Le Yéti, voyageur à domicile

Chroniques d'un voyageur à domicile qui ne voulait pas conquérir le monde, mais être conquis par lui.

Retraites : syndicats léthargiques et soutien populaire défaillant

Le Yéti
yetiblog.org
Publié le 09/09/2010 à 15h02

On peut gloser sur le manque de combativité syndicale dans la bataille contre la réforme des retraites, railler cette date en forme de reculoire du 23 septembre, pester contre l’embourgeoisement un brin empêtré de nos braves « centrales ». On aurait raison, mais en partie seulement.

Car, comme pour les partis politiques, que sont les centrales syndicales sans un véritable relais populaire des militants ? Ou, à défaut, de sympathisants suffisamment résolus et actifs ?

On le sentait bien dans les différents défilés du 7 septembre. Du monde, des slogans, des chants, des banderoles. Mais sans cette colère, cette flamme qui font bouger l’histoire et transforment une journée de protestation en autre chose qu’un simple baroud d’honneur déjà résigné.

Ce relais populaire fait aujourd’hui défaut. Le soutien massif, indiqué par les sondages, à la journée du 7 septembre et à la poursuite du mouvement apparaît comme de pure forme. Une délégation polie mais distante du « peuple » à ses représentants officiels. De là à passer réellement à l’action, un bail !

C’est ainsi qu’au soir de la « grande journée » du 7 septembre, un Jean-François Copé pouvait cruellement faire remarquer sur les ondes, que s’il y avait 2 millions de manifestants dans les rues, il restait 60 millions de Français bien au chaud chez eux ou au boulot.

Nos centrales syndicales ne sont plus des catalyseurs

Qu’est-ce qui, alors, fait bouger les foules ? Les fait agir ou au moins réagir ? L’histoire montre qu’il faut réunir une condition et (au moins un des) deux cas de figure possibles.

La condition : un ou plusieurs catalyseurs. Ce que ne sont plus, ni nos centrales syndicales, ni nos partis politiques, ni hélas encore nos intellectuels ou nos penseurs. N’est pas Mandela ou Solidarnosc qui veut.

Les deux cas de figure :

  • Durant les phases ascendantes, quand le peuple les juge trop lentes ou insatisfaisantes. Il en fut ainsi en 1968, en pleine Trente glorieuses ; cela commence à se ressentir dans les pays fortement émergents où la base juge avoir tout à gagner en réclamant une part de gâteau qui lui est encore refusée.
  • A la fin des phases descendantes, quand le fond a manifestement été touché et l’inacceptable dépassé, quand les populations n’ont véritablement plus rien à perdre d’avoir tout perdu.

Le peuple fait du gras

Or, aucun de ces deux cas de figure n’est aujourd’hui réuni. La « Grande Crise » a précipité l’empire occidental dans une phase descendante. Mais leurs populations sont loin d’avoir touché ce fond et cet insupportable qui les poussent à réagir en masse.

Dans le fil d’un autre article, un interlocuteur -revendiqué de droite- faisait remarquer, chiffres du PIB à l’appui, que, depuis les années 60, le niveau de vie des Français s’était considérablement amélioré. Au point qu’un chômeur d’aujourd’hui soit paradoxalement plus « riche » qu’un travailleur de base d’hier.

Nonobstant l’accroissement flagrant des inégalités durant la même période, il est, de fait, que, par le jeu des aides publiques et de l’endettement, le bas de l’échelle sociale a aussi bénéficié de cette profusion de biens et services, frôlant souvent le gaspillage, le superflu ou l’inutile. Au cours des Trente dernières « foireuses », même le menu peuple a fait du gras.

Plus dure sera la chute

Ainsi en va-t-il de toutes les déclins civilisationnels, jusqu’à ce que des catastrophes -climatiques, systémiques, guerrières ? - ne viennent remettre les communautés humaines acculées devant leurs responsabilités.

En attendant cette chute -qu’ils refusent d’admettre-, les peuples un brin bedonnants s’abandonnent à des dirigeants beaucoup plus à leur image qu’ils ne veulent le penser.

