islamiste (37% des voix avec 55% de participation), ses sympathisants ont la certitude d’incarner la vérité de la société tunisienne face à de mauvais perdants qui « refusent de reconnaître la victoire » et de céder la place aux vainqueurs. »

    N’en déplaise à l’ISIE, au gouvernement provisoire d« Essebsi, aux observateurs des élections du 23-10, surtout les obsevateurs internationaux dont on attend toujours le apport final de synthèse, il faut bien se rendre à cette évidence : ces élections, entachées de multiples irrégularités étouffées par une loi électorale bricolée à la hate et ambigue, seraient entrain de se poursuivre dans la rue, en dehors du palais du Bardo où les élus découvrent réellement leur base, leurs électeurs respectifs, hormis la Nahda, qui s’affole face à la contestation de la rue, plus qu’ à l’égard d’une contestation indéfinie et indéfinissable au sein de l’Assemblée. Ce n’est nullement une fracture, terme ciraquien par excellence, mais une clarification bienvenue dans le champ politique tunisien, clarification qui n’intervient pas après la Révolution, mais en est une troisième phase.

    “ C’est plus facile d’exclure les électeurs d’Ennahdha que de faire un travail pour intégrer ces jeunes, de réformer le système éducatif pour leur ouvrir l’esprit, et l’économie pour qu’ils aient du travail.” dixit une sympatisante d’Ennahda. Ennhda oeuvrant pour l’ouverture d’esprit ? Si c’était le cas, Ennahda ne serait plus ce parti totalitaire et liberticide pronant la charia comme source de droit, semant dans les rues du pays des fous d’allah et des houris voilées, une police religieuse qui aurait commencé à quadriller le pays à l’instar de la police religieuse saoudienne.....Le professeurd’allemand a parfaitement raison quand il dit : “ Nous sommes en 1933, à la République de Weimar. Les islamistes sont des néo-fascistes, ils ont remplacé la discrimination par la race, par la discrimination par la religion. ”Il serait ainsi de salubrité publique ,afin de bien démontrer cette parenté évidente entre le nazisme et l’islamisme, d’inviter Marine le Pen à une conférence électoraliste présidentielle française, elle qui fut rejetée des USA et de France, et ce à l’adresse des électeurs français de Tunisie, linviter à l’Université de Tunis-Mannouba occupée par ses soeurs et frères en idéologie, les sbires d’Ennahda..... Cela révèlera très certainement la part d’une véritable démocratie, mais aussi celle d’une idéologie totalitaire, raciste, anti juive profondément ancrée dans l’inconscient collectif du peuple tunisien ; un des fonds de commerce d’Ennahda et de sa branche extrème( son clone) salafiste.

    • LaoJinHu
      LaoJinHu répond à ourwa
      ουκ ελαβον πολιν, αλλα γαρ (...)
      • Posté à 07h47 le 07/12/2011
      • Internaute 161554
        ουκ ελαβον πολιν, αλλα γαρ (...)

      Tout à fait d’accord pour votre comparaison avec la République de Weimar avec la différence qu’on n’est pas sur les ruines de l’empire de Prusse, guère plus sur celles d’un petit tyran domestique : la « révolution tunisienne » s’inscrit dans un projet beaucoup plus vaste, celui de la reconquête - en termes de marchés - des terres d’Islam (arabes, persanes et turques).
      Le problème, c’est que les « tyrans » (en réalité les systèmes politiques mis en place après les grands leaders de la décolonisation) ne sont principalement contestés qu’en raison de leur laïcité ou plus exactement de leur neutralité vis à vis des différentes obédiences religieuses qui sont en rivalité depuis la mort du prophète ...

      • ourwa
        ourwa répond à LaoJinHu
        oeiciole
        • Posté à 03h24 le 08/12/2011
        • Internaute 43943
          oeiciole

