Zombie Futé

Vous saurez tout sur le zombie : l'horrible, le moche, le petit, le gros.

Films, séries, romans ou jeux vidéo : à quoi sert le zombie ?

Louis Lepron
Journaliste
Publié le 17/07/2012 à 15h34

La peau grise, le regard vitreux, le gueule sanguinolente : à première vue, le zombie n’est pas un gars attirant. Mais il est très en vogue dans la culture populaire : jeux vidéo, romans, films, séries, BD... . Le zombie est même partout.

Le zombie peut représenter, au premier abord, un être déshumanisé affamé de chair de sang. Et ce n’est pas le témoin de l’agression commise par le « cannibale » récemment arrêté à Miami qui dira le contraire :

« Je lui ai dit d’arrêter mais il continuait de manger l’autre type [...]. Il grognait comme un animal. On aurait dit un zombie, du sang dégoulinait. Le truc le plus proche que j’ai jamais vu ? [La série] The Walking Dead. »

Mais sa représentation peut radicalement changer d’une œuvre à une autre – le zombie est multifonction.

1

Se défouler

Soyons clair, le zombie n’a qu’une seule envie : arracher, sans demander votre autorisation, une partie de vos intestins. Il n’existe entre vous et lui aucune volonté de dialogue ; par essence, le zombie ne parle pas, il n’a aucun message à faire passer.

Il devient alors un simple objet de défoulement d’après Christophe Lemonnier, journaliste à Devil Dead :

« D’un point de vue moral, ça n’a pas de véritable implication puisque vous êtes en train d’occire des hordes de créatures totalement désincarnées. En les flinguant, les conséquences sont réduites au minimum. C’est un bon moyen de défouler ses pulsions et cela fait partie des ennemis rêvés dans un jeu vidéo. »

Romain, webmaster du site de la culture zombie Tuez les tous, souligne le caractère limité de ce type de zombie :

« Prenons le mode zombie du jeu Call of Duty : le joueur doit vaincre des vagues infinies de zombies : cela n’a rien de passionnant. On pourrait les remplacer par des marmottes géantes sans changer la logique du jeu. »

Extrait du jeu vidéo : « Contact Killer : Zombies »
2

Illustrer la fin du monde

D’après Romain, le zombie est porteur, « en première ligne », de l’idée de fin du monde :

« Ces dernières décennies ont été marquées par une notion de destruction quasi incontrôlable. On ne fait que parler de crises financières que personne ne peut prévoir, d’apocalypses environnementales inévitables ou d’effondrement du bloc occidental [...]. »

Il précise :

« Le zombie, qui est empêché de raisonner en terme d’espèce, est un très bon outil pour figurer ce que serait le monde si tout s’écroulait. La cause de cette chute est en nous : nous sommes le vecteur. C’est la plus belle représentation de l’autodestruction au sens figuré. »

3

Dénoncer la guerre

Le zombie n’est pas qu’un exutoire. Au cinéma, il est une façon de traiter certains sujets sensibles, comme la guerre. Pour le comprendre, le film clé, toujours selon Christophe Lemmonier, est « Le Mort-Vivant » de Bob Clark.

Il suit, au cours des années 70, une famille qui apprend le décès de son fils, tombé au Vietnam. Miraculeusement, le soldat revient à la maison mais, en réalité, c’est un zombie – façon, pour le cinéaste Bob Clark, d’exposer de manière détournée l’impact du conflit sur la société américaine.

« Le Mort-vivant » (1974)

Film réalisé par Bob Clark

4

Critiquer une société consumériste

C’est bien connu : les zombies sont de grands consommateurs de viande humaine, mais pas seulement. George Andrew Romero, le géniteur des zombies modernes est le premier à leur avoir insuffler une âme politique.

Dans « Zombie », le réalisateur américain utilise un centre commercial comme métaphore. L’objectif : montrer que même morts, les zombies, qui se retrouvent dans des centres commerciaux, sont conditionnés par la société de consommation.

En 2004, le réalisateur Zack Snyder rendait hommage au maître du genre avec « L’Armée des morts ». Le film, qui met en scène une petite troupe de survivants qui se barricadent dans un centre commercial, fut sélectionné au Festival de Cannes.

Bande-Annonce de « L’armée des morts » (2004)

Film réalisé par Zack Snyder

5

Retranscrire les relations de pouvoir

Les zombies sont également d’excellents prétextes, selon Christophe Lemonnier. A propos de « La Nuit des morts-vivants », premier film de George Andrew Romero réalisé en 1968 :

« Plaçant son action dans un cadre contemporain [...], le cinéaste s’intéresse surtout aux survivants et à leur difficulté à œuvrer ensemble malgré une situation désespérée. »

Dans une interview accordée à Vodkaster, Georges Romero explique qu’il essaye de raconter des histoires de zombies en « montrant comment [les réactions des survivants] ne sont pas appropriées à la situation ».

