Le Yéti, voyageur à domicile

Chroniques d'un voyageur à domicile qui ne voulait pas conquérir le monde, mais être conquis par lui.

Grèce, Portugal, Espagne... les suites de la crise rongent l'Europe

Le Yéti
yetiblog.org
Publié le 06/02/2010 à 12h45

« Ça va plus vite que prévu. » Tels sont les mots lâchés par Paul Jorion dans son dernier Temps qu’il fait à propos des nouvelles métastases de crise apparues en Grèce, au Portugal, en Espagne. Le mal désormais ronge dangereusement l’Europe et la zone euro.

Nous avions ici même tenté d’analyser les successives phases de l’irréversible effondrement en cours. Et en particulier la phase III sur la défaillance des puissances publiques. Nous y voilà en plein !

Un scénario totalement prévisible... et imprévu

Les signaux d’alarmes (Islande, Dubaï..) étaient-ils si marginaux ou si lointains pour que les gens de pouvoir continuent comme si de rien n’était de plastronner sur des signes de fin de crise et de reprise totalement illusoires ?

Après avoir lâché des milliards de milliards pour sauver un système financier exsangue, s’être échinées à colmater les brèches d’une économie réelle à la dérive à grands coups de plans de relance stériles, faut-il s’étonner de voir les « puissances » publiques vaciller sous le poids de leurs dettes abyssales ?

Maintenant que ces idiots ont grillé sans compter leurs principales cartes, quelles sont celles qui leur restent à tirer de leurs manches pour sortir du bourbier où ils s’enfoncent ?

Vont-ils couper les branches pourries ? Mais alors ce serait précipiter l’éclatement de la zone euro et un séisme mondial aux conséquences incalculables.

Les branches les moins atteintes (« saines » seraient un bien grand mot !) comme l’Allemagne ou la France vont-elles finalement voler au secours des malades ? Mais avec quoi ? Quelles poudres de perlimpinpin miraculeuses ? Quelles dettes publiques supplémentaires ?

Coincés !

Des Diafoirus grotesques dépassés par les évènements

Face à ces enchaînements catastrophiques, quel remède de cheval ? Quelle potion magique ? Depuis maintenant plus de deux ans que cette crise a éclaté, RIEN ! Aucun diagnostic un tant soit peu lucide. Aucune décision d’envergure. Aucune correction de trajectoire d’avenir.

Justes des saignées financières et sociales à la pelle, des formules ampoulées et creuses pour masquer leur impuissance, des augures hilarantes (rappelez-vous, ces fameux et ténébreux fonds souverains qui devaient sauver notre pauvre monde).

Récemment réunis à Davos, nos grotesques Diafoirus ont continué à s’agiter en toute inutilité, clamant que le capitalisme n’avait pas d’alternative, que le malade était plus imaginaire qu’il n’y paraît, que le moribond était un tout petit peu moins moribond que prévu.

Une agonie désormais irréversible

Pas besoin d’être grand clerc ni de se perdre dans leurs logorrhées d’initiés déconfits pour comprendre et éclairer ce qui va désormais advenir. Les métastases vont inexorablement poursuivre leurs œuvres de destruction, faire imploser à terme la zone euro. Et progresser sans pitié vers d’autres corps souffrants : la Grande-Bretagne et jusqu’au cœur même de l’empire : les Etats-Unis d’Amérique et leur zone dollar.

Le mal est désormais bien trop avancé pour pouvoir être enrayé. La tête (nos Diafoirus) trop déjantée pour réagir. Mais aussi trop solidement enracinée pour être amendée, corrigée, remplacée.

Nous sommes dans le cul-de-sac d’une agonie irréversible.Tout ce que nous pouvons espérer désormais, c’est que cette agonie ne se prolonge pas trop, que la bête meurt au plus vite. Les souffrances ? Nous n’y échapperons plus. Autant souhaiter les abréger dans la durée.

Quant à nous, quelle attitude ? Nous abandonner à l’angélisme d’un Yunus, prix Nobel de la paix, qui trouve quelques vertus à la crise qui nous ronge ? Céder au fatalisme finalement assez confortable d’un Žižek, « philosophe radical », pour qui toute lutte est vaine face à l’idéologie dominante ?

