Le Yéti, voyageur à domicile

Chroniques d'un voyageur à domicile qui ne voulait pas conquérir le monde, mais être conquis par lui.

Les leçons du naufrage démocratique grec

Le Yéti
yetiblog.org
Publié le 04/11/2011 à 10h42

Georges Papandréou, premier ministre grec, « socialiste » tiède pris d’un fugace sursaut démocratique, aura donc mangé son chapeau référendaire aux premiers aboiements de ses « amicaux » partenaires européens. Achevant nos dernières illusions démocratiques et européennes.

Peuples humiliés, Union européenne en miettes, paravent démocratique déchiqueté, ce ne sont pas les coups de menton d’un G20 en déroute qui risque d’infirmer cette désolante impression. En même temps, il se pourrait bien que cette déroute des puissants constitue l’espoir des populations.

L’humiliation des peuples

L’humiliation infligée à la population grecque sort renforcée à travers le traitement imposé à leur Premier ministre par les deux molosses franco-allemands de la meute.

« Quand nous fixons une règle, elle doit être respectée. » (Nicolas Sarkozy, G20 de Cannes, 3 novembre)

Couché ! Pas bouger ! On ne saurait être catégoriquement plus clair dans l’intention d’asservir ! Notre couple y mit même les formes en imposant à son laquais hellène réfractaire par eux convoqué une avilissante attente de deux heures dans l’antichambre de leur niche.

S’il y a quelque chose qui ne soit pas du tout « respectée » dans cette lamentable histoire, c’est bien la volonté des peuples, clairement soumis aux diktats des représentants d’un système moribond.

L’implosion de l’Union européenne

Ce nouvel épisode grec, ajouté à la crise de la « Grande perdition », met un peu plus en évidence la fin de l’UE en tant qu’« union » de pays.

Rongé par un inexorable délabrement systémique, l’assemblage cède au dangereux principe de meute. Celui qui, par sa hiérarchie clanique, mène tout droit aux vieux démons de la sauvagerie.

Combien parie-t-on que le couple franco-allemand, qui se donne l’illusion de mener aujourd’hui la barque, ne tiendra pas à la première dégradation de l’un d’entre eux (suivez mon regard) par une vulgaire agence de notation ?

Sous les coups de boutoirs d’une crise qui arrive bientôt à son épilogue, l’union de façade implose pour révéler de féroces rapports de force entre ses membres.

Le déchiquetage du paravent démocratique

Par delà la mortifiante volte-face – si celle-ci est bien confirmée ! – de Georges Papandréou, c’est le paravent démocratique de l’Europe toute entière qui vient d’être pulvérisé.

On en avait eu quelques prémisses avec le référendum français de 2005 dont les résultats furent ouvertement reniés. On le vit en Irlande où la population fut contrainte de voter jusqu’à donner la « bonne » réponse à la question qu’on lui posait.

La démocratie ne tient que dans le respect des règles fixées par les gardes-chiourmes du système. Avec cette épisode grec, on mesure aujourd’hui combien aucune force politique remettant en cause le cadre défini par les grands-prêtres n’a la moindre chance d’accéder au pouvoir du fait de la seule vertu d’un isoloir.

Soit qu’elle soit filtrée en amont par des médias cadenassés ou d’« amicales » pressions financières. Soit qu’elle soit purement et simplement dézinguée en aval. Les agissements des défenseurs du système aux quatre coins du monde, et tout fraîchement en Grèce, témoignent abondamment de leur absence de scrupules.

La rue comme seule perspective démocratique

Paradoxalement, la crise en cours est une chance pour la restauration de la véritable démocratie. En portant les populations au paroxysme de l’humiliation, en leur infligeant souffrances et privations, non en raison d’une quelconque pénurie, mais pour alimenter leur système agonisant, les sergents-chefs du G20 aboutiront aux résultats inverses de ceux souhaités par eux.

Craintifs et paniquards vous inonderont d’exemples historiques pour démontrer que ces périodes de crise peuvent aussi déboucher sur le pire. C’est vrai et faux à la fois ! Ce qui conduit aux dictatures et aux pires totalitarismes, c’est d’abord la paralysie apeurée des populations devant l’effondrement de leur monde, leurs replis régressifs sur de vieilles valeurs faisandées.

Sans réaction populaire, en Grèce ou ailleurs, la crise de la Grande perdition conduit tout droit aux pires tragédies. Tant que les « Indignés » de tout poil n’auront pas été signifier aux roquets du G20 qu’ils doivent « dégager » illico presto, la planète court tout droit à sa perte.

