Le Yéti, voyageur à domicile

Chroniques d'un voyageur à domicile qui ne voulait pas conquérir le monde, mais être conquis par lui.

Débrouille et inégalités, la rentrée scolaire est aussi pire que prévue

Le Yéti
yetiblog.org
Publié le 13/09/2010 à 18h06


Un crayon à mine (Audrey Cerdan/Rue89).

Soucieux sans doute de ne pas être à la traîne, c’est à la veille de la rentrée scolaire du 2 septembre que les médias publièrent enquêtes et chroniques, annonçant les périls qui pesaient sur celle-ci. Qu’en est-il réellement, plus de dix jours après la date fatidique ?

D’abord, on aurait dû être alerté par cette protestation du syndicat SIEN-UNSA des inspecteurs de l’Education nationale (IEN) dans l’enseignement primaire.

Ceux-là pestaient contre le rôle de chevaliers blancs que le ministère tenait à leur faire jouer à la rentrée : tout devait paraître nickel... alors qu’eux, justement, pointaient « le mécontentement et l’incertitude » qui pesaient sur les écoles.

Voir le document

(PDF file)

Puis, plus accablant encore, il y eut ce rapport alarmant de l’Inspection générale, révélé sur le tard, et dénonçant les choix budgétaires qui « préparent assez peu l’avenir » :

  • le problème des jeunes enseignants stagiaires sans formation pédagogique préalable,
  • les disparités dans la prise en charge des jeunes profs,
  • les incohérences dans la gestion des personnels...

Avec à la clef, des menaces très graves de tensions à attendre au cours de l’année scolaire 2010/2011. (Télécharger le rapport de l’Inspection générale)

Quand on sait avec quel habituel zèle empressé les corps d’inspection élaborent les programmes -l’Inspection générale- ou se chargent de faire appliquer sur le terrain les instructions venues d’en haut, on peut raisonnablement déduire de leurs « révoltes » que le feu couvait vraiment à la maison. De fait, la réalité du terrain confirme grandement leurs craintes.

La réforme de la seconde dans la tourmente

Le cas le plus spectaculaire de ces départs d’incendie concerne la réforme des classes de seconde. De mauvaises langues murmurent qu’elle fut précipitée et bâclée pour permettre au plus vite un maximum de suppressions de postes et de classes :

  • étude de l’histoire géographie supprimée en terminales,
  • sciences économiques et sociales réduites à la portion congrue d’une simple option même plus prise en compte dans les évaluations...

Ces urgentissimes « réformes » ne furent publiées au Journal officiel que fin avril, et ne laissèrent plus aux éditeurs scolaires que quelques semaines pour bricoler à la hâte les manuels adéquats. Lesquels parvinrent ric-rac dans les lycées, à la veille de la rentrée.

Certains établissements choisirent à la va-vite dans le paquet des spécimens qui engorgeaient les casiers des profs. D’autres se donnèrent un peu de temps pour éviter la sélection précipitée d’un éventuel nanar qui les liait pour quelque cinq années. Et beaucoup à ce jour ne se sont toujours pas décidés.

Certains enfin préférèrent reporter leur choix d’un an, « aidés » par les fédérations de parents d’élèves qui rechignaient au surcroît de dépenses que cette réforme aurait induit. Mais privant ainsi les élèves d’un outil adapté aux sacro-saints nouveaux programmes.

Les finances publiques aux abonnés évaporés

Pire, deux régions au moins, ayant choisi le principe d’une gestion des achats de manuels en lycée par le financement public, n’ont toujours pas débloqué à ce jour les fonds pour le renouvellement des ouvrages de seconde : les régions Bourgogne et Ile-de-France.

Après moult tergiversations, Jean-Paul Huchon, président de la région Ile-de-France (25% des effectifs nationaux à elle toute seule) a annoncé que les lycéens de sa région ne sauraient être pénalisés, mais que euh, euh, la somme de 20 millions que cet investissement nécessitait, n’avait pas été budgétée.

