Zoom avant

Dans son blog Zoom avant, Olivier De Bruyn observe principalement l'actualité du cinéma sous tous ses aspects : esthétique, économie, politique... Il aime aimer et, à l'occasion, ne pas aimer et le dire. Il ne s'interdit pas de fureter dans d'autres territoires quand l'envie lui en prend : télévision, musique, sport... 

La politique française à l'épreuve du rire et du sexe

Olivier De Bruyn
Journaliste
Publié le 13/11/2010 à 12h44

Deux films à l’affiche en novembre auscultent la chose politique dans l’Hexagone. Dans « Le Nom des gens » (sortie le 24), Michel Leclerc met en scène une jeune fille qui rééduque ses ennemis politiques par... le sexe. En prime, l’apparition d’un acteur nommé Lionel Jospin. Dans « Dernier étage, gauche, gauche » (en salles le 17), le néophyte Angelo Cianci pose sa caméra en banlieue et oublie les clichés.

Souvent vilipendé pour son manque d’implication sur la scène politique (un jugement un rien expéditif), le cinéma français se secoue et on ne voit aucune raison de ne pas s’en féliciter.

Après « Commissariat », le stimulant documentaire de Ilan Klipper et Virgil Vernier ; après « Potiche », la plaisanterie signée François Ozon qui met en scène l’agitation politique des 70’s et reluque (un peu) notre époque, deux films radiographient l’actualité avec une impertinence bienvenue.

En attendant, pour 2011, d’autres fictions consacrées à la chose publique -dont celle sur Sarkozy (« La Conquête », de Xavier Durringer, avec, dans le rôle-titre, Denis Podalydès)- voici deux bonnes raisons de fréquenter les salles dans les semaines à venir.

« Dernier étage, gauche, gauche » : mieux vaut en rire

Il bosse comme huissier et n’en est pas particulièrement fier. Il accomplit sa triste besogne un 11 septembre au matin dans une cité de Montigny et est pris en otage par deux habitants. Ces derniers, un père et son fils, ne s’entendent sur rien, mais partagent un mal-être identitaire du genre tenace. (Voir la bande-annonce)

La décomposition sociale et les crispations communautaires, les trafics et les maladresses (euphémisme) de la « force publique »... Dans « Dernier étage gauche gauche », son premier film, Angelo Cianci aborde des thèmes sévères, mais privilégie les situations inattendues et le ton de la comédie (façon cinéma italien de la grande époque).

Une bonne idée : dans le huis clos de l’appartement où les trois hommes s’apprivoisent tant mal que bien, comme à l’extérieur du HLM où s’agitent politiques locaux et membres du GIGN, le film touche juste dans sa description d’une certaine réalité contemporaine.

La banlieue et les quartiers dits difficiles n’ont pas toujours été « traités » avec subtilité par le cinéma hexagonal. Malgré ses hésitations formelles, « Dernier étage... » échappe aux grands discours pontifiants et aux clichés. Les prestations d’Hippolyte Girardot (l’huissier) et de Fellag (le père) ne gâchent rien au spectacle.

« Le Nom des gens », une histoire de patronyme et... de cul

Il s’appelle Arthur Martin (« comme celui des cuisines », répète-t-il). Il affiche une sage quarantaine, ne prend aucun risque dans sa vie. Rayon idéologie, ce garçon un rien corseté ne cède point aux sirènes de la mode. Plusieurs années après la funeste soirée du 21 avril 2002, Arthur Martin se prétend en effet toujours « jospiniste » et gère son petit matelas idéologique comme sa libido. Avec un puritanisme sans failles.

Mais un jou, Arthur Martin croise sur sa route une jeune fille (très) délurée qui lui propose illico d’aller faire un tour sous la couette. Elle, c’est Bahia Benmahmoud, née d’une maman baba et d’un papa algérien. Du haut de ses vingt-cinq piges, la Marilyn de banlieue prône le libertinage extrême, la fête des sens, la mise à mort du raisonnable, la bataille politique au pieu. (Voir la bande-annonce)

Une comédie ? Oui, absolument, mais une comédie qui rit avec des choses sérieuses. Qu’est-ce que l’identité nationale ? La pense-t-on et la vit-on de la même manière quand on s’appelle Martin et Benmahmoud ?

Dans « Le Nom des gens », Michel Leclerc, le cinéaste (dont c’est le vrai patronyme) évoque des thématiques peu frivoles avec un humour décapant de chaque scène. Il explique :

« Je porte un nom banal et, du coup, on ne me demande jamais de raconter mon passé et ma généalogie. Il en va bien sûr tout autrement quand on s’appelle Bahia Benmahmoud...