        « la “ révolution tunisienne ” s’inscrit dans un projet beaucoup plus vaste, celui de la reconquête - en termes de marchés - des terres d’Islam (arabes, persanes et turques).“Reconquête par qui ? Par l’Occident ? C’est le discours récurent depuis longtemps et il n’est pas faux. Par les artisans, dans ce monde arabo-musulman ,d’un projet d’instauration de régimes islamistes, ce nest pas faux non plus. Toutefois, mettre tous ces pays dans le même sac et les soumettre à une analyse commune est aller un peu trop vite en besogne, s’échiner à cantonner la Tunisie dans le champ exclusivement arabo-musulman avec ses multiples diversités sociale, politique, régionale, historique etc, c’est lui refuser d’emblée les spécificités qui sont les siennes. La pertinence de sa révolution, unique dans les mondes arabo-musulman et méditerranéen, que cette révolution soit propre de tout activisme islamiste masqué ou entaché d’islamisme au grand jour. Aujourd’hui, depuis le 14 janvier 2010, les deux aspects sont observables et témoignent on ne peut plus clairement de l’ambiguité d’Ennahda, sa fébrilité croissante, la perte progresive de sa légitimité.
        Ennahda, après avoir projeté le califat et la charia comme unique source de droit, prétend opter pour une république, sauvegarder les acquis de la femme...et envoie en même temps ses anges noirs écumer le pays.....
        Ennhda, après avoir opté pour l’orientation exclusive de l’économie tunisienne en direction des pays arabes et africains, met à présent de l’eau dans son vin et n’exclue plus les échanges économiques avec la Zone Euro et autres pays développés. Langue bifide qui accentue un double discours, une ambiguité manifeste, une caractéristique de tous les régimes et idéologies totalitaires ; l’Histoire ancienne et contemporaine regorge d’exemples dans ce sens.
        Il est une évidence dont il faut se rendre compte : dans tous les pays musulmans, arabes ou autres, il y a toujours une idéologie poltico-religieuse, l’islam, dormante quand le pouvoir étatique est théocratique, plus ou moins activiste quand le pouvoir étatique est tant soit peu laïc, opresseur de religieux, fermé à tout dialogue avec ceux-ci afin d’instaurer une véritable laïcité qui interdit tout accès au pouvoir aux partis religieux. Toute comparaison entre les partis démocrates chrétiens européens et les partis islamistes divers est illusoire.L’Islam est une religion verrouillée, rigide, dogmatique, antidémocratique par excellence. A cet égard, la révolution tunisienne est très interessante, unique, dans la mesure où son aspect laïc émerge de plus en plus de la société civile, d’où la perte progressive de la légitimité d’Ennahda, son affolement, avant même d’avoir commencé à régner. C’est bon signe.

  • daoud01
    daoud01
    ingénieur
    • Posté à 08h13 le 07/12/2011
    • Internaute 150428
      ingénieur

    Ca fait des mois que Thierry Brésillon nous bourre le le mou avec sa révolution tunisienne laïque et progressiste et sa composante islamiste forcément minoritaire et tellement modérée...

    Pauvres Tunisiens (Egyptiens, Libyens, Yéménites ...) ! Ils sont dans la situation des Iraniens au lendemain de la révolution de Khomeiny, dans la transition entre la dictature du Shah et celle des mollahs.

    Alors, Thierry, on s’éveille de son trip ? C’est dur la gueule de bois ?

    • lonesome
      lonesome répond à daoud01
      un parmi tant d'autres
      • Posté à 08h47 le 07/12/2011
      • Internaute 165032
        un parmi tant d'autres

      s’il vous « bourre le mou » vous n’êtes pas obligé de le lire...

    • Thierry Brésillon
      Thierry Brésillon répond à daoud01
      Journaliste
      • Posté à 16h24 le 07/12/2011
      • Journaliste 163187
        Journaliste

      Pas de gueule de bois merci. Je ne sais pas avec quelles lunettes vous me lisez, mais je n’ai jamais vu la composante islamiste comme minoritaire et le point de départ de mon travail, c’est justement qu’il ne faut pas lire le processus tunisien à travers le projection de nos désirs.
      En même temps, je ne lis pas la situation à travers le prisme de la révolution iranienne. La société tunisienne dépasse les lectures binaires.

  • zygzornifle
    zygzornifle
    Poussière d'étoiles
    • Posté à 09h13 le 07/12/2011
    • Internaute 160367
      Poussière d'étoiles

    Tunisie : de la révolution à la fracture

    de la fracture à la facture ....qui va payer ? ?

  • lifka
    • Posté à 14h29 le 07/12/2011
    • Internaute 37623

    Signe des temps, madame Jeannette Boughrab s’est fait remonter les bretelles par François Fillon. Le chef de cabinet du Premier ministre l’aurait même accusée de « haute trahison ». Qu’avait-elle donc fait de si grave pour mériter une telle accusation ?

    Elle avait simplement eu l’audace de dire qu’elle ne connait pas d’islamisme light.

    D’aucuns décrivaient la France comme le 23e pays de la Ligue Arabe. Il faudra semble-t-il désormais la désigner comme le 58e pays de l’OCI, et l’un parmi les plus radicaux, puisque le seul fait de critiquer non pas l’islam mais l’islamisme est aujourd’hui, comme en Iran, passible du peloton d’exécution.

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