Le Yéti, voyageur à domicile

Chroniques d'un voyageur à domicile qui ne voulait pas conquérir le monde, mais être conquis par lui.

Quelques réflexions sur une pub très controversée

Le Yéti
yetiblog.org
Publié le 24/01/2011 à 04h50

Vendredi 21 janvier, je dois dire que mon sang n’a fait qu’un tour lorsque j’ai ouvert la page d’accueil de Rue89. Tout le haut de mon écran bouffé par une pub Areva démesurée ! Le bandeau-titre de la Rue ployant sous l’outrage. Et aucun titre rédactionnel de une visible sur cet écran.

Passons rapidement sur la pub elle-même : d’une prétention puérile, dérisoire. Qui pouvait-elle convaincre, avec cette photo péteuse et ce slogan pompeux, sinon les déjà convaincus, les soumis génétiques ? Fallait-il s’étonner que les non-convaincus s’en hérissent ? Bref, l’éternelle morne turlurette des « communicants » imbus.

Il y eut très vite l’explication de la rédaction assaillie par les protestations des riverains : promis, juré, pas d’interférences entre publicité et rédactionnel. Voire : ce vendredi-là, le rédactionnel était bel et bien relégué par la pub en zone congrue, en deuxième partie d’écran, après défilement d’icelui.

Ceci dit, quoi faire ? Comment réagir ? Comment reprocher à Rue89 d’essayer de pérenniser son modèle économique ? Quel autre modèle possible, d’ailleurs ? Faut-il s’y résoudre ou s’en aller, drapé dans une dignité intègre mais stérile... et absente ?

Un grain de sable dans le paradis

Il faut que je vous raconte quelque chose. Pas loin de chez moi, il y a une région, un endroit que je préfère entre tous : le nord Cotentin, vous savez, le haut de la botte à l’envers, en Normandie, avec Cherbourg comme axe urbain.

Et plus particulièrement cette partie ouest, sauvage, d’une beauté à couper le souffle, avec son chemin des douaniers en surplomb des déferlantes, ses courants, ses chaos rocheux, cette époustouflante baie d’Ecalgrain qui surgit soudain à vos pieds, magique, avec ces fous de Bassan majestueux plongeant en escadrilles et ces affolants vols de sternes...

Sauf que, pour découvrir ce paradis sur terre, il faut contourner l’obsédante, l’entêtante usine de retraitement des déchets nucléaires de la Hague, propriété... d’Areva !

Alors quoi, partir ? Abandonner ce coin de paradis à ceux que vous combattez ? Dilemme délicat, n’est-ce pas ?

Vivre idéalement dans un monde qui ne l’est pas

Celui qui se pose à la rédaction de Rue89 est emblématique d’un problème bien plus général, qui concerne chacun d’entre nous, au plus essentiel de sa vie : comment vivre idéalement dans un monde qui ne l’est pas, qui n’a aucune chance de l’être ?

Aveu perso : j’ai soixante ans, je n’ai jamais connu de grand soir, juste une digression jubilatoire dans les années soixante-dix. Et pourtant, je ne donnerai ma vie écoulée pour rien !

Je viens de lire le tout dernier article de Paul Jorion. Il y explique pourquoi il accepte de se rendre à toutes les invitations qu’on lui fait, y compris dans les cercles qui peuvent lui paraître a priori hostiles.

Pour ma part, je suis loin de partager toutes les vues exprimées sur Rue89. Je sais aussi que beaucoup, y compris dans sa rédaction, n’approuvent pas vraiment les opinions que j’essaie d’y diffuser. Mais c’est eux qui m’ont invité à les rejoindre en toute connaissance de cause. Et j’y publie sans remords, ni même exiger une quelconque place de choix.

La conclusion de tout ceci est que tout est une question de difficile équilibre, de rapports de forces pour y parvenir. Qu’il faut se résoudre à l’imperfection de toute existence. Vivre avec, ce n’est pas forcément accepter. Et la vie rêvée entre parenthèses, à ruminer ses aigreurs sur son île déserte, c’est chiant !

