La conversion à l'islam, l'expression d'une révolte ?
Ce qui frappe, en ces temps de campagne anti-burqa, ce n’est pas tant la revendication résolue de son port par les jeunes femmes qui l’arborent. Mais le fait que beaucoup d’entre elles soient des converties de fraîche date. Bien souvent des Occidentales tout ce qu’il y a de bon teint.
De Sandrine Mouleres, conductrice désormais célèbre depuis son arraisonnement en niqab par la maréchaussée, à cette blondinette de mon entourage, fille d’enseignants on ne peut plus laïques, mais qui l’ont peu ou prou perdue de vue depuis sa conversion pour les beaux yeux d’un chantre du Coran.
Une revendication ostentatoire
Il serait intéressant de s’interroger sur les motivations de ces groupes de jeunes filles qui déambulent dans nos rues sous le voile islamique avec une ostentation de plus en plus provocatrice. Quand, quelques années plus tôt, elles s’affichaient peut-être en jean stretch moulant et maquillage déluré.
Pourquoi ce repliement à connotation religieuse, cette « régression », disent certains ? Pourquoi cet engouement pour une religion aux principes moraux si stricts, si peu en phase, prétend-on, avec notre conception de l’égalité, fraternité, liberté ? Surtout (mais pas seulement) dans les quartiers ghettos des lisières urbaines ?
Simple phénomène de mode ? Pas si simple.
Remontons un peu le temps, années 60, quand le peuple noir des Etats-Unis d’Amérique parvenait enfin à s’extirper de la ségrégation raciale à laquelle il était soumis. Rappelez-vous alors l’activisme politique, dans d’autres ghettos, des Black Muslims de Malcom X.
Un phénomène récurrent qui touche tous les milieux
Autre chose très notable, cette conversion à l’islam ne concerne pas seulement les populations les plus déshéritées ou ghettoïsées, mais des personnalités qu’on aurait pu croire solidement ancrées dans un monde social protégé : le boxeur Cassius Clay devenant Mohamed Ali, le chanteur Cat Stevens, le chorégraphe Maurice Béjart, les footballeurs Nicolas Anelka et Frank Ribéry...
« Cette religion, l’islam, c’est moi qui l’ai choisie et c’est aussi elle qui me donne la force, sur le terrain et en dehors », dixit Bilal Yusuf Mohammed, alias Frank Ribéry.
Nulles statistiques ne décomptent, ni ne comparent, à notre connaissance, les conversions aux différentes religions. Mais il apparaît évident que l’islam exerce un attrait majeur en ce domaine. Bien plus que les autres principales religions monothéistes. Bien loin devant le bouddhisme et sa sagesse athée.
Abordons avec une extrême prudence les tentatives d’explications et gardons-nous plus encore d’un quelconque jugement de valeur et de conclusions hâtives sur ces comportements qui nous échappent. Le but de ce petit billet est juste d’établir un constat. Et d’essayer de comprendre.
Mouvement de refus (d’un monde qui vous exclut) ? Affirmation d’une révolte (contre un ordre détesté) ? Quête d’un cadre moral plus strict, donc plus structurant, plus rassurant (dans un monde en mal de repères) ?
Le désarroi des « juges »
Très en vogue aujourd’hui chez les tenants de l’ordre occidental, et plus particulièrement dans les hautes sphères du pouvoir, le rejet phobique et sans nuances de tout ce qui touche à la religion islamique, en se référant systématiquement aux outrances (indéniables) des seuls « fous de dieu », me paraît doublement révélateur :
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Condamner irrémédiablement ce qui est une expression de révolte et de refus est un non-sens absurde qui ne peut que creuser les fossés communautaristes et conforter les intéressés dans leur mouvement de révolte et de refus ;
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Tenter de diaboliser sans aucun effort de compréhension le nouveau cadre moral choisi par certains de nos ex-coreligionnaires, souligne surtout le propre désarroi des censeurs, en perte eux-mêmes de repères solides et de valeurs effectives, dans un monde pétrifié sur lui-même.
Aurait-on l’idée de juger la religion catholique sur les seuls excès des tenants hystériques de l’Inquisition ?
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yetiblog.org
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Reçu à la suite de ce billet sur mon propre blog, le témoignage suivant d’une certaine Sybille :
« Ces dernières années j’avais réussi à mettre mes propres réflexes anti-burqa de côté. Je comprenais cet attribut comme une provocation volontaire, une sorte de no-future destinée à faire peur, ou à faire réfléchir, une échappée nihiliste comme dans ma jeunesse, les punks.
Je me disais : non ! Tu ne tomberas pas dans ce panneau du choc des civilisations et de toutes ces conneries à 2 balles. Après tout, laissons faire celles qui peuvent choisir ici, la liberté de s’enfermer, l’essentiel étant préservé : Contrairement à leurs cousines qui sont condamnées à rester mineures toutes leurs vies, ici malgré la burqa, toutes ces femmes restent majeures de par le droit et ça, ça change tout !
Seulement voilà qu’un stagiaire vient d’arriver dans ma boite et que ce jeune homme prétend ne pas serrer les mains des femmes, les regarder à peine, au nom de sa religion (tu parles !) : Et là, j’ai pris un uppercut dans le ventre avec une furieuse envie qu’il soit viré sur le champ ! Ma compassion, ma tolérance à l’autre s’était brusquement brisée, parce que j’étais touchée directement. L’accepter, c’était comme accepter moi même de me considérer comme une souillure !
Plusieurs de mes collègues femmes ont eu à peu près la même réaction que moi et sont même aller en parler au DRH. J’ai trouvé sa réaction plutôt pénible à entendre ! Il nous a expliqué, que c’était la société qui était comme ça maintenant et qu’il n’allait pas risquer un procès.
Peut-être mon DRH a t’il raison après tout, et que tout celà n’est qu’un effet pervers supplémentaire de cette machine à broyer du sens et à exclure qu’est le système néolibéral ? Dans ce cas, j’ai bien peur que nous ne courrions effectivement à la guerre !
Il est grand temps d’arrêter l’emballement de cette machine infernale, de poser des limites, de retrouver du sens ! C’est si difficile ? »




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