« Papa, Woodstock, c'était il y a 40 ans. Le refaire serait impossible »
Le matin, je vais souvent balader mes chiennes sur la jetée qui donne sur le grand estuaire. En ce moment, il fait beau. Les touristes en font un lieu de pèlerinage. Mais ce que je préfère, c’est quand le quai est un désert battu par le vent et la pluie. Un vilain crachin noie interminablement le paysage.
C’est à peine si là-bas, sur l’autre rive du fleuve, on aperçoit les ombres des complexes pétrochimiques et les fumées menaçantes de leurs hautes cheminées. De ce côté-ci, seules quelques rares silhouettes liquéfiées de passants obstinés s’accrochent au gras du bitume. Elles filent comme ombres pourchassées, imperméables au salut.
Pourquoi faut-il qu’à ces instants me reviennent en mémoire les images d’un autre vieux souvenir ruisselant… (Voir la vidéo)
Le mauvais temps est une invention des humains. Il n’y a pas de « beau » temps ou de « mauvais » temps. Juste le temps qu’il fait, c’est tout. Agréable ou désagréable, ce n’est pas le sujet. Il faut faire avec.
- « Bonjour, Madame. »
Qu’il fasse beau ou mauvais, je mets un point d’honneur à saluer tous ceux que je croise sur la jetée. Sur le coup, la dame, petite, âge certain, un peu boulote, engoncée dans une énorme doudoune surdimensionnée, est un peu interloquée. Puis elle se reprend, les joues enflammées par la bourrasque.
- « Bonj... »
Mais déjà le vent l’a emportée.
Il est grand temps de s’emparer de son temps
Le temps qu’il fait est une question de mentalité et d’adaptation. Dans le tumulte qui aujourd’hui nous affole, dans cet effondrement de notre confort « inaliénable », jamais la nécessité de s’emparer de son temps ne fut plus d’actualité. NO RAIN ! (Voir la vidéo)
- « Oh papa, le pot que tu as eu de vivre à cette époque ! Woodstock... »
Y a-t-il une époque pour ce genre de choses ? La pluie continue de ravager le quai. Les chiennes ressemblent à des serpillères mais continuent de musarder, indifférentes. Les mouettes remontent au vent en zigzaguant sous l’effort. Les rares passants ont disparus.
En face, au-delà des complexes pétrochimiques, je sais que s’étendent les usines Renault sinistrées de Sandouville.
- « Ça dépend de vous. Rien que de vous. C’est à vous de jouer maintenant.
- Mais papa, Woodstock, c’était il y a quarante ans ! Aujourd’hui, ce serait impossible !
- Arrêtons les atermoiements, s’il vous plaît ! Des milliers de jeunes sont encore capables de se réunir en un tournemain pour des “raves” et vous me chantez que c’est impossible ! C’est une question d’état d’esprit, c’est tout ! »
« Jamais vous n’avez eu une époque aussi favorable pour vous faire entendre »
Jusqu’à ces derniers mois, vous aviez peut-être encore la pauvre excuse de vous accrocher à l’espoir d’un avenir sans doute pas reluisant, mais assez confortable. Aujourd’hui, c’est terminé. Il n’y a plus rien.
Vous êtes au pied du mur. Le monde qu’on vous faisait miroiter n’est plus qu’un vaste marigot d’où vous allez devoir surnager ou disparaître.
- « Ça te fait rire ?
- Pas rire, mais pas pleurer non plus ! Jamais vous n’avez eu une époque aussi favorable pour vous faire entendre, JAMAIS ! Pas même il y a quarante ans, à l’époque de Woodstock.
Vous disposez de moyens de contact entre vous comme jamais il n’en exista : Internet, le téléphone portable, MSN, Facebook... Foin des jérémiades, vous n’avez plus rien à perdre, et aucune excuse ! »
« Fuck » le « mauvais » temps ! « Fuck » les tornades et les sordides naufrageurs ! « Fuck » les couchés, les assis larmoyants, les noyés consentants par omission des marécages humains ! Quand est-ce que vous vous levez ? Vous attendez que la vague de boue vous emporte ?
HOOOOOOOOOO HOHOHO-HO ! HOOOOOOOOOO HOHOHO-HO !
- « Putain, papa, qu’est-ce tu fous à patauger comme un malade dans cette flaque d’eau ? »
- Sur dailymotion.comLa vidéo de Jimmy Hendricks à Woodstock
- Sur france24.comQuarantenaire, Woodstock prend un coup de vieux
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non connue
non connue
Bonjour Yéti.
Tu poses de bonnes questions, alors essayons d’y répondre.
Passons sur le « bilan » de cette génération, qui prête à de nombreuses critiques. Aujourd’hui installés dans une retraite dont nous n’auront jamais l’ombre d’une condition, les papy-boomers ont bien tiré leur épingle du jeu, car les conditions démographiques ont généré cette grande cohue permettant à beaucoup de se servir individuellement au nom du collectif.
Passons sur les trente glorieuses, symbole d’une économie florissante, et qui, bien qu’injuste aussi, permettait à celui qui voulait bosser de le faire, même dans des régions pas encore sinistrées.
Ce qui m’apparait comme l’élément le plus significatif, dans cette période qui sépare cette génération de celle des jeunes d’aujourd’hui, c’est le développement de réticences envers tout discours collectif. Notre environnement est aujourd’hui saturé de messages publicitaires ou de propagande, d’émissions audiovisuelles, de productions médiatiques tous azimuts. Né dans cet environnement, un jeune est habitué à faire le tri, à filtrer en permanence ce qu’on lui balance.
Nous avons radicalement changé notre mode d’accès à l’information, en passant d’une synthèse additive (on cumulait des sources, rares, d’informations) à une synthèse soustractive (on cumule des filtres pour éviter la noyade dans un océan de sources d’informations).
Cette véritable révolution culturelle, qui a pris 30 ans, a changé les mentalités. Et imprime dans chacune des générations un comportement très différent :
- les plus jeunes, aguerris pour résister à ces agressions médiatiques, résistent bien aux discours officiels du pouvoir, comme de l’opposition. Ils ne votent ni à droite, ni à gauche. Hermétiques aux discours collectifs, ils sont fondamentalement individualistes, mais (et ce serait une grave erreur politique de l’oublier) sans être égoïstes.
- les moins jeunes, mais encore actifs, sont plus sensibles aux thèses sociales, tout en étant par leur activité (travail, vie urbaine) en contact avec la réalité et donc sont critiques vis-à-vis du discours officiel. Ils votent très majoritairement à gauche.
- les « encore moins jeunes », à la retraite, sont extrêmement vulnérables, médiatiquement parlant. La majorité voit le monde à travers la télévision, sans avoir les « anticorps » ni les sources d’informations alternatives permettant un regard critique. Cette population vote massivement pour ce que leur suggère la télé : Sarkozy. Mais une minorité, qui sait s’informer, continue à défendre des valeurs sociales avec probablement le plus de vigueur que tout le reste de la population.
Pour autant, faut-il jeter l’éponge ? Sûrement pas. Mais il faut adapter le discours, en faveur du social, à cette nouvelle écoute. C’est à dire éviter les propos collectiviste, et défendre la gauche non plus à travers des classes sociales, mais à l’intérieur même de chaque individu.
N’oublions pas que la nouvelle génération est aussi celle des ONG, du logiciel Opensource, des blogs...
Et c’est encourageant.




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