L’angle de la communauté de survivants se retrouve dans la bande-dessinée et la série « The Walking Dead ». La situation, critique, exarcerbe les tensions entre les membres d’une communauté qui est en train de se former. Démocratie ou dictature ? La société s’est effondrée et certains personnages se sont affranchis des règles de moralité.

Et d’après Romain, du site Tuez les tous, le jeu vidéo ArmA II, en se cristallisant sur les rencontres avec d’autres joueurs, va plus loin que d’autres productions de « survival horror ». Car le zombie n’est pas au centre :

« Vous pouvez tirer une balle dans la tête d’un inconnu sans être pénalisé, ou bien décider de survivre ensemble – et lui tirer dans le dos plus tard. Le résultat est surprenant, et les joueurs sont en train de construire quelque chose d’assez inédit en termes de jeu vidéo et d’interaction. »

6

Se marrer

Effrayant, le zombie peut aussi être utilisé pour le « fun », toujours selon Romain :

« Le zombie est assez ridicule dans sa représentation classique. Il est facilement modelable et permet de mettre en scène du loufoque. En effet, il est avant tout local : c’est votre voisin, votre patron, etc. »

A l’image du personnage de Simon Pegg dans « Shaun of the Dead » qui, au petit matin, va chercher, en baillant, une boisson chez l’épicier du coin. Alors que le quartier est infesté de zombies, il ne se rend compte de rien :

Extrait de « Shaun of the dead »

Film réalisé par Edgar Wright

7

Evoquer toutes sortes de menaces

Depuis la guerre froide, les infections sont plus présentes : menaces bactériologiques ; terrorisme ou pandémies font partie de nos peurs. « La Nuit des fous vivants » ou « Contact Mortel », films de zombies dans les années 70, en étaient les symptomes.

Le jeu et les films « Resident Evil » ont rationnalisé (pour que cela soit plus crédible) cette éventualité par une idée simple : les mutations génétiques. Cela permet « d’apporter un tas de variations autour du mythe du mort-vivant » précise Christophe Lemmonier.

En 1988, Jean-Pierre Dionnet, lorsqu’il présentait sur Canal + l’émission Le Quartier Interdit, évoquait le virus du sida :

« Le film “Moi Zombie : Chronique de la douleur” pourrait être pris comme une parabole du sida avec la progression irréversible de la maladie. Andrew Parkinson, le réalisateur, le nie : il dit qu’il n’a pas voulu faire ça. »

Jean-Pierre Dionnet - Le Quartier Interdit
  • 16930 visites
  • 163 réactions
Vous devez être connecté pour pouvoir commenter : ou créez un compte
  • firefly
    firefly
    Corvéable à merci...
    • Posté à 15h59 le 17/07/2012
    • Internaute 22885
      Corvéable à merci...

    Les zombies sont parmi nous, ils se regroupent tout les matins entre 7h et 9h à la grande arche de la défonce... Une vrai horde dénué d’humanité voguant entre torpeur et renfrognement...

  • John Merrick
    John Merrick
    pachyderme que ça
    • Posté à 16h58 le 17/07/2012
    • 179410
      pachyderme que ça

    Les films de Romero sont éminemment politiques.

    Le premier « Night of the Living Dead » traitait de l’explosion de la cellule familiale type (avec la famille dont la fillette est infectée, qui finira par tuer ses parents) et des conflits raciaux (le dernier survivant de la maison, un Noir, se fait buter par l’equipe de secours par erreur)

    Dans « Zombies », c’est en effet la société de consommation qui est visée : les morts, par habitude, affluent en masse vers le Mall, ou ils ont finalement passé une grande partie du temps de leur vivant. C’est pas de chance pour les rescapés.

    « Day of the Living Dead », antimilitariste au possible, est plus porté sur l’action pure a mon sens ; on notera toutefois que les zombies ne sont plus tous considérés comme de la chair a machete, et commencent a évoluer (l’exemple du zombie « éduqué » par le docteur fou de la base, avec de la musique et de bouts de viande humaine comme récompense)

    « Land of the dead » lui est clairement anti-Bush, les zombies commencent a s’organiser sous l’influence d’un leader, et sont considérés par le big boss de la colonie humaine comme des terroristes avec lesquels on ne discute pas. Ce qui justifie d’ailleurs le fait que cette colonie soit plus une prison qu’autre chose (pour la « sécurité » des humains évidemment) ou la liberté s’achete par la corruption. C’est d’ailleurs le premier film ou les humains attaquent les zombies en premiers, et ces derniers investissent la cité-prison par reflexe d’autodéfense en quelque sorte.

