Le Yéti, voyageur à domicile

Chroniques d'un voyageur à domicile qui ne voulait pas conquérir le monde, mais être conquis par lui.

Au programme du Yéti (2), la « moralisation » du système financier

Le Yéti
yetiblog.org
Publié le 26/03/2009 à 11h39

Ils n’ont plus que ça à la bouche : « moraliser » le système financier. Les mots après les maux. Qu’ont-ils réellement fait depuis que cette crise a éclaté, en janvier 2008 ? Rien. Des mots. Quelques vagues déclarations d’intention médiatiques, faussement indignées, pour faire bonne mesure et illusion, lors des moments les plus chauds. Mais sinon, rien. Il est grand temps de nettoyer ces écuries d’Augias.

L’argent

D’abord rendre à l’argent sa fonction première : un moyen d’échange des biens et des services disponibles dans un espace donné.

De ceci découle un principe tout simple : le volume d’argent disponible dans un pays doit correspondre peu ou prou au volume des biens et des services proposés par le système économique. Avec en fonction de l’enrichissement du pays, une part dite de précaution : l’épargne.

Un organisme d’Etat, la banque de France, devrait être chargé, comme c’était sa fonction à l’origine, de réguler cette masse monétaire dans l’espace défini et sa répartition entre les différents postes : investissement, consommation, épargne...

Ses liens avec la Banque centrale européenne (BCE) seront précisés dans un prochain volet consacré à l’Europe.

Les banques

Le système bancaire par établissements privés peut être maintenu, mais moyennant des règles beaucoup plus strictes et « morales » de fonctionnement.

Remise à plat de la nébuleuse des frais bancaires. Et notamment celle des tristement fameuses pénalités, outrageusement utilisées pour ponctionner un peu plus les plus démunis. Ces pénalités seront remplacées par un système d’intérêts à payer selon des règles établies par la loi, basés sur les taux directeurs de la Banque de France. Bien loin des taux d’usure aujourd’hui pratiqués (cas des découverts bancaires autorisés ou non, par exemple).

L’utilisation par les banques de leurs fonds, c’est-à-dire de l’argent de leurs clients, sera strictement encadrée. Tout placement devra justifier de son caractère productif et de son utilité.

L’utilisation purement spéculative, c’est-à-dire, la création artificielle de l’argent par l’argent, sera interdite. Idem pour ce qui est de la filialisation dans les paradis fiscaux, moyen tout à fait sournois pour dissimuler des détournements éhontés de capitaux.

Partant du principe que toute somme appartenant aux individus transite forcément par le système bancaire, une banque d’Etat sera créée pour ceux qui le désirent. Elle offre un service bancaire a minima, essentiellement de dépôts, avec des frais minimum de gestion.

Le crédit

Véritable plaie du « monde d’avant », le crédit retrouvera sa seule raison d’être : une sorte de « paiement à tempérament » pour accompagner les particuliers et les ménages dans leur équipement en produits de première nécessité (équipement ménager, mobilier, automobile...) et en biens immobiliers.

Le crédit n’est accordé aux entreprises que sur justification d’un projet économique.

Pour favoriser la régulation et la bonne répartition des activités économiques, la banque d’Etat est habilitée à accorder des crédits à taux préférentiels (prêts à taux zéro, par exemple) aux particuliers et aux entreprises. Ces prêts se feront en fonction d’un plan de développement économique national établi par une autorité de rationalisation économique (ce point sera développé dans un prochain volet consacré à la rationalisation économique).

Véritables pièges ne pouvant conduire qu’au surendettement et à l’impasse, les incitations multiples à la sur-consommation (crédit « revolving » et dérivés douteux) seront supprimés.

L’assurance

Le monde de l’assurance devrait être lui aussi ramené sur les voies de la raison et de sa fonction d’origine : assurer les personnes et les biens, point.

Cette assurance peut-être privée ou publique (la sécurité sociale, par exemple, qui sera bien évidemment restaurée dans ces pleines prérogatives).

La banque d’Etat garantira une assurance basique aux particuliers qui le souhaitent.

Comme pour leurs cousines bancaires, les fonds récoltés par les compagnies d’assurance ne pourront être utilisée que sur une justification d’utilité économique.

Les investissements purement spéculatifs seront interdits.

