Vu de Visa

Durant une semaine, les étudiants de l'ESJ Montpellier, encadrés par des professionnels, parcourent les expositions du festival international du photojournalisme de Perpignan. Interviews, reportages, décryptage, coulisses...

Gangs des Maras du Guatemala : « Ils assassinent pour être aimés »

ESJ-Montpellier
Ecole de journalisme
Publié le 05/09/2011 à 20h03


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(De Perpignan) Miquel Dewever-Plana prépare un webdocumentaire produit par Upian sur les Maras, gangs de jeunes armés en Amérique latine. Le fruit d’une longue immersion au Guatemala, l’un des pays les plus violents du monde, que le photoreporter catalan souhaite présenter l’an prochain, à Visa pour l’image.

Il sera porté par le témoignage filmé d’une ancienne « marera » en quête de rédemption. Entretien avec ce témoin engagé d’une société « malade ».

Vu de Visa : Comment un étudiant en biochimie de voyage en Amérique latine s’est-il retrouvé, 20 ans plus tard, photoreporter au cœur des gangs les plus violents du continent ?



Miquel Dewever-Plana

Miquel Dewever-Plana :

J’ai fait la rencontre décisive d’une femme de la communauté maya lors de mon deuxième voyage au Guatemala, en 1990.

Sa famille s’était réfugiée au Mexique pendant la Guerre civile [1960-1996, Ndlr]. Elle n’avait plus de nouvelle. Nous sommes partis à leur recherche dans la région du Chiapas. Une aventure... jusqu’au choc terrible des retrouvailles.

J’ai vu des vies brisées, découvert l’horreur du conflit dont personne n’osait parler dans le pays. De retour en France, je ne pouvais plus dire que je ne savais pas. Je devais témoigner.

Par la photographie ?

Ce langage universel était le plus approprié. J’ai donc suivi des études de photojournalisme à Paris après avoir collaboré avec une ONG. L’expérience a fait de moi un photographe.

Pour entrer dans l’âme de la population maya, j’ai compris qu’il fallait être patient. Sortir de notre vision occidentale. Prendre le temps pour bien photographier.

Les cinq années de mon projet « Mayas », jusqu’en 2000, ont été les plus dures - j’ai partagé leur extrême précarité -, mais aussi les plus belles de ma vie. Une renaissance.

La violence des Maras est-elle liée au traitement des Indigènes ?

La plupart sont des descendants des Mayas, mais ils ne le savent pas ou le rejettent. Or ils tiennent d’eux la blessure terrible d’avoir perdu un proche, sans aucune logique. Un « problème psychologique » transmis aux nouvelles générations à force de garder le silence.

J’ai mené un projet sur le génocide maya basé sur un livre puis une exposition itinérante dans le pays, en suivant l’exhumation de corps.

J’avais découvert que les gens parlaient aux morts dans les cimetières. Comme photojournaliste, j’ai trouvé un sens à ce que je faisais à travers ces expos installées sur des bâches.

Cela motive-t-il leurs crimes ?

Les « mareros » sont des enfants qui ont grandi dans la misère des bidonvilles, souvent analphabètes, sans structure familiale, battus ou violés.

Dans un Etat absent. Ils sont incapables de se projeter dans l’avenir, et intègrent les gangs dès 10 ou 12 ans à la recherche d’une famille, avec pour seul code la violence.

Leur héros n’est pas le père. C’est le chef du gang. Ils assassinent pour être aimés. En face, les autorités répondent par la même violence avec des escadrons de la mort. En vain. On arrache les fruits pourris d’un arbre sans en guérir les racines. Résultat, les crimes augmentent.

Comment avez-vous réussi à intégrer ces gangs, et les photographier ?

Je les ai rencontrés en prison, là où sont les chefs. Au bout de trois mois, j’ai pu prendre des photos personnelles. Certains se sont mis à pleurer comme des gamins. J’ai eu de l’empathie, même si je ne justifie évidemment pas leurs crimes. Ils sont la conséquence et non la cause de l’état du pays, de ses politiciens corrompus et de sa justice absente.

Je me suis dit : « Si j’avais été à leur place, j’aurais fait quoi ? » Dans leurs conditions, je serais sans doute devenu comme eux un assassin. On ne naît pas mauvais, on le devient.

Votre prochain travail mettra en avant une de ces jeunes cherchant la rédemption...

