Le Yéti, voyageur à domicile

Chroniques d'un voyageur à domicile qui ne voulait pas conquérir le monde, mais être conquis par lui.

Migrations : ouvrons nos portes aux « hordes affamées »

Le Yéti
yetiblog.org
Publié le 12/05/2011 à 11h31

« Vous pouvez commencer à étudier sérieusement l’emplacement, sur les ponts du Potomac, des nids de mitrailleuses et des tanks qui devront arrêter le déferlement des hordes affamées... »

Ces mots furent prononcés dans les années 60 par René Dumont devant les notables médusés de la Banque mondiale à New-York.

Aujourd’hui, 12 millions de clandestins aux Etats-Unis, des milliers de réfugiés à Lampedusa, des épaves surchargées de naufragés errant sur nos mers...

Causes profondes et réactions d’effroi

Trois causes à l’amplification de ces phénomènes migratoires :

  • les dérégulations climatiques ;
  • la dislocation systémique en cours ;
  • les conflits, les guerres et jusqu’aux révolutions (arabes) qui résultent des deux premières.

Face à ces « déferlements » sauvages, les peuplades civilisées... je veux dire, encore privilégiées, sont frappées d’effroi, se recroquevillent en mouvements régressifs, barricadent leurs portes, ferment leurs frontières (remise en cause de l’espace Schengen), tentent de maintenir les flots indésirables dans des centres de rétention, dressent des murs (Mexique/Etats-Unis), arment leurs « mitrailleuses » (rappelez-vous, Ceuta 2005), finissent par laisser mourir les naufragés en détournant les yeux...

Rien n’endiguera les flots migratoires

Il faudra des décennies et des décennies pour enrayer ou pallier les dérégulations climatiques qui continueront leurs ravages.

La dislocation systémique va se poursuivre au grand dam de nos G20 et sans qu’aucune force de remplacement ne soit présentement en mesure de prendre le relais.

Les conflits, les guerres vont donc se multiplier. Et les révolutions, oui, même les révolutions (arabes ou autres), passeront par de longues phases de transition troublées où des puissances finissantes jetteront leurs dernières forces contre des populations aux élites encore balbutiantes.

Mais tous les Le Pen, les Hortefeux, les Guéant, tous les atrabilaires racornis du monde peuvent revoir leur copie, rien, rien n’endiguera ces tsunamis humains.

Ouvrir les portes plutôt qu’elles ne soient enfoncées

Aucune frontière, aucune porte, aucune force régressive, même pas les mitrailleuses, ne résisteront à la terrible pression. On ne résiste pas plus à de tels séismes humains qu’à un tremblement de terre ou à une éruption volcanique. On s’y adapte, on compose, on en accepte la destinée, à la japonaise.

Le mieux serait de commencer tout de suite. D’ouvrir nos portes avant qu’elles ne soient défoncées, de faire une petite place à ces voyageurs infortunés. Comment, je ne sais pas, mais de toute façon, au-delà même de toutes saines préoccupations humanitaires, nous n’avons pas le choix !

D’autres y pensent aussi, bravant l’effroi général : « 12 millions de clandestins, une chance pour l’Amérique. Nous devons les régulariser » (10 mai 2011, Barack Obama, président d’origine africaine d’un pays de migrants contre lesquels aucune tribu indienne ne put rien).

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  • cabral amilcar
    cabral amilcar
    peureux célèbre
    • Posté à 12h10 le 12/05/2011
    • Internaute 29973
      peureux célèbre

    mon cher singe, là encore je vais critiquer d’un seul jet jorion et toi, vous commettez une erreur, qui pourrait se révéler assez grave, et vous mélangez deux concepts qu’on apprend a dissocier en 1ère année d’économie : le micro et le macro.

    vous annoncez chaque semaine aux simples gens des catastrophes qu’ils ne voient pas, catastrophe au demeurant bien réelle mais au niveau macro et qui les atteindra bien longtemps après qu’ils vous auront oubliés, donc stratégiquement il est contreproductif d’annoncer aux gens, d’asséner aux gens, avec cette régularité obsédante, notre fin

    autrement dit à quoi bon leur dire si cela ne doit pas entrainer chez eux une réaction saine et positive, à quoi ça sert de leur annoncer un tsunami humain qu’il faudrait prendre avec le stoïcisme japonais ? mon cher singe ! ! ! tu dérailles, les migrations de populations n’ont rien de nouveau et les anticiper de cette façon catastrophiste est paranoïaque ou tout au moins délirant, pourquoi ajouter la peur millénariste au fardeau de gens déjà écrasé par l’angoisse et les difficultés de la vie ?

    comment dire, quand on voit que les français sont déjà relativement massivement facho et racistes est-il raisonnable de leur annoncer 1 tsunami migratoire ? encore en d’autres termes faut-il leur dire ? faut-il leur dire maintenant ? pourriez-vous vous retenir ?

    sans oublier la faillibilité de ce genre de prédictions, ce qu’il en sera de cette vague migratoire suite à la libération des régimes au sud de la méditerranée, tu n’en sais rien du tout, si ça se passera bien ou mal, sur combien de temps et comment avancera la situation dans les pays d’origine, tu n’en sais rien

    jorion comme toi cher singe, pensez à qui vous vous adressez et adaptez votre message aux gens susceptibles de vous lire,

    et cette annonce de tsunami est complètement ridicule, calmons-nous, calmons-nous tous

  • raspo
    • Posté à 12h34 le 12/05/2011
    • Internaute 29511

    Attention M. Yéti, à ne pas grossir le trait !

    Je suis d’accord avec l’idée que les migrations internationales sont un phénomène ancien et croissant que les Etats ne feront pas disparaître avec leurs petits bras.
    D’accord aussi avec le fait que c’est la décision de quitter son pays qui prime dans une migration, que ce soit la guerre, la pauvreté, la persécution ou l’envie de voir du pays, et qu’une fois partis on n’empêchera pas les gens d’arriver (à moins de les enfermer dans des camps, leur tirer dessus ou les laisser se noyer, ce qu’on fait de plus en plus).

    Mais je ne suis pas sûr qu’on puisse parler de « hordes affamées ».
    - d’abord parce que ça renforce l’image d’un migrant miséreux venant chercher l’aumone : or, les personnes qui parviennent à venir jusqu’en Europe ne sont en général pas les plus pauvres, ni les moins qualifiés. Leur précarité résulte plutôt de la difficulté du voyage, parfois d’un départ précipité, et surtout du sort qu’on leur fait une fois arrivés.
    - ensuite parce que ça donne l’impression que tous les réfugiés de la terre se ruent vers les pays du « Nord ». Alors qu’il y a plus de réfugiés en Asie et en Afrique qu’en Europe, sans parler des « déplacés » qui ont fui leur foyer d’origine sans franchir de frontière (ils sont 26 millions en Afrique).
    Et puis, plus largement, rappelons qu’actuellement les migrants représentent à peine 3% de la population mondiale. Pas de quoi effrayer le 19e siècle !

  • Antoine.1936
    Antoine.1936 répond à Le Yéti
    Assistant d'éducation
    • Posté à 13h27 le 12/05/2011
    • Internaute 145322
      Assistant d'éducation

    et ça fait des siècles qu’on nous annonce des hordes d’immigrés venus manger notre pain et nous convertir.
    Il y a un siècle, c’était les italiens, les « arguments » étaient exactement les mêmes...

    Concernant la réalité des flux migratoires, je vous conseille la lecture de cet article :
    Lien

    Pour le reste, vous avez raison sur un point : parler de questions sociales ne suffit pas. Hélas, la répartition des richesses se fait de manière de plus en plus inégalitaire en France. Les profits gonflent sur le dos de ceux qui travaillent, qu’ils soient français ou immigrés. On se bat pour changer ça ou on préfère s’entretuer pendant que l’actionnaire se frotte les mains ?

  • PGC
    PGC
    Impair Impasse89
    • Posté à 14h03 le 12/05/2011
    • Internaute 147266
      Impair Impasse89

    « On s’y adapte, on compose, on en accepte la destinée, à la japonaise ».
    Cela s’appelle faire de la politique, et gérer la société des hommes par des compromis temporaires, nés de conflits contradictoires.
    Je regrette le « à la japonaise », car l’immigration n’est pas une invasion, ni une destruction. Le terme « tsunami » aussi -de la provocation pure yéti-. L’immigration n’est que le reflux pour partie de l’histoire de la colonisation d’une part, et de la mondialisation d’autre part.
    De tout temps, l’homme a voyagé pour fuir la misère ou la guerre, aujourd’hui on le lui refuse alors que l’on a accepté -imposés à certains- que la richesse et les biens puissent être à l’endroit de la terre le plus favorable à leur expansion, et bien souvent au mépris des hommes.
    Il est curieux de s’accomoder des délocalisations massives des productions de richesses et de refuser l’arrivée d’étrangers qui pour l’instant est loin d’être massive et contrôlée relativement , à tel point qu’elle apporte plus qu’elle ne coûte, flux qui existent depuis le début du 20ème siècle.
    Arrêter l’histoire du monde qui n’est que depuis le début faite de mouvements de populations est une utopie conservatrice et réactionnaire.

  • Le Yéti
    Le Yéti
    yetiblog.org
    • Posté à 08h39 le 13/05/2011
    • Internaute 6095
      yetiblog.org

    À CEUX QUI REPROCHENT LE « CATASTROPHISME » DE MON BILLET

    1/ Vous remarquerez que le problème des migrations est si réel que les États-Unis, comme bien d’autres pays, bâtissent Lien pour y faire face ; que Lien lui-même se sent obligé de monter au créneau ;

    2/ que les pays européens sont de plus en plus nombreux à demander la fermeture de l’espace Schengen (Berlusconi, Sarkozy, Danemark...) et que les partis régressifs d’extrême droite font leur lit de cette situation ;

    3/ pour ma part, je ne pense pas que nier ou minimiser un problème fasse avancer sa solution ; je préfère, comme René Dumont (le terme fort de « hordes affamées » est de lui) prendre le problème à bras le corps pour le traiter tel qu’il est, mais à ma façon ;

    4/ je ne crois pas une minute contribuer ainsi à gonfler les rangs des forces régressives (elles n’ont pas besoin de moi pour ça) ;

    5/ vous noterez au contraire que mon « catastrophisme » consiste à demander d’essayer d’accueillir le flot des émigrés, non de les renvoyer à leur misère avec des leçons de morale.

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