Le Yéti, voyageur à domicile

Chroniques d'un voyageur à domicile qui ne voulait pas conquérir le monde, mais être conquis par lui.

Guerres des boutons : « Si j'aurais su, j'aurais venu à quelle époque ? »

Le Yéti
yetiblog.org
Publié le 09/09/2011 à 09h13


Les Guerres des boutons

En septembre sortiront quasi simultanément deux nouvelles adaptations cinématographiques de « La Guerre des boutons », inspirées d’un roman de Louis Pergaud de 1912 tout fraichement tombé dans le domaine public : la première réalisée par Yann Samuell (14 septembre) ; l’autre, dite « nouvelle », par Christophe Barratier (« Les Choristes »).

Du coup, je me suis revu la version qu’en donnait Yves Robert en 1962. Pas piquée des hannetons, celle-ci ! Sarcastique et même un peu terrifiante. (Voir la vidéo)

C’était donc ça, mon époque ?

Résumons : « La Guerre des boutons » raconte l’odyssée des écoliers (plutôt mâles) de Longeverne, en butte à une querelle chronique avec leurs congénères du village voisin de Velrans. Et plus encore, en conflit de générations parfois saignant, au propre comme au figuré, avec leurs propres parents.

Yves Robert eut la bonne idée de transposer l’action à son époque. C’est-à-dire en gros à la mienne, puisque les deux chefs de bande ennemis, Lebrac de Longeverne et l’Aztec de Velrans, avaient alors grosso modo mon âge.

C’était donc ça, mon époque ? Pas vraiment tendre en fait. « Si j’aurais su, j’aurais pas venu », comme le répète en boucle P’tit Gibus, autre héros du film d’Yves Robert.

Créateurs et copistes

Après avoir visionné les bandes-annonces des deux nouvelles moutures de l’histoire, une chose frappe : aucun des deux nouveaux adaptateurs n’a eu le culot de l’inscrire dans l’époque actuelle.

Tous les deux l’ont prudemment située dans les années soixante d’Yves Robert. Au risque de paraître singer celui-ci. (Voir la bande-annonce du film de Yann Samuell)

Plus encore, contrainte de production oblige, on voit bien que les deux réalisateurs ne pouvaient couper aux impératifs de leur temps : rajouter quelques filles pour faire moderne, faire parler leurs enseignants comme dans une série télé pour prime time, avec des « parents » (Alain Chabat, Mathilde Seigner dans l’un, Laetitia Casta, Kad Merad dans l’autre) n’ayant manifestement jamais tué le cochon dans une cour de ferme. (Voir la bande-annonce du film de Christophe Barratier)

Quand on sera grands, sera-t-on vraiment aussi bêtes qu’eux ?

« Dis donc, Yéti, ça ne te gêne pas de parler de deux films que tu n’as pas vus ? »

Ben non, pie tatillonne. Les films, les livres, la musique, c’est comme le sexe : avant d’y goûter, faut d’abord avoir eu envie. Et on ne peut pas dire que ces deux bandes-annonces trop propres sur elles soient franchement bandantes.

Dommage, il aurait été intéressant, à travers une même histoire, de comparer l’évolution des mœurs, des morales et de quelques us et coutumes générationnels au fil du temps. « Si j’aurais su, j’aurais venu à quelle époque ?

Mais là où Yves Robert prenait son époque (rude, sans concession) à bras le corps, Barratier et Samuell, par leur parti pris sans audace, n’expriment la leur que par défaut, à travers un prisme qu’on devine formaté, moraliste à deux balles, conforme aux diktats commerciaux du moment.

Bon, pour se consoler, on peut toujours répéter ce cri du cœur des deux chefs de bande, Lebrac et l’Aztec, tombant au final dans les bras l’un de l’autre après avoir été expédiés en pension par leurs parents respectifs :

“Et dire que quand on sera grands, on sera aussi bêtes qu’eux !” (Voir la vidéo)

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  • Joseph Gratteur
    Joseph Gratteur
    Working Class Blero
    • Posté à 09h51 le 09/09/2011
    • Internaute 164574
      Working Class Blero

    Ce que j’appréciais dans le bouquin ou le film original, c’est qu’ils nous montraient combien l’enfance peut être cruelle et féroce, et tout aussi fraternelle dans l’instant qui suit.
    A l’heure de notre société régressive ou tous les petitnenfants sont forcément cromignons, vous ne pouvez plus remonter les bretelles à un môme qui fait des conneries dans la rue sans que ses parents vous dénoncent au commissariat, ou au contraire, qu’il soit traité comme un délinquant dangereux par les flics rameutés par le voisin.
    Grandir c’est aussi avoir la liberté d’essayer de jouer à tout et faire ainsi pas mal de bétises (je ne dis pas conneries pour faire passéiste), violentes parfois mais faites dans l’innocence de l’enfance où le monde adulte vous rappelle à la réalité par un bon coup de pied au cul et la leçon de morale qui va avec .
    Aujourd’hui les longevernes et les velrans seraient bons pour le juge, le psy et serviraient aux médias pour nous montrer combien la jeunesse n’est plus ce qu’elle était -ou ce qu’on voudrait qu’elle soit-.

