La douane japonaise caviarde les grivoiseries de la BNF

Roger Faligot
Ecrivain journaliste
Publié le 09/01/2008 à 16h00

Photographies d’Auguste Belloc (BNF, département des estampes et de la photographie).

La Bibliothèque nationale de France a de quoi s’étonner : le catalogue de l’exposition sur son Enfer fait l’objet d’une censure au Japon. C’est du moins ce que l’on peut conclure de l’aventure arrivée à Yukio Nagashima, un journaliste et écrivain japonais, la semaine dernière. Passionné d’art et de culture en France, où il a effectué une partie de ses études, cet esthète commande le catalogue dans une librairie parisienne, qui indique sur le paquet la nature du colis : « catalogue de la BNF ».

Le courrier est intercepté. Voilà Yukio Nagashima convoqué par les douanes à l’aéroport de Narita, alors qu’il habite au sud de la baie de Tokyo. Explication : le livre est interdit d’entrée, parce qu’il contient des illustrations pornographiques.

« On va noircir les illustrations interdites »

Et pour cause : c’est tout l’objet de l’exposition « Eros au secret », visible à Paris jusqu’en mars (interdite aux moins de 16 ans). On y trouve 350 ouvrages, livres ou illustrations censurés à l’époque de leur publication, car « contraires aux bonnes moeurs »). Sur place, le dialogue s’instaure avec un fonctionnaire :

- « Vous allez détruire tout le livre ? - Non, on vous le rend, si vous acceptez qu’on noircisse les illustrations interdites… »

Figurent des estampes érotiques de grands maîtres japonais Utamaro et Kunisada, sont-elles interdites au Japon ?

- « Les dessins, ça va, mais pas les photos ! Celles-là sont interdites ! “

Méticuleux et d’une grande précision, l’honorable fonctionnaire trace au pinceau d’une huile pâteuse et noire le cadre qui convient à cacher l’innommable : des photos du XIXe siècle réalisées par le photographe Auguste Belloc…

Notre Japonais, lecteur assidu de Rue89, n’en revient pas :

‘Je me suis aperçu qu’on a noirci, pages 256 et 257, une photo du sexe d’une dame célèbre, puisqu’il a permis à Gustave Courbet de réaliser son tableau ’L’Origine du monde’, aujourd’hui au musée d’Orsay…’

A la BNF, les organisateurs de l’exposition s’étonnent, mais n’ont pas entendu parler d’autres cas. Pas plus que le service culturel de l’ambassade de France à Tokyo. Peut-on généraliser ? Cible-t-on particulièrement les documents venus de France ? ‘Il est rarissime que la censure intervienne pour un usage privé’

Romain Slocombe, photographe et écrivain (il vient de publier son nouveau polar, ‘Mortelle résidence’ aux éditions du Masque, est bien connu en France comme le meilleur expert de l’érotisme japonais sous toutes ses formes, notamment SM :

‘C’est souvent deux poids deux mesures dans ces histoires de censure. Dans les années 80 et 90, au Japon, il était interdit de montrer des poils sur les photos et les dessins. Mais cela s’est assoupli de nos jours. Cela ne veut pas dire qu’on voit des sexes béants, comme dans certaines revues en France. Mais ils sont toujours plus raides pour ce qui concerne ce qui vient de l’étranger.

Ceci dit, dans ce cas-là, c’est stupéfiant, car il est rarissime que la censure japonaise intervienne quand il s’agit d’un usage privé…’

Censure au pays du ‘monde flottant’, tolérance au-delà ? Voire. Le même Slocombe se souvient d’être arrivé il y a quelque temps à Waterloo Station à bord de l’Eurostar, avec dans son sac des BD mangas érotiques, vendues en librairie en France :

‘La douane volante britannqiue m’a saisi les livres. Après des palabres, on les a mis sous cellophane et promis de me les rendre à ma sortie du Royaume-Uni. Mais pas question qu’ils y entrent. Les BD m’ont été rendues à mon retour vers la France… Maintenant que j’y songe, la Grande-Bretagne est une île comme le Japon. Ceci explique peut-être cela…’

Lire aussi : L’Enfer de la BNF : ces livres que l’on cache sous le matelas

Photographies : clichés d’Auguste Belloc (BNF, département des estampes et de la photographie).

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  • A déménagé le 13-10-2012
    • Posté à 16h21 le 09/01/2008
    • Internaute 19357
      non connue

    Autant que je me souvienne des voyages de ma jeunesse ,les japonais n’aiment pas les poils et ils avaient une brigade de peintres de foufounes poilues pour censurer Play Boy and Co, quel boulot ! ! ! !

  • elle-vessia
    elle-vessia
    artiste visuelle
    • Posté à 16h42 le 09/01/2008
    • Internaute 15849
      artiste visuelle

    Dites donc, RUE59 : on ne ferait pas -par hasard- une concurrence au « NouvelObs » ?
    Je trouve votre article souligné par cette photo ou reproduction de peinture à la limite choquant, ça dérape et c’est gênant !
    Dommage !

  • A déménagé le 13-10-2012
    • Posté à 17h38 le 09/01/2008
    • Internaute 19357
      non connue

    Ben ,c’est un cul avec du poil ,quoi de plus naturel ? ? ? ?
    On devient c.. même chez nous ,regardez à la télé ,ils floutent les fesses des bébés ! ! ! !
    En Amérique même les toutes petites filles doivent avoir un haut à la plage .

  • Fabienne Gallaire
    Fabienne Gallaire
    Journaliste
    • Posté à 09h52 le 10/01/2008
    • Journaliste 24285
      Journaliste

    Je n’ai pas encore eu le temps d’aller voir l’exposition de BNF, et mon cursus biologiste me biaise peut-être, mais je trouve cette image bien plus anatomique que pornographique, et de plus instructive : cette dame en robe sévère qui se voile face de honte de montrer un organe ma foi discret à des fins documentaires...
    Dans les manuels scolaires de biologie d’aujourd’hui, les photos (quand on ne nous condamne pas aux dessins au pastel) représentent des adultes, nus, et regardant calmement l’objectif -quoique pas en position gynécologique, je l’admet-.
    Un mieux, non ?

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