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Tunisie : Adnane Hajji, symbole controversé, toujours en lutte

Thierry Brésillon
Journaliste
Publié le 14/01/2013 à 15h00

Adnane Hajji, à la tête d’une manifestation, le 3 janvier à Redeyef (Thierry Brésillon)

Redeyef, ville du sud-ouest de la Tunisie, a célébré la semaine dernière le cinquième anniversaire du début du soulèvement du bassin minier de 2008, considéré comme l’amorce du processus ayant abouti à la chute de Ben Ali. L’un des dirigeants du mouvement, Adnane Hajji, est aujourd’hui à la tête d’une mobilisation pour que les 4 morts et les 24 blessés de la répression soient reconnus comme des martyrs de la révolution.

Ce syndicaliste, ancien instituteur, a un parcours de lutte sociale indiscutable. Politisé lors des grèves de 1978, alors qu’il était lycéen, il a été emprisonné dès 1979 suite à une grève étudiante, et il s’est confronté à l’armée et à la police lors de la grève générale de janvier 1984.

Devenu aujourd’hui l’une des figures de la vie sociale tunisienne, il est pourtant controversé. Ses attaques virulentes contre Ennahdha, parti politique islamiste, et sa responsabilité dans le blocage de la production du phosphate – l’une des principales ressources du pays –, ne font pas l’unanimité, tandis que de nombreux militants de gauche lui reprochent de mener un combat solitaire. Il s’explique sur son positionnement.

Thierry Brésillon : Pourquoi est-ce important que les morts et les blessés du soulèvement de 2008 soient reconnus comme martyrs de la révolution  ?


Manifestation pour la reconnaissance des victimes de 2008 comme martyrs de la Révolution (Thierry Brésillon)

Adnane Hajji : 2008 est la première étincelle du processus qui a mené à la chute de Ben Ali. L’essentiel pour nous est la reconnaissance symbolique de la participation des jeunes du bassin minier au processus politique de la révolution.

Le problème, c’est la manière dont Ennahdha traite les habitants de la région, notamment à Redeyef, qui échappe à son contrôle. D’autres partis et l’Union générale tunisienne du travail (UGTT) dirigent le mouvement social ici. Refuser de reconnaître notre rôle dans la révolution, c’est une punition pour nous éliminer. Ennahdha ne veut rien accorder à la région à travers nous.

Nous n’avons toujours pas de conseil municipal car le gouverneur de Gafsa refuse de reconnaître la liste négociée entre les partis politiques, parce qu’Ennahdha n’est pas suffisamment représenté.

Quelle relation entretenez-vous avec l’UGTT  ?


Adnane Hajji, le 3 janvier à Redeyef (Thierry Brésillon)

Je n’ai plus de mandat officiel à la tête du syndicat de base, mais je le tiens en main en attendant le renouvellement du bureau local, que nous revendiquons auprès du bureau exécutif et du bureau régional. Si je ferme la porte, il n’y aura plus rien.

Mais mon rôle dépasse un mandat syndical. Je suis responsable du mouvement social à Redeyef. Ma légitimité vient de ma lutte. C’est une légitimité historique et révolutionnaire.

L’UGTT doit être un contre-pouvoir sur les problèmes sociaux. Mais nous ne sommes toujours pas satisfaits de son rôle. Elle a conservé le même fonctionnement centralisé qu’avant le 14 janvier. Il faut démocratiser l’UGTT, donner du pouvoir aux syndicats de base et aux syndicats régionaux. Sinon, quel que soit le dirigeant, ce sera toujours le même système.

Nous avons lutté contre la bureaucratie syndicale pendant les années Ben Ali alors que pendant ce temps, les syndicalistes proches d’Ennahdha étaient muets, soumis à la bureaucratie. Mais aujourd’hui nous ne sommes pas prêts à quitter l’UGTT. Elle est à nous, pas à la bureaucratie. C’est l’héritage du peuple tunisien.

Pourquoi le conflit avec la Compagnie des phosphates de Gafsa (CPG) est-il bloqué  ?


Stock de phosphate sur le site de Redeyef (Thierry Brésillon)

Nous avons trouvé un compromis avec le syndicat de base des ouvriers, puisque la CPG menaçait de réduire leur salaire si le blocage continuait. Ils travaillent normalement mais le phosphate ne quitte pas Redeyef. Des camions amènent le phosphate d’une carrière voisine à la laverie, puis il est stocké sur place.

