Le Yéti, voyageur à domicile

Chroniques d'un voyageur à domicile qui ne voulait pas conquérir le monde, mais être conquis par lui.

« Misère de la pensée économique » : les dix mesures urgentes de Jorion

Le Yéti
voyageur à domicile
Publié le 12/11/2012 à 11h12

« Misère de la pensée économique » de Paul Jorion (Ed. Fayard)

Pas tout d’annoncer à l’avance, comme le fit Paul Jorion, « l’agonie du capitalisme ». Encore fallait-il, une fois acquis le prochain dernier soupir du crevard, préparer le terrain à ce qu’il faudrait « mettre à la place ». Ce à quoi s’emploie Jorion dans son dernier opus, « Misère de la pensée économique » (Fayard, 20 euros).

Le moribond est certes en train de se ratatiner, mais les Diafoirus du système continuent d’essayer de faire croire à sa résurrection... en nous perfusant nous-mêmes de leur prétendue « science » à longueur de médias. Jorion met une jubilation certaine à zigouiller une à une leurs doctes prétentions.

« La politique de la terre brûlée »

Paul Jorion n’a rien d’un économiste. Il se contente d’être un sociologue-anthropologue pour qui la vie humaine ne s’enferme pas dans quelques modèles mathématiques qui ont d’ailleurs échappé à leurs concepteurs.

Il préfère s’inspirer des travaux d’un Benjamin Libet sur la conscience et la volonté individuelles, ou d’un structuralisme pondéré pour ce qui est du fonctionnement de la « machine sociale ».

Passant, il achève sans pitié le patient capitaliste en en révélant l’absurdité suicidaire (le moteur de la croissance, assimilable à une « politique de la terre brûlée »). Et en pulvérisant les ultimes pathétiques ficelles de ses médicastres financiers.

« Si l’on voulait généraliser à la totalité des êtres humains la manière dont vit par exemple aujourd’hui la population des Etats-Unis, il faudrait douze planètes équivalentes à la nôtre. »

Dix mesures urgentes... en attendant mieux

Une fois n’est pas coutume, je vais vous raconter la fin de l’histoire. Je veux dire, la fin de l’histoire du capitalisme, telle que Jorion lui règle proprement son compte en dix mesures urgentes et concrètes à administrer sans tarder.

1. Augmenter les salaires plutôt que de favoriser l’accès au crédit ;

2. Interdire la spéculation sur les variations de prix, comme c’était le cas dans la plupart des pays jusqu’à la fin du XIXe siècle ;

3. Couper le robinet alimentant les paradis fiscaux à la source, en interdisant aux chambres de compensation de communiquer avec eux ;

4. « Abolir les privilèges des personnes morales [les entreprises, ndlr] par rapport aux personnes physiques [vous, moi...]. »

5. Remettre l’actionnaire à sa place, celle de simple créancier d’une société et non goinfre à dividendes ;

6. Mettre un terme aux manipulations boursières en interdisant les opérations « haute fréquence » à la micro-seconde ;

7. Imposer les multinationales (Total, par exemple) sur l’ensemble de leurs activités, y compris celles que ces malines ont transférées à l’étranger ;

8. Supprimer les stock-options et instaurer « une authentique participation universelle » ;

9. Interdire les « dispositifs spéculatifs » (immobilier, assurance-vie...) et les remplacer par des systèmes de solidarité collectifs ;

10. « Enfin, dans un monde où le travail disparaît, la question des revenus doit être mise à plat et faire l’objet d’un véritable débat. »

Le vieux monde est mort, vive le nouveau !

Bon, je sens que ça va discuter sec. Mais c’est tout l’intérêt d’un tel ouvrage : présenter un terreau solide sur lequel avancer, ouvrir un espace suffisamment riche pour susciter la discussion concrète.

Et en même temps, se remettre un peu les idées au clair, anesthésiées qu’elles aient pu être par nos doctrinaires décatis et leur stupidissime machine qui est bel et bien en train de leur péter à la figure.

La question reste de savoir qui pour mettre en œuvre les fondations de ce nouveau monde. Certainement pas les neuneus barbouillés qui nous gouvernent encore ou leurs petits maîtres à penser.

Mais plutôt cette « inventivité », mue par l’instinct de survie, qui nous fit triompher, dès l’aube de l’humanité, de « mammifères beaucoup plus agressifs et extrêmement bien équipés pour nous affronter ».