Réaliser une comédie sur le communautarisme et l’identité nationale, c’est évidemment un peu casse-gueule mais aussi très intéressant. Je trouve ça plus élégant que de sombrer dans la sinistrose. L’essentiel étant d’éviter le cynisme. »

Un coït vaut mieux qu’un long discours

Un des principaux ressort comique du film est niché côté Bahia, une fille très militante, côté gauche radicale. Pour convaincre les gens de droite d’abandonner leurs « odieuses croyances », elle y met du sien, vraiment du sien, rayon galipettes érotiques.

Un bon plan cul est plus efficace qu’un long discours, pense-t-elle. Le programme politique en vaut d’autres. Et Michel Leclerc, aux antipodes du machisme et des redoutables clichés sur les « filles faciles », se garde bien de dépeindre son héroïne d’un seul trait manichéen. Le réalisateur raconte :

« Je fais partie de la génération sida. J’ai toujours été fascinée par la génération soixante-huitarde, qui pratiquait avec une même liberté apparente l’activisme politique et le sexe. J’ai eu envie de plonger un personnage de ce genre en 2010. Vu le contexte, évidemment, elle se fait remarquer. »

Un bonus : le casting. Les deux héros épatants sont en effet interprétés par des comédiens qui ne le sont pas moins : Sara Forestier et Jacques Gamblin, convaincants comme ils ne l’ont pas été depuis des lustres. Et ils ne sont pas les seuls à réjouir puisque le film réserve une surprise de taille avec la présence, dans son propre rôle, de... Lionel Jospin, venu présentement s’amuser avec son image et son statut.

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  • ecor1
    ecor1
    sur le fil
    • Posté à 13h25 le 13/11/2010
    • Internaute 25388
      sur le fil

    Ca a l’air bien tout ca...

  • Serge77
    Serge77
    Informaticien
    • Posté à 13h44 le 13/11/2010
    • Internaute 66577
      Informaticien

    Voilà apparemment 2 beaux films pour nous distraire en cette fin d’année.

    Par contre pour 2011 « la conquête » de mickey, je m’abstiendrai. Assez vu le guignol !

    je vais plutôt attendre 2012 pour « la débâcle de mickey »

  • Karavi
    Karavi
    imaginatrice
    • Posté à 14h11 le 13/11/2010
    • Internaute 113192
      imaginatrice

    Désolée ...
    Je n’aime pas trop le genre comédie bien débile à la franchouillarde...
    Ce n’est pas du tout le genre d’ « humour “ que j’apprécie ...
    J’aime le cinéma plus subtil ...

    • A déménagé le 18-1
      • Posté à 14h20 le 13/11/2010
      • Internaute 116615
        bc

      Vous avez vu ces 2 films ?
      C’est tout le problème de commenter les articles sur les spectacles sur la Rue. Ils en parlent avant, ca nous donne envie ou nous décourage, et si on va voir quand même, on ne pourra plus les commenter puisque cette rubrique sera fermée...
      Les préjugés que l’on peut porter sur un scénario, des acteurs ou des réalisateurs n’ont donc aucune valeur si ce n’est ne mettre en valeur nos propres pré supposés.

      • Karavi
        Karavi répond à A déménagé le 18-1
        imaginatrice
        • Posté à 14h56 le 13/11/2010
        • Internaute 113192
          imaginatrice

        Je n’ai pas vu les films , j’ai vu la bande annonce.
        Pour « le nom des gens “ je pense que c’est assez moyen...
        Pour ‘dernier étage gauche , gauche ,’ j’ apprécie assez Lucchini,,j’ai peut -être donc parlé un peu vite , mais on nous montre tout de suite de la violence , des flics ; et aller au cinéma pour retrouver les actualités n’est pas forcément réjouissant ...

         
        • Chele
          Chele répond à Karavi
          • Posté à 23h02 le 13/11/2010
          • Internaute 15104

          Citation :
          « Pour Dernier étage gauche, gauche, j’apprécie assez Lucchini, j’ai peut-être donc parlé un peu vite... »

          Un peu vite, oui.
          Pauvre Hippolyte Girardot.

          • Karavi
            Karavi répond à Chele
            imaginatrice
            • Posté à 23h22 le 13/11/2010
            • Internaute 113192
              imaginatrice

            Yes , you ’re right ! It is that I wanted to say ...

        2 autres commentaires
    • Karavi
      Karavi répond à Karavi
      imaginatrice
      • Posté à 14h35 le 13/11/2010
      • Internaute 113192
        imaginatrice

      Bien sûr , vous n’êtes pas d’accord , mais lorsque vous aurez vu ces films, si 60 %des gens disent avoir été déçus , vous changerez peut -être d’ avis...attendez de voir !
      D’après la bande annonce , cela me semble très moyen ...

