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Ennahdha aurait mis en place une officine de police parallèle

Thierry Brésillon
Journaliste
Publié le 14/01/2013 à 11h21

Le site d’information Naawat a mis à jour une affaire qui semble révéler l’existence d’un dispositif sécuritaire parallèle à celui du ministère de l’Intérieur, placé directement sous le contrôle d’Ennahdha.

Malek Khadraoui, rédacteur en chef du site, résume les grandes lignes de l’affaire.

Thierry Brésillon : Qu’avez-vous découvert ?

Malek Khadraoui : Quelques jours avant le 26 décembre, nous avons reçu une vidéo montrant trois personnes en train de finaliser une transaction portant sur la vente d’armes. L’acheteur est un homme d’affaires, Fathi Dammak, qui se présente depuis le 14 janvier comme l’une des victimes de la famille Trabelsi. En face de lui, deux personnes, dont l’une, visiblement, filme la rencontre en caméra cachée.

Dans la discussion, ils évoquent Chafik Jarraya, un homme d’affaires proche d’Ennahdha, comme l’une des cibles d’un projet d’assassinat. Notre source dit qu’elle a été contactée par Chafik Jarraya et qu’elle a remis la vidéo à la police, qui lui a promis de mener une enquête et de prendre les mesures nécessaires. Notre source nous a demandé de ne pas diffuser la vidéo avant que la police ait agi. Ce que nous avons accepté : nous avons attendu l’arrestation de Fathi Dammak, le 26 décembre, pour publier la vidéo.

Le même jour, notre source nous a remis une deuxième vidéo, dans laquelle Fathi Dammak et ses deux interlocuteurs évoquent les éventuelles cibles de cette entreprise d’assassinat. On parle de juges, d’hommes de médias et d’hommes d’affaires, tous liés à l’ancien système selon Fathi Dammak. Nous publions cette vidéo dans laquelle on voit le visage d’un de ses deux interlocuteurs. Nous apprenons le 27 décembre que ces deux personnes n’ont pas été arrêtées.

Deux jours plus tard, notre source est contactée par deux membres des Ligues de protection de la Révolution [une organisation proche d’Enanhdha, ndlr] qui lui disent :

« L’affaire devait sortir dans les médias, mais là Naawat va trop loin, ils ont publié une vidéo où l’on voit une personne, et cela risque de griller la cellule. Naawat doit arrêter ses investigations. »

Ils présentent cette cellule comme une entité agissant en coordination avec le ministère de l’Intérieur. Nous commençons à avoir des doutes sur la nature de la transaction, et nous commençons à enquêter pour identifier la personne que l’on voit dans la deuxième vidéo, pour essayer de comprendre de quoi il retourne.

Nous avons reçu 7 heures 30 de vidé, où l’on entend les deux personnes, dont nous comprenons très vite qu’en fait elles sont en train de piéger Fathi Dammak. Elles se déclarent ouvertement d’Ennahdha, parlent d’un certain Kamel, lui aussi membre du parti, qui les a chargées d’approcher cet homme d’affaires et de l’encadrer pour en tirer le maximum d’informations.

Qui sont les protagonistes de l’affaire ?

Tous les intervenants dans cette affaire sont membres ou proches d’Ennahdha :

  • Kamel, qui commandite l’opération ;
  • les deux membres des Ligues de Protection, qui nous ont fait savoir que nous devions arrêter notre investigation ;
  • les deux interlocuteurs de Fathi Dammak. Il s’agit pour l’un de Belhassen Nakkach, maire d’une municipalité de la banlieue de Tunis, et pour l’autre d’Ali Ferchichi, un homme d’affaires. Tous les deux se présentent dans leurs conversations enregistrées comme « des enfants » du parti, prêts à mourir pour lui.

Ces deux hommes nous ont contactés pour nous dire que nos publications ont grillé leur enquête. Quand on leur demande dans quel cadre ils agissent, ils parlent parfois d’une section spéciale du ministère de l’Intérieur, parfois d’une unité spéciale « en relation » avec le ministère de l’Intérieur, qui les a contactés six mois plus tôt pour approcher Fathi Dammak et leur a remis un matériel d’enregistrement.