Finalement, le seul (très petit) défaut du livre de Jorion, c’est son titre, un brin restrictif. « Misère de la pensée économique » renvoie un peu trop au seul triste passé des prêchi-prêcheurs de la secte agonisante.

Alors que cet ouvrage de démolition est sous-tendu par la volonté de présenter les véritables « richesses » que nous pourrions apporter à l’édification d’un nouveau monde.

Car une chose est sûre selon Paul Jorion : quels que soient les embûches, les aléas et la longueur du chemin, l’humanité est à l’aube d’une transition « qui sera d’une ampleur stupéfiante ». Voilà pourquoi il est indispensable de lire sans tarder ses éclairantes réflexions.

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  • BA
    BA
    -
    • Posté à 10h22 le 13/11/2012
    • Internaute 41511
      -

    Lors de sa conférence de presse, François Hollande devra donner le chiffre exact de la facture grecque pour les contribuables français.

    Lors de sa conférence de presse, François Hollande devra dire aux Français combien de dizaines de milliards d’euros ils vont devoir payer pour le deuxième défaut de paiement de la Grèce.

    Mardi 7 août 2012 :

    France : le Parlement s’inquiète de l’accumulation des engagements pris pour soutenir la Grèce.

    Dans son rapport, le député Christian Paul (PS) chiffre à 50,8 milliards d’euros les prêts à la Grèce devant être garantis par la France dans le cadre du Fonds européen de stabilité financière.

    Vendredi 2 novembre 2012 :

    Or le niveau de la dette grecque n’est pas viable et l’hypothèse d’arriver à un taux d’endettement de 120 % du PIB en 2020 ne semble pas atteignable. Dans son projet de budget, le gouvernement estime le niveau de la dette à 189 % pour 2013 et à 220,4 % pour 2016.

    Lien

    Dette publique de la Grèce :

    2012 : dette publique de 175,6 % du PIB, selon la prévision du gouvernement grec. La dette augmente, augmente encore, augmente toujours, alors que le premier défaut de paiement de la Grèce a effacé 107 milliards d’euros de dettes.

    2013 : dette publique de 189,1 % du PIB, selon la prévision du gouvernement grec.

    2015 : dette publique de 207,7 % du PIB, selon la prévision du gouvernement grec.

    2016 : dette publique de 220,4 % du PIB, selon la prévision du gouvernement grec.

    • Islanick
      Islanick répond à BA
      • Posté à 14h21 le 13/11/2012
      • Internaute 194404

      2020 : dette publique ZÉRO, la Grèce est devenue une province chinoise pour les vacances de son oligarchie ! ...

  • Tassin
    Tassin
    Inquiet
    • Posté à 10h38 le 13/11/2012
    • Internaute 70606
      Inquiet

    Elles sont sympas ces mesures. Elles sont certes pleines de bon sens.
    Mais on ne transformera pas une bagnole rouillée et pourrie en changeant les pneus, les rétros et les essuie-glaces.

    • Le Yéti
      Le Yéti répond à Tassin
      voyageur à domicile
      • Posté à 10h45 le 13/11/2012
      • Internaute 6095
        voyageur à domicile

      Adopter ces mesures (interdiction de la spéculation financière, priorité aux revenus du travail, abolition des privilèges, prise en compte du non-travail...), c’est carrément changer de voiture, Tassin. Voilà pourquoi ce ne sera pas les spéculateurs et les privilégiés qui mettront ces mesures en place. Relis bien les propositions de Jorion une à une.

      • Bretagne
        Bretagne répond à Le Yéti
        Sceptique
        • Posté à 11h20 le 13/11/2012
        • Internaute 74906
          Sceptique

        Ben non, ben sûr ! mais Jorion en amont de ses recettes, dont différentes versions sont déclinées depuis des années, que propose -il ?

        Ce qui est curieux avec les bureaucrates, c’est qu’ils voient la société à travers le filtre de leur suffisance, qu’ils n’ont pas de contact dignes de ce nom avec leurs contemporains. C’est pour cela qu’ils ennuient tout le monde, pire ils lassent. Rien ne viendra de Jorion, rien, sauf la récupération de ce qui se passera, bien sûr, ça ils savent faire les éconocrates...

         
        • Grégory
          Grégory répond à Bretagne
          • Posté à 01h45 le 14/11/2012
          • Internaute 12569

          En 2007, le blog de Paul Jorion devait être le seul endroit du web francophones ou vous trouviez un gars pour s’exciter sur les paris sur les CDS et la spéculation sur les matières premières.