Ou alors, essayer peut-être de continuer à préparer, avec modestie et sans nous préoccuper d’aléas météorologiques qui nous échappent totalement, les jardins hospitaliers de demain. Pour après la tourmente. Sur leurs ruines. Oui, oui, je sais, il en faut, de la constance !

Aller plus loin
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  • 115 réactions
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  • Itaki
    Itaki
    OnTheAirTonignt
    • Posté à 14h27 le 06/02/2010
    • Internaute 63001
      OnTheAirTonignt

    Très bonne mise en valeur de la poursuite des secousses systémiques qui ne surprendront pas les lecteurs de Jorion, du LEAP,de Contreinfo.info et autres sources d’analyses alternatives et pertinentes.

    L’injection de milliers de dollars dans le système financier ont créé une illusion de récupération à travers la remontées des Bourses et une certaine stabilité des changes mais a transféré le risque sur les Etats. La crise de l’énergie à venir, les crises écologiques, les crises sociales en développement, les tensions internationales couvent mais sont prêtes à embraser le système global dès que les cendres de la finance s’envoleront aux vents mauvais.

    J’aime beaucoup ta notion de préparer les jardins hospitaliers de demain : il faudrait inventer de nouvelles auberges, de nouveaux lieux d’échange et de partage, de réconfort et de soutien, des oasis de récupération pour continuer à survivre dans un monde de plus en plus difficile mais ces frêles esquifs traverseront-ils la tempête et pour aller où ?

  • Zadig 974
    • Posté à 20h12 le 06/02/2010
    • Internaute 38559

    Aurait-t-il fallu ne pas sauver le système bancaire de la crise ?
    Je vous laisse en imaginer les conséquences.
    La reprise n’est pas encore arrivée. C’est bien le problème.
    Les états sont endettés. Mais ils l’ont souvent été plus que cela, au cours de l’histoire. Et le monde ne s’est pas arrêté de tourner pour autant.
    Mais il est vrai que nous avions entre les mains des atouts qui aujourd’hui nous échappent. Nous étions capables de dynamiser notre activité

  • nemo3637
    nemo3637 répond à Zadig 974
    Déchoukeur
    • Posté à 21h02 le 06/02/2010
    • Internaute 44521
      Déchoukeur

    @ Zadig 974

    Alors que la demande s’effondre partout sur quoi tablez-vous pour obtenir un « taux de croissance raisonnable » ?
    Vous retardez d’une époque. Celle où une production industrielle avec un marché potentiel était logiquement envisageable.
    Seule votre dernière question est sans doute pertinente.

  • A déménagé le 13-01-2012 5
    • Posté à 21h37 le 06/02/2010
    • Internaute 98137
      non connue

    On reste confondu devant le souhait ardent sans cesse répété du Yéti à voir l’effondrement du monde capitaliste, effondrement qui serait mécaniquement accompagné de troubles graves, guerres civiles, guerres tout court et leur cortège de désastres humains, massacres, crimes contre l’humanité.

    Sachant que le système qui se mettrait en place sur les ruines et les fosses communes serait... un nouveau monde capitaliste, bien évidemment, puisqu’aucun système alternatif n’existe.

    Mais rassurez-vous, braves gens. La situation apocalyptique que le Yéti nous décrit depuis au moins un an n’existe que dans son imagination décuplée par ses tendances morbides. Même si de nouveaux soubresauts peuvent survenir en raison de la situation financière dégradée de l’économie, rien ne laisse entrevoir une faillite systémique du système lui-même. Tout au plus allons-nous assister à un rebattage de certaines cartes en termes géopolitiques au niveau mondial. Le capitalisme n’est pas atteint, pour la simple raison que ce n’est pas lui qui est en crise ; l’économie réelle, capitaliste, continue à fonctionner pendant la crise financière.

    Yéti, vous devriez changer de pseudo, celui-ci vous conviendrait mieux :

  • Yvon le Zébulon
    Yvon le Zébulon
    L'homme d'esprit n'est pas seul (...)
    • Posté à 07h11 le 07/02/2010
    • Internaute 65781
      L'homme d'esprit n'est pas seul (...)

