Le Yéti, voyageur à domicile

Chroniques d'un voyageur à domicile qui ne voulait pas conquérir le monde, mais être conquis par lui.

Raid israélien contre la flottille : le monde sur le sentier de la guerre

Le Yéti
yetiblog.org
Publié le 03/06/2010 à 18h54

C’est, hélas, trop souvent la guerre qui ponctue les périodes de graves crises systémiques et de civilisation. Celle que nous traversons risque fort de ne pas échapper à cette règle douloureuse. Et ce n’est pas cette attaque absurde d’Israël contre une flottille humanitaire en route vers Gaza, qui apaisera nos craintes.

Une crispation mentale plutôt qu’un acte raisonné

Contrairement à une pensée répandue, les guerres ne sont pas un moyen pour les puissants aux abois de se réapproprier un pouvoir chancelant. Les guerres résultent d’une crispation mentale généralisée, issue de la peur, qui fige la raison et pousse les humains dans une fuite en avant meurtrière qu’ils ne sont plus en mesure de contrôler.

Acte de calcul froid et méthodique sans doute. Mais de raison, point. Nous ne sommes plus là au stade de la construction mentale, mais de la pulsion pathologique. Telle celle du schizophrène en proie à ses terreurs. Ou celle de cet homme « tranquille » qui vient d’assassiner froidement et méthodiquement douze personnes dans le nord-ouest de l’Angleterre.

Il est clair que le pouvoir israélien n’avait rien à gagner, et surtout tout à perdre, dans cette agression imbécile. Et il a perdu. Tout comme il avait perdu lors du siège de Gaza ou lors de la dernière invasion du Liban. Tout comme ont déjà perdu les forces de l’Otan engluées en Afghanistan, en Irak...

Tout en réalité a basculé le 11 septembre 2001, quand les tours de Babel du cœur de l’Empire furent touchées.

Garde-à-vous spontané des esprits, à la première alerte

C’est incroyable comme tous les esprits peuvent vite se mettre en ordre de bataille à la première alerte. Comme si la guerre libérait les individus d’un mystérieux carcan trop brûlant et trop longtemps contenu.

Le vocabulaire lâché sur les médias, au fil des chroniques, est au diapason des clairons tapageurs. Les humanitaires de la flottille prise d’assaut sont « bien sûr » d’indécrottables « militants pro-palestiniens » (des médecins, un écrivain suédois, un prix Nobel de la paix, pour n’en citer que quelques-uns).

Leur opération n’était « bien sûr » qu’« une vaste fumisterie marketing ». Tous les assaillants du monde se trouve « bien sûr » toujours en situation de légitime défense.

Déjà, les cris de protestations indignées se noient sous les sourdes raisons d’Etat et d’alliances, pris dans l’étau de cette implacable « réalité » qu’on nous balance à la figure pour étouffer nos dernières objections.

Qu’y a-t-il derrière les cris d’orfraies policés des déclarations onusiennes ? Du vent, du vide, un éphémère maquillage grossier sur nos manifestations agressives les plus outrancières.

Rester en marge du sentier de la guerre

Nul ne peut prédire d’où éclatera le conflit. Ni quand la déflagration se produira. Ni même avec qui et comment. Mais le processus diabolique, nous le voyons bien, est désormais enclenché.

Cela ne se passera pas forcément là où on nous l’annonce (l’Iran). Pas forcément comme nous l’attendons. Nous l’avons dit, la guerre est le produit de notre démesure irraisonnée. Des points de surchauffe naîtront et éclateront, imprévisibles, à mesure que la Grande Crise disloquera notre machinerie prise de folie.

Oui, oui, la question te démange, lecteur, j’y viens : mais quel camp choisir ? Eh bien, vois-tu, la seule, l’unique toute petite chance d’éviter ce désastre, me paraît précisément de ne pas emprunter soi-même trop vite et pour qui que ce soit, ce désolant sentier de la guerre.

Ne crois pourtant pas que je me défile. J’essaie juste modestement de balayer devant ma porte. Et ce que j’y constate me remplit de consternation.

Le monde où j’habite, celui où je suis né, dans lequel je vis ; ce système occidental mondialisé piloté par les Etats-Unis d’Amérique, suivis comme son ombre par des ouailles fidèles comme l’Union européenne ; ce monde du « bien » dont Israël est la brutale tête de pont moyen-orientale ; oui, ce monde-là, le mien, et ses appétits inextinguibles de conquête portera une terrible responsabilité historique dans la tragédie qui menace de s’ensuivre.

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  • thierry reboud
    • Posté à 19h28 le 03/06/2010
    • Internaute 20923

    Yéti, j’aime souvent beaucoup ce que tu écris, jusques et y compris quand je ne suis pas d’accord avec toi (ce qui n’est tout de même pas si rare). Mais j’ai parfois la sensation que tu te laisses un peu trop volontiers emporter par une sorte d’appétit de catastrophe.

    Le monde sur le sentier de la guerre, comme tu y vas ! Le monde (en tout cas celui que tu définis dans ton dernier paragraphe) me paraît surtout déboussolé avec des Etats-Unis qui tentent de sauver ce qui peut encore l’être de leur empire et une Europe (je parle du continent, pas de l’institution) qui se cherche (peut-être en vain) un avenir. Bon, c’est un peu emmerdant pour les enfants de ceux qui en ont... de là à voir des guerres partout, je crois que tu y vas quand même un peu fort. Singulièrement pour ce qui concerne l’Europe, avec nos patriotismes en carton-pâte tout juste bon pour les manifestations sportives, en aurions-nous seulement l’énergie ? Je ne le souhaite pas, c’est une chose, mais surtout je ne le pense pas.

