Zoom avant

Dans son blog Zoom avant, Olivier De Bruyn observe principalement l'actualité du cinéma sous tous ses aspects : esthétique, économie, politique... Il aime aimer et, à l'occasion, ne pas aimer et le dire. Il ne s'interdit pas de fureter dans d'autres territoires quand l'envie lui en prend : télévision, musique, sport... 

Lioret, Guédiguian : comment ça va la France ?

Olivier De Bruyn
Journaliste
Publié le 07/11/2011 à 10h49

A gauche, « Toutes nos envies » de Philippe Lioret, sur la question brûlante du surendettement. A droite (si l’on ose dire), « Les Neiges du Kilimandjaro » de Robert Guédiguian, sur le social en miettes. Résultat : deux films importants sur la France comme elle va mal.

Deux ans et des poussières après « Welcome », le film sur la « jungle » de Calais qui fit sortir Eric Besson de ses gonds, Philippe Lioret effectue son retour sur les écrans avec « Toutes nos envies ». Un film où il adapte très librement Emmanuel Carrère (« D’autres vies que la mienne »), retrouve Vincent Lindon et, surtout, met en scène une nouvelle fois la réalité contemporaine de la France.

Elle s’appelle Claire et, l’idéalisme en bandoulière, officiie depuis peu dans un tribunal de Lyon. Il s’appelle Stéphane, ne se fait plus d’illusions sur son boulot, et travaille dans les mêmes lieux.

Bientôt, un dossier brûlant les réunit. Celui d’une femme, Céline, qui ne peut plus faire face à la situation de surendettement dans laquelle elle est engluée.

Patiemment, Claire et Stéphane reprennent son dossier, luttent contre les sociétés de crédit à la consommation qui, en toute conscience, jettent les particuliers comme Céline dans des gouffres sans fond.

Combat pour la justice et contre la maladie

A leur combat judiciaire s’adjoint une lutte intime féroce. Claire, en effet, est affligée d’une maladie mortelle. Et, pour des raisons aussi personnelles que politiques, il convient donc pour les deux protagonistes de faire vite, très vite même.

Avec un tel sujet, beaucoup de cinéastes se seraient pris les pieds dans le tapis double épaisseur de la dissertation en images et du chantage au pathos. Philippe Lioret, avec une belle élégance, évite tous les pièges.

Le cinéaste dynamite la sensiblerie et, au plus près des ses deux personnages qui s’inventent un lien inédit, met en scène leur guerre contre un ennemi aux multiples visages.

Dans la lignée de « Welcome », en plus intimiste, Lioret continue surtout de filmer la France comme peu de cinéastes populaires de son statut le font. En ne cédant rien aux lois du spectacle et en privilégiant des sujets qui renvoient à l’actualité désastreuse. « Toutes nos envies » ou la crise à hauteur d’homme ? Il y a de ça…

Guédiguian retrouve ses camarades

Depuis trente ans, Robert Guédiguian et sa troupe (Ariane Ascaride, Jean-Pierre Darroussin, Gérard Meylan…) reviennent fréquemment à Marseille, dans le quartier de l’Estaque, histoire d’observer la marche claudicante du monde et ce qu’il reste des idéaux d’hier.

Aujourd’hui, quoi de neuf ? La première scène des « Neiges du Kilimandjaro » donnent le triste la. Des syndicalistes tirent au sort ceux qui, parmi eux, vont prendre la porte de leur usine. Michel (Darroussin) en est. Du jour au lendemain, le quinqua doit donc s’inventer une nouvelle vie avec sa femme, ses mômes, ses potes…

Bientôt, un événement jette encore un peu plus de confusion dans son existence. Michel se fait braquer chez lui par des types encagoulés qui prennent la poudre d’escampette avec portables, cartes de crédit et quelques centaines d’euros.

Le pire reste à venir. Et il vient rapidement. Celui qui a organisé le braquage est un ex de l’usine, qui ne savait plus quoi faire pour boucler ses fins de mois.

Bande-annonce des « Neiges du Kilimandjaro »

Et le film – lointainement inspiré d’un poème de Victor Hugo (« Les Pauvres gens ») – de mettre en scène les multiples conflits (psys et politiques) de personnages qui ont toujours cru en certaines valeurs (celle de la « vraie » gauche) et qui sont contraints de les soumettre à l’épreuve du réel contemporain. Une sale gueule, le réel.

Que reste-t-il de la conscience de classe ? Quid du « vivre ensemble » et de la croyance en des lendemains meilleur ? Que faire de son idéal politique ? Sans jamais perdre de vue ses beaux personnages (admirablement interprétés, comme toujours chez Guédiguian), le cinéaste, dans « Les Neiges du Kilimandjaro », reluque l’émiettement social dans le blanc des yeux. Et, ce faisant, signe l’un de ses films les plus forts (bonne nouvelle pour le cinéma) qui est aussi l’un de ses plus tristes (mauvaise nouvelle pour l’époque).

En attendant « Une vie meilleure »…

Après l’excellent « De bon matin », de Jean-Marc Moutout, il y a un mois, « Toutes nos envies » et « Les Neiges… » confirment que le cinéma français à vocation populaire (définitivement pas un gros mot) n’est pas voué aux comédies inoffensives et aux bluettes sans conséquence.

Lioret et Guédiguian ne sont heureusement pas les seuls. Le 4 janvier 2012, sortira en effet sur les écrans « Une vie meilleure », le nouveau film admirable de Cédric Kahn, qui, lui aussi, traite du surendettement. Une fiction nerveuse, implacable qui inaugurera l’année présidentielle comme il se doit…

Bande-annonce d’« Une vie meilleure »

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Infos pratiques
"Toutes nos envies", "Les Neiges du Kilimandjaro"
Deux films de Philippe Lioret et de Robert Guédiguian

«  Toutes nos envies  » sort le 9 novembre dans 63 salles. «  Les Neiges du Kilimandjaro  » sort le 16 novembre dans 41 salles. «  Une vie meilleure  », de Cédric Kahn, sort le 4 janvier.

  • 12875 visites
  • 15 réactions
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  • Spