Le Yéti, voyageur à domicile

Chroniques d'un voyageur à domicile qui ne voulait pas conquérir le monde, mais être conquis par lui.

Viol, souffrance et « résilience » : vos trois témoignages

Le Yéti
yetiblog.org
Publié le 05/07/2011 à 10h20


Mon billet sur les séquelles d’un viol et les possibilités d’en surmonter les souffrances suscita une vague de réactions enfiévrées, polémiques, courroucées. Un peu perdus dans le flot des commentaires, trois témoignages de personnes directement impliquées dans le problème.

Après le vivre avec (ou parfois malgré) évoqué sur Rue89 par Laure_Ta, jeune femme violée qui ne voulait pas porter plainte, ces témoignages explorent les voies du vivre après. Les voici rassemblés, avec l’accord de leurs auteurs.

Enoch67 : « Moi aussi, je veux vivre »

« Un viol est un viol. Autrefois, on était violé et on se le gardait pour soi. J’ai été violé enfant, j’ai serré les dents, je n’ai rien dit, j’ai mal vécu. J’ai perdu des années de ma vie entre alcoolisme, tentatives de suicide, et le reste. Je ne me souviens même plus de tout ce que j’ai vécu – des bribes seulement.

Après un viol, la première réaction est la honte, et se taire. Avant, le silence était imposé. Aujourd’hui, on nous demande de parler, mais pas trop, pas à tout le monde. On est dans une situation assez floue où persiste l’envie de ne pas entendre et l’idée que parler est bien. Contradictions.

Surmonter sa souffrance, c’est aussi ce qu’on appelle “résilience”. Tout le monde n’en est pas doté également. Faut-il pour autant taper sur les doigts de ceux qui en manquent ?

Et puis, la souffrance qui suit le viol est pernicieuse : on n’en voit pas tout. Les conséquences dépassent parfois de loin l’acte sans même que la victime s’en rende compte. On choisit un mode de vie qui exclut l’expérience vécue par toute une suite de micro-choix au quotidien. Une tristesse et une appréhension continues s’installent et donnent une tonalité nouvelle à toute votre existence.

Même vos sourires et vos rires deviennent parfois mécaniques. Si vous ne prenez pas conscience de tout cela, vous risquez de vivre comme un automate – sans l’apparence de la souffrance. Cela aussi, je l’ai fait. On en arrive même, dans certains cas, à recréer la situation qui a mené à l’acte traumatisant, peut-être dans l’espoir que, cette fois-ci, un sauveur viendra enfin dissoudre ce nœud qui fait bouchon dans votre existence.

La vie, c’est également souffrir, mais certains souffrent davantage que d’autres : il y a une distance entre souffrir un chagrin d’amour et être rabaissé au rang d’objet sexuel. Il y a toute une littérature sur le viol et ce qu’il est convenu d’appeler “abus sexuel” (mauvais anglicisme). Ceux qui ne comprennent pas les souffrances liées à ce type de fait ne manqueront pas de s’informer.

Moi aussi je veux vivre, mais les yeux ouverts. J’en ai assez de vivre d’automatismes. »

Maud : se battre contre « les institutions du viol »

« Je ne m’exprime jamais sur les blogs, mais là, je ne peux pas laisser passer.

Pour avoir vécu ce genre de “traumatisme” et pour l’avoir totalement surmonté, j’ai eu affaire à des psys qui me discréditaient totalement (“Tu es dans le déni”) ou pire, des femmes qui, ne voyant que mon statut de victime (et avec un petit côté voyeur malsain), m’enfonçaient encore plus la tête sous l’eau (“Ma pauvre, ça doit être horrible, tu dois te sentir sale”).

J’ai décidé de mener une vie heureuse, une sexualité épanouie, sans être dans le déni (je sais parfaitement ce qu’il s’est passé), mais, PITIE, sans devenir un zombie incapable de se reconstruire. C’est ma réponse à moi, c’est un F..K à mon agresseur, c’est MA VIE.

Moi, ma fille, ce que je lui transmettrai sera : oui, ça peut t’arriver, fais attention dans certaines conditions, mais si ça t’arrive, ce ne sera pas la fin du monde, on agira pour que tu te sentes bien. Car je ne veux pas en faire une victime qui comme moi, n’a pas été capable de se défendre malgré la possibilité de le faire : j’avais déjà intégré que de toute façon je serais une victime. Et j’ai dû faire tout le chemin en sens inverse en me battant contre les “institutions du viol” pour reprendre la main sur ma vie. »

Mona : ne pas condamner la victime à n’être que victime

« Ma fille, toute petite, a vécu une agression sexuelle : devions-nous penser, à l’instant où nous avons su, qu’elle serait “détruite pour la vie”, ou qu’elle pourrait, malgré cela, avec cela, se construire, et devenir la femme épanouie qu’elle est aujourd’hui ? !

“Il y a la façon dont nous gérons nos souffrances.” D’accord avec toi, Yéti, c’est un art de vivre que de faire face aux maladies, aux deuils, aux douleurs... que nous pouvons (devons ?) transmettre aussi à nos enfants blessés.

Ce n’est sûrement pas le plus simple, le plus facile... Mais on l’a fait, à l’écoute de l’enfant, toujours, et non des oiseaux de mauvaise augure et/ou des curiosités malsaines.

Il ne s’agit en aucun cas de minimiser quelque acte de violence que ce soit, mais bien de permettre à la victime de cet acte, quel qu’il soit, de ne pas être condamnée à n’être que victime... Mais à rester une personne.

Boris Cyrulnik évoque la “résilience”, qui ne se confond absolument pas avec le déni. »

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  • flixp
    flixp
    Aboyeur
    • Posté à 10h55 le 05/07/2011
    • Internaute 34063
      Aboyeur

    Viol89 devient réellement lassant, ce n’est plus de l’information mais psychologie magazine.

  • Mon-Al
    Mon-Al répond à flixp
    roturière : -)
    • Posté à 11h01 le 05/07/2011
    • Internaute 24219
      roturière : -)

    C’est la chronique que Rue89 s’est engagée à traiter tout l’été ?

    Un peu comme Toute une Histoire : Si vous avez été violé, si vous avez subi une agression sexuelle, si vous avez été violé « par surprise », si vous avez été harcelé sexuellement, envoyez vos témoignage à Rue89 ... pour notre prochaine émission !

  • Miss Peggy
    Miss Peggy répond à Mon-Al
    babapouffe
    • Posté à 11h06 le 05/07/2011
    • Internaute 159615
      babapouffe

    Un viol ça va, trois viols, bonjour les dégâts !

  • unagi-
    unagi-
    卑語
    • Posté à 12h33 le 05/07/2011
    • Internaute 24252
      卑語

    Plus qu’une tribune sur un passage dans les camps de la mort pas digéré et la boucle est bouclée.
    Partir d’un troupeau de mal baisées baignant dans la « sourde complaisance » à ces témoignages me fait dire que la décence c’est aussi fermer sa gueule.
    C’est assez difficile de répondre correctement à ton mépris et ta morale de cul bénis ;

  • Yvon le Zébulon
    Yvon le Zébulon répond à DiaboloSatanas
    L'homme d'esprit n'est pas seul (...)
    • Posté à 14h00 le 05/07/2011
    • Internaute 65781
      L'homme d'esprit n'est pas seul (...)

    Je suis désolé de ne pas compâtir à la grande détresse et au traumatisme de Tristane Banon auquels je ne crois pas du tout.

    Et c’est mon droit !

  • Enoch67
    Enoch67
    Profession libérale
    • Posté à 17h50 le 05/07/2011
    • Internaute 161669
      Profession libérale

    Waouh ! ! ! ! ! ! La prochaine fois, je réfléchirai davantage avant d’accepter que mon témoignage ne soit publié sur ce site. Je ne veux pas déranger par mon victimisme sans gêne. Je croyais avoir été un tant soit peu optimiste, volontariste, mais si la victime est trop volontaire, elle semble faire honte aux autres et si elle souffre trop, elle fait du victimisme.

    Si le Yéti a publié des témoignages, c’est peut-être tout simplement pour présenter des points de vue autres que ceux de personnes qui parlent à la troisième personne. Il ne s’agit pas de faire une émission à sensation. S’il avait voulu, il aurait sans aucun doute pu trouver des témoignages plus « crus », plus « gore » plus tout ce que vous voudrez. Les trois témoignages retenus ne sont pas - du moins à ce que j’en vois - des témoignages « à sensation ». Si vous voulez, j’aurais pu m’étaler sur mon vécu, sur les atrocités que j’ai pu voir, entendre, vivre, subir. Je ne l’ai pas fait parce que cela ne sert à rien. Mais même édulcoré, ça ne passe pas.

    Je ne pense pas que les gens qui sont intervenus ici soient à condamner. Je hais tout ce qui est conflictuel et je ne crois pas qu’il faille nécessairement répondre à tout avec une liberté complète de langage. Des choses blessantes ont été dites non pas parce qu’on voulait blesser, mais parce que cela fait partie d’un mode d’expression accepté au sein de notre société. Ceci est un lieu public où quiconque se retient libre de s’exprimer de cette manière, et il n’y a pas de raison que cela change.

    Pour ma part toutefois, je ne comprends pas cette façon de communiquer, mais je pense que cela est une question de personnalité et, peut-être aussi, une certain appréhension dès que je perçois des signes d’agressivité (désolé, mon vécu, mais juste pour faire comprendre). Je crains aussi que les deux autres personnes ayant offert leur témoignage se sont elles aussi senties offensées, ou en tous les cas très mal à l’aise. Cette plateforme n’était peut-être donc pas la plus appropriée pour l’entreprise.