  • piecam
    piecam répond à Le Yéti
    capenoule
    • Posté à 11h31 le 09/09/2011
    • Internaute 60079
      capenoule

    Il était quand-même plus facile à Yves Robert de transposer le roman de Pergaud à son (notre) époque. La France rurale de 1912 et celle de 1960 n’avait pas beaucoup changée à part quelles évolutions techniques : on n’en était quand tout début du remembrement.
    De même l’instituteur de 1912 et celui de 1960 étaient semblables, pétris des idées de Jules Ferry, les hussards de la république ayant une certaine autorité au village.
    L’école avait toujours ses « tableaux d’honneur » et ses cours d’instruction civique.

    Le roman et le premier film sont une allégorie de l’absurdité de la guerre ; on ne connait pas l’origine du conflit et les enfants reproduisent les comportements de leurs parents lorsqu’ils avaient leur age ; il y a une escalade dans la violence où l’on passe de l’épée en bois au tracteur.

    Maintenant que ferait-on ? Une guerre dans les cités on l’on passe du coup de poing à l’AK47 ?

  • raspo
    • Posté à 14h35 le 09/09/2011
    • Internaute 29511

    « Tous les deux l’ont prudemment située dans les années soixante d’Yves Robert. »

    Il me semble que la « nouvelle guerre des boutons » est plutôt transférée pendant la seconde guerre mondiale, non ? Il est question de milice dans la bande-annonce...

    Ce qui n’est pas franchement plus audacieux : tiens, on fait un film sur la France rurale au vingtième siècle... Et si on parlait de Juifs, de Résistants et de Collabos ? D’accord, c’est pas original, mais ça pimenterait un peu, pour se démarquer de l’autre remake du remake ! Et puis vu que « Les Choristes » a bien marché...

    Cerise sur le gateau, on dirait que Laetitia Casta serait secourue par un homme qui l’aime !

    C’est nuuuuuuuuuuuuuul...

  • VickingJack
    VickingJack
    caressotherapeute bénévole
    • Posté à 16h03 le 09/09/2011
    • Internaute 96126
      caressotherapeute bénévole

    Ça m’a fait marrer l’idée de la guerre des boutons à l’heure actuel !

    T’imagine, un film en nuance sur les gamins d’aujourd’hui ? Alors que le débat est « Pourquoi les jeunes d’aujourd’hui sont plus violent, alcoolique, fainéant, délinquants, ... bref moins bien que ce d’avant ? »

    T’imagine garder la tendresse que l’on peut avoir pour les personnages de ce film aujourd’hui ?

    Des scènes sur l’accrochage de la cité X contre celle d’Y à la défense avec le petit-mouloud chopé par Mr Durand, voisin, qui lui fait fumer un pétard pour le décontracter ?

    Ça aurais de la gueule mais le cinéma est de moins en moins original, le nombre de remake, d’adaptation ou de suite (+1, +2, jusqu’à épuisement, voir un peut plus) le prouve allégrement !

    Peut être n’a t-il pas tord, est-on prêt à avoir une vision moins télévendeuse de la société ? Avec un p’tit poil de tendresse et de tolérance ? Si on ce fit aux gros partis politiques, sur ce qu’ils disent, on ne va pas dans le bon sens !

    P’tet bien qu’un cinéaste original trouvera les moyens de faire cela, mais en attendent on est loin du compte !

  • Waldeck
    Waldeck
    Vivement dimanche 20 mai 2012 ! (...)
    • Posté à 17h55 le 09/09/2011
    • Internaute 36864
      Vivement dimanche 20 mai 2012 ! (...)

    -« C’était donc ça, mon époque ? “

    Il est vrai qu’elle fait fantasmer cette époque, de nos jours, connue également sous l’appellation socio-économique de ‘Trente Glorieuses’.

    C’était également mon époque, et il m’arrive de la regretter, mais pour ce qu’elle était vraiment : une époque sans matières plastiques, sans ordinateurs, ni téléphones portables, avec les chiottes au fond du jardin ( ou sur le palier si l’on était en ville), la télé chez le voisin, et le crédit chez l’épicier, le certificat d’études primaires, les dents pourries, sur fond de guerre d’Algérie ...

    Certains ajouteront : le plein emploi, en oubliant qu’il s’agissait de boulots généralement craignos et sous-payés, pas de crise du logement, ouais, mais des logement insalubres et même des bidonvilles.

    Époque de bons sentiments, oui, mais aussi de vilaines manières : racisme, veulerie, préjugés, mesquineries ...
    Mai 68 a balayé tout ça, le bon et le mauvais de toutes ces années très marquée par la guerre de 39/45

    Si l’on veut transposer, il faut prendre le tout : le contexte, le décor, l’histoire, la vraie !

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