          A l’heure ou je tape, la spéculation sur les CDS est enfin interdite en Europe. Celle sur les matières premières est arrêtées par nos banques de peur d’impact sur leur image. Est ce à Jorion qu’on le doit ? Ben disons qu’il a fait sa part, virgule, lui, point. Et vous, au fait ?

          • Bretagne
            Bretagne répond à Grégory
            Sceptique
            • Posté à 11h47 le 14/11/2012
            • Internaute 74906
              Sceptique

            Perdre son temps en 2007 sur le blog de Jorion qui racontait déjà des bêtises, c’est pas mal... mais admirer le gugus parce qu’il a sans doute réparer ses idioties, c’est pathétique...

            Pour ma part , je n’ai rien fait dans cette misérable entreprise.

        2 autres commentaires
      • Tassin
        Tassin répond à Le Yéti
        Inquiet
        • Posté à 11h44 le 13/11/2012
        • Internaute 70606
          Inquiet

        C’est apporter quelques pièces neuves mais il manque l’essentiel, un châssis.
        Par exemple comment Jorion envisage-t-il le financement des moyens de productions si aucune hausse de production ultérieure n’est attendue, rendant de fait impossible le financement privé ?

         
        • Le Yéti
          Le Yéti répond à Tassin
          voyageur à domicile
          • Posté à 13h07 le 13/11/2012
          • Internaute 6095
            voyageur à domicile

          Je transmets la question directement à Jorion.
          Mais j’ai moi aussi ma petite idée, développée ici et que je résumerai par ceci : c’est par les banques centrales (plus certainement nationales que BCE) que passera la construction du monde nouveau.
          Aujourd’hui, la BCE finance sans problème les banques en difficultés en injectant de l’argent entièrement créé par elle (idem aux USA ou au Japon). Problème : cet argent finance des dettes et des actifs pourris, pas la création de vraies richesses.
          Le nouveau monde naîtra quand les dettes seront effacées et que les banques centrales financeront la production de vraies richesses (les biens et services utiles à la population). Le voilà, je crois, ton châssis : un nouvel ordre monétaire.

          • Tassin
            Tassin répond à Le Yéti
            Inquiet
            • Posté à 13h23 le 13/11/2012
            • Internaute 70606
              Inquiet

            La banque centrale n’a pas vocation à financer l’économie. Et la BCE ne finance pas pas les banques, elle leur file de la monnaie centrale en l’échange de dépôts. Nuance de taille.
            Je suppose que tu voulais parler de banque publiques nationales plutôt ?
            J’espère que tu n’as pas derrière la tête l’idée qu’il suffirait d’imprimer des billets gratos ou presque pour financer le déficit de l’état...

            Mais évidement dans une optique de fin de la croissance les investissements publics vont prendre une importance grandissante puisque si le petit commerce et la création de TPE sera toujours possible grâce au financement privé, il n’en sera rien des grandes industries dans une économie en stagnation ou en légère contraction.

            Par rapport à ma question, sur le financement d’une économie dans une optique de décroissance, il me semble que c’est LA question majeure que le courant n’a toujours pas résolu. On s’en approche de plus en plus avec des auteurs comme Jackson ou Heinberg qui reprennent le constat des auteurs d’il y a 10 ans en les transposant dans l’économie réelle mais LE bouquin fondateur qui fera rentrer cette théorie dans les moeurs (façon Le Capital de Marx et Friedman en son temps) n’est pas encore sorti. Je le vois venir dans les 10 ans qui viennent mais ça manque encore un peu de corps et de cohérence pour faire le pont entre tous les facettes qui composent ce mouvement.

            • Le Yéti
              Le Yéti répond à Tassin
              voyageur à domicile
              • Posté à 13h39 le 13/11/2012
              • Internaute 6095
                voyageur à domicile

              Nous ne parlons pas du même monde, Tassin. Tu raisonnes sur la logique de l’ancien, avec le rôle dévolu aux banques centrales et au financement privé.
              Dans mon nouveau monde, et probablement celui de Jorion, le financement privé tel qu’il est devenu est une absurdité qui consacre la mainmise d’une petite élite privée sur la presque totalité de l’argent en circulation grâce à un système financier perverti.
              Je répète : ce que Paul Jorion et moi-même appelons de nos voeux, c’est à un nouvel ordre monétaire (d’ailleurs inéluctable puisque l’ancien est en déroute). *
              Une dernière chose, l’argent prêté par une banque (centrale ou non) à une entreprise pour assurer la production de biens ou de services n’est pas donné « gratos » puisque cet argent se traduit par une création de richesses équivalentes. On appelle ça un investissement.

