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USA : la « guerilla gardening » essaime. Aux armes, jardiniers !

Anne-Julie Contenay
journaliste
Publié le 04/05/2011 à 11h01


Une action de guerilla gardening à Los Angeles (LaGuerrillaGardening.org).

(De Los Angeles) Leurs armes : des pelles et des râteaux. Leurs munitions : des graines. Par petits groupes, ils sortent, en général de nuit, mener leur insurrection verte dans la ville.

Comme tout bon guérillero, Mister Stamen (de l’anglais étamine, l’organe reproducteur mâle chez les fleurs), 29 ans, préfère garder l’anonymat :

« La “guerilla gardening”, c’est le fait de cultiver la terre de quelqu’un d’autre. »

Dans la vie, il enseigne le théâtre à l’école. Dans le groupe de guerilla gardening de Los Angeles, toutes les catégories sociales sont représentées, des SDF aux producteurs d’Hollywood. Ces guérilleros jardiniers ont entre 2 et 90 ans.

« Nous recherchons de la terre dans l’espace public qui n’est pas utilisée, qui est pleine de mauvaises herbes et de détritus. Nous y allons et nous y plantons un jardin. »

Pour réussir, la clé c’est de choisir des plantes qui pousseront à coup sûr. Pas question d’essayer d’acclimater des pousses exotiques : les jardiniers clandestins de Los Angeles s’en tiennent aux plantes grasses et aux espèces locales, agaves et senecios, des plantes de la même famille que les marguerites. « Par contre, on évite les cactus, ça pique ! » Pour quelle raison ?

« Nous ne nous occupons pas beaucoup de ce que nous plantons : ce n’est pas juste à côté de chez nous, nous ne pouvons pas arroser.

Nous essayons de faire les jardins les plus simples possibles. Il faut aussi que ça soit le plus facile possible à entretenir. »

Ils l’admettent : « Techniquement, c’est du vandalisme. Nous n’avons pas d’autorisations. » En réalité, ils n’ont jamais été inquiétés par les forces de l’ordre.

Une vingtaine de jardins à Los Angeles

Mister Stamen pratique la guerilla gardening depuis juin 2008.

« Certains y voient un côté politique, d’autres y vont pour embellir la ville. Pour certains, c’est juste une manière d’évacuer le stress. »


Mister Stamen, vu de dos (Anne-Julie Contenay).

Mister Stamen apprécie surtout de voir un changement direct sur son environnement, l’aspect politique ne l’intéresse pas plus que ça.

Et contrairement à ce que leur vocabulaire belliqueux pourrait laisser penser, les guérilleros jardiniers ne sont pas bien méchants. Ils ont même déposé une demande pour un jardin communautaire, officiel cette fois, mais les autorisations tardent à venir.

« On fait ça dans l’espace public, pas sur des terrains privés, ce qui nous évite les conflits. On essaie juste de rendre nos quartiers plus agréables.

On ne va pas aller planter un potager sur la pelouse du maire de Los Angeles ! »

L’idée ne date pas d’hier : la guerilla gardening a fait son apparition dans les années 70 à New-York, avec un groupe qui se faisait appeler Green guerilla.

« Au départ, ils prenaient des décorations de Noël en verre, ils les remplissaient de graines, d’engrais et d’eau et ils les lançaient. Le problème c’est qu’il y avait du verre partout, alors ils ont commencé à utiliser des ballons.

Et puis il y a un quelqu’un au Japon qui s’est mis à planter directement dans la terre. »

En tout, ils ont planté une vingtaine de jardins dans la tentaculaire Los Angeles, surtout à Santa Monica et à Hollywood, des quartiers jeunes et branchés.

Bombes de graines

Les guérilleros cherchent des manières originales de mettre un peu de vert dans la ville et trouvent des endroits peu communs, comme la Doll Factory, l’arène de Roller Derby de Los Angeles, devant laquelle ils ont planté un jardin.

Il y a quelque temps, ils ont créé un signe « peace and love » avec des plantes ou encore ont accroché des containers avec des pousses vertes à des réverbères.

