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Tunisie : un blogueur se dresse contre la brutalité policière

Thierry Brésillon
Journaliste
Publié le 04/02/2012 à 16h17

Le Ministère de l’Intérieur à Tunis (Thierry Brésillon)

La police tunisienne fait tout pour démontrer qu’elle n’a été que l’instrument d’une dictature, à son corps défendant. Il est vrai que les agents étaient maintenus dans un état de frustration permanente, au nom d’une technique de management cynique, mais efficace  : traiter les policiers comme des chiens affamés pour les rendre plus agressifs.

Depuis le changement de régime, leurs salaires ont été revalorisés et, au quotidien, les relations avec la population sont devenues nettement plus respectueuses.

Mais certains policiers tunisiens n’ont visiblement pas tiré les enseignements de la révolution, et n’ont pas compris que les méthodes de l’époque Ben Ali n’étaient plus admissibles. Zakaria Bouguerra, étudiant en médecine et jeune blogueur, détenu mardi pendant deux heures au commissariat de Bab Bnet, au centre de Tunis, en fait la douloureuse expérience, relatée par le site Naawat.

L’histoire commence le 13 novembre. L’Espérance sportive de Tunis, l’une des deux équipes de football de la capitale, reçoit celle de Casablanca.

Alors qu’ils attendent à l’aéroport leur vol de retour, quelques supporteurs marocains commencent à s’agiter et détériorent du matériel informatique. La réaction policière est particulièrement brutale et les arrestations, plus que musclées.

Zakaria Bouguerra assiste à la scène  :

« Tout un groupe de policiers (une vingtaine à peu prés) sortent avec d’autres Marocains en sang. […] C’étaient des gamins. Leurs pulls étaient déchirés et certains n’avaient plus de chaussures.

Un des Marocains tombe par terre pensant peut être diminuer la cadence des coups, mais au lieu d’avoir trois policiers sur lui, c’est maintenant une dizaine qui se ruent sur son corps à coups de brodequins sur le dos. »

«  Il veut nous mettre sur Facebook ! »

Il tente alors de filmer ce qu’il voit. Mais un policier en civil l’en empêche  :

« Il arrache mon téléphone et me maîtrise. Il appelle ses amis “Un traître  ! Un traître  !  Il veut nous mettre sur Facebook”. »

Jeté à terre, roué de coups de pieds, il est ensuite conduit au poste de police de l’aéroport.

« La porte s’ouvre. Quatre policiers baraqués me regardent et me disent “C’est toi le Tunisien  ?” Naïf comme je suis, je leur réponds oui. “Non, toi tu n’es pas Tunisien  !  Toi tu es un traître  ! Toi, tu es un Israélien.” Ils me relèvent et se liguent contre moi.

Un Marocain s’écrie “Non, laissez-le, il a rien fait, il n’était pas avec nous  !” D’un coup de botte dans la gueule, un des policiers le fait taire.

Dans l’esprit des policiers, ce ne sont pas leurs méthodes qui les ont décrédibilisés, mais la visibilité que leur ont donnée les réseaux sociaux  :

“Un gros bonhomme s’approche sournoisement de moi. […] Il me dit tout doucement ‘N’aie pas peur, je vais rien te faire. Tu es Tunisien  ? Tu voulais filmer les policiers  ?’ Je baisse ma garde et je hoche la tête.

Un coup, deux coups, trois coups. Ma tête résonne sous les chocs, je ne sens plus mon visage. Un poing percute ma tête au niveau de la bouche, mes lèvres éclatent dans une éclaboussure de sang. ‘Rabbek, tu veux brûler le pays  ? Les policiers sont devenus des moins que rien à cause de votre Facebook et de votre révolution !’”

Dans la suite de son témoignage, il raconte comment un policier écrase la tête d’un supporter marocain en train de vomir de douleur sur la cuvette des toilettes.