Pour revenir au cas de la pub Areva sur ma petite Rue, bon, je confesse que j’ai repoussé d’une journée le billet que j’avais sous le coude. Faut pas charrier non plus [rires] !

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  • nono le simplet
    nono le simplet
    nihil scio nisi scio quod nihil (...)
    • Posté à 07h02 le 24/01/2011
    • Internaute 9767
      nihil scio nisi scio quod nihil (...)

    salut Yéti,
    tu as écrit :
    Ceci dit, quoi faire ? Comment réagir ? Comment reprocher à Rue89 d’essayer de pérenniser son modèle économique ? Quel autre modèle possible, d’ailleurs ? Faut-il s’y résoudre ou s’en aller, drapé dans une dignité intègre mais stérile… et absente ?

    on ne peut, à l’évidence, reprocher à la rue de pérenniser son modèle économique, mais doit-elle perdre son âme pour survivre ?

    depuis 2007, la rue avait un ton différent, un ton d’indépendance vis à vis des « pouvoirs » qui a attiré tout ce que le net pouvait compter de « gauchistes », « écolos »,« anarchistes », « libertaires » et autres « anarchistes » :)))

    n’oublions pas que la rue a été crée dés l’élection de Nicolas 1er, et en réaction même à cette élection par un quarteron de journalistes félons ( pour parodier Mongénéral ) ... et qu’en ces temps reculés l’antisarkosysme primaire n’était pas encore de bon ton ...

    Cette pub Areva arrive au moment où de nombreux riverains, résistants de la première heure se sentent trahis par la ligne éditoriale actuelle. C’est la cerise sur le gâteau en quelque sorte ...
    j’imagine mal une telle pub dans d’autres médias ancrés à gauche !
    Je n’irai pas, bien sûr, jusqu’à dire que la rue est devenue un médium de droite, mais plutôt qu’elle est rentrée dans le rang et que cette normalisation est ressentie pour beaucoup comme une trahison ...
    Le choix de la pub comme principale source de revenus est un choix peut être raisonnable sur le plan financier mais catastrophique sur le plan de l’image de la rue quand on y voit ce placard nauséabond d’Areva , enfin de l’image que de nombreux riverains s’en faisaient ...

    Je ne suis pas donneur de leçons, je suis simplement amer !
    Je ne suis pas encore prêt à demander ma désinscription mais, comme beaucoup de mes voisins, j’ai un choix difficile : me taire ou exprimer mon amertume ...
    ma personnalité m’engage plus à me taire qu’à râler, n’oubliant que la rue a fait partie de mon quotidien depuis 2007 ...

    Ce n’est pas ma dignité qui est en cause c’est celle de la rue qui me chagrine !

    bonne journée à toi !

  • Numerosix
    Numerosix
    Prisonnier dans le village (...)
    • Posté à 07h28 le 24/01/2011
    • Internaute 14499
      Prisonnier dans le village (...)
  • femmedesbois
    femmedesbois
    dans sa forêt
    • Posté à 09h01 le 24/01/2011
    • Internaute 93115
      dans sa forêt

    Moi non plus, je sais que le monde idéal n’existera pas mais tout de même je rejoins Edgar Morin ou Stéphane Hessel lorsqu’ils nous appellent à réagir face aux menaces que notre société du profit et de la croissance illimitée car c’est une société mortifère et Areva est vraiment le symbole de cette société.

    La pub d’Areva n’est pas une pub comme les autres, je peux voir les pubs de Citroën ou de Canal + comme un simple appel à consommer leurs produits mais les « produits » d’Areva, je ne peux pas décider si je les consomme ou non, lorsque j’allume la lumière ou l’ordinateur chez moi, j’utlise une énergie, l’électricité qui est produite, à de très rares exceptions près avec le nucléaire et je n’ai pas le choix, pub d’Areva ou non. pour moi, cette pub n’est pas une pub classique, c’est une pub pour un modèle de société...

  • soleil_noir
    soleil_noir
    homme
    • Posté à 09h37 le 24/01/2011
    • Internaute 142005
      homme

    Au delà de l’intrusion qu’a représentée la publicité d’Areva (et du caractère choquant, pour certains dont je fais partie, du message d’Areva), le choix du support m’interpelle.