A ceux qui, encore contaminés par les tristes restes de la pensée néolibérale en déroute, hurleraient à l’utopie et à la destruction du système en cours, nous répliquerons que ce système s’auto-détruit tout seul comme un grand sous nos yeux ; que nous sommes encore seulement au début de son effondrement généralisé (et confirmé par des sommités comme l’économiste keynésien James K. Galbraith, le prix Nobel de l’économie Paul Krugman, ou encore le sociologue-anthropologue Paul Jorion).

La situation dramatique dans laquelle les dérives financières de ces trente dernières années désastreuses vont plonger le monde, justifieront et faciliteront amplement ces mesures draconiennes de « moralisation ». Celles proposées ici, simples et élémentaires, peu couteuses, ne sont après tout guère différentes de celles prises par le Conseil National de la Résistance en 1945 et qui ouvrirent la voie aux fameuses Trente Glorieuses.

(A suivre : les services publics ressuscités)

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  • Jaycib
    Jaycib
    Désagrégé de l'Université
    • Posté à 13h21 le 26/03/2009
    • Internaute 37053
      Désagrégé de l'Université

    Voilà tout un programme ! Hélas, il me paraît impossible à réaliser pour des raisons tant économiques que politiques. Economiques d’abord : la France ne peut fonctionner en vase clos, autant en prendre son parti et reconnaître que la concurrence entre pays jouera, les investisseurs allant placer leur argent là où les conditions fiscales et économiques (niveau des salaires plus bas dans certains pays) leur paraîtront les meilleures. Politiques ensuite : pour l’heure, aucun accord de régulation significatif ne semble se dégager des négociations entre sherpas préalables à la réunion du G20.

    Ce qui me paraît le plus critiquable dans l’approche du Yéti (dont je reconnais cependant qu’il a réfléchi) est qu’elle s’inspire du passé... en voulant le reproduire à l’identique (avec des nuances). Cf., à ce propos, le souhait de voir le pays retourner aux règles imposées avant l’essor des 30 glorieuses (terme que je récuse : il s’agissait d’une longue période reconstruction après la guerre). Je ne crois pas possible de revenir en arrière et d’instituer un système hybride étatique-privé, même si je partage le souci du Yéti de réintroduire une régulation d’état forte. Pour que ce modèle fonctionne, il faudrait que les partenaires européens et même mondiaux de la France s’accordent sur un tel programme pour aux-mêmes. Cette possibilité me paraît très réduite.

    Je suis moi-même favorable à l’instauration d’un système hybride, mais les conditions globales qui le permettraient ont changé de fond en comble. S’il me paraît opportun de délibéraliser l’utilisation de l’argent et de réfréner, voire exclure, l’ardeur spéculative des capitalistes, il faut au préalable définir ce qu’est la valeur économique réelle de toute activité et imposer cette définition à l’ensemble du monde. La crise écologique profonde favorise l’avènement de nouveaux concepts tels que la mise en commun des ressources de la Terre, qui ne devrait appartenir à personne, puisque qu’elle appartient « par nature » à l’espèce humaine tout entière. Ce qui relève de la Terre n’est pas quantifiable (la planète n’a pas de prix : y a-t-il un marché des planètes ? ?), mais qui est prêt aujourd’hui à accepter une telle notion ? Il s’agit en effet de réduire à zéro « l’économie de la rente », du « loyer de la Terre », sur laquelle TOUT le système actuel est fondé ! (Ce n’est pas par hasard que la crise financière et économique a été déclenchée par l’abus de titres de créance hypothécaire reposant sur la survaluation spéculative des biiens fonciers et immobiliers)

    Le Yéti nous propose donc une révolution de fait, avec une économie tellement régulée qu’elle s’apparente au socialisme. Qui dans le monde souhaite une telle solution ? Obama l’a écartée d’emblée, lundi dernier, en acceptant le plan Geithner de gestion des actifs toxiques des banques, qui suppose la participation d’investisseurs de tout poil (même de fonds spéculatifs pour le moins douteux) dont l’activité sera en fait subventionnée par le contribuable américain, et, au delà, par tous les contribuables du monde (par le biais d’un endettement monstrueux temporairement compensé à coup d’achats de bons du trésor US par la Chine et, peut-être, quelques fonds souverains, et – c’est l’aspect crucial du problème – par le maintien du dollar comme monnaie de réserve, lequel se traduit depuis toujours par le financement indirect de la déraison capitaliste américaine par tous les citoyens de la Terre). Ceci doit être pris en compte, puisque l’économie américaine, telle qu’elle est actuellement constituée, représente un quart de l’activité mondiale.