L’unique espoir de la démocratie, aujourd’hui, c’est la rue.

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  • Yvon le Zébulon
    Yvon le Zébulon
    L'homme d'esprit n'est pas seul (...)
    • Posté à 11h24 le 04/11/2011
    • Internaute 65781
      L'homme d'esprit n'est pas seul (...)

    Excusez moi le Yéti...
    Mais est-ce qu’il vous arrive d’être un peu « optimiste » ? ... au moins une fois !
    ...parce qu’à vous lire, j’ai l’impression que nous ne sommes plus que des
    morts-vivants qui attendent le jugement dernier d’un je ne sais trop qui.
     ; -)

  • Le Yéti
    Le Yéti répond à Yvon le Zébulon
    yetiblog.org
    • Posté à 11h26 le 04/11/2011
    • Internaute 6095
      yetiblog.org

    Mais cet article est TRÈS optimiste, cher Yvon le Zébulon :

    « Paradoxalement, la crise en cours est une chance pour la restauration de la véritable démocratie. »

    Peut-être ne partageons-nous pas la même façon d’être optimiste ; -)

  • Autruchette
    Autruchette
    Dieu est mort !
    • Posté à 11h33 le 04/11/2011
    • Internaute 134171
      Dieu est mort !

    « L’unique espoir de la démocratie, aujourd’hui, c’est la rue. »
    Je ne peux qu’être d’accord avec cette phrase et cette résolution.
    Mais, pour faire quoi ? Si c’est pour refaire les mêmes choses et donner le pouvoir aux mêmes nombrilistes squales comptez pas sur moi.

  • Majesté
    Majesté répond à Autruchette
    On respire enfin
    • Posté à 12h02 le 04/11/2011
    • Internaute 77564
      On respire enfin

    C’est juste un nouveau cycle, comme toujours au fil de l’histoire. Un système arrive au bout du rouleau, il crève dans de douloureuses convulsions, il fait place à quelque chose de nouveau qui suscite de l’espoir, qui arrive à maturité, puis qui décroît avant de crever à son tour.
    Ou, si vous préférez, c’est comme se défaire de vêtements sales pour en enfiler des propres qui deviendront sales à leur tour.
    Mais entre les deux moments « sales », on se sent bien...

  • A déménagé le 04-03-2012
    • Posté à 12h51 le 04/11/2011
    • Internaute 89071
      non connue

    N’avez-vous pas encore compris que ce qui lui donne le sourire, c’est le chaos ?

    Il le dit lui même, le chaos amènera « la véritable démocratie », cette démocratie, ou l’utilité du vote et du référendum n’est plus, car dirigée par le peuple pour le peuple.

    C’est une fossile des heures les plus sombres de notre histoire et il ne s’en cache pas, jamais. C’est difficile à croire que vous ne le remarquiez pas.

  • PaulTron
    PaulTron
    Ce champ sera visible par tous (...)
    • Posté à 13h11 le 04/11/2011
    • Internaute 168564
      Ce champ sera visible par tous (...)

    Personne ne veut de l’implosion de l’UE (le plus grand marché consommateur), sinon le système s’effondre. La Grèce n’est dépecée que pour donner un os aux spéculateurs, afin qu’ils renflouent les autres pays. Le plus faible se fait toujours bouffer par le plus gros.
    Or, la démocratie dont vous parlez ne peut pas exister dans un système économique fondé sur l’accumulation de la richesse.
    Malheureusement, la rue n’y changera rien, ce que veulent les gens, et surtout les indignés, c’est d’accumuler eux aussi des richesses.

  • amarré
    • Posté à 13h21 le 04/11/2011
    • 174877

    En Grèce, un gouvernement d’union nationale répondrait aux vœux du FMI et du G20
    En Italie, le G20 et le FMI font pression pour un gouvernement d’union nationale
    En France, il faudrait qu’il y ait une union nationale pour la « règle d’or ».
    On allonge la liste ?
    Une opération générale pour dire aux peuples qu’il n’y a pas d’espoir ?

  • Sixpatte-
    Sixpatte- répond à PaulTron
    Sur Mars
    • Posté à 13h40 le 04/11/2011
    • Internaute 77583
      Sur Mars

    « ce que veulent les gens, et surtout les indignés, c’est d’accumuler eux aussi des richesses ».

    « OXI », c’est encore de la propagande ultralibérale que de présenter les choses de cette manière.
    Et surtout ne rien faire, c’est tellement plus confortable.

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