    Nous imaginons tous que nous sommes à peu près sortis indemnes de la crise, alors que nous n’y sommes pas encore entrés.

    Le plus difficile est à venir, et dans l’immédiat, l’illusion d’une reprise est surtout due aux injections d’argent des Etats eux-même.

    Nous sommes dans une situation de sur-productivité industrielle, avec en face, plus personne pour acheter les produits finis et relancer la consommation.
    L’automobile par exemple est en surcharge de production d’environ 30 %. Que voudriez vous faire des stocks de voitures neuves en trop produites tous les jours. Il en va de même à peu près pour tous les produits industriels ou manufacturés.

    En France, les beaux discours de Nicolas Sarkosy ne nous rassurent plus !
    Quoi qu’en disent les prévisionnistes, les emplois continueront à disparaître !

    La consommation aura été par le passé, artificiellement maintenue, mais en offrant aux acheteurs de tout et de rien, des endettements faciles - chers aussi - au-dela de toute raison. Les gens sont tous plus ou moins surendettés...et ça continuera.

    La catastrophe n’est pas derrière nous, mais droit devant...tel l’iceberg du Titanic !

    J’ESPERE QUE LA GUERRE QUI CASSE TOUT POUR RECOMMENCER DE ZERO NE SERA PAS L’ULTIME PROJET DE CEUX QUI ONT LEURS BILLES A SAUVER !

  • Naradamuni
    Naradamuni répond à Naradamuni
    sans
    • Posté à 18h28 le 07/02/2010
    • Internaute 30050
      sans

    MÉTASTASES SUR LES DÉPARTEMENTS ?

    Département : le scénario « à la californienne » se confirme

    Un quart du territoire en cessation de paiement, voilà déjà plusieurs mois que le président du Conseil général de Saône-et-Loire, Arnaud Montebourg, le prédit. Dans cette période de vote budgétaire, ce pronostic se confirme de jour en jour et de nombreux Départements risquent la faillite.

    La compensation très insuffisante des dépenses sociales obligatoires plombe les budgets des Départements, surtout les plus ruraux. Ils sont en plus victimes de la conjoncture, suite à la chute des droits de mutation, une part importante de leurs recettes. En supprimant la taxe professionnelle et en engageant une vaste réforme des collectivités territoriales, le gouvernement prend le risque de fragiliser un peu plus les Départements. Vingt-cinq d’entre eux seront poussés à la faillite dès 2010.

    Tour de France des difficultés

    « Dans vingt-trois Départements, dont le mien, il y aura des budgets en déséquilibre », a constaté François Hollande (PS), président du Conseil général de Corrèze. Dans le Nord, le président du Conseil général a pris la même décision que celui de Saône-et-Loire et ne fera voter son budget qu’au mois de mars.
    Les transferts de compétence ont coûté 55 millions d’euros au Conseil général de la Meuse. Son président, Christian Namy (UMP) qui prend des mesures d’économie et « parie sur la baisse des taux d’intérêt en 2010 » pour avoir une chance de boucler son budget en renégociant sa dette. Dans le Bas-Rhin, le collaborateur du président (UMP) assure : « On va baisser les investissements ».
    Dans les Alpes-de-Haute-Provence, Jean-Louis Bianco (PS) arrivera à boucler son budget 2010, mais pour 2011, il ne voit pas du tout comment il va pouvoir faire. Quant aux Bouches-du-Rhône « avec une autonomie fiscale réduite à 10%, elles ont “ le couteau sous la gorge ”.
    Le Département de Seine-Maritime, très industrialisé, sera sans doute l’un des plus touchés par la suppression de la taxe professionnelle. Et dans les Landes : “ nous avions prévu de compenser la baisse des droits de mutation par une augmentation de la taxe professionnelle… ”. Le Conseil général de Loire-Atlantique a d’ores et déjà annoncé des baisses de subventions, par exemple – 70% pour le FC Nantes. En Ille-et-Vilaine où les subventions de fonctionnement aux associations vont être réduites de 20 à 30 % et les nouveaux investissements gelés, le président du Conseil général accuse l’État de transférer “ ce qui revient le plus cher : enfance, handicap, personnes âgées ”………………………………………………………………..

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