Le Yéti, voyageur à domicile

Chroniques d'un voyageur à domicile qui ne voulait pas conquérir le monde, mais être conquis par lui.

Au resto à 2 € du foyer immigré, même la police vient manger

Le Yéti
yetiblog.org
Publié le 18/12/2010 à 11h48

Toujours touché par les initiatives de solidarité qu’il découvre, notre blogueur le Yéti a un conte de Noël à vous raconter.


La crèche africaine

Formaté sans doute par des a priori clichés, je m’apprêtais à mener une enquête sur les économies parallèles (drogues and co) qui se développent, dit-on, dans les cercles ghettoïsés des fameux « quartiers ». C’est pourtant une tout autre histoire que m’a raconté D., mon contact en ces lieux.

« Tout a commencé après l’ouverture du foyer des travailleurs migrants. Les obligations réglementaires imposaient la mise à disposition d’une cuisine réservée à l’usage individuel de chaque résident.

Mais les occupants, tous issus de la communauté noire africaine, adaptèrent aussitôt la cuisine pour un usage collectif plus conforme à leurs traditions culturelles. La taille de la pièce permettait largement sa transformation en un lieu de vie. Un volontaire, dûment rémunéré par ses pairs, fit office de cuisinier pour tous. »

Jusque là, rien que de très banal. Mais l’histoire prit bientôt une tout autre dimension...

« Très vite le bouche à oreille se propagea dans le quartier. louant la qualité de la cuisine du foyer de travailleurs migrants. Les gens isolés, les précaires, les étudiants commencèrent à affluer. Moyennant deux euros, chacun pouvait s’y faire servir un solide repas africain.

Les organisateurs furent rapidement débordés, mais virent l’avantage de choyer cette “clientèle” inattendue. Ils se réorganisèrent. Mirent sur pied une équipe chargée de l’approvisionnement, nommèrent un second cuisinier. Les mamas africaines des alentours, désœuvrées, vinrent prêter main-forte aux fourneaux. »

Bientôt des bénéfices et un fonds d’aide communautaire

Un roulement des équipes de cuisiniers et cuisinières fut également planifié pour offrir un service ininterrompu de 8 heures du matin à minuit (une bonne partie des clients travaillant en trois huit !) Et l’on vit apparaître un mystérieux et énigmatique personnage, connu de tous mais nommé par personne, chargé des questions financières : le « comptable ».

« Ils firent rapidement des bénéfices ! Le “comptable” et le comité des sages se réunirent . Ils prirent la décision collective de créer un fonds d’aide sociale communautaire : aider les vieux sans revenus, aider ceux qui se retrouvaient dans le besoin, les malades sans sécurité sociale...

Et l’aide ne se limite pas à ceux de la communauté installée dans ce quartier de France. Chaque été, le “comptable” se rend dans les villages du pays et remet ses enveloppes remplies de billets aux bénéficiaires désignés. »

Les policiers ferment les yeux... et remplissent leur assiette

Faut-il préciser que rien de cette économie parallèle n’est déclaré aux instances officielles idoines ? Mais alors, me direz-vous, que fait la police ?

« Ces gens-là n’ont jamais posé problèmes. Ils font la police eux-mêmes et sont très vigilants sur ce qui se passe dans et autour de leur foyer. La drogue n’a, dit-on, jamais pu pénétrer ici. Les sages savent bien qu’il en va de la survie de leur organisation et de leur intégrité socio-culturelle.

La police aussi le sait. Et les politiques. Et ceux de la préfecture. Tous dans la ville connaissent l’existence de ce restaurant “clandestin”. Mais tous savent également les services qu’il rend, les manques qu’il comble. Briser cet ordre social marginal aurait pour prix un désordre public encore plus incontrôlable.

Alors ils maintiennent le statu quo. Et à l’occasion, viennent manger eux aussi au restaurant du centre des travailleurs migrants. Si, si, je vous assure ! A deux euros le menu, forcément... »

Parmi les rois mages, il y en avait un qui était noir

Hého, lecteur, il n’est pas joli, mon petit conte de Noël ? Rappelle-toi que parmi les Rois mages aux miraculeux présents, il y en avait un qui était noir !