« On peut faire un jardin dans les craquelures du béton ! On peut faire pousser des plantes n’importe où. On vit en ville, dans des appartements et on ne se rend pas compte qu’il y a des endroits où on peut faire pousser des choses. C’est un peu ça, la genèse de la guerilla gardening. »

Quant aux bombes de graines, petites boules à lancer un peu partout, elles plaisent énormément au public. Mister Stamen a même organisé un atelier pour apprendre aux gens à les fabriquer. Sa recette : mélanger cinq mesures d’argile rouge, trois de compost et une de graines, choisies soigneusement pour s’adapter à l’environnement.

Le mode d’emploi en vidéo :

  • mélanger de l’eau, de l’argile et de la terre ;
  • en faire une sorte de pancake, plus épais qu’une feuille de papier mais moins épais qu’un livre ;
  • ajouter des graines, de préférence résistantes à la sécheresse ;
  • former une petite boule ;
  • rouler dans de la terre ;
  • stockez vos armes et partez en guerre ! (Voir la vidéo)

Mister Stamen se félicite de l’engouement que cela produit :

« Ça ne marche pas si bien que ça à Los Angeles, car il ne pleut pas beaucoup. Mais les gens adorent le concept. »

A tel point que le studio de design Common Studio a lancé Greenaid, un programme de reconversion des machines à bonbons de notre enfance en distributeurs de bombes de graines. Sur le site internet du studio, les internautes peuvent même suggérer des endroits particulièrement propices à l’installation de ces machines.

Inventée aux Etats-Unis, la guérilla gardening a fait des émules dans le monde, et notamment en France. Le mouvement a même sa fête, le 1er mai, décrété journée internationale de la guérilla tournesol.

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  • Triple buse
    Triple buse
    Quand on voit ce qu'on voit, (...)
    • Posté à 11h13 le 04/05/2011
    • Internaute 117308
      Quand on voit ce qu'on voit, (...)

    « qui est pleine de mauvaises herbes »

    Nous noterons que la perte de biodiversité aura fait, de notre fait, disparaitre 30% des espèces d’ici 40 ans... alors c’est bien d’éradiquer les mauvaises herbes... bonne idée !

    Je je m’y mettais je planterai que des plantes sauvages (mauvaises herbes) dans leur gazon de personnes civilisées...

  • super_lapin
    super_lapin
    couillon de la classe moyenne
    • Posté à 11h33 le 04/05/2011
    • Internaute 135884
      couillon de la classe moyenne

    Pour bien comprendre pour quoi ils font ça, je crois qu’il faut savoir à quoi ressemble la métropole Los Angeles :
    du gris, du béton, du béton, du béton, un nuage de pollution permanent, des voitures en nombre incroyable, du sable, de la terre brulée... rien de vert à part quelques palmiers et de la pelouse ultra arrosée dans les quartiers riches.
    Je crois avoir entendu que les routes représente 1 tiers de la surface du grand Los angeles (à vérifier).

    Pas étonnant qu’ils aient des envies de verdure.

  • Ride the beach
    Ride the beach
    Etudiant en sciences économiques (...)
    • Posté à 15h37 le 04/05/2011
    • Internaute 154263
      Etudiant en sciences économiques (...)

    Si cela permet de responsabiliser tout un chacun sur l’éco-système fragile de ce monde et de faire réfléchir sur la place de l’homme dans l’environnement, c’est du tout bon.

    PS : la réflexion sur les mauvaises herbes m’intrigue, si quelqu’un peut développer scientifiquement parlant ou proposer des liens quant à celles-ci, ce serait génial. Parce qu’au final, si l’on arrache les mauvaises herbes pour « qu’elles ne bouffent pas les belles » (hypothèse purement fantasque, je n’y connais rien), alors les massifs de fleurs tout jolis tout beau seraient du terrorisme écologique ?

  • Keldan
    Keldan
    Now future & karpe diem
    • Posté à 17h42 le 04/05/2011
    • Internaute 5164
      Now future & karpe diem

    C’est une façon de célébrer le mythe de leur héros local : Johnny Appleseed : D

    Enfin heureusement que les flics ne disent rien, ça serait vraiment choquant qu’ils soient emmerdés pour améliorer leur ville bénévolement.
    C’est comme si on emmerdait un type qui balayait sa rue à la place des cantonniers.

    Faire ça à Paris, d’accord, mais où ?
    J’ai beau cogité, je ne me rappelle pas d’avoir déjà vu un coin de terre libre qui ne soit déjà couvert d’herbe. Certes pas toujours entretenue et souvent couverte de détritus, mais de l’herbe vivante quand même.