    Finalement, le zombie chez Romero c’est toujours l’autre, l’étranger, le pas comme nous assoiffé de sang, qui s’attaque a tout ce qui fait l’amérique : le sang, le commerce, la sécurité. Celui avec lequel on ne négocie pas, qu’on ne comprend pas tellement il est anti-nous. Alors qu’en fait, comme toujours, le pire danger dans ses films ne vient pas des morts, mais bien des vivants.

  • Loup de Nissac
    Loup de Nissac
    Nietzschopathe
    • Posté à 17h14 le 17/07/2012
    • Internaute 130344
      Nietzschopathe

    Pour suivre John Merrick, je dirais que du point de vue du jeu vidéo, le zombie est un bon sujet pour remplacer le soldat nazi sur lequel on pouvait également se défouler sans trop de remords : il ne « réfléchit » pas, il est véritablement « autre » dans la mesure où il restera « imperméable » à toute tentative d’influence, il n’entraîne aucune, voire peu, d’empathie tant il est difficile de s’identifier à lui.

    Par ailleurs il incarne l’abîme où s’engouffre toute humanité : il en est la négation de part la mécanique, précisément, déshumanisante qui broie la diversité de la vie, ses possibles évolutions...seul le désert le suit à chaque pas....

  • Atlantis
    Atlantis
    Etudiant apolitique
    • Posté à 18h12 le 17/07/2012
    • Internaute 39710
      Etudiant apolitique

    Le grand intérêt des films/jeux/séries de zombies, c’est qu’ils poussent à s’interroger sur la faiblesse et les limites de notre civilisation. Finalement, nos ancêtres auraient bien plus de facilités à survivre dans un tel monde : l’homme moderne est à peu près incapable, dans la plupart des cas, de survivre sans des interactions avec une importante diversité d’autres personnes : pour la nourriture, pour les soins, pour le déplacement, pour l’auto défense... Car au final, sur le long terme, les « survivants » d’épidémies sont plus ou moins condamnés : les munitions pour les armes ne sont pas inépuisables, la nourriture, les médicaments non plus. Le savoir « pratique » se perdrait, en particulier dans les domaines les plus avancés de la connaissance humaine (médecine, sciences...) Il est à parier que finalement, les pays du tiers monde s’en sortiraient mieux que nous.

  • Yoohaan
    Yoohaan
    étudiant
    • Posté à 18h24 le 17/07/2012
    • Internaute 125563
      étudiant

    ils ne veulent pas vos intestins ils veulent des « brainz » ! !

  • antropophage housse
    antropophage housse
    gendre iléal
    • Posté à 18h50 le 17/07/2012
    • 183680
      gendre iléal

    Night of the living dead est un film angoissant et politique : angoissant parce qu’il n’explique pas le phénomène et qu’il s’attaque à des tabous ultimes - la petite fille qui dévore sa maman ou le Noir qui dirige les Blancs complétement largués - politique car il montre une société individualiste et les vieux démons de la société américaine - le bûcher final évoque l’acte final du lynchage perpétré par des meutes de redneks en armes.

    Zombie, le jour des morts vivants et Land of the dead vont plus loin dans le retournement de situation : les zombies deviennent presque sympathiques ou l’objet d’expériences cruelles. Dans Land, ils se sont trouvés un leader qui va les mener à la prise de Babylone.

    Romero est enfin reconnu à sa juste valeur : comme un grand cinéaste affranchi des diktats commerciaux.

  • antropophage housse
    antropophage housse
    gendre iléal
    • Posté à 19h57 le 17/07/2012
    • 183680
      gendre iléal

    Et le zombie musical ?

  • Paul Amploua
    Paul Amploua
    Atteint de priapisme
    • Posté à 01h16 le 18/07/2012
    • Internaute 190126
      Atteint de priapisme

    Il ne faut pas oublier non plus que le zombie remplace l’extra terrestre qui était lui même une allégorie. Des années 40 à Independance Day le E.T représentait la menace extérieure, souvent belliqueux il attaquait les grandes villes avec ses vaisseaux, son armée de masse etc etc.
    Les années 2000 ont vu la la fin des grandes menaces extérieures au profit de la menace intérieure. Les zombies représentent cette possible menace insidieuse qui peu ébranler un état de l’intérieur par effet de propagation.

Retour sur Rue89

Note Les notes de blogs ne sont pas toutes mises en forme par l'équipe de Rue89 contrairement aux articles du site.