West We Go

Dans son blog West We Go, Damien Spleeters raconte l'Amérique dans (presque) tous ses états, vue à travers les yeux et les histoires de ceux qui la font tous les jours de leurs mains.

Un voyage à l'Ouest, où les Etats-Unis restent une terre à trouver ou à retrouver, pleine de promesses et de désillusions, de rêves et de combats, de richesse et de pauvreté ; où les frontières sont sans cesse érigées, sans cesse repoussées.

Le bagne américain, cette entreprise où « les prisonniers sont comme des clients »

Damien Spleeters
Journaliste
Publié le 20/10/2010 à 17h54



Arik, Rapid City (Damien Spleeters)

(De Rapid City, Dakota du Sud) Quand je rencontre Arik, il revient de la coopérative où il travaille le jeudi. À 38 ans, il est ingénieur spécialiste dans la pollution des cours d’eau. Le vin qu’on boit est chilien, il rit : « J’ai bossé dans une mine d’or il y a longtemps, c’est extraordinaire cette histoire avec les mineurs au Chili. » Il a aussi été professeur de math dans la réserve indienne toute proche. Il parle de l’alcoolisme qui y règne et on en vient à discuter du système pénitentiaire américain.

« Une énorme partie de la population est allée au moins une fois en prison »

« Au Dakota du Sud, si vous êtes pris trois fois à conduire en état d’ivresse, vous allez en prison pour un an. À la quatrième fois vous serez enfermé pour deux ans, à la cinquième fois c’est cinq ans derrière les barreaux. Cinq ans de votre vie. Quand vous sortez vous n’avez plus de maison, vous êtes foutu, vous n’avez plus de travail. Ça arrive à beaucoup de personnes autour d’ici, surtout dans la réserve. Il y a énormément d’amérindiens en prison. Quand vous sortez vous n’avez plus rien, et tout ce que vous faites c’est de continuer à boire. (...)

Une énorme partie de la population est allée au moins une fois en prison. Et ça, les Américains l’ignorent, ils ne peuvent pas le concevoir. La plupart de nos prisons sont privées. C’est tout une industrie qui fait de l’argent avec ça. (...)

L’Etat va contracter les services de ces entreprises privées parce qu’il n’a pas la main d’oeuvre, et parce qu’il ne veut pas s’occuper de tout ça. Alors on va engager des compagnies de sécurité pour garder les prisonniers et c’est là que le secteur privé arrive et prend de plus en plus d’importance. (...)

La situation est complexe : l’argent vient des taxes. Pour chaque prisonnier, l’établissement reçoit un certain montant. Quelque chose comme soixante mille dollars par an pour chaque détenu. Mais tout ce qui concerne les prisonniers est géré par des entreprises privées. Par exemple, la prison de Rapid City appartient à une organisation ou à une personne privée qui reçoit de l’argent de l’Etat. »

« C’est un peu comme la mafia »

« Beaucoup de l’argent que ces établissements reçoivent est détourné vers des intérêts privés. L’argent vient du gouvernement mais ce sont ces entreprises qui contrôlent où va cet argent. Ils reçoivent soixante mille dollars par prisonnier par an, ils ne vont pas acheter la meilleure nourriture. Tout ce qu’ils doivent faire c’est nourrir les détenus, juste assez, avec des trucs bon marché. Qui sait ce qu’ils font avec le reste de l’argent. (...)

C’est un peu comme la mafia. Vous avez l’argent, vous avez le pouvoir, vous pouvez réguler vous-même l’industrie et comment ça se passe. Ce qui se passe c’est que plus vous êtes puissant dans l’industrie et plus vous pouvez contrôler la régulation de cette industrie. C’est ainsi que vous pouvez vous enrichir et détourner les fonds pour vos intérêts. (...)

Ces entreprises privées deviennent si puissantes qu’elles peuvent exercer une certaine pression sur la législation. Le lobbying est très fort. Par exemple, en ce qui concerne la conduite en état d’ivresse, beaucoup de gens autour d’ici vont en prison à cause de ça. Les lobbyistes ont fait descendre la limite légale d’alcool dans le sang. Parce que les prisonniers sont comme des clients pour eux. (...)

Et le passage par la case prison est quelque chose d’accepté dans notre société. Je travaille avec beaucoup de républicains conservateurs et ils n’ont aucun membre de leur famille en prison. Ils ne se sentent pas concernés par ce problème. Pour eux les indiens vont en prison, les meurtriers, les violeurs vont en prison, ou bien ceux qui dealent le crack à la sortie des écoles. Mais quand vous y regardez c’est pas vraiment ça qu’on trouve dans les prisons. (...)