Les journaux marocains avaient dénoncé cette brutalité, sans mentionner les actes de vandalisme. Les médias tunisiens en revanche n’avaient pas mentionné le comportement des policiers. Mieux, rapporte Zakaria Bouguerra, les journalistes de la chaîne nationale et de Hannibal TV avaient demandé aux policiers de donner des pulls sans tâches de sang aux jeunes Marocains interpellés avant de les filmer. Les policiers ne sont pas les seuls à conserver les vieilles habitudes.

“C’est moi le citoyen, ton maître”

Le 20 janvier, le jeune avait croisé le policier qu’il avait vu écraser le visage d’un Marocain contre la cuvette des toilettes et qui se trouve être le secrétaire général de la section de l’aéroport du syndicat des policiers aux frontières, Issam Dardouri.

Dans le dialogue qu’il relate dans son blog, il a cette répartie impeccable quand le policier lui demande s’il veut lui apprendre son métier  :

“Oui je vais t’apprendre à travailler ! Car tu es mon serviteur ! Tu travailles pour moi  ! C’est moi le citoyen, ton maître, qui paye tes salaires.”

On ne saurait mieux résumer le sens de la révolution tunisienne.

Promesse

Le 1er février, alors qu’il assiste à une manifestation en faveur de Samir Feriani (un policier au cœur d’un contentieux avec sa hiérarchie), Zakaria Bouguerra est reconnu par Issam Dardouri.

Cette fois, le policier rameute des collègues qui embarquent le jeune homme au poste de police le plus proche en le rouant de coups. L’histoire se termine par la promesse écrite des deux protagonistes de ne plus s’adresser la parole et, pour le jeune blogueur, de ne plus mentionner le nom du policier.

Ce silence imposé ne suffira pas à redonner de la respectabilité à une corporation qui se plaint d’être victime aujourd’hui de violences de la part de délinquants, mais qui peine à faire sa révolution et il faudra plus que l’audace d’un jeune bloggeur pour qu’elle mène à bien sa mutation.

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  • merle-moqueur
    merle-moqueur
    GRRRRRRRRRRRR (...)
    • Posté à 16h41 le 04/02/2012
    • Internaute 17922
      GRRRRRRRRRRRR (...)

    « 
    FLIC UN JOUR
    FLIC TOUJOURS

  • L'effaceur
    L'effaceur
    Libre
    • Posté à 17h02 le 04/02/2012
    • 180667
      Libre

    Bah, les policiers n’ont jamais été au service du citoyen, ça se saurait depuis le temps. La police est le bras armé de l’intérieur et il ne saurait en être autrement. Dans tous les pays soit-disant démocratique (on en reparlera quand la population votera elle même ses lois) les flics ont le même comportement.

    C’est soit-disant une minorité mais la majorité ferme sa gueule quand elle est témoin ce qui les rend complice et ceux qui quittent le police considérant qu’ils sont du coté du citoyen en dénonçant leur comportement sont lynché.

    Si les tunisiens calquent les occidentaux pour créer un état démocratique ils sont aussi mal barré que de se faire gouverner par des religieux. Bon courage à eux avec les moyens de corruptions mis en place par l’Europe et les USA pour les pervertir et qu’ils soient à leur image et pas autrement.

    Un certain Richard Stallman (RMS pour les intimes) avait dit des dirigeants français qu’ils représentaient « l’état traître ».
    En france, nous vivons dans un état qui flic la population jusque dans son sang (sisi, prise de sang pour être certain que tu respecte bien leurs lois) et qui s’assoie sur la démocratie quand elle dérange dans leur projet d’égocentrique.

    Bon courage tout de même, la route est très longue pour espérer une civilisation digne et libre... Peut-être un jour, quand l’homme pourra naviguer dans l’espace pour s’arracher à un système et aller construire autre chose ailleurs. Pendant des siècles les civilisations ont fait des avancées en fuyant des monarques (qui sont de plus en plus puissant la mondialisation) en s’armant efficacement pour empêcher qu’ils s’implantent à nouveau avec le temps.