Quelles hypothèses pouvez-vous tirer des éléments dont vous disposez ?

Tout d’abord, il semble évident cette opération d’infiltration a été menée, au moins dans un premier temps, en dehors d’un cadre légal par des civils. Au mieux, cela ressemble à une opération de barbouzes, ou bien il s’agit de gens qui se prennent pour des justiciers qui ont été ensuite encadrés par le ministère de l’Intérieur.

Mais il existe une possibilité plus grave : il pourrait s’agir d’une véritable opération d’assassinats. Certaines vidéos montrent des repérages de la maison de Chafik Jarraya, de ses différents lieux de travail et de ses entreprises. Si l’objectif n’était que de confondre Fathi Dammak, à quoi servirait de filmer les repérages ?

Dans cette hypothèse, Fathi Dammak, enregistré en train d’acheter des armes et de planifier les assassinats, aurait été utilisé comme bouc-émissaire.

Quelle a été la réaction d’Ennahdha ?

Dans les premiers jours, Ennahdha n’a pas réagi officiellement. Ils ont ensuite nié que le parti disposait d’un appareil de sécurité parallèle et estimé que c’était à la justice de clarifier les choses. C’est une réaction plutôt faible compte tenu de la gravité de nos révélations.

Nous avons rencontré un conseiller du ministère de l’Intérieur, qui nous a dit qu’il s’agissait d’une affaire judiciaire et qu’il ne pouvait rien déclarer. Il nous a renvoyé vers le responsable de la police judiciaire. Quand j’ai évoqué devant ce dernier l’hypothèse d’un appareil sécuritaire parallèle et une enquête menée en dehors du ministère de l’Intérieur, il a répondu « Vous pouvez vous poser la question ».

Le ministère de l’Intérieur déclare à présent que l’enquête a été menée par ses services. Les faits dont vous disposez correspondent-ils à cette version ?

Au contraire. Tous les éléments confirment qu’il s’agit au départ d’une opération parallèle. D’abord, Ali Ferchichi et Belhassen Nakkach sont des civils. Ensuite, ils se sont présentés à la police judiciaire le 13 novembre pour remettre leurs enregistrements au procureur de leur propre initiative.

Est-ce le rôle d’informateurs de remettre directement des éléments de preuve au procureur s’ils agissent dans le cadre d’une opération légale ? En principe, ils auraient dû les remettre à l’organisme qui les a chargés de l’enquête, qui les aurait communiqués à son tour au procureur. Donc, nous en concluons que l’entité spéciale qui a confié l’enquête aux informateurs n’est pas réellement une entité officielle.

Autre fait marquant : on voit également à un moment Fahti Dammak remettre 6 000 dinars (3 000 euros) à Belhassen Nakkach en échange d’une future livraison d’armes. Or, cet argent a été utilisé pour régler les salariés d’une société créée par Ali Ferchichi et le fils de Fathi Dammak. Si l’opération se déroulait dans un cadre légal, cet argent, qui est une pièce à conviction, aurait dû être placé sous scellées.

Ces pratiques sont-elles nouvelles en Tunisie ?

Non. Des unités spéciales à la marge de la légalité, sans existence dans l’organigramme du ministère de l’Intérieur, c’était une pratique de l’ancien régime. Cela rappelle la confusion Etat-parti et les pratiques de la police politique, qui utilisait des membres du Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD) pour espionner des gens et communiquer leurs infos à des unités qui n’étaient ni la police judiciaire, ni la police criminelle.

Mais cela rappelle aussi les méthodes d’Ennahdha à l’époque de la clandestinité dans les années 1990.

L’objectif, éviter une vague d’assassinats, peut-il justifier ces méthodes ?

Démanteler une entreprise de liquidations est une bonne cause. Mais si l’on veut bâtir un Etat de droit, ce genre d’officines parallèles, de pratiques aux marges de la légalité doivent cesser. Il est hors de question qu’on puisse monter des dossiers en dehors d’une procédure légale.