Alma, une Maya entrée dans le gang à 14 ans. Elle a assassiné... et concentre en elle tous les maux de cette société. C’est une héroïne de roman. Elle a fini par accepter de témoigner face caméra dans un besoin de rédemption, à travers un livre et un webdocu que j’aimerais présenter à Visa en 2012.

C’est aussi un travail pédagogique qui sera présenté aux enfants du Guatemala.

Mais la priorité, c’est d’assurer sa sécurité. Vouloir quitter les Maras a failli lui coûter la vie. Elle est aujourd’hui clouée en fauteuil roulant. Dans un lieu caché. On va voir comment la sortir de là. En l’invitant en France, déjà.

Et vous, face à ce danger omniprésent ?

Je ne m’autorise pas la peur, mais je ne suis pas une tête brûlée. Je ne recherche pas le danger. Ce sont les risques du métier. Même si... Depuis l’assassinat de Christian Poveda (Photoreporter tué en 2009 au Salvador où il vivait et a réalisé un film sur les maras, La Vida Loca, ndlr), que j’ai appris alors que j’étais à Visa pour l’image, je suis plus vigilant.

Mickaël Haton

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  • Man_in_fire
    Man_in_fire
    Athée et apolitique !
    • Posté à 02h27 le 06/09/2011
    • Internaute 141117
      Athée et apolitique !

    Un rapport avec le MS 13 de LA ?

    Ils viennent eux aussi d’Amérique centrale me semble.

    • Piedo
      Piedo répond à Man_in_fire
      Assis
      • Posté à 09h58 le 06/09/2011
      • Internaute 43246
        Assis

      La MS 13, Mara Salvatrucha, est une des plus grandes maras d’Amérique. Elle est présente aux USA mais aussi au Mexique et dans la plupart des pays d’Amérique centrale. Et elle est originaire du Salvador, un pays voisin du Guatemala.

      C’est d’ailleurs la MS13 que Christian Poveda filmait quand il a été tué. SI vous en avez l’occasion, essayez de voir son documentaire, La Vida Loca.

      • Zgru
        Zgru répond à Piedo
        Kazh-koad from Ouest coast
        • Posté à 11h23 le 06/09/2011
        • Internaute 92009
          Kazh-koad from Ouest coast

        « La Vida Loca » concerne surtout les membres de la Mara Dieciocho (M18), les ennemis de la MS13.

        Voir un site consacré au film
        Lien

        (Certaines images peuvent choquer)

  • GWERN
    GWERN
    Ex militant du vaste mouvement (...)
    • Posté à 11h11 le 06/09/2011
    • Internaute 60684
      Ex militant du vaste mouvement (...)

    « On ne naît pas mauvais, on le devient. » Attention à la volée de bois vert qui vous attend !

    • tingitan
      tingitan répond à GWERN
      retraité
      • Posté à 11h42 le 06/09/2011
      • Internaute 138150
        retraité

      Bonjour et d’accord avec vous. Mais je n’ai pas compris à qui vous destinez « la volée de bois vert ».
      Merci de votre réponse

      • GWERN
        GWERN répond à tingitan
        Ex militant du vaste mouvement (...)
        • Posté à 13h09 le 06/09/2011
        • Internaute 60684
          Ex militant du vaste mouvement (...)

        A l’auteur de l’article , cette phrase un peu « Rousseauiste » risque d’entraîner chez certain(e)s un réflexe primaire de dénonciation de l’esprit « bobo » !
        il va sans dire que je partage l’avis de l’auteur sur le fait que les conditions sociales favoriseent les tendnace snaturelles chez l’homme, la femme à la vilolence « animale » et à la déshumanisation !
        Si cela vous intéresse lisez dans la collection Terre Humains cet ouvrage ’ » Les Iks, survivre par la cruauté « !

         
        • LienRag
          LienRag répond à GWERN
          • Posté à 15h26 le 06/09/2011
          • Internaute 34767

          Non mais pour ça il faudrait déjà que les Souchiens qui viennent faire leur propagande ici sachent où se trouve le Guatémala et ce que Maya l’abeille vient faire dans l’histoire...

          • GWERN
            GWERN répond à LienRag
            Ex militant du vaste mouvement (...)
            • Posté à 17h07 le 06/09/2011
            • Internaute 60684
              Ex militant du vaste mouvement (...)