Les gens pensent que les prisons vont régler les problèmes, et qu’on fait une faveur à la société. Mais ça ne marche pas. En fait ça empire, parce qu’on enlève ces personnes de la force active et qu’il faut dépenser tout cet argent pour ces gens qui ne contribuent à rien, qui n’apprennent rien, qui ne reçoivent aucune aide sociale. (...)

La plupart d’entre eux sont mentalement instables et tout ce qu’on fait c’est de les mettre en prison parce qu’on ne veut pas les voir en rue et parce que c’est moins cher qu’une aide psychiatrique. Quand vous y pensez : même la peine capitale coûte plus cher que de laisser quelqu’un en prison pour toute une vie, à cause de tout le travail légal. C’est incroyable. »


Les mains d’Arik, Rapid City (Damien Spleeters)

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  • Collectionneur
    Collectionneur
    Mordu de livres et BD
    • Posté à 10h16 le 21/10/2010
    • Internaute 122226
      Mordu de livres et BD

    Notons qu’avec la ’’Crise’’, plusieurs Etats américains comme la Californie ont gracié des milliers de détenus car cela revenait trop cher de les garder.

    Et en même temps, le taux de criminalité aux USA ne cessent de diminuer depuis le début des années 1990 et les chiffres pour certaines catégories tels les vols de voitures et les cambriolages sont inférieure à ceux d’Europe .

    On se fait plus tirer dessus dans un Venezuela de 29 millions d’hab que dans ce pays de plus de 300 millions d’hab (sans compter les 10/12 millions de clandestins).

  • AttentionAuvergnate
    AttentionAuvergnate
    Étudiante droits-de-l'hommiste
    • Posté à 12h51 le 21/10/2010
    • Internaute 129939
      Étudiante droits-de-l'hommiste

    Oui, la prison aux États-Unis est devenue un vrai business. Mais qu’est-ce qu’on ne ferait pas au nom de l’argent...

  • Fnambule
    Fnambule
    L'eugénie des alpages
    • Posté à 18h56 le 21/10/2010
    • Internaute 129515
      L'eugénie des alpages

    Rassurez-vous on i vient en France avec nos bons pépépé à la française. Lire partenariat public privé. Et Bouygues nous construit les belles prisons de demain ou Bouygues s’occupera des taulards de chez nous.

    Comme ç a plus besoin de jalouser les américains qui font tout mieux que nous.

    Et quand les prisons seront un peu trop vides pour ^tre rentables, l’ami Francis appellera le père de son filleul qui pressera un peu les juges pour les remplir.

  • cocacolla
    • Posté à 21h16 le 21/10/2010
    • Internaute 121768

    La population carcérale a augmenté l’an dernier aux Etats-Unis de 25.000 personnes et s’élevait à quelque 2,3 millions de personnes, sur une population adulte de 230 millions de personnes, soit le taux le plus élevé dans l’histoire américaine, selon le Pew Center on the States. Plus d’un adulte sur 100 se trouve actuellement derrière les barreaux aux Etats-Unis, pays qui détient la plus importante population carcérale au monde, avec un jeune Noir sur neuf en prison, selon un rapport publié récemment. Le taux d’incarcération le plus élevé de la planète : 2,3 millions de personnes sont incarcérées aux Etats-Unis. Par comparaison, la Chine, avec une population de plus d’un milliard de personnes arrive en deuxième position avec 1,5 million de prisonniers, suivie de la Russie avec 890.000 personnes détenues, précise le document. Les Etats-Unis ont le taux d’incarcération le plus élevé de la planète, supérieur à des pays comme l’Iran ou l’Afrique du Sud, relève encore le Pew Center, un centre de recherche indépendant basé à Washington.

  • Collectionneur
    Collectionneur
    Mordu de livres et BD
    • Posté à 08h18 le 22/10/2010
    • Internaute 122226
      Mordu de livres et BD

    La Californie compte libérer 6.500 prisonniers cette année. Objectif : réduire un déficit abyssal et désengorger les prisons :

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    Pour la troisième année d’affilée, le taux de criminalité a fortement baissé en 2009 aux Etats-Unis, selon les chiffres publiés par le FBI lundi 24 mai 2010. En dépit de la récession économique, la chute de la criminalité a été plus importante qu’en 2007 et 2008.
    Le pourcentage pour les crimes violents a chuté de -5,5% et de -7,2% pour les meurtres. La baisse a été de -4,9% pour les attaques contre les biens, -8,1% pour le vol, -4,2% pour les agressions et -3,1% pour les viols, Les vols de voitures ont chuté de 17,2% et les cambriolages de 8,1%. De nombreux observateurs craignaient que la crise économique et la hausse du chômage allaient conduire à une hausse de la criminalité, mais c’est l’effet inverse qui s’est produit.

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