La réunion fut fixée au 30 septembre pour voir comment on pouvait récupérer ces maudits fifrelins... soit plus d’un mois après la mise en applications des pressants nouveaux programmes ! Une récente information émanant de la région rajoutait à la confusion en indiquant qu’une partie seulement de ces 20 millions pourrait être débloquée courant octobre. Et qu’on étudierait le versement du solde nécessaire... début janvier 2011 !

En attendant, débrouille dans les lycées et grosses inégalités selon les régions ! La réforme des lycées s’annonce d’ores et déjà compromise sur une bonne part du territoire -elle doit en principe se poursuivre l’an prochain dans les classes de premières ! De leur côté, les corps d’inspection peuvent continuer à s’arracher ce qui leur reste de cheveux.

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  • nelmezzodelcamin
    nelmezzodelcamin
    di nostra vita
    • Posté à 21h09 le 13/09/2010
    • Internaute 3956
      di nostra vita

    Bonjour Yéti

    deux précisions :
    - la suppression de l’Histoire-géo obligatoire en Terminale n’a pas d’effet pour l’instant en termes de postes étant donné que la réforme ne s’applique cette année que pour la seconde.
    - d’autre part je ne suis pas certaines qu’il y ait eu diminution des heures d’éco (SES).... tous les élèves ne prenaient pas cette option (environ les deux tiers je crois) tandis que là la matière, certes en exploration, est quasi obligatoire (sauf options lourdes type « arts du cirque », sections internationales...)

    Par contre d’après un « sondage officieux » auprès des collègues il y a déjà beaucoup de problèmes de remplacements, et le fonctionnement quotidien des établissements est assez difficile :
    - emplois du temps très dégradés pour les enseignants qui ont un temps de présence de l’ordre du double de leurs heures de cours (sachant que sur place il y a peu de possibilités de faire un travail efficace de préparation et de correction par manque de locaux et de matériel, en particulier informatique, donc encore beaucoup d’heures à faire à la maison)
    - idem pour les élèves qui ont des semaines très chargées avec beaucoup de « trous »
    - et pas mal de problèmes d’impossibilité de suivre les options choisies correctement (heures qui se chevauchent).

    Je trouve que les tensions sont déjà au plus haut, si on rajoute les pressions pour que les « anciens » acceptent de tutorer les stagiaires, prennent de plus en plus d’heures sup’....

  • beuvrette
    • Posté à 22h33 le 13/09/2010
    • Internaute 25983

    Pour ma part, ma rentrée s’est faite glorieusement : je fais partie des « élus » qui ont réussi un des difficiles concours d’enseignant.
    Après une journée de bla-bla, une journée avec nos inspecteurs, hop, au travail ! Certes, nous allons être formés. Un jour.
    Peut-être.
    Je ne sais pas selon quelle modalité va se dérouler la procédure de titularisation. Peut-être ne le serons-nous pas, jugés inaptes à exercer un métier qui ne nous aura pas été appris.
    J’emploie le pluriel de majesté car 1) ça me fait plaisir 2) je ne suis pas seule stagiaire à faire de son mieux sans avoir toutes les cartes en mains.

  • Mégacéros
    Mégacéros
    prof des écoles
    • Posté à 22h52 le 13/09/2010
    • Internaute 124141
      prof des écoles

    Il y a une injustice majeure qui perdure et s’accentue : le financement par les municipalités des écoles primaires (élémentaires et maternelles).
    D’une commune à l’autre, selon que le budget disponible et alloué aux écoles permet d’offrir aux élèves, au choix :
    - d’équipements sportifs (ou non)
    - de crédits en équipement informatique (ou non)
    - de subventions aux coopératives scolaires (grasses ou maigres)
    - de subventions pour les fournitures scolaires (grasses ou maigres)
    - d’intervenants extérieurs en musique, sport ou arts (ou non)
    - d’un service de restauration scolaire satisfaisant (ou non)
    - d’un service d’accompagnement périscolaire satisfaisant (ou non).
    - de locaux et de mobiliers de bonne qualité (ou non)
    Ainsi, j’ai commencé ma carrière dans un bled paumé qui offrait 50 francs en tout et pour tout par enfant.
    Aujourd’hui, il nous faut encore organiser soirées dansantes et tombolas pour se faire un peu de sous (pour les élèves !). Et là encore, injustice : quand l’école draine une population peu fortunée, on récolte peu...
    On est très loin d’offrir des conditions de travail égales, encore moins équitables, à des enfants de quartiers aisés ou défavorisés.