              • Tassin
                Tassin répond à Le Yéti
                Inquiet
                • Posté à 15h17 le 13/11/2012
                • Internaute 70606
                  Inquiet

                Oulà... que de confusions...
                Je vais essayer d’être le plus clair possible. Faut dire que c’est tellement complexe l’économie que personne ne maitrise l’ensemble des paramètres (même Jorion) et que j’en loupe moi aussi une bonne part. D’ailleurs même Richard Fisher a déclaré à la rentré : « La vérité, cependant, est que personne au sein du Comité [de politique monétaire de la Fed] ou de la banque centrale ne sait réellement ce qui entrave l’économie ».

                Jorion veut abolir la finance folle qui syphonne les entreprises, soit. C’est du bon sens et c’est bien ce que j’ai dit en introduction de mon 1er commentaire.
                Je parlais ensuite de financement des moyens de production. Typiquement, comment envisager l’investissement industriel dans un contexte où on doit renouveler ton outil de production alors que les ventes (et donc les profits ultérieurs) sont sur une pente descendante ? En considérant que l’activité de production reste bien entendu toujours rentable à un niveau inférieur de vente sinon on appelle tout simplement ça une faillite. Certainement pas par des investissements privés, même mis au pas par les mesures de Jorion... Car si l’investissement dans l’industrie rapporte dans les 1% annuels autant laisser le pognon sur des livrets A...

                Ensuite, quand on parle d’argent « gratos » c’est pour parler de la planche à billets. Argent imprimé à partir de rien soit le modèle que tu sembles défendre (BCE qui finance l’état et son déficit ou directement les entreprises). Ça ne peut mener à rien d’autre qu’à l’inflation. Le crédit doit venir des dépôts des épargnants rien d’autre.
                Les Etats-Unis ne sont pas encore trop touchés par l’inflation malgré leur méga création monétaire de ces dernières années car l’argent dort sur des comptes et que la demande de crédits est faible. Si cet argent repartait dans l’économie ça serait une inflation à un niveau difficilement quantifiable. D’ailleurs je ne sais pas si tu as remarqué la tendance à partir en bulle à chaque nouvelle opportunité d’investissement là bas depuis un moment (dernièrement les gaz de schistes). C’est révélateur de sommes monstrueuses non affectées à l’investissement productif à cause de rendements trop faibles qui filent alimenter n’importe quel nouvel eldorado présumé.
                Marx l’avait vu venir (La baisse tendancielle du taux de profit).

                Bon c’est encore surement « léger » comme analyse mais je pense que l’idée principale est passée ; -)

                • Yaaakari
                  Yaaakari répond à Tassin
                  Photographe - eye of the tiger (...)
                  • Posté à 18h50 le 13/11/2012
                  • Internaute 77957
                    Photographe - eye of the tiger (...)

                  La croissance mondiale serait directement liée à la croissance de la production de pétrole. Pour que ce système tienne nous avons besoin de plus en plus d’énergie.

                  De façon exponentielle. Avec une croissance annuelle de 3% on a besoin de 2 fois plus d’énergie dans 25 ans, 4 fois plus dans 50, 8 fois dans 75 ans, 16 fois plus dans 100 ans.

                  Et il n’y a pas de miracles, ça n’arrivera pas. Or on n’en a pas plus mais moins ! On en serait déjà là, le sang de notre économie s’est tari, le pétrole a atteint et même dépassé son pic.

                  Lien

                  • Tassin
                    Tassin répond à Yaaakari
                    Inquiet
                    • Posté à 19h00 le 13/11/2012
                    • Internaute 70606
                      Inquiet

                    C’est bien ce que j’ai intégré dans mon analyse. Que nous seront désormais dans une économie en stagnation ou en léger déclin.

                    • Yaaakari
                      Yaaakari répond à Tassin
                      Photographe - eye of the tiger (...)
                      • Posté à 19h13 le 13/11/2012
                      • Internaute 77957
                        Photographe - eye of the tiger (...)

