West We Go

Dans son blog West We Go, Damien Spleeters raconte l'Amérique dans (presque) tous ses états, vue à travers les yeux et les histoires de ceux qui la font tous les jours de leurs mains.

Un voyage à l'Ouest, où les Etats-Unis restent une terre à trouver ou à retrouver, pleine de promesses et de désillusions, de rêves et de combats, de richesse et de pauvreté ; où les frontières sont sans cesse érigées, sans cesse repoussées.

Aux Etats-Unis, « l'espagnol sera aussi important que l'anglais »

Damien Spleeters
Journaliste
Publié le 05/10/2010 à 17h14


Vanessa, Austin (Damien Spleeters)

(De Austin, Texas) Vanessa a 27 ans, elle est professeur de mathématiques dans une école publique d’Austin, au Texas. Elle est née à San Antonio, pas très loin d’ici. L’Etat du Texas est situé juste à la frontière avec le Mexique et à peu près un tiers de sa population serait d’origine hispanique. Comme beaucoup ici, Vanessa est mexico-américaine.

« Ils ne parlent pas anglais à la maison »

« Dans l’école où j’enseigne, la plupart des enfants proviennent d’une famille pauvre. Leur repas et certaines classes sont gratuits pour eux. Beaucoup sont hispaniques et à peu près la moitié des élèves doit passer le test d’anglais avant de pouvoir s’inscrire. Ils ne parlent pas anglais à la maison, ce n’est pas leur langue maternelle. C’est l’espagnol qu’ils parlent. [...]

Parfois, on les appellent “anchor babies” (bébés-ancres). Aux Etats-Unis, il y a le droit du sol : si vous êtes né ici, sur le sol américain, vous avez automatiquement la nationalité américaine. Les illégaux utilisent parfois ce droit pour s’ancrer dans le pays.

Parfois, ces enfants continuent de parler espagnol parce que leurs parents parlent espagnol. Et quand eux-mêmes auront des enfants, ils continueront de parler espagnol. [...]

Ce qui est drôle, c’est qu’on a des gamins qui viennent parfois de Pologne, de Thaïlande ou d’Afghanistan, leur langue maternelle n’est pas l’anglais, et quand ils rentrent à la maison ils commencent à parler espagnol parce que tous les autres gamins leur parlent en espagnol à l’école. Dans la cours de récréation et même en classe, c’est en espagnol qu’ils se parlent. [...]

Je pense que dans quelques années, l’espagnol sera aussi important que l’anglais dans ce pays. Légalement, il n’y a pas de langue officielle aux Etats-Unis. Certains mouvements ont essayé de changer la loi mais ça n’a pas marché. 28 Etats sur les 50 ont l’anglais comme langue officielle, mais au niveau fédéral, ça n’est jamais passé. »

« Mes parents me parlaient espagnol et je répondais en anglais »

« Les gamins à l’école me parlent en espagnol aussi. “Pourquoi est-ce qu’on apprendrait l’anglais ?”, qu’ils me disent. Il y en a qui ne veulent vraiment pas l’apprendre. Ils sont jeunes et ils sont gênés de parler anglais dans une classe où tout le monde parle espagnol. Ils ne me disent pas un mot en anglais et puis je discute avec les autres professeurs et je vois qu’ils savent parfaitement parler la langue, c’est étrange. [...]

Moi, je parle un peu l’espagnol, mais je manque de vocabulaire. Mon père est mexicain, ma mère est américaine, mais elle est mexicaine aussi en un sens, c’est une Mexico-américaine. Mes parents parlent l’espagnol à la maison. Mon père ne sait pas parler anglais.

Moi, j’ai grandi en Amérique, avec la culture américaine et l’anglais. Mes parents me parlaient espagnol et je répondais en anglais. »


Les mains de Vanessa, Austin (Damien Spleeters)

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  • solènejazz
    • Posté à 19h46 le 05/10/2010
    • Internaute 89346

    L’article prétend que l’espagnol remplacera l’anglais à moyen terme moi je pense que la question est plutôt est ce que les hispaniques parleront encore espagnol dans 20 ans ?

    Même si dans les familles nouvellement arrivés, l’espagnol est encore utilisés, l’école, le travail vont progressivement effacer la langue maternelle au profit de l’anglais.

    En France aussi les Italiens parlaient leur langue maternelle et deux générations il ne reste plus que le nom de famille à consonance italienne.