    Les collèges et les lycées, gérés par les conseils généraux et régionaux, souffrent bien moins que les écoles de ces flagrantes et graves disparités.

  • lepierot
    lepierot
    Marié 2 enfants, obligé de (...)
    • Posté à 10h23 le 14/09/2010
    • Internaute 31837
      Marié 2 enfants, obligé de (...)

    Bonjour,

    Qu’est devenu l’éducation nationale en France c’est la question qu’avec mon épouse nous nous posons depuis le 2 Septembre , jour de la rentrée.

    Notre Fils Leonard, est entré en CP, sa future maitresse etant en congé parental les enfants ont été accueillis en retard par un remplacant. Ce fut un choc pour les enfants, certains se sont même mis à pleurer de voir un homme à la place d’une femme. Depuis des semaines nous vantions les qualités de sa future maitresse afin de detendre au maximum les enfants.
    Notre fils Leonard, à une soif énorme d’apprendre à lire et à écrire. Il ne cesse de dire a son petit frêre que lorsqu’il saura lire c’est lui et plus son père qui lui raconterait les histoires. Nous lisons beaucoup, nous possedons une bibliothèque assez riche et nos enfants baignent dans les livres depuis leurs naissances.

    Le 2ieme jour, donc le 3 Septembre, le maitre remplacant nous apprends que sa mission était terminée et qu’une remplacante serait la dés Lundi.
    Notre fils Leonard est allergique à l’Arachide, comme chaque année nous avons donné un protocole à l’enseignant présent le jour de la rentrée.

    La remplacante arrive le 6 septembre se presente aux enfants et ne fait pas grand chose le temps de s’organiser. Jusque là je comprends et j’espère que tout va rentrer dans l’ordre.

    Le mardi il y a la greve nationale, a laquelle j’adere tout à fait. le mercredi il n’y a pas cours, et le jeudi les cours reprennent avec la remplacante. Celle-ci etant musulmane pratiquante, est absente le vendredi ainsi que 15 autres enfants de la classe eux aussi pratiquants. Mon fils et ces 4 camarades sont dispatchés dans les autres classes. Nous les parents évidemment là on commence à devenir vert ! ! !

    Le lundi, l’enseignante arrive et mon épouse va la voir pour lui parler du protocole d’Allergie à l’Arachide de notre enfant, entre temps nous apprenons que c’est une excellente enseignante et donc on est heureux, elle n’a pas eu connaissance du protocole et nous dis que sa mission est terminée, que le 14 septembre une nouvelle remplacante va arriver.

    Sur ceux, mon epouse va voir le directeur qui confirme qu’une nouvelle enseigante va arriver jusqu’a la mie novembre et qu’ensuite il ne sait pas ce qui va se passer.

    Mon epouse en profite pour lui demander des nouvelles du protocole d’Allergie de notre fils, il n’en a jamais eu connaissance mais nous promet de le chercher. Mon epous est verte de rage, le directeur en prend note et nous rappelle une heure plus tard vers 19H00 pour nous informer qu’il avait retrouver le protocole.

    Voilà, à ce jour nous sommes inquiet pour l’education scolaire de notre fils, que pouvons nous faire ? contre qui pouvons nous nous retourner ? Qu’est devenu l’education nationale en France ?
    Depuis 12 jours que la rentrée a commencée, notre fils et tout les camarades de sa classe n’ont toujours rien fait. Le cahier de travail contient un simple dessin.

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