    Et puis, des guerres, il n’a jamais cessé d’en avoir : simplement nous les regardions de loin, comme des spectateurs parfois intéressés. Pas besoin de te rappeler la multitude de conflits de substitution qui se sont déroulés pendant la guerre froide, n’est-ce pas ?

  • sniper666
    sniper666
    roadrunneuse
    • Posté à 20h16 le 03/06/2010
    • Internaute 110274
      roadrunneuse

    Dis le Yéti, tu veux une corde pour te pendre tout de suite ou tu attends encore un peu ? ?

    Certes sur l’ensemble, je suis d’accord, les signes que nous ont appris l’histoire ne trompent pas.
    Maintenant, la lutte existe... les moutons que nous sommes doivent se réveiller, il est plus que temps.

  • Le Yéti
    Le Yéti répond à lancetre
    yetiblog.org
    • Posté à 20h52 le 03/06/2010
    • Internaute 6095
      yetiblog.org

    LA PARABOLE DE NOÉ

    Noé « fatigué de jouer les prophètes de malheur », sans que personne ne le prenne au sérieux, s’en fut par les chemins annoncer le déluge comme définitivement acquis aux passants médusés, en les avisant qu’ils étaient eux-mêmes déjà morts.

    L’auditoire demanda à cet étrange bonimenteur quand avait eu lieu ce drame si funeste.

    « Demain (répondit Noé). Si je suis devant vous, c’est pour inverser le temps, pour que le déluge devienne faux. »

    [Parabole rapportée par le philosophe Lien]

  • A déménagé le 2 mai 2011
    A déménagé le 2 mai 2011
    Délinquante au coin de la rue
    • Posté à 20h53 le 03/06/2010
    • Internaute 26137
      Délinquante au coin de la rue

    J’avais assisté à une conférence de Gustave Massiah il y deux ans je crois.
    En lisant ton article le Yéti, il y a comme une idée commune, un parallèle entre son discours et le tien.

    En voici un extrait :

    « 危机 L’idéogramme chinois qui représente la crise, fort ancien et vénérable, associe deux signes, contradictoires comme il se doit pour toute bonne dialectique, celui des dangers et celui des opportunités.

    Le premier danger concerne la pauvreté. La sortie de crise recherchée consiste à faire payer la crise aux pauvres, et d’abord aux discriminés et aux colonisés. Il s’agit aussi de raboter les couches moyennes. Et même, si ça ne suffit pas, de faire payer certaines catégories de riches ; ce qui laisse préfigurer de fortes contradictions.

    Pour faire passer de telles politiques, il faudra beaucoup de répression, de criminalisation des mouvements sociaux, de pénalisation de la solidarité, d’instrumentalisation du terrorisme, d’idéologie sécuritaire, d’agitation raciste, islamophobe et nationaliste, d’exploitation des boucs émissaires, des migrants et des rroms. Cette évolution ira dans certaines régions vers des régimes autoritaires et répressifs et même vers des fascismes et des populismes fascisants.

    Une autre sortie de crise cible des pays qui seront marginalisés et ruinés. Les risques de guerre sont aussi une issue classique des grandes crises. N’oublions pas que le monde est déjà en guerre et que près de un milliard de personnes vivent dans des régions en guerre. Les conflits sont permanents et la déstabilisation systématique. Les formes de guerre ont changé avec la militarisation des sociétés, l’apartheid global, la guerre des forts contre les faibles, la banalisation de la torture.

    Pour lutter contre ces dangers il faudra renforcer les résistances et élargir les alliances et les coalitions pour les libertés, la démocratie et la paix. »

  • LJ
    LJ
    Vache a lait
    • Posté à 09h05 le 04/06/2010
    • Internaute 51374
      Vache a lait

    Ce qui est étrange, c’est de lire en parallele Lien.

    Au final, une bonne guerre, bien sanglante ou un bon conflit bien meurtrier et sans fin, ca fait pas que des morts. Les marchands d’armes et de services « défense » peuvent bien gesticuler et pleurer les victimes, leur chiffre d’affaire augmente et ...

    Notons quand meme, sans vouloir accuser personne, que les 5 nations ayant droit de veto au conseil de securite de l’ONU (France, UK, USA, Russie et Chine) sont assez bien placées dans le classement des pays qui exportent des armes (ca peut paraitre logique vu que c’etait les pays sortis « victorieux » de la 2eme guerre mondiale).

    En tout, sur les 100 premieres entreprises de « défense » du monde (Chine exclue, pas réussi a trouver les chiffres), 79% du chiffre d’affaire revient a des entreprises de France, UK, USA et Russie (qui représentent 63% des comptées) pour la jolie somme de 349 290 millions USD (annee 2008). ca fait pas mal quand meme.

    Notez que je ne parle pas de budget défense des pays. je parle de vente de produits/services « défense » par des entreprises de ces pays.

    Pourrait on (peu être) quand même se dire que merde, c’est quand même un joli petit marché qui rapporte a mort la guerre (façon de parler évidemment) et que, bon, bein faut pas trop se presser pour éviter les guerres ou essayer d’arreter des conflits existants... le droit de veto étant pratique, et Israel ne respectant generalement rien d’autre que ses propres decisions, pourquoi se bouder le plaisir ? ?

    Au mieux, un peu de gesticulation et d’outrage mesuré a la Kouchner pourrait faire l’affaire...

    Ou bien, c’est juste pas de bol et la doctrine Negroponte est suivie a la lettre sans arrières pensées mercantiles... Pendant que des gens meurent des 2 cotés...

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