    Et puis le tournesol, c’est une sale idée. Déjà c’est moche et ça rappelle la campagne industrielle.
    Mais surtout, c’est trop grand, ça fait obstacle ; du tournesol sur une pelouse et plus personne ne peut s’y assoir, les enfants ne peuvent plus y jouer et les caniches ne peuvent plus y chier.

    Mieux vaut faire pousser du trèfle, du pissenlit, du gazon, bref des plantes rases, surtout qu’une pelouse apporte énormément d’avantage :
    Lien

    Mais bon, personnellement j’ai une autre idée de plante à faire pousser : la ganja : D
    Surtout que ça pousse facilement et que ça adore le soleil, même s’il faudra en semer très souvent car les gens pratiqueront la cueillette : D

  • Darlice
    Darlice
    alterécolo
    • Posté à 20h24 le 04/05/2011
    • Internaute 98785
      alterécolo

    La même initiative existe à Paris et est sensée se développer dans d’autres villes...
    A vos graines les citadins ! :)

    Lien

  • Jef Jaquier
    Jef Jaquier
    violoneux
    • Posté à 20h44 le 04/05/2011
    • Internaute 85889
      violoneux

    les « bombes de graines » ne sont rien d’autre que la recette de Fukuoka (« La révolution d’un seul brin de paille »).

    vous pourrez trouver des images sur Youtube ou Dailymotion où l’on voit Fukuoka enseigner la technique.

    en fait, il serait très intéressant de jeter ces « bombes » un peu partout dans la campagne avec des semences de légumes plutôt, pour aider à régénérer les sols.

    le bouquin de Fukuoka est très intéressant car il propose des méthodes de « non-agir » (pas de travail du sol, pas d’engrais) en agriculture sauvage, qui ont inspiré la permaculture.

    si vous achetez des légumes bio genre courges, courgettes, vous pouvez en récupérer les graines et les semer un peu partout. vous pouvez aussi vous procurer d’autres semences en payant.

    nous avons un grand besoin de régénérer les sols des campagnes. telle plante qui poussera apportera tel ou tel élément, et son humus en se décomposant.

    il faut élargir la guérilla urbaine à la guérilla rurale. et arrêter de construire maisons, routes, usines, centrales, sur les bonnes terres qui serviront à la nourriture de demain : quand il n’y aura plus de pétrole pour transporter la nourriture.

  • 2B63
    2B63
    Interculturellement curieuse
    • Posté à 11h59 le 05/05/2011
    • Internaute 137054
      Interculturellement curieuse

    Il y a plusieurs types de « guerilla gardening » qui essaiment actuellement.

    Personnellement, je préfère les formes les plus douces, les moins invasives, les plus utiles, les mieux renseignées et je préfèrerais également un changement de nom....guerilla étant bien trop guerrier à mon goût.

    Mais, j’ajoute que, pour l’instant, je ne suis pas passé à l’acte puisque, comme votre article l’indique :

    « Techniquement, c’est du vandalisme. Nous n’avons pas d’autorisations »

    Dans un feuilleton radio très connu en Angleterre (Archers), une dame très classe moyenne a embelli son village de nuit et tout le monde s’en amuse - je doute que le degré de tolérance de nos élus locaux soit aussi élevé....et pour cause !

    Depuis 15 ans, l’envolée de la fièvre jardinière bat son plein en France et les mairies rivalisent d’idées paysagères tout en libéralisant leurs marchés .....ainsi, ils dépensent beaucoup d’argent en plantations et en entretien d’espaces verts (voir un très amusant documentaire sur les rond points dont j’ai malheureusement perdu le nom - si qqn peut en citer le nom, je vous remercie d’avance !).

    Vivant dans une commune ou le rond point fantasque rivalise avec les potées grotesques et les plantations trop drues, (sans parler des espaces butineurs de moins de 20m² au bord d’une voie ferrée) je trouve qu’il serait tout à fait sensé que des citoyens ajoutent leur touche personnelle afin de montrer qu’une ville paysagère n’a pas besoin d’être le fruit des ambitions politiques locales et des marchés juteux.

    Que des réalisations paysagères soient pensées pour nous mais sans nous ne me convient pas du tout !

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