Le Yéti, voyageur à domicile

Chroniques d'un voyageur à domicile qui ne voulait pas conquérir le monde, mais être conquis par lui.

Morales réélu : un parfum optimiste dans un monde désenchanté

Le Yéti
yetiblog.org
Publié le 07/12/2009 à 07h13

Ce qui est réjouissant dans la réélection confortable d’Evo Morales à la présidence bolivienne (plus de 61 % des voix dès le 1er tour selon les premières estimations), n’est pas tant la victoire d’une politique ou la reconnaissance d’une personnalité attachante dans un monde maussade.

Mais le fait qu’au cours de cette démoralisante année 2009, il y ait eu AU MOINS un évènement politique qui se soit déroulé sur fond d’enthousiasme populaire, et non dans un esprit revanchard ou avec la résignation amère du choix par défaut.

On notera que l’exploit mérite d’être d’autant plus souligné qu’il ne s’agissait pas d’une élection, mais d’une RÉ-élection. C’est-à-dire une approbation satisfaite d’un pouvoir qui a eu amplement l’occasion de montrer ce qu’il valait, ou non, sur le terrain.

Fiel

On peut s’étonner alors de la méfiance que manifestent encore, à l’égard de l’heureux élu des Andes, des médias occidentaux assez pisse-vinaigre. Rares sont leurs articles sur Evo Morales où ne traînent pas insidieusement les qualificatifs infamants genre « populiste » ou « démagogique ».

Un tout récent communiqué de notre AFP nationale (06.12.09, 13h21) est un chef d’œuvre en la matière. Extraits :

« Les Boliviens devraient réélire dimanche pour un second mandat le président socialiste Evo Morales et lui permettre de poursuivre sa politique de réformes en faveur des indiens [notez bien ce piquant “en faveur des indiens” seulement, ndlr]... possible hégémonie... dérives anti-démocratiques... rhétorique anti-libérale... progression du trafic de drogue... taxé de “populiste” par ses détracteurs... »

Perdue au milieu de ce fatras, seule une petite phrase évoque la « légitimité » du nouveau président à travers le soutien que lui apporte la « majorité pauvre et indienne ». C’est peu !

On peut comprendre (à défaut de les partager) les aigreurs de nos chroniqueurs en cour devant les provocations tonitruantes d’un Chavez. Mais que diable reprocher au gentil Evo Morales ?

Lorsqu’en 2007/2008, quelques riches régions de l’est du pays lancèrent leur fronde indépendantiste, fit-il donner son armée, ses CRS casqués, ses flashballs ou ses bombes lacrymogènes ?

Non, il mit le plus démocratiquement du monde son mandat en jeu dans un referendum qu’il remporta avec 67 % des voix.

Une mise en œuvre réussie du principe d’« exception sociale »

Un autre enseignement est à tirer du genre de politique que les Boliviens ont très majoritairement reconduite.

Celle-ci va à l’encontre de l’affirmation convenue comme quoi plus aucune politique nationale ne pourrait s’affranchir des contraintes du marché tout-puissant et sans entraves (surtout sociales), imposées par la mondialisation néolibérale planétaire triomphante.

Non seulement, Evo Morales montre qu’une telle politique est envisageable, mais qu’en plus, elle marche. En douceur et avec le sourire.

Une victoire de ce que qu’on peut qualifier de principe d’« exception sociale », sans sombrer sous l’accusation incendiaire de protectionnisme forcené.

Les électeurs de nos contrées européennes, sous leur toute nouvelle férule néolibérale lisbonienne, et en plein marasme économique et social, seraient bien aise de s’en souvenir.

Aller plus loin
  • 3964 visites
  • 36 réactions
Vous devez être connecté pour pouvoir commenter : ou créez un compte
  • Yann Guégan
    Yann Guégan
    Avec les doigts http://bit.ly/ (...) Rue89
    • Posté à 08h37 le 07/12/2009
      éditeur
    • Journaliste 1836
      Avec les doigts http://bit.ly/ (...)

    Non, il mit le plus démocratiquement du monde son mandat en jeu dans un referendum qu’il remporta avec 67 % des voix.

    Oui, enfin, quand De Gaulle remettait « le plus démocratiquement du monde son mandat en jeu » lors de référundums-plébiscites, la même gauche qui applaudit aujourd’hui Morales dénonçait la personnalisation du pouvoir, le « coup d’Etat permanent », la dérive bonapartiste du général... : -)

  • leo s
    leo s répond à Yann Guégan
    (...)
    • Posté à 08h56 le 07/12/2009
    • Internaute 73621
      (...)

    Au printemps 1969, le président de la République Charles de Gaulle, encore affaibli par la crise de mai 68, épaulé par son nouveau premier ministre Maurice Couve de Murville, lance un vaste projet de réforme dont la réforme du Sénat et la création des régions sont les premières étapes.

    Afin de s’assurer du soutien de la population, il organise un référendum qui se déroule le 27 avril 1969, après avoir annoncé qu’en cas de rejet il quittera ses fonctions. L’opposition appelle à voter non, mais le Général est également gêné à droite par la déclaration par son ancien Premier ministre Georges Pompidou, qui sera candidat en cas de départ du Général — réduisant la peur du vide chez les électeurs de droite — tandis que son ancien ministre des Finances Valéry Giscard d’Estaing indique qu’il ne votera pas oui.

    Le 27 avril 1969, le non l’emporte à 52,41 %.

  • Sowinski
    • Posté à 09h19 le 07/12/2009
    • Internaute 45555

    Venezuela, Ukraine, Thailande, Bolivie, même Moldavie récemment, partout nos grands medias savent en général ne prendre que le point de vue des classes « moyennes“& supérieures. Si le candidat des riches et des classes moyennes n’est pas élu, c’est que la démocratie ne fonctionne pas.

  • tlaloc
    tlaloc
    Retraité
    • Posté à 09h27 le 07/12/2009
    • Internaute 47359
      Retraité

    L’enjeu en Bolivie c’est le lithium ( nécessaires pour les batteries) dont ce pays a les plus importantes réserves mondiales. Morales veut bien développer cette production mais ne veut pas de mainmise totale des compagnies étrangères dont Bolloré.

Retour sur Rue89

Note Les notes de blogs ne sont pas toutes mises en forme par l'équipe de Rue89 contrairement aux articles du site.