                      C’est juste. Mais si c’est vrai, si ça se confirme on doit comprendre qu’il n’y aura pas de retour à la croissance. Et que donc les états feront forcement défauts sur leur dette... Que se passera t’il après ?

                      • Tassin
                        Tassin répond à Yaaakari
                        Inquiet
                        • Posté à 20h15 le 13/11/2012
                        • Internaute 70606
                          Inquiet

                        Faire défaut sur la dette serait bien la meilleure des choses à faire de toutes manières. Croissance ou pas.

                  • tlaloc
                    tlaloc répond à Yaaakari
                    Retraité
                    • Posté à 20h40 le 13/11/2012
                    • Internaute 47359
                      Retraité

                    *1

                  • Grégory
                    Grégory répond à Yaaakari
                    • Posté à 01h49 le 14/11/2012
                    • Internaute 12569

                    Le problème de votre courbe c’est qu’avec l’échelle de temps, ça peut aussi bien être l’effet attendu en mode normal : que la consommation de pétrole soit liée à la croissance...

        • Grégory
          Grégory répond à Tassin
          • Posté à 01h36 le 14/11/2012
          • Internaute 12569

          En premier lieu je pense que vous vous trompez complètement en pensant que les changements que propose Paul Jorion ne sont pas radicaux. Cette impression vient du fait qu’ils sont précis, ce dont on a n’a pas l’habitude, mais il a mis beaucoup de temps à ciseler chacun d’entre eux.

          Il y a par exemple beaucoup de gens qui s’excitent sur le thème de la souveraineté monnétaire et se vivent révolutionnaire en parlant de la rétablir. Mais justement, c’est revenir à ce qui a déjà existé ce qui est par définition un changement forcément concevable d’une part et dont on ne peut raisonnablement espérer de rédemption fulgurante : des tas de pays ont (eu) la souveraineté monétaire et la crise. Regardez l’Angleterre actuelle : elle a sauvé les déficits par la planche à billet, elle a eu l’inflation correspondante. Jorion est plus réaliste : à la fin, on fait le passe passe qu’on veut, on paye. Enfin, on... la question est de savoir qui, justement.

          Quand lui propose l’abandon de la spéculation, c’est à mon sens bien plus radical. Ca fait un siècle et demi maintenant que les nations ont cédé à la finance et vous ne trouvez aucun pays actuellement qui s’en soit affranchi. Si vous y réfléchissez cette hydre là sera autrement plus difficile à obtenir qu’une sortie de l’euro. Et alors mettre l’actionnaire dans un rôle de simple créancier, c’est carrément la fin du capitalisme. En une ligne, vous avez complètement changé de voiture !

          Enfin pour votre question, je pense qu’elle ne se pose pas dans ce qu’il propose : en supprimant les placements hors économie réel comme il le propose, on libère à peu près 9000% (de mémoire) de capital pour la production par rapport à ce qu’on a actuellement. En en lachant une part importante dans les salaires et les impots, on augmente in fine considérablement le pouvoir d’achat. Voilà votre production financée, et votre croissance relancée. La marge est tellement considérable que ce n’est vraiment pas un problème.

          • Tassin
            Tassin répond à Grégory
            Inquiet
            • Posté à 09h07 le 14/11/2012
            • Internaute 70606
              Inquiet

            Oui vous avez surement raison. Difficile de mesurer si l’impact de ces réformes reviendrait à changer les pneus ou la voiture pour ma part en restant sur cette métaphore.

            C’est vrai qu’on libèrerait du capital pour financer la production. Mais aussi une bonne part disparaitrait tout simplement. Et une autre resterait à dormir sur des livrets car le rendement de l’investissement industriel tend vers 0 avec le temps.

            Enfin bon quoi qu’il en soit ces mesures sont du bon sens.

            Ah oui on oublie aussi la répudiation de la dette qui va détruire quelques milliards d’€ en Europe aussi. Enfin vaut mieux les détruire de cette façon que de les pomper du peuple vers les assurances-vie.

        12 autres commentaires
  • Stolypine
    Stolypine
    Cadre
    • Posté à 11h28 le 13/11/2012
    • 175370
      Cadre

    « 7. Imposer les multinationales (Total, par exemple) sur l’ensemble de leurs activités, y compris celles que ces malines ont transférées à l’étranger ; »

    Mais ces multinationales paient déjà des impôts pour leurs activités à l’étranger, et c’est normal.
    Airbus paît ses impôts à la fois en France et en Allemagne pour les activités dans chacun de ces pays, il serait absurde qu’elle paît deux fois dans chacun des pays.