    • Boutauvent
      Boutauvent répond à solènejazz
      Testeur de temps libre
      • Posté à 23h38 le 05/10/2010
      • Internaute 45018
        Testeur de temps libre

      Sauf qu’en France, il existe une langue officielle : le français, auquel ont dû tant bien que mal se soumettre les étrangers qui sont venus s’y installer (et même les citoyens Français qui pratiquaient leurs parlers régionaux).
      Ainsi que le souligne l’article, ce n’est pas le cas aux USA ; et dans des états comme la Floride et la Californie, la population hispanophone est aussi importante que la population anglophone, et de nombreux documents administratifs sont rédigés dans les 2 langues.
      Du fait que la croissance démographique est plus importante chez les hispanophones (natalité, immigration), certains états verront donc peut-être l’anglais devenir marginal, ainsi que c’est le cas dans de nombreux quartiers de Miami où il vaut mieux s’exprimer en espagnol pour ne pas passer pour un « gringo ».
      En outre, la langue hispanique est pratiquée dans autant (sinon plus)de pays de par le monde que la langue anglaise, et des pays qui comptent de plus en plus économiquement. Contrairement au français, relativement confidentiel (et juste « exotique »), ce n’est donc pas un handicap d’être hispanophone plus qu’anglophone.

  • IvO-
    IvO-
    cartésien peu fiable
    • Posté à 05h27 le 06/10/2010
    • Internaute 113264
      cartésien peu fiable

    Voir ici les projections démographiques du Texas par ethnie, comme le font si bien les américains..

    Lien

    Ah et oui, habitant au Texas, je confirme, les documents officiels sont en anglais et en espagnols, mais aussi la plupart des affiches, menus, etc...
    Dans les coins ou la population hispanique est majoritaire, la plupart des pubs, affiches, etc.. sont d’abord en espagnol, puis en anglais (optionnel). Ici le concept de protection de la langue n’est pas du tout celui que l’on a en France. Il est vrai, comme le souligne Boutauvent, que l’espagnol et l’anglais étant les deux langues les plus parlées, elles ne sont pas menacées comme le français pourrait l’être...

    Ici, pour bouffer des bons tacos, faut apprendre l’espagnol, ils ne parlent pas anglais dans les meilleurs restaurants hispaniques.. gastronomie et linguistique, on y gagne sur tous les fronts !

  • YvanSolo
    • Posté à 17h59 le 06/10/2010
    • Internaute 109256

    Historiquement, le Texas et la Californie sont d’anciennes colonies espagnoles, qui faisaient autrefois partie du Mexique avant d’être annexées par les Etats-Unis.

    • IvO-
      IvO- répond à YvanSolo
      cartésien peu fiable
      • Posté à 18h42 le 06/10/2010
      • Internaute 113264
        cartésien peu fiable

      Oui enfin il y a aussi le Nouveau-Mexique, et une bonne partie de l’Arizona dans ce cas. Mais si il y a encore beaucoup de natifs au Nouveau Mexique par exemple, au Texas, au moment de l’annexion en 1861 (qui était une république à ce moment, les texans y tiennent beaucoup !), il n’a avait pas ou peu d’habitants, et beaucoup venaient des Etats-Unis, le Texas étant en guerre contre le Mexique.
      La situation démographique et culturelle est donc très différente entre le Texas et le Nouveau Mexique. Ici la population hispanique est venue plus tard.

      • YvanSolo
        YvanSolo répond à IvO-
        • Posté à 22h38 le 06/10/2010
        • Internaute 109256

        Et les descendants des premiers colons espagnols, que sont-ils devenus ? Certes, ils étaient peu nombreux, mais ils exstaient. Ont-ils été anglicisés, ou ont-ils continué à parler espagnol ? (comme les Cajuns de Louisiane ont continué à parler français) Ou bien sont-ils repartis au Mexique ?

         
        • IvO-
          IvO- répond à YvanSolo
          cartésien peu fiable
          • Posté à 00h38 le 07/10/2010
          • Internaute 113264
            cartésien peu fiable

          Il est difficile de répondre à cette question, parce que la situation est très différente par rapport à une population « isolée » culturellement comme les cajuns . Ici la proximité avec le Mexique a assuré un échange permanent entre la population hispanique originaire du Texas et les nouveaux arrivants. Il est donc difficile de retrouver une identité propre comme les cajuns.

        1 autres commentaires
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