Cette histoire véridique dure maintenant depuis plusieurs années. Elle se passe dans une grande ville française. Que veux-tu, la nature a horreur du vide. Et les humains, quand on les met sur la touche, finissent toujours par se ficeler une petite vie à eux... sur la touche !

Oh bien sûr, certains avanceront à juste titre que tout n’est pas aussi édifiant dans les quartiers dits sinistrés, que les trafics de drogues, les magouilles délictueuses, patati patata.... C’est vrai. Mais comme on dit, il faut croûter. Nos travailleurs migrants à nous ont emprunté le plus court chemin pour y parvenir : celui des cuisines.

Tiens, à propos de manger, voici venue l’époque de consolider nos taux de cholestérol et de faire un peu de gras pour supporter les aléas des hivers qui nous attendent. Allez zou, bonne fin d’année à tous. Je vous embrasse.

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  • amonhumbleavis
    amonhumbleavis
    Rue89 fait monter le FN
    • Posté à 12h05 le 18/12/2010
    • Internaute 93168
      Rue89 fait monter le FN

    Foyer des travailleurs migrants, rue des fillettes, La Plaine Saint Denis.

    Le meilleur mafé que j’ai mangé, à 10 Frcs l’assiette. Ca a duré jusqu’à la fermeture du foyer.

    Vous oubliez de parler des coiffeurs pour hommes dans les escaliers et couloirs.

  • freevanunu-
    freevanunu-
    chômeur
    • Posté à 12h06 le 18/12/2010
    • Internaute 122862
      chômeur

    Dans mon quartier, il y a une vielle dame qui fait de la soupe en grande quantité et la distribue autour de chez elle aux nécessiteux.
    Elle collecte des légumes chez les commerçants du coin et se débrouille comme ça.
    Cette dame à connu la guerre et la famine.
    Elle sait ce que c’est d’avoir faim et peur.
    SI chacun d’entre nous se mettait un peu dans le crâne que les humains sont tous pareils.
    Mais on préfère nous séparer, riches , pauvres , noirs blancs, musulmans/non musulmans,légaux /illégaux etc.....
    J’emmerde profondément tout ceux qui ont pour objectif de séparer un peu plus les humains, afin de les monter les uns contre les autres.
    Ce n’est pas de la niaiserie que de dire ça.
    Cette dame déteste les racistes , cela lui rappel la guerre, qu’elle me dit.
    Et même les crapules du quartier lui file un coup de main,elle a du caractère la mami.
    Ce sont ce genre de personnages qui font que la vie est moins pourrie à vivre.

  • anandamide
    • Posté à 15h48 le 18/12/2010
    • Internaute 90142

    Ca me rappelle un restau communautaire qui appartenait (pas au passé d’ailleurs, apparemment il existe toujours) à un village africain, aux fins fonds du 18ème : Le Port de Pidjiguiti. Des vieux Africains à la table d’à côté qui parlaient de la guerre d’Irak (la première) avec une sagesse qui n’était pas que de légende.... Et déjà l’expédition pour y aller une nuit d’hiver, dans un coin perdu d’où tirer des photos à la Brassaï. Pas 2 euros, mais pas beaucoup plus cher à l’époque.
    Aujourd’hui ce restau est apparemment dans le Gault et Millau ! les prix ont peut-être monté. J’espère que le village en tire quelques avantages.
    On oublie souvent que l’intégration de beaucoup d’immigrés est passée/passe toujours par les restaus.

  • antonindusudo
    antonindusudo
    commerçant
    • Posté à 10h13 le 19/12/2010
    • Internaute 134910
      commerçant

    il va sans dire que cet article montre la conséquence inéluctable des humains à s’adapter dans un système qui n’est plus fait pour eux. Si manger et dormir ne sont même plus accessibles pour la plupart d’entre nous, alors se créera une économie souterraine induite. Pour l’instant... Jusqu’au moment ou les hommes ulcérés par les inégalités voudront prendre leur part de vie qu’on leur vole tous les jours.

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