    • Grégory
      Grégory répond à Stolypine
      • Posté à 01h43 le 14/11/2012
      • Internaute 12569

      Total ne paye rien en France. C’est pourtant l’endroit ou elle fait son chiffre d’affaire. La cours des comptes elle même estime à 10 milliards d’euros annuels les évasions du seul CAC40. Faut se réveiller, hein !

  • .a. schweizer
    .a. schweizer
    Clone Bendit
    • Posté à 11h48 le 13/11/2012
    • Internaute 194940
      Clone Bendit

    Quelles belles théories ! Aujourd’hui, c’est Jorion dans le foie de poulet (ou cela y ressemble furieusement).

    Tous ceux des théoriciens dont on arrive à parler avec un peu d’optimisme sont ceux qui ont réussi à ne pas mettre en pratique leurs théories, fumeuses ou non...

    Cela me fait penser à un blog précédent du même qui encensait l’Islande en n’en voyant pas les particularismes, dont le relatif isolement, l’autonomie énergétique et la population réduite, pour en faire un modèle a suivre.

    C’est dire la pauvreté de ce papier. En ce sens, ce papier participe bien à la misére de la réflexion économique ambiante... Bingo !

    • Bretagne
      Bretagne répond à .a. schweizer
      Sceptique
      • Posté à 14h31 le 13/11/2012
      • Internaute 74906
        Sceptique

      Jorion, comme les autres econocrates , gagnent sa soupe, c’est un élément brillant de la fausse critique, il fait l’acteur dans une pièce où il n’a aucun pouvoir, sinon de toucher un cachet. George Steiner appelait ça ’’ l’innovation creuse ’’.

      La sémantique de l’individu, son jargon, son arrogance de maître des élégances lui confèrent finalement un costume de bouffon qui fait bien attention de ne pas aller trop loin, pour que le Prince ne l’envoie pas dans un cul de basse fosse...

      • .a. schweizer
        .a. schweizer répond à Bretagne
        Clone Bendit
        • Posté à 15h22 le 13/11/2012
        • Internaute 194940
          Clone Bendit

        Caustique mais oh combien réaliste !

  • trouble fêtes
    trouble fêtes
    aconforme
    • Posté à 13h06 le 13/11/2012
    • Internaute 156689
      aconforme

    « l’humanité est à l’aube d’une transition »
    Pourquoi à l’aube ? Nous sommes en pleine transition (trans-moderne ou postmoderne) mais nous fonctionnons et raisonnons encore en modernes quand cela n’est pour certains en prémodernes.
    Nous avons des institutions postmodernes mais qui sont « occupées » par des modernes voire pour certains prémodernes (moyenâgeux !) qui pensent et fonctionnent pyramidal alors que la mutation mondiale en cours est transversale et réticulaire !

    « (...) Nous ne sommes déjà plus tout à fait dans le capitalisme. Sans doute les structures de pouvoir et les outils employés demeurent-ils encore industriels et capitalistes. Toutefois, le mécontentement populaire qui enfle au sein de la classe moyenne des pays riches pourrait bien être l’indice, sinon d’une rupture brutale, en tout cas d’une évolution décisive et irréversible.
    Sous la surface des apparences et des vérités prétendument immuables, le pouvoir change de nature car l’outil de production change de nature. Or, les changements de pouvoir et d’outil ont de tout temps bouleversé le cours de l’humanité et les paradigmes. Ils sont annonciateurs de temps nouveaux, radicalement différent de ce qui prévalait avant. Ainsi, quand les humains sont passés de la chasse et de la cueillette à l’agriculture, toute l’image du monde - y compris la vision de Dieu - a basculé : les mythes centrés sur la Déesse-Mère et la Vie ont cédé la place aux nôtres, focalisés sur la mort, la souffrance et le Dieu-Père. Plus près de nous, quand nos ancêtres ont découvert l’outil industriel et capitaliste, ils ont, du même coup, inventé la vision moderne et rationnelle du monde. Une vision qui n’était qu’une radicalisation des mythes patriarcaux. Du fait de la modernité et du patriarcat qui se renforcent mutuellement, nous sommes depuis des siècles dans une culture et une civilisation axées sur la mort. Nous sommes déconnectés de la vie.
    La crise de la modernité annoncerait, sous cet angle, la fin de l’ensemble des mythes patriarcaux sécularisés sur lesquels la modernité s’appuyait.
    Aujourd’hui, nous abandonnons au plus profond de nous- mêmes - sans en être conscients - les mythes patriarcaux de maîtrise et de domination ; nous entrons dans la trans-modernité qui nous permet de conserver le meilleur de la modernité, mais d’aller aussi au-delà. Et en même temps, le changement d’outil de production nous achemine vers une logique qui n’est plus capitaliste. Le pouvoir est de moins en moins lié à la possession de capital et de “ secrets technologiques ”. Il est de plus en plus lié à la créativité humaine, seule capable de produire des connaissances nouvelles et désormais indispensables. (...) »
    Au delà du patriarcat, de la modernité et du capitalisme