Nous avons toujours les mêmes revendications sur l’emploi à la CPG et les sociétés annexes, sur sa contribution au développement de la région, sur l’amélioration des conditions de vie dans le bassin minier. Le ministre des Affaires sociales était venu l’an dernier nous faire des promesses ; elles n’ont pas été tenues.

Les trains qui acheminent le phosphate du bassin minier à Sfax et à Gabès pour l’exporter sont bloqués par des sit-in. Ce sont des camions qui assurent le transport. Cette activité est aux mains de mafieux de l’époque de Ben Ali. Pourquoi le gouvernement ne fait-il rien pour résoudre le conflit  ?

Puisqu’il refuse de négocier avec nous, puisque nous ne sommes pas partie prenante dans la résolution du problème, je ne suis pas disposé à servir de médiateur. Je soutiens toutes les personnes qui revendiquent leurs droits, sans discuter du moyen d’action.

Est-ce que votre combat est dirigé contre Ennahdha  ?

Ennahdha a fait de moi sa cible. Ils ont commencé à m’attaquer à travers Facebook. Mais aujourd’hui, nous sommes avant tout dans un combat social. Or, qui aujourd’hui peut résoudre les conflits du bassin minier  ? C’est Ennahdha. Ce sont eux qui gouvernent.

Mon problème, ce sont les choix économiques et sociaux d’Ennahdha : ils mènent la même politique que le régime précédent.

Comment vous situez-vous par rapport au Front populaire, la nouvelle coalition des partis de gauche  ?

Ce sont mes amis, mes camarades, peut-être que dans l’avenir j’en ferai partie. Mais nous n’avons pas le même point de vue sur la situation, sur l’avenir, sur la manière de revendiquer. Moi je considère Ennahdha comme un ennemi, alors que le Parti des travailleurs [ex-PCOT, membre du Front populaire, ndlr] négocie avec eux – ils ont même négocié avec eux le conseil municipal transitoire. Moi j’ai refusé de siéger avec Ennahdha.

Hama Hamami [leader du Parti des travailleurs, ndlr] s’est allié en 2005 avec Ennahdha, contre la dictature de Ben Ali. Alors pourquoi aujourd’hui ne travaille-t-il pas avec Béji Caïd Essebsi [ancien Premier ministre, leader du parti d’opposition Nidaa Tounes] contre le régime dictatorial qui commence à s’instaurer  ?

Pour ma part, je ne refuse pas totalement l’idée d’une alliance avec Nidaa Tounes. C’est négociable. Je ne dis pas que Nidaa Tounes est le nouveau Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD) ; il y a parmi ses adhérents des militants que je respecte, qui ont toujours lutté contre le régime de Ben Ali. Je ne suis pas d’accord avec les gens qui attaquent Nidaa Tounes, ils ne font qu’aider Ennahdha à éliminer ses ennemis.

Entre ces deux voies, actuellement, il n’y a que le Front populaire, mais qui ne fait pas le poids, sauf, peut-être, s’il fait un front avec les autres partis de gauche, Al Joumhouri et Al Massar.

(Propos recueillis le 5 janvier)
 

Actualisation : Le 13 janvier, le Ministre des Droits de l’Homme, Samir Dilou, a annoncé que les victimes du bassin minier de 2008 seront incluses dans le dispositif du décret 97, concernant les martyrs de la révolution.
Adnane Hajji a contesté la légitimité de l’accord, estimant que les personnes présentes à la négociation ne représentent pas les familles.

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  • faded yasser
    faded yasser
    pour la justice
    • Posté à 00h31 le 15/01/2013
    • Internaute 155078
      pour la justice

    Adnan est le lion des mines et des mineurs. Comme il a affronté le régime de Zaba , il est entrain d’affronter celui des obscurantistes. Le peuple le soutient ; C’est 1 mythe à Rdeyef, Mdhilla, Metlaoui et Om larayess.ò

  • le journal de personne
    le journal de personne
    Une info scénario
    • Posté à 06h05 le 15/01/2013
    • Internaute 142875
      Une info scénario

    Moncef Marzouki

    Café de la Mare
    Non, ce n’est pas le nom d’un café
    Mais le nom d’une composition musicale
    Café de la Mare, parce que le café se situait près de la mer
    À la Marsa, pas loin de Carthage...
    L’endroit idéal pour lire dans le marc du café.
    C’est là que j’ai interviewé Marzouki.