    Je ne m’exprimerai pas plus sur cet article, j’ai déjà pris trop de place. Je voulais au moins une réaction de l’un des auteurs, bien que je ne veuille pas parler « au nom des » autres. J’ai dit ce que j’avais à dire et je considère le chapitre clos. L’expérience n’est pas positive pour moi, mais je ne veux blâmer personne.

    Je remercie toutefois le Yéti de nous avoir donné l’occasion de nous faire entendre, parce que cela était important pour moi. J’ai vécu dans le silence trop longtemps. Pierre Desproges pensait qu’on pouvait rire de tout, mais pas avec tout le monde. De même, on peut parler de tout, mais pas à tout le monde. Quand on parle de viol et d’inceste, on nous dit que la parole libère, mais il faut rajouter que cela n’est vrai que si la parole ne quitte pas le cabinet du psy.

  • Phocée
    Phocée
    se lever, s'élever, grandir...
    • Posté à 00h15 le 06/07/2011
    • Internaute 160164
      se lever, s'élever, grandir...

    Pour reprendre ce qu’a écrit Enoch67 : « Pierre Desproges pensait qu’on pouvait rire de tout, mais pas avec tout le monde. De même, on peut parler de tout, mais pas à tout le monde. Quand on parle de viol et d’inceste, on nous dit que la parole libère, mais il faut rajouter que cela n’est vrai que si la parole ne quitte pas le cabinet du psy. »
    Tout ce qui constitue la vie a lieu de faire l’objet d’articles, si tant est que le sujet soit sérieux ; celui-ci l’est, sans conteste.
    La question que je me pose : pourquoi nous sentons-nous obligés de tout lire alors qu’un titre suffit à nous faire comprendre que là, c’est pas notre truc ou que ça ne nous intéresse/concerne pas... ? ? ?
    Sur un tel sujet, lire certains commentaires méprisants d’apparence, mais en fait gênés par un sujet qui les dépasse parce qu’ils n’y ont jamais été confrontés de près ou de loin, ou peut-être parfois justement de si près... ! ?
    Pourquoi se croire obligé d’avoir un avis sur tout, d’inscrire des commentaires à tout prix, au nom de la liberté d’expression, alors que le sujet nous indiffère ou nous débecte ? Dans le cas présent, une phrase de rejet ou de mépris, voire de moquerie, est assassine pour les victimes de viol.
    Une personne qui ose en parler en premier lieu en dehors d’un cabinet psy sera plus encline à aller tôt ou tard en cabinet psy, selon la première écoute qui lui aura été faite ; il est bien rare qu’elle aille spontanément consulter juste après les faits ! La honte, le rejet, le questionnement, etc.
    Si une victime fait résilience face à un viol, elle ira mieux, vivra mieux et son entourage avec (conjoint, enfants etc). N’avons-nous rien à gagner à ce que ça se passe comme ça ?
    Alors ces paroles injurieuses, blessantes, excluantes, n’est-il pas possible de les retenir par la prise de conscience de la portée négative qu’elles peuvent avoir ? Faut-il à tout prix se défouler ? Le bien-être de notre société toute entière en dépend, donc le mien, le nôtre, le vôtre.

  • The Fly
    The Fly
    De passage...
    • Posté à 04h38 le 06/07/2011
    • Internaute 160457
      De passage...

    Je comprends que cela agace certains que l’on parle beaucoup des viols en ce moment mais personellement je suis contente qu’on en parle.
    J’ai la chance de n’avoir jamais ete victime de viol, etant une femme, mais j’ai malheureusement decouvert au fur et a mesure des annees que la plupart de mes amies y ont ete confrontees (soit dans l’enfance, a l’adolescence ou plus tard adulte).
    Certaines se sont confiees dans les premieres annees ou je le connaissais, d’autres 10 ans voire 15 ans apres. Pour certaines on pouvait le deviner, d’autres pas du tout et je suis tombee des nues.
    J’ai surtout ete effrayee de voir le nombre de personnes au final que cela concernait et j’ai pu constater combien les traumatismes et la maniere de gerer cela peuvent etre completement differents d’une personne a une autre.
    Alors oui je comprends que certains aient envie de passer a autre chose, mais peut-etre qu’ils devraient ouvrir les yeux car je suis sure qu’il existe dans leur entourage des personnes qui ont ete victimes de viol et qu’ils n’en soupconnent meme pas l’existence...
    Quant aux temoignages, je ne me permettrais en rien de les juger car ce n’est pas 15 lignes qui refletent ce qu’on vraiment vecu ces personnes. Elles ont toutes ma sympathie et je salue leur courage de partager leur histoire.

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