West We Go

Dans son blog West We Go, Damien Spleeters raconte l'Amérique dans (presque) tous ses états, vue à travers les yeux et les histoires de ceux qui la font tous les jours de leurs mains.

Un voyage à l'Ouest, où les Etats-Unis restent une terre à trouver ou à retrouver, pleine de promesses et de désillusions, de rêves et de combats, de richesse et de pauvreté ; où les frontières sont sans cesse érigées, sans cesse repoussées.

Etats-Unis : un humoriste mobilise les anti-« Tea Party »

Damien Spleeters
Journaliste
Publié le 01/11/2010 à 02h47


William et Anne, Washington, DC (Damien Spleeters)

(De Washington, DC) La date des élections de mi-mandat approche aux Etats-Unis et les mouvements comme le Tea Party font grand bruit. Il y a deux mois, c’est sous le slogan de « restaurer l’honneur » que 80 000 d’entre eux se rassemblaient dans la capitale fédérale. Ce samedi, au même endroit, plus de 200 000 personnes ont répondu à l’appel de Jon Stewart et Stephen Colbert pour « rétablir le bon sens ». (Voir la vidéo, en anglais)

Jon Stewart est le présentateur du Daily Show, sur la chaîne Comedy Central. Il y a quelques jours, il a reçu Barack Obama sur son plateau. Son apparition dans l’émission Crossfire, sur CNN en 2004, est fameuse : il y critique ouvertement le travail des journalistes. Quelques temps après, CNN annonçait qu’elle retirait l’émission de sa grille de programmes. (Voir la vidéo, en anglais)

L’humour est l’instrument principal de Jon Stewart, et c’est avec humour que la « majorité occupée » – comme la désigne Stewart, noircit aujourd’hui les deux kilomètres de pelouse qui séparent le Washington Monument du Capitole. L’ambiance est festive (voir la vidéo) mais l’enjeu est sérieux : il s’agit de montrer, entre autre, que celui qui parle le plus fort n’est pas toujours celui qui a raison.

« J’ai peur pour mon pays »

C’est ici que je rencontre Anne et William. Ils vivent à deux pas. Anne est biologiste et William fait partie de l’administration du président Obama. William commente :

« C’est merveilleux ce qui se passe aujourd’hui, et c’est important : les personnes sensées, positives, les personnes qui veulent que notre pays progresse, ont été plutôt silencieuses ces deux dernières années. [...]

Et les gens qui ne veulent pas de changement, les gens qui supportent une politique en faveur d’une élite, ces gens ont fait beaucoup de bruit, beaucoup de manifestations. Ils sont plein de haine, ils hurlent. Mais aujourd’hui on voit beaucoup de choses positives, on voit que la haine ne fonctionne pas. »

Anne intervient :

« Je ne comprends pas pourquoi le Tea Party a pris tellement d’importance dernièrement. Quand je vois ces gens qui, par exemple, sont contre la réforme de la santé, c’est comme s’ils étaient contre leurs propres intérêts, comme s’ils n’étaient pas en faveur de ce qui est bon pour tous. Je ne comprends pas, et je ne sais pas pourquoi les gens voteraient pour le Tea Party. [...]

D’une certaine manière ça me fait peur, j’ai peur pour mon pays. C’est pour ça que je suis là, pour montrer que nous ne sommes pas d’accord. Mais je pense que tout ça a été fabriqué par les médias. Le Tea Party parle fort et avec beaucoup de couleurs, les médias aiment ça. [...]

J’espère vraiment que, quand les gens iront voter, ils vont penser au bien du pays. C’est ce qu’ils ont fait quand ils ont élu Obama. Personne ne s’attendait à sa victoire, c’était merveilleux. »


Rally to Restore Sanity, Washington, DC (Damien Spleeters)

« Quand vous montrez les cinglés, vous leur faites de la promotion »

Anne reprend :

« Il y a énormément de médias, et certains d’entre eux ne veulent qu’une chose : plaire à leur audience. Un exemple manifeste c’est Fox. Si certaines personnes, avec certaines idées, ne regardent que cette chaîne, leurs opinions, très conservatrices, s’en trouvent renforcées. Et il y a beaucoup de désinformation. (...)

Et puis vous trouverez d’autres chaînes, plus neutres. Mais le problème, quand ils essayent de montrer les deux côtés, c’est que très souvent l’un de ces côtés est complètement dingue et ils le montrent quand même, simplement pour avoir l’air juste. Quand vous montrez les cinglés, vous leur faites de la promotions. »


Rally to Restore Sanity, Washington, DC (Damien Spleeters)

« Le changement ne va pas se faire en un jour »

Anne poursuit :

« Et puis les gens réagissent aussi à la situation économique. C’était fou il y a quelques années quand tout le monde achetait des maisons à crédit. Et puis tout s’est écroulé et les gens ont perdu leur job, leur maison. C’était dur. Et ils ont commencé à avoir peur et ils cherchaient quelqu’un à blâmer. Et ils accusent le gouvernement, et ils accusent l’immigration. »

William intervient :

« Malgré ça, je pense que l’administration du président Obama a vraiment réalisé des choses positives qui n’ont jamais pu voir le jour avant. Ils ont essayé de faire des progrès dans le secteur de la santé. Je ne pense pas qu’on ait été aussi loin que le président le voulait mais je pense que c’est certainement une bonne première étape. [...]