Le ministère de l’Intérieur prétend que notre enquête va déstabiliser son travail. Au contraire, nous appelons à renforcer l’Etat de droit.

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  • spleenlancien
    spleenlancien
    Merde à l'or
    • Posté à 11h46 le 14/01/2013
    • Internaute 78672
      Merde à l'or

    La raison d’être d’une religion étant le contrôle de la population via son magistère. Pourquoi donc s’étonner que, parvenu au pouvoir, un parti religieux s’empare de moyens de contrôle de population mis en place par les Etats ?
    Etat et religion poursuivent le même but.

  • plastic quidam of universe
    plastic quidam of universe
    J'en suis comme deux ronds de (...)
    • Posté à 21h59 le 14/01/2013
    • 183735
      J'en suis comme deux ronds de (...)

    Le régime Ben Ali était tout à fait clairement un régime policier, oppressif et obsédé par la surveillance totalitaire des esprits, on assisterait à une « simple » recolonisation des organes de sécurité par de braves fonctionnaires au bord de l’éviction, au fond très soucieux de mettre leur expertise en matière de répression au service d’un nouveau maître ? La guépéou ne s’est pas crée autrement jadis. Il faut bien que tout le monde s’emploie à hauteur de ses qualifications n’est-ce pas ?

    La nature a horreur du vide.

  • Cantique
    Cantique
    alive
    • Posté à 22h17 le 14/01/2013
    • Internaute 196855
      alive

    « Ennahdha aurait mis en place une officine de police parallèle »

    Venant de la part du démocrate Ghannouchi, ça me paraît totalement surréaliste.
    Vous êtes sûr de l’info ?

  • méditant
    méditant
    owi
    • Posté à 04h39 le 15/01/2013
    • Internaute 197304
      owi

    HS, j’ai remarqué que le Brésil avait tenté de me lire sur mes anciens « blogs », qui n’existent plus, ainsi, si vous connaissez des Brésiliens, peut-être que vous permettrez à celui qui voulait me lire, qu’il le fasse ( en diffusant ce lien Lien )

    Bien à vous, je sais que l’ignorance vous est chère, mais pensez aux autres, un peu.

  • MBR75
    MBR75
    Casé
    • Posté à 09h49 le 15/01/2013
    • Internaute 197307
      Casé

    Article intéressant mais... les écrits de Thierry Brésillon sont devenus douteux depuis ses « faux témoignages » lors de l’agression de l’UGTT par les milices islamistes le 06 Décembre 2011. On ne sait plus pour qui roule Thierry Brésillon... mais très probablement, le CPR est un des rares à tirer largement profit de ses publications.

    • Deïr Yassin
      Deïr Yassin répond à MBR75
      Intolérable depuis 1948
      • Posté à 12h20 le 15/01/2013
      • Internaute 151422
        Intolérable depuis 1948

      C’est quoi cet adage avec un chien qui aurait la rage ?
      Sinon l’agression des militants de l’UGTT fut le 04 décembre 2012 à l’occasion de la commémoration de la mort de Farhat Hached.
      Lien
      Lien

      Si Thierry Brésillon ’roulerait’ pour le CPR, vous roulez pour qui ?

  • Le tunisien
    Le tunisien
    ingénieur
    • Posté à 10h50 le 15/01/2013
    • Internaute 196182
      ingénieur

    Ce n’est pas Ennahdha qui a mis en place cette force, mais des tunisiens inquiet du fait que des corrompus de l’ancien régime comme Kamel El Taïef paie des miliciens pour se faire laisser pousser la barbe et créer de la violence politique pour créer un chaos et espérer un retour plus rapide à l’ancien régime.
    Les anciens indic de la dictature vivent cachés et beaucoup d’entre eux n’ont pas été appréhendé du fait de la couverture et de la destruction de millier de document de preuve par l’ancien gouvernement de Béji Caïd Essebssi, le nouveau porte-parole de l’ancienne dictature.
    Comme l’administration (les même fonctionnaires que sous l’ancien régime) est totalement hostile au nouveau gouvernement, ils font tout pour lui mettre des bâtons dans les roues.

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