Guerres des boutons : « Si j'aurais su, j'aurais venu à quelle époque ? »
En septembre sortiront quasi simultanément deux nouvelles adaptations cinématographiques de « La Guerre des boutons », inspirées d’un roman de Louis Pergaud de 1912 tout fraichement tombé dans le domaine public : la première réalisée par Yann Samuell (14 septembre) ; l’autre, dite « nouvelle », par Christophe Barratier (« Les Choristes »).
Du coup, je me suis revu la version qu’en donnait Yves Robert en 1962. Pas piquée des hannetons, celle-ci ! Sarcastique et même un peu terrifiante. (Voir la vidéo)
C’était donc ça, mon époque ?
Résumons : « La Guerre des boutons » raconte l’odyssée des écoliers (plutôt mâles) de Longeverne, en butte à une querelle chronique avec leurs congénères du village voisin de Velrans. Et plus encore, en conflit de générations parfois saignant, au propre comme au figuré, avec leurs propres parents.
Yves Robert eut la bonne idée de transposer l’action à son époque. C’est-à-dire en gros à la mienne, puisque les deux chefs de bande ennemis, Lebrac de Longeverne et l’Aztec de Velrans, avaient alors grosso modo mon âge.
C’était donc ça, mon époque ? Pas vraiment tendre en fait. « Si j’aurais su, j’aurais pas venu », comme le répète en boucle P’tit Gibus, autre héros du film d’Yves Robert.
Créateurs et copistes
Après avoir visionné les bandes-annonces des deux nouvelles moutures de l’histoire, une chose frappe : aucun des deux nouveaux adaptateurs n’a eu le culot de l’inscrire dans l’époque actuelle.
Tous les deux l’ont prudemment située dans les années soixante d’Yves Robert. Au risque de paraître singer celui-ci. (Voir la bande-annonce du film de Yann Samuell)
Plus encore, contrainte de production oblige, on voit bien que les deux réalisateurs ne pouvaient couper aux impératifs de leur temps : rajouter quelques filles pour faire moderne, faire parler leurs enseignants comme dans une série télé pour prime time, avec des « parents » (Alain Chabat, Mathilde Seigner dans l’un, Laetitia Casta, Kad Merad dans l’autre) n’ayant manifestement jamais tué le cochon dans une cour de ferme. (Voir la bande-annonce du film de Christophe Barratier)
Quand on sera grands, sera-t-on vraiment aussi bêtes qu’eux ?
« Dis donc, Yéti, ça ne te gêne pas de parler de deux films que tu n’as pas vus ? »
Ben non, pie tatillonne. Les films, les livres, la musique, c’est comme le sexe : avant d’y goûter, faut d’abord avoir eu envie. Et on ne peut pas dire que ces deux bandes-annonces trop propres sur elles soient franchement bandantes.
Dommage, il aurait été intéressant, à travers une même histoire, de comparer l’évolution des mœurs, des morales et de quelques us et coutumes générationnels au fil du temps. « Si j’aurais su, j’aurais venu à quelle époque ?
Mais là où Yves Robert prenait son époque (rude, sans concession) à bras le corps, Barratier et Samuell, par leur parti pris sans audace, n’expriment la leur que par défaut, à travers un prisme qu’on devine formaté, moraliste à deux balles, conforme aux diktats commerciaux du moment.
Bon, pour se consoler, on peut toujours répéter ce cri du cœur des deux chefs de bande, Lebrac et l’Aztec, tombant au final dans les bras l’un de l’autre après avoir été expédiés en pension par leurs parents respectifs :
“Et dire que quand on sera grands, on sera aussi bêtes qu’eux !” (Voir la vidéo)
- 3496 visites
- 42 réactions











Working Class Blero
Working Class Blero
Ce que j’appréciais dans le bouquin ou le film original, c’est qu’ils nous montraient combien l’enfance peut être cruelle et féroce, et tout aussi fraternelle dans l’instant qui suit.
A l’heure de notre société régressive ou tous les petitnenfants sont forcément cromignons, vous ne pouvez plus remonter les bretelles à un môme qui fait des conneries dans la rue sans que ses parents vous dénoncent au commissariat, ou au contraire, qu’il soit traité comme un délinquant dangereux par les flics rameutés par le voisin.
Grandir c’est aussi avoir la liberté d’essayer de jouer à tout et faire ainsi pas mal de bétises (je ne dis pas conneries pour faire passéiste), violentes parfois mais faites dans l’innocence de l’enfance où le monde adulte vous rappelle à la réalité par un bon coup de pied au cul et la leçon de morale qui va avec .
Aujourd’hui les longevernes et les velrans seraient bons pour le juge, le psy et serviraient aux médias pour nous montrer combien la jeunesse n’est plus ce qu’elle était -ou ce qu’on voudrait qu’elle soit-.




Partager