La réforme de Wall Street, la réforme financière, était aussi une chose positive. Les dirigeants de Wall Street, les intérêts financiers, sont à l’origine de la récession qui a affecté le monde entier, c’est donc certainement une bonne chose d’avoir réformé ça. »

Anne conclut : « Obama ne peut travailler que sur une chose à la fois, et le changement ne va pas se faire en un jour. »


La foule au Rally to Restore Sanity (Kaster/AP)

Mis à jour le 01/11/2010 à 16h20. Après débat dans les commentaires, remplacement de « un comique » par « un humoriste » dans le titre pour désigner Jon Stewart. Merci aux riverains !

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  • padiran
    padiran
    Chroniqueur Grolandais
    • Posté à 12h09 le 01/11/2010
    • Internaute 5159
      Chroniqueur Grolandais

    Pour comprendre les partisans du « tea party », il faut un décodeur et le Monde.fr interrogeait dans son édition d’hier François Vergniolle de Chantal, spécialiste des institutions politiques américaines
    « Historiquement, en France, c’est la société, héritée de l’Ancien Régime, qui est inégalitaire, et c’est l’État républicain qui intervient pour établir l’égalité. Outre-Atlantique, la perception inverse prévaut, l’intervention de l’État fédéral briserait une égalité qui est perçue comme naturelle, dans une société qui n’a pas connu le féodalisme. Pour les Français, l’égalité est le résultat d’une action politique ; pour les Américains, elle est une donnée sociale. »
    Autrement dit pour eux, l’État n’est pas la solution mais le problème, c’est exactement ce que veut démontrer et démonter N. Sarkozy en attaquant un par un les « amortisseurs sociaux » acquis au prix de nombreuses luttes sociales.

  • dekox
    • Posté à 12h54 le 01/11/2010
    • Internaute 37800

    Impressionnante, son intervention à Crossfire.
    Il manque vraiment en France quelqu’un qui puisse démonter le marketing politique avec autant de mordant, mais sans parti pris politique. Les émissions comiques sur la politique françaises, sont souvent drôles, pertinentes, mais également partisanes (les guignols notamment). L’absurdité du système, qui touche l’ensemble de l’échiquier politique n’est que très peu dénoncée. C’est cette absurdité qui pousse les politiciens à contrôler à l’extrême leur discours dans le seul but d’être élu.

  • Kurtz
    Kurtz
    Juriste médisant mais pas (...)
    • Posté à 12h55 le 01/11/2010
    • Expert 56691
      Juriste médisant mais pas (...)

    Les Tea Party ne sont pas « républicains », McCain n’a rien d’un Glenn Beck ou d’un Rush Limbaugh. Les tea partiers ont inventé un nom pour les républicains traditionnels, trop mous à leur goût : « RINO » (republican in name only). Cette montée des T.P inquiète pas mal le GOP, par exemple cette imbécile de O’Donell assure une victoire démocrate dans le Delaware, le gros du contingent républicain ne veut pas de ces cinglés. Pour Denninger, un conservateur, les tea partiers d’aujourd’hui sont des « trous du culs » obsédés par « dieu, les flingues, les gays » (Lien)... Le risque est de voir ces excités rendus ultra visibles par des lobbys ultra conservateurs et la fox phagocyter la parti républicain et transformer la droite conservatrice américaine en un amas de groupuscules populistes d’extrême droite. Plus on les voit, plus les plus conservateurs glissent vers la droite.

    Le parti républicain se résume en trois axes principaux : moins d’Etat fédéral et plus de compétences pour les Etats, libéralisme économique, conservatisme des moeurs. Chez les tea parties on trouve d’anciens leaders suprémacistes blancs, des types du klan, des chrétiens intégristes et tous les complotistes (dont les birthers qui qui nient à Obama sa nationalité américaine), bref tous les cinglés qui n’ont pas leur place dans la droite classique...

    Pour vous donner une idée du degré de bêtise atteint, Glenn Beck, chroniqueur vedette sur la Fox a porté la théorie selon la quelle la FEMA (l’agence fédérale de gestion des risques naturels) sert à camoufler la construction de camps de concentration dans les quels l’administration communiste d’Obama enverra les républicains et les propriétaires d’armes à feu.

  • Mathieu Dehlinger
    • Posté à 12h57 le 01/11/2010
    • Internaute 90047
      Etudiant

    Puisque vous citez le passage de Jon Stewart dans Crossfire, il est bon de rappeler que l’émission de l’humoriste repose principalement sur la critique des autres médias américains, en particulier Fox News. (même il n’oublie pas pour autant les médias classés « à gauche », comme MSNBC).

    Dans son discours de clôture samedi, il a d’ailleurs particulièrement égratigné la presse, plus que la classe politique américaine : « La panique et le conflit perpétuel engendrés par les commentateurs politiques n’est pas la cause de nos problèmes, mais les rendent plus difficile à résoudre. La presse peut poser un miroir grossissant sur nos problèmes, nous en faire prendre conscience, éclairer des situations auparavant invisibles – ou elle peut utiliser cette loupe pour mettre le feu à des fourmis et ensuite peut-être proposer une semaine d’émissions sur la soudaine, inattendue et dangereuse épidémie de fourmis inflammables ».

    Sa manifestation avait par ailleurs inquiété certains commentateurs, qui estimaient qu’elle pourrait porter préjudice aux démocrates en agaçant les partisans des Tea Parties et en les privant de volontaires durant cette dernière ligne droite avant l’élection. (cf. Lien et Lien).

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