    • shikungungna
      shikungungna répond à Karavi
      enseignant
      • Posté à 15h10 le 13/11/2010
      • Expert 132945
        enseignant

      Réaction absurde : j’ai vu les deux films. Le nom des gens est un petit bijou d’intelligence et de subtilité et Dernier étage gauche gauche est un film certes plus frontal mais avec un fond, un humour dévastateur et des vrais interrogations sur les relations humaines et le langage dans notre société. Les deux films enfin ont en commun de parler des à-priori imbéciles suivant lesquels on juge les choses sans les connaître : en ce sens il vous concerne directement…

      • Karavi
        Karavi répond à shikungungna
        imaginatrice
        • Posté à 16h35 le 13/11/2010
        • Internaute 113192
          imaginatrice

        Votre avis sur ces films est intéressant , mais il vous est propre.
        Bien sûr , il faut avoir vu un film pour pouvoir en faire la critique ...

        Ma « réaction absurde » est une réaction tout simplement, pas plus absurde que si je m’enthousiasmais pour imiter les autres ou que je suivais le troupeau ...J’ai mes propres goûts cinématographiques et , d’instinct , je ne me précipiterai pas dans une salle de cinéma ...

        Et peut - on parler d’ « à priori imbéciles » pour l’intérêt que l’on porte ou non à un film ?
        C’est peut-être un peu vous qui en avez ,des à priori ,contre moi qui ne rentre justement pas dans un moule ...

        Allez ! Sans rancune !

         
        • Tariec
          Tariec répond à Karavi
          « Radio Paris ment », « Radio (...)
          • Posté à 16h49 le 13/11/2010
          • Internaute 37287
            « Radio Paris ment », « Radio (...)

          « (...)d’instinct , je ne me précipiterai pas dans une salle de cinéma ... »

          Idem pour moi, surtout du coté du cinéma français (et US).
          « La femme, le mari, l’amant et le/la psychanalyste », on en bouffe depuis 20 ans.

          Et puis si c’est effectivement pour retrouver dans une salle obscure la vraie des vraie gens, à certains moment, ça peut gonfler ces comédies sociales !

          La miss Forestier, c’est la fille de Maxime ?
          Car ça aussi c’est pénible coté cinéma (voire musique) français : « les fils et filles de... »

          • shikungungna
            shikungungna répond à Tariec
            enseignant
            • Posté à 21h56 le 13/11/2010
            • Expert 132945
              enseignant

            Vous avez raison, allez voir des films sur les poissons, les baleines ou n’importe quel autre documentaire animalier : vous ne serez pas déçu.
            @Karavi, les animaux vous surprendront car vous ne saurez jamais s’ils galoperont vers la gauche ou plongeront vers la droite : car eux comme vous se croient libre et ont la certitude de n’entrer dans aucun moule.
            @Tariec : les animaux vous dépayseront de toutes les problématiques humaines qui semblent tant vous ennuyer -ainsi que les problèmes « des vrais gens » qui vous enquiquinent autant.

            Cinéphiliquement votre et sans rancune non plus.

            PS : Je vous rassure, Sarah Forestier n’est pas la fille de Maxime Le Forestier. Malgré tout, c’est une fille de… : c’est forcément la fille de son père et de sa mère. Quand bien même elle aurait demandé à choisir, elle n’aurait pas pu.

            • Tariec
              Tariec répond à shikungungna
              « Radio Paris ment », « Radio (...)
              • Posté à 14h12 le 14/11/2010
              • Internaute 37287
                « Radio Paris ment », « Radio (...)

              C’est vrai : entre les films réalistes et les animaux, il n’y a strictement rien.

              Quand on nage, par mon job entre autres, dans les problématiques sociales des plus en galéres de ce pays, 40h00 semaine et pas mal de Wend en plus, on a parfois envie de se libérer la tronche par du réve. C’est tellement difficile à comprendre ?

              Haaa les nuances...

            • Karavi
              Karavi répond à shikungungna
              imaginatrice
              • Posté à 15h01 le 07/11/2011
              • Internaute 113192
                imaginatrice

              Ha, on peut répondre !
              En recherchant dans l’historique, je tombe sur ce vieux débat, pour lequel vous avez spécialement ouvert un compte pour vous opposer à moi - c’est votre droit- ; mais ce compte, vous ne l’avez jamais utilisé par la suite !
              Et vous vous êtes topé, comme un individu satisfait de lui même, et tellement convaincu de détenir la vérité absolue ! ! !

              « des vrais interrogations sur les relations humaines et le langage dans notre société. “
              C’est un copié-collé de vous.
              Sachez, monsieur qu’aux interrogations que vous vous posez, d’autres ont peut-être découvert les réponses depuis longtemps...

              Prof de quoi, déjà ? ? ?

        4 autres commentaires
  • Yoshitslc
    Yoshitslc
    Journaliste
    • Posté à 14h47 le 13/11/2010
    • Journaliste 114900
      Journaliste

    C’est de la merde, mélanger comme ça partouze et politique, ils ne peuvent pas faire les choses dans l’ordre ?

    • Waldeck
      Waldeck répond à Yoshitslc
      Vivement dimanche 20 mai 2012 ! (...)
      • Posté à 18h12 le 13/11/2010
      • Internaute 36864
        Vivement dimanche 20 mai 2012 ! (...)

      - » ....mélanger comme ça partouze et politique,... »

      Exemple, Juppé :

      « j’espère démontrer (aux Bordelais) que je peux faire les deux choses ». L’ancien premier ministre n’a pas précisé de quel ministère il prendrait la tête.

  • Camille
    Camille
    Mauvais genre
    • Posté à 16h20 le 13/11/2010
    • Internaute 48427
      Mauvais genre

    Très envie d’aller voir le nom des gens : -)

  • plexification
    • Posté à 17h09 le 13/11/2010
    • Internaute 130985
      sans

    Le film ne me tente pas.
    Par contre je pense qu’il pourrait être intéressant de montrer ce film à des jeunes filles participant aux soirées « politiques » de Berlusconi.D’autre part il serait aussi charmant d’inviter des membres de the church of satan, qui oeuvre -soit disant- surtout pour la légalisation des partouzes.Je ne parle même pas de l’extrême gauche radicale car, tout le monde le sait, la femme n’a pas de clef à son vagin : elle est pour tous.
    Je pense que faire venir des femmes qui ont manifesté pour leur droit au Bénin serait aussi percutant.
    Non la bite n’est pas la parole.

    • plexification
      plexification répond à plexification
      sans
      • Posté à 17h13 le 13/11/2010
      • Internaute 130985
        sans

      Je voulais rajouter un mot après politique :
      Non la bite n’est pas parole politique.

      Je pense que l’on est dans une sacralisation totale du sexe comme énergie, fusion..au même titre que l’animalité.Effectivement cette idéologie concerne beaucoup les radicaux ruraux..versant dans le naturalisme paganiste.
      Il est dommage que l’article ne se soit pas plus attaché à montrer en quoi l’humour était présent plutôt qu’à défendre...sa bite !

    • francois9
      francois9 répond à plexification
      student
      • Posté à 12h37 le 15/11/2010
      • Internaute 80619
        student

      Merci beaucoupLien

  • MyriamA
    MyriamA
    reconnaissante
    • Posté à 22h10 le 13/11/2010
    • Internaute 124808
      reconnaissante

    Je sors d’une projection de Potiche, le dernier Ozon et je me sens donc parfaitement legitime pour donner mon avis.
    Depardieu en depute-maire communiste de Sainte-Gudule a la fin des années 70, ca fait vraiment regretter les shows de Georges Marchais a la tele.
    Le film parle de bien plus de sujets que de la politique stricto sensu, mais les dialogues sont tres droles et il y a cette legerete des comedies americaines des années 60 qui en fait un moment tres agreable.

  • jmc06
    jmc06
    chasseur de gorille
    • Posté à 22h22 le 13/11/2010
    • Internaute 75030
      chasseur de gorille

    pas b’soin d’aller au cinoche,tous les jours ont a l’film basé sur des faits réels

    et quels faits ! !

  • dad85
    dad85
    Retraité
    • Posté à 08h40 le 14/11/2010
    • Internaute 132992
      Retraité

    Je n’ai pas encore vu ces films,mais d’après les commentaires ce n’est pas terrible.

    • milo93
      milo93 répond à dad85
      chômeur
      • Posté à 13h51 le 14/11/2010
      • Internaute 133020
        chômeur

      Moi j’irai voir les 2 ! Entre d’un côté la parole d’un journaliste qui a vu les films, qui engage son nom et qui me dit que c’est deux bons films et de l’autre côté les commentaires infondés (aucun n’a vu les films !), qui signent sous pseudos et qui ne cherchent qu’un espace de défouloir, j’ai choisi mon camp !

  • A déménagé le 10-11-2011
    • Posté à 13h09 le 14/11/2010
    • Internaute 124772
      -

    -Comment faire pour parler de la police dans le cinéma français ?
    -Tu mets des z’arabes dedans
    -Oui,mais la police elle a rien fait
    -.... ?
    -.... !

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