    L’homme ne sera pas libre avant quelques siècles voir millénaire, il y aura toujours des giscard, mitterand, chirac, sarko (bientôt hollande ?) qui feront tout pour prendre le pouvoir par la supercherie.

  • hoihoi
    hoihoi
    périphérique du clavier
    • Posté à 17h07 le 04/02/2012
    • Internaute 169612
      périphérique du clavier

    Ce jeune se trompe quelque peu.

    En fait son métier, c’est servir et protéger l’état Tunisien, et au vu de ce que j’ai pu lire, c’est un remarquable professionnel mettant une énergie exceptionnelle dans son activité.

    J’irais même juste qu’a parié qu’il le ferait bénévolement...

    Au fait ce ne serait pas les force anti-émeute Française qui forme la police Tunisienne ?

    • L'effaceur
      L'effaceur répond à hoihoi
      Libre
      • Posté à 17h40 le 04/02/2012
      • 180667
        Libre

      Pendant un temps, si. C’est aussi la france qui avait commencé à fournir du matériel et qui avait proposé d’envoyer du flic bien teigneux pour aider à calmer la population qui commençait à se révolter.
      Cette même france qui met en avant qu’elle ne traite pas avec des dictateurs mais des états (en fait, nos dirigeants ne font pas la différence entre l’état et les dirigeants, pour eux c’est la même chose mais c’est dit différemment).

  • answer
    answer
    grand manitou
    • Posté à 17h53 le 04/02/2012
    • Internaute 119538
      grand manitou

    ACAB... soutient à lui !

  • emiboot
    emiboot
    No Homs land
    • Posté à 02h48 le 05/02/2012
    • Internaute 81944
      No Homs land

    Bravo. Courageux et courage. La Tunisie a vraiment une chance, si elle ne faiblit pas, si ses citoyens réagissent aussi nombreux face à tout ce qui était routine du modèle précédent. Votre révolution est belle, et elle n’est pas finie.

  • Dr finkelstein
    Dr finkelstein
    Dr finkelstein
    • Posté à 13h53 le 05/02/2012
    • 180756
      Dr finkelstein

    la police n’es que l’instrument du pouvoir.
    depuis quand la démocratie d’auto-proclame sachez chères amies que la démocratie et un sport de riche et non une marque déposée et le facteur permettant une approche philosophique de la démocratie et une bonne gouvernance ainsi qu’une bonne moralités des autorités et temps que la religion reste amalgamée a la constitution c’est a dire exposée au 4 vents politiques il n’y auras aucune chance a ce que la Tunisie trouve un équilibre.
    surtout si les autorités traine des pieds et laisse tranquillement les quelques fondamentaliste télécommander s’ingérée dans la vie publique du pays bien entendue suivie d’une bonne manipulation des services tunisien« syndrome de la décennie noir algérienne“pour ceux qui détiennes le réel pouvoir en Tunisie pérennise leurs places !

  • kafékrem
    kafékrem
    sans sucre
    • Posté à 20h47 le 05/02/2012
    • Internaute 123523
      sans sucre

    la seule bonne réponse est de tirer à vue sur ces gros porcs de flics.
    qu’ils aient une plaque ou pas , ce sont des bandits, et c’est de la légitime défense que de les abattre : ils sont trop imprévisibles pour savoir comment se comporter.
    pour un contrôle d’identité ( qu’ils ne devraient pas avoir le droit de pratiquer sans raison valable) ton meilleur ami finit sa vie dans une cellule qui pue la pisse , avec un « arret cardiaque » et des contusions que tout le monde refusera de voir... ou trouvera un prétexte du genre « rébellion ».
    en france ou en algérie, en tunisie , ou ailleurs , c’est les mêmes qui se pensent au dessus des lois.

  • LienRag
    • Posté à 15h29 le 06/02/2012
    • Internaute 34767

    Il n’y a pas de comité Vérité & Réconciliation prévu en Tunisie ?

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