Et c’est dans une relative quiétude que ceux-là peuvent se laisser aller en égarements stupides (augmenter la durée du travail quand manifestement l’histoire va dans l’autre sens, faut le faire !) ou sombrer dans des comportements détestables -la traditionnelle politique des boucs émissaires, étrangers, forcément étrangers.

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  • Pictulo
    • Posté à 15h35 le 09/09/2010
    • Internaute 23785

    Bien vu, Yeti.
    Mais on pourrait retourner l’argument en se demandant « Pourquoi les grands syndicats ne parviennent-ils plus à mobiliser » ?
    (J’entends « mobiliser au-delà de leurs adhérents et sympathisants »).
    On peut accuser l’embourgeoisement de la société (toutes CSP confondues, comme vous le démontrez). On peut aussi déplorer l’absence totale du moindre début de commencement de charisme des syndicats.
    Je n’ai aucune antipathie à leur égard, je regrette même qu’ils aient perdu le poids nécessaire qui était le leur.
    Mais franchement, le Mandela ou le Walesa français, on l’attend encore.
    Et puis on peut aussi pointer le comportement de certaines centrales : rappelez-vous l’expulsion de sans papiers, l’année dernière, dans un local appartenant à la CGT. Gerbant.
    Pas étonnant que les français aient les pieds de plomb : les syndicats sont dirigés par des enclumes.

  • admirateur-
    • Posté à 15h35 le 09/09/2010
    • Internaute 32111

    Une remarque Yéti : que Wœrth, qui ne sait compter que les euros qui rentrent dans la caisse de l’UMP et ceux que son épouse dissimule en Suisse, ne compte que 2 millions de manifestants quand i l y en a plutôt 3 est un argument qu’on n’est pas obligé de reprendre d’autant qu’il est stupide.
    3 millions de manifestants sur 60 millions d’habitants : bébés et grabataires compris ?
    Si l’on considère (comme l’INSEE) qu’il ya en France 7 millions d’employés et 6 millions d’ouvriers, pour une rentrée 3 millions dans la rue c’est pas mal.
    Vu comme ça, ça change la donne et c’est moins négatif que cette tribune stérile

  • FDCraie
    FDCraie répond à admirateur-
    Debout
    • Posté à 15h43 le 09/09/2010
    • Internaute 121689
      Debout

    @ admirateur

    J’ai cru lire qu’il y’avait aussi des retraités, des chômeurs, des lycéens, des étudiants, des touristes, des photographes riches et des chiens....

    Bon on peut passer sur les chiens mais du coup dans votre inventaire ça fait plus que 13 millions...

    Faut pas tout prendre au pied de la lettre non plus et c’est à mon sens constructif de présenter les choses sous un autre angle, même si ce n’est pas le votre ...

    Sans pour autant que ça vous force à être d’accord !

  • Tatorsky
    Tatorsky
    mal au derch
    • Posté à 16h05 le 09/09/2010
    • Internaute 107402
      mal au derch

    Les premiers commentaires tombent et certains sont comme on peut s’attendre des critiques acerbes des politiques et des syndicats. Mais combien de ces internautes à la phrase assassine ont été ou sont membres d’une structure militante ? C’est lorsque l’on passe de l’autre coté du miroir que l’on prend conscience du pourquoi du comment.
    Tous ceux qui critiquent ouvertement parti politique et syndicat devraient se rappeler qu’ils peuvent participer au devenir de ces structures en y adhérent et en y militant.
    En fait, comme tout au long de son histoire, l’humain préfère rejeter sa responsabilité sur autrui : « c’est pas ma faute, les partis/syndicats sont tous pourris ».
    Ah il est certain que rester planquer derrière son écran est bien moins bouffe temps que de militer. Mais c’est aussi le plus rapide chemin pour rejoindre la masse des moutons.
    Remercions tous ceux qui avant nous ont eu les couilles et ovaires de perdre du temps pour assurer notre confort égoïste. Nos enfants ne pourront pas en faire autant...

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