Quelques réflexions sur une pub très controversée
Vendredi 21 janvier, je dois dire que mon sang n’a fait qu’un tour lorsque j’ai ouvert la page d’accueil de Rue89. Tout le haut de mon écran bouffé par une pub Areva démesurée ! Le bandeau-titre de la Rue ployant sous l’outrage. Et aucun titre rédactionnel de une visible sur cet écran.
Passons rapidement sur la pub elle-même : d’une prétention puérile, dérisoire. Qui pouvait-elle convaincre, avec cette photo péteuse et ce slogan pompeux, sinon les déjà convaincus, les soumis génétiques ? Fallait-il s’étonner que les non-convaincus s’en hérissent ? Bref, l’éternelle morne turlurette des « communicants » imbus.
Il y eut très vite l’explication de la rédaction assaillie par les protestations des riverains : promis, juré, pas d’interférences entre publicité et rédactionnel. Voire : ce vendredi-là, le rédactionnel était bel et bien relégué par la pub en zone congrue, en deuxième partie d’écran, après défilement d’icelui.
Ceci dit, quoi faire ? Comment réagir ? Comment reprocher à Rue89 d’essayer de pérenniser son modèle économique ? Quel autre modèle possible, d’ailleurs ? Faut-il s’y résoudre ou s’en aller, drapé dans une dignité intègre mais stérile... et absente ?
Un grain de sable dans le paradis
Il faut que je vous raconte quelque chose. Pas loin de chez moi, il y a une région, un endroit que je préfère entre tous : le nord Cotentin, vous savez, le haut de la botte à l’envers, en Normandie, avec Cherbourg comme axe urbain.
Et plus particulièrement cette partie ouest, sauvage, d’une beauté à couper le souffle, avec son chemin des douaniers en surplomb des déferlantes, ses courants, ses chaos rocheux, cette époustouflante baie d’Ecalgrain qui surgit soudain à vos pieds, magique, avec ces fous de Bassan majestueux plongeant en escadrilles et ces affolants vols de sternes...
Sauf que, pour découvrir ce paradis sur terre, il faut contourner l’obsédante, l’entêtante usine de retraitement des déchets nucléaires de la Hague, propriété... d’Areva !
Alors quoi, partir ? Abandonner ce coin de paradis à ceux que vous combattez ? Dilemme délicat, n’est-ce pas ?
Vivre idéalement dans un monde qui ne l’est pas
Celui qui se pose à la rédaction de Rue89 est emblématique d’un problème bien plus général, qui concerne chacun d’entre nous, au plus essentiel de sa vie : comment vivre idéalement dans un monde qui ne l’est pas, qui n’a aucune chance de l’être ?
Aveu perso : j’ai soixante ans, je n’ai jamais connu de grand soir, juste une digression jubilatoire dans les années soixante-dix. Et pourtant, je ne donnerai ma vie écoulée pour rien !
Je viens de lire le tout dernier article de Paul Jorion. Il y explique pourquoi il accepte de se rendre à toutes les invitations qu’on lui fait, y compris dans les cercles qui peuvent lui paraître a priori hostiles.
Pour ma part, je suis loin de partager toutes les vues exprimées sur Rue89. Je sais aussi que beaucoup, y compris dans sa rédaction, n’approuvent pas vraiment les opinions que j’essaie d’y diffuser. Mais c’est eux qui m’ont invité à les rejoindre en toute connaissance de cause. Et j’y publie sans remords, ni même exiger une quelconque place de choix.
La conclusion de tout ceci est que tout est une question de difficile équilibre, de rapports de forces pour y parvenir. Qu’il faut se résoudre à l’imperfection de toute existence. Vivre avec, ce n’est pas forcément accepter. Et la vie rêvée entre parenthèses, à ruminer ses aigreurs sur son île déserte, c’est chiant !
Pour revenir au cas de la pub Areva sur ma petite Rue, bon, je confesse que j’ai repoussé d’une journée le billet que j’avais sous le coude. Faut pas charrier non plus [rires] !
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nihil scio nisi scio quod nihil (...)
nihil scio nisi scio quod nihil (...)
salut Yéti,
tu as écrit :
Ceci dit, quoi faire ? Comment réagir ? Comment reprocher à Rue89 d’essayer de pérenniser son modèle économique ? Quel autre modèle possible, d’ailleurs ? Faut-il s’y résoudre ou s’en aller, drapé dans une dignité intègre mais stérile… et absente ?
on ne peut, à l’évidence, reprocher à la rue de pérenniser son modèle économique, mais doit-elle perdre son âme pour survivre ?
depuis 2007, la rue avait un ton différent, un ton d’indépendance vis à vis des « pouvoirs » qui a attiré tout ce que le net pouvait compter de « gauchistes », « écolos »,« anarchistes », « libertaires » et autres « anarchistes » :)))
n’oublions pas que la rue a été crée dés l’élection de Nicolas 1er, et en réaction même à cette élection par un quarteron de journalistes félons ( pour parodier Mongénéral ) ... et qu’en ces temps reculés l’antisarkosysme primaire n’était pas encore de bon ton ...
Cette pub Areva arrive au moment où de nombreux riverains, résistants de la première heure se sentent trahis par la ligne éditoriale actuelle. C’est la cerise sur le gâteau en quelque sorte ...
j’imagine mal une telle pub dans d’autres médias ancrés à gauche !
Je n’irai pas, bien sûr, jusqu’à dire que la rue est devenue un médium de droite, mais plutôt qu’elle est rentrée dans le rang et que cette normalisation est ressentie pour beaucoup comme une trahison ...
Le choix de la pub comme principale source de revenus est un choix peut être raisonnable sur le plan financier mais catastrophique sur le plan de l’image de la rue quand on y voit ce placard nauséabond d’Areva , enfin de l’image que de nombreux riverains s’en faisaient ...
Je ne suis pas donneur de leçons, je suis simplement amer !
Je ne suis pas encore prêt à demander ma désinscription mais, comme beaucoup de mes voisins, j’ai un choix difficile : me taire ou exprimer mon amertume ...
ma personnalité m’engage plus à me taire qu’à râler, n’oubliant que la rue a fait partie de mon quotidien depuis 2007 ...
Ce n’est pas ma dignité qui est en cause c’est celle de la rue qui me chagrine !
bonne journée à toi !




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