    Le problème des propositions du Yéti (dont je salue l’intention louable) est qu’il n’y a presque personne aujourd’hui pour souhaiter les voir appliquées. Les « hyper-libéraux » n’ont pas baissé pavillon, et leurs opposants ne sont pas organisés pour les remplacer, faute d’une réflexion de fond et d’une mobilisation adéquate. Il faudrait tout reconstruire : non seulement une économie rationnelle, mais aussi un mouvement politique global susceptible de faire triompher un tel programme. Pour le moment, ce mouvement n’existe pas.

  • Lairderien
    Lairderien répond à Jaycib
    • Posté à 14h37 le 26/03/2009
    • Internaute 22751

    Vous analysez à mon avis assez justement la situation, mais pour utopique et imparfaite que puisse être les propositions du Yéti, elles ont le mérite d’une part d’exister et d’autre part elles émanent d’un simple citoyen. Or ce genre de proposition et de réflexion n’est pas isolé.

    Donc, c’est vrai que « Pour le moment, ce mouvement n’existe pas. » Mais la crise aidant à la prise de conscience collective, plus ce genre de propositions se multiplierons, plus il y a de chance qu’un tel mouvement s’enclenche.

    Ne baissons pas les bras sous prétexte que nous ne pouvons rien.

  • padiran
    padiran
    Chroniqueur Grolandais
    • Posté à 16h42 le 26/03/2009
    • Internaute 5159
      Chroniqueur Grolandais

    Salut le Yéti, je salue le caractère hautement utopique de tes propositions et j’y adhère évidemment pour leurs fortes valeurs ajoutées de morales. Pour survivre en ce bas bas monde de libéralisme décadent, il faut posséder un potentiel de rêves et toujours avoir une idée d’avance.

    Pour abonder dans ton sens en matière de décomposition du systême, je ne citerais que la prochaine « bombe atomique » en matière financière. Les subprimes n’étaient que des amuses gueules.
    Les « Credit default swap »

    Les dérivés sur événement de crédit ou en anglais Credit Default Swaps (CDS) sont des contrats financiers de protection, entre acheteurs et vendeurs. L’acheteur de protection verse une prime[annuelle calculée sur le montant notionnel de l’actif (souvent dit de référence ou sous-jacent), au vendeur de protection qui promet de compenser ex-post les pertes de l’actif de référence en cas d’événement de crédit précisé dans le contrat. C’est donc, sur le plan des flux financiers, comme un contrat d’assurance. (wikipédia)

    Les CDS sont aujourd’hui (2008) un marché de 60 000 milliards de dollars (6000 milliards en 2004). C’est dire si une crise des CDS qui serait générée par une montée des taux de défaillance sur le modèle de la crise des subprimes serait terriblement ravageuse.
    L’assureur américain AIG possède pour 440 milliards de dollars de CDS et a dû a ce titre remboursé la Société Générale à hauteur de 12 milliards d’euros, malgré les protestations des contribuables américains qui ont renfloué AIG.

    Le plan de B. Obama de 1000 milliards de dollards peut paraitre faramineux, il servira seulement de rustine si le système explose

    Il vaut mieux être utopiste pour tenter de rêver la socièté « d’après » que de regarder le mur se rapprocher à grande vitesse

  • jyeden
    jyeden
    khmer vert ( age des caverne, (...)
    • Posté à 17h22 le 26/03/2009
    • Internaute 20631
      khmer vert ( age des caverne, (...)

    Yeti tu nous fais de la peine
    la plupart des riverains apprécient tes interventions, mais je me demande pourquoi tu tiens tant à sauver le capitalisme
    le capitalisme étant fondé sur la recherche du profit maximum et sur l’axiome que les egoismes de chacun devant concourrir au bien etre de tous, voulor le moraliser c’est le tuer
    ces dernières années le système s’est un peu emballé
    tant mieux ! ! ! peut etre s’ecroulera t il
    ne me dis pas que c’est utopique : -))
    mon grand père a vu s’effondrer les empires centraux et la civilisation « terrienne » d’avant 14
    mon père a vu s’ecrouler le nazisme et la civilisation « ouvières et semi rural des années 30
    j’ai vu tomber l’urss et le mode de vie des années 60
    en trois generations c’est pas mal
    alors tout peu arriver
    ton système en fin de compte ne profiterais qu“au ‘possédants’ ce sont eux qui risquent le plus

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