    Avec l’odeur de la mer, pour recueillir la confession d’un président intérimaire
    Élu au suffrage universel grâce à un calcul très particulier
    Il me disait qu’il était difficile de mener sa barque à bon port
    Quand on place la barre trop haut,
    Vous vous retrouvez avec tout sur le dos
    Le théologique est une chose, l’éthique, une autre.
    Mais, pour moi, la politique est première
    Mais j’ai du mal à le faire admettre aux deux forces qui se partagent ce pays
    Les islamistes d’un côté et les opportunistes de l’autre.
    (les Khobzistes, comme on dit)
    C’est une lutte sans classe... une lutte de rapaces...
    Les aigles de Carthage veulent en découdre avec le pouvoir et ses rouages...
    Les premiers parce qu’ils aspirent soit disant à une toute autre fin pour l’homme
    Et les seconds parce qu’ils réclament soit disant du pain pour tous les citoyens.
    Le problème : c’est qu’il y a des menteurs dans les deux camps... ce sont les mêmes
    Le Coran dit : Mounafikines... ceux qui prétendent savoir ce qu’il y a dans votre cœur alors qu’ils ignorent ce qu’il y a dans le leur.

    Comment expliquer aux petites gens que la Révolution n’est pas une solution dans la mesure où elle ne peut apporter de solution. Jamais.
    Je dirais même que la Révolution ne peut être que la restauration des problèmes :
    Elle ouvre une nouvelle ère : celle des galères
    Ce n’est pas de la comédie, c’est comme dirait l’autre : la naissance de la tragédie.
    C’est à dire, celle du conflit entre le bien et le bien !
    Mon peuple n’est pas mûr, je le sais, pour digérer des fruits qui ne le seront jamais :
    La croissance, le plein emploi, la prospérité resteront des entités abstraites tant qu’on n’a pas compris que la réalité est un travail permanent... d’ajustement ou de réajustement entre politique et économie. Entre sens et finance.
    Les jeunes notamment ne regardent pas les forces dont ils disposent mais seulement les buts qu’ils visent... des buts, je veux bien, encore faut-il les marquer.
    Remarquez, je n’ai rien contre l’utopie... mais il y a un moment où l’inconséquence tue.
    La politique, c’est ma vie... mais c’est aussi ma mort... Je le sais.
    C’est... c’est une ligne de crête entre deux abîmes :
    Le Coran d’un côté et le courant de l’autre... sans jeu de mots.
    Le courant qui fait courir et qui est loin d’être un fleuve tranquille... c’est l’air du temps, celui que le tunisien moyen découvre entre autres, à la télévision et qui lui imprime dans le subconscient toutes les valeurs de l’occident... mais les contre-valeurs aussi.
    Les marques et les sous-marques. Mais ce sont hélas les sous-marques qui restent gravées dans sa mémoire collective.
    Les déchets... les sous-cultures qui se substituent à son inculture...
    Pas d’issue. Plus d’issue. Le mur est grand et on ne peut faire autrement que de foncer dedans.
    Pendant ce temps, comme hier à Sidi Bouzid, on agite sous mes yeux, le drapeau noir de l’islamisme radical... comme seule sortie possible de crise. Pour les très bas comme pour le très haut.
    La charia je veux bien... un état théocratique... allech lé, pourquoi pas ? Seulement voilà ...
    Je sais que ces gens-là, n’y croient pas un seul instant.
    C’est le pouvoir pour chacun qu’ils veulent, et non le devoir pour tous comme ils le prétendent.
    Et pas pour servir Dieu, mais le pouvoir pour le pouvoir...

    Le tunisien est futé plutôt que borné.... même lorsqu’il vous donne l’impression de ne pas savoir où il en est...il sait où il veut aller, là où son ventre l’emmène.
    C’est toujours très calculé... c’est la raison pour laquelle je n’ai pas l’air d’avoir la Foi parce que je mène quotidiennement un combat contre la mauvaise Foi...

    Quel drôle de pays... où l’on sait plus que nulle part ailleurs : qu’il faut d’abord enculer son voisin avant de lui serrer la main...
    En Tunisie, on n’est pas dupes... les droits de l’homme, la liberté, l’égalité, la solidarité...
    On sait, je ne sais comment on le sait mais on le sait : que ce sont de vulgaires marchandises... de la vaseline qui a moins de valeur qu’une berline.

    Et il a été interrompu par un coup de fil...
    Il m’a promis de revenir sur le sujet !

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