            Il est vrai que le « souchien » n’aime pas la culture fût-elle de droite !
            Pourtant Eléments, le GRECE, Georg Simmel, Vilfredo Pareto, Carl Schmitt, et tant d’autres mériteraient le détour !

        2 autres commentaires
  • tingitan
    tingitan
    retraité
    • Posté à 11h35 le 06/09/2011
    • Internaute 138150
      retraité

    Tout d’abord « merci et courage » à Miquel Dewever-Plana. J’ai vécu jadis quelques semaines au Guatemala et j’y ai vu le pire qui soit donné de voir... et notamment qu’il ne s’agit pas d’un pays mais de la pire colonie USA qui soit. Prostitution, viol, meurtres, mise en coupe réglée, coup d’état sur coup d’état (fomenté par la CIA), les nationaux pauvres étant des étrangers dans leur propres pays.
    Depuis, les choses n’ont guère évolué, hélas, malgré le courage des guatémaltèques. Quelques soient les apparences, les USA y sont toujours au pouvoir comme dans bien d’autres pays, hélas de l’Amérique Latine.

  • trouble fêtes
    trouble fêtes
    aconforme
    • Posté à 11h39 le 06/09/2011
    • Internaute 156689
      aconforme

    « Chaque enfant qu’on enseigne est un homme qu’on gagne.
    Quatre-vingt-dix voleurs sur cent qui sont au bagne
    Ne sont jamais allés à l’école une fois,
    Et ne savent pas lire, et signent d’une croix.
    C’est dans cette ombre-là qu’ils ont trouvé le crime.
    L’ignorance est la nuit qui commence l’abîme.
    Où rampe la raison, l’honnêteté périt.
    Dieu, le premier auteur de tout ce qu’on écrit,
    A mis, sur cette terre où les hommes sont ivres,
    Les ailes des esprits dans les pages des livres.
    Tout homme ouvrant un livre y trouve une aile, et peut
    Planer là-haut où l’âme en liberté se meut.
    L’école est sanctuaire autant que la chapelle.
    L’alphabet que l’enfant avec son doigt épelle
    Contient sous chaque lettre une vertu ; le cœur
    S’éclaire doucement à cette humble lueur.
    Donc au petit enfant donnez le petit livre.
    Marchez, la lampe en main, pour qu’il puisse vous suivre.
    La nuit produit l’erreur et l’erreur l’attentat.
    Faute d’enseignement, on jette dans l’état
    Des hommes animaux, têtes inachevées,
    Tristes instincts qui vont les prunelles crevées,
    Aveugles effrayants, au regard sépulcral,
    Qui marchent à tâtons dans le monde moral.
    Allumons les esprits, c’est notre loi première,
    Et du suif le plus vil faisons une lumière.
    L’intelligence veut être ouverte ici-bas ;
    Le germe a droit d’éclore ; et qui ne pense pas
    Ne vit pas. Ces voleurs avaient le droit de vivre.
    Songeons-y bien, l’école en or change le cuivre,
    Tandis que l’ignorance en plomb transforme l’or.

    Je dis que ces voleurs possédaient un trésor,
    Leur pensée immortelle, auguste et nécessaire ;
    Je dis qu’ils ont le droit, du fond de leur misère,
    De se tourner vers vous, à qui le jour sourit,
    Et de vous demander compte de leur esprit ;
    Je dis qu’ils étaient l’homme et qu’on en fit la brute ;
    Je dis que je nous blâme et que je plains leur chute ;
    Je dis que ce sont eux qui sont les dépouillés ;
    Je dis que les forfaits dont ils se sont souillés
    Ont pour point de départ ce qui n’est pas leur faute ;
    Pouvaient-ils s’éclairer du flambeau qu’on leur ôte ?
    Ils sont les malheureux et non les ennemis.
    Le premier crime fut sur eux-mêmes commis ;
    On a de la pensée éteint en eux la flamme ;
    Et la société leur a volé leur âme. »

    Victor Hugo, Jersey, 27 février 1853, Les Quatre vents de l’Esprit.

  • LienRag
    • Posté à 15h37 le 06/09/2011
    • Internaute 34767

    Au Salvador, on note que les anciennes « zones libérées » du Front Farabundo Marti de Libération Nationale sont quasiment épargnées par la violence des Maras.
    Est-ce qu’une situation similaire existe au Guatémala, même si l’URNG y a été nettement plus durement étrillée que le FMLN (notamment via le quasi-génocide des populations indiennes) ?

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