    Comme pour n’importe quelle campagne de publicité, un « cible » est définie, selon plusieurs critères socio-démo. Dans ce cadre, l’agence d’achat d’espace a recommandé Rue89 dans ce plan média.

    Si de prime abord ce plan peut paraitre à côté de la plaque (quelle est la part de « pro-nucléaire » parmi les lecteurs de Rue89 ? Faible, j’imagine, mais je peux me tromper), il me parait plutôt judicieux en 2ème lecture, car il touche à son but : faire parler.

    Cette campagne a lancé indéniablement un débat, que la DirCom d’Areva appelle de ses voeux, rompus au méthodes de com’ qu’ils sont pour mieux faire « tourner en bourrique » leurs détracteurs.

    A nous d’être aussi exigeants dans nos discours pour mieux tordre le cou au nucléaire, solution du fou.

  • padiran
    padiran
    Chroniqueur Grolandais
    • Posté à 10h23 le 24/01/2011
    • Internaute 5159
      Chroniqueur Grolandais

    Bonjour Yeti
    Comme je ne m’en suis jamais caché sur Rue89, j’habite ce Cotentin que tu aimes tant et d’autre part j’ai travaillé pour AREVA La Hague pendant 35 ans. L’usine était mon quotidien, avec ses défenseurs et ses détracteurs, les manifestations des anti-nucléaires à la porte, la visite mouvementée de Daniel Cohn-Bendit, les « Mères en colère » enchainée aux grilles.
    Je ne me suis jamais caché d’être pro nucléaire par contre le combat des associations tel que Greenpeace, Sortir du nucléaire,l’Acro,.... est indispensable pour s’assurer que les exploitants et les autorités soient toujours conscients de l’importance de la sureté des installations et de la sécurité des personnels et des populations.
    A l’heure où la politique de la France en matière de nucléaire civil va être remis sur le tapis avec l’éviction de Lauvergeon (au mois de juin 2011) pour incompatiblité d’humeur avec Sarkozy et où le rapprochement d’EDF et d’AREVA va se faire pour que Proglio prenne les rênes de la filière, il faut être vigilant.
    Le nucléaire civil est indispensable pour l’économie française, mais cela ne doit pas se faire dans n’importe quelle condition.
    Qu’AREVA fasse de la communication est dans l’ordre des choses, par contre j’avoue que cette fois, je suis moi même surpris par l’ampleur du budget qu’ils y consacrent.

  • Qûr Tharkasdóttir
    Qûr Tharkasdóttir
    Cynique viscérale
    • Posté à 12h18 le 24/01/2011
    • Internaute 100260
      Cynique viscérale

    Très, très bien, ça. J’avais un peu pensé réagir, mais il se passe tant d’autres choses. Et puis peut-être, je n’ai peut-être pas réagi parce que, toute penaude... je me suis faite avoir, simplement ! De prime abord, j’ai cru que c’était un article spécial consacré à – quoi d’autre sur Rue89 ? – une nouvelle série cassant la baraque d’Areva. Mais après cette confession, j’ai un autre aveu à faire : je suis solidement pourvue d’une allergie viscérale (ça se dit, ça ?) à la pub, grâce à ma grand-mère qui m’a bien enfoncé dans la tête que si un produit a besoin de faire de la pub, c’est qu’il ne vaut rien. Donc, après le clic initial, j’ai passé max 5 secondes sur la page. CQFD, Areva.

    Puis je me suis dite qu’en principe, les lecteurs de Rue89 ne sont pas cons non plus. De plus, une trentaine d’années à la tête de ma petite entreprise m’ont convaincue que le fric consacré à la pub était du fric jeté par la fenêtre, ou plutôt dans les goulots abyssaux des bureaux et agences du secteur, dont l’essentiel du métier consiste à convaincre leur clientèle que ça leur sert à quelque chose quand en réalité ça ne leur sert à rien du tout.

    Donc, si Rue89 peut empocher le pognon qu’Areva a un besoin obsessif de jeter par la fenêtre, pourquoi pas ? Re-CQFD.

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