  • J.H.
    J.H.
    Passant
    • Posté à 13h45 le 13/11/2012
    • Internaute 143415
      Passant

    Intéressant point de vue.
    J’y vais de mon vain commentaire :

    Au delà de la « crise » économique et démocratique, ce qui nous tue lentement mais sûrement tient pour moi en une notion : la cupidité. La cupidité est « le désir immodéré de l’argent et des richesses », selon le Larousse.

    Dans l’esprit du capitalisme, ces mots résonnent : immodéré, argent. L’idéologie de la croissance et de la concurrence libre et non faussée est justement basée sur l’absence de modération (l’économie doit sans cesse croître pour qu’une société progresse, et elle croît plus vite en l’absence de régulation).
    L’argent, quant-à-lui, est bien évidemment au coeur des échanges humains d’une société capitaliste.

    Le capitalisme, libéral ou non, est mu par la cupidité. Le libéralisme n’est qu’une branche de cette idéologie, proposant des outils pour réaliser cet idéal : faire de l’argent, faire toujours plus d’argent, librement, sans loi, sans borne, sans sens.

    L’absence de sens, en dehors de celui procuré par l’argent, est également frappant.
    Beaucoup d’entreprises veulent faire des bénéfices immédiatement, sans se poser la question du sens de leur activité. Beaucoup aussi montent une entreprise dans des secteurs « rentables », et non en fonction d’un talent ou d’un désir particuliers. Ces entreprises peuvent vous vendre de la merde, et elles le font, peu importe tant que le business se fait. Des gens travaillent des années à produire et vendre de la merde, cela ne choque personne à partir du moment où ces gens travaillent dans des entreprises privées.
    Ceux qui glorifient l’esprit d’entreprise ne semblent pas se poser la question du sens de l’activité humaine, ils ont trouvé un dérivatif : laissez faire, laissez libre la concurrence et le sens se trouvera tout seul car à la fin il ne restera que les meilleurs. Ceci a l’avantage d’occulter cette obsédante question.

    « La main invisible reconnaîtra les siens », en quelque sorte...

    • Bretagne
      Bretagne répond à J.H.
      Sceptique
      • Posté à 18h48 le 13/11/2012
      • Internaute 74906
        Sceptique

      ’’J’y vais de mon vain commentaire ’’

      Merci de votre clairvoyance.

      Ce n’est pas la ’’ Main invisible ’’ dont il s’agit , mais du ’’ Gouvernement invisible ’’ ; CF ’’ Propaganda ’’ de Edward Bernays, la Découverte
      éditions. 2007.

  • Rhesus K
    Rhesus K
    outrée l'outre!
    • Posté à 06h19 le 14/11/2012
    • Internaute 194199
      outrée l'outre!

    ENFin, le jour où l’humanité fera une transition ’d’une ampleur stupéfiante’ c’est quand elle liquidera collectivement le fond de trouille qui la putréfie, et qui permet aux moins atteints de retourner le fait à leur avantage et avec asseoir leur domination (qu’ils transmettent ensuite à leur héritage). D’ici là, rien de neuf à attendre, sous quelque soleil que soit.

    • zénon denon 84
      zénon denon 84 répond à Rhesus K
      Bonne
      • Posté à 09h17 le 14/11/2012
      • Internaute 30028
        Bonne

      PEUR ET IGNO RANCE DE L HOMME
      EN SOCIETE ...
      BIEN ENTRETENUE EVIDEMMENT PAR TOUT ELU _aussi_

      VIVE LE TIRAGE AU SORT DU REPRESENTANT .
      Le reste n’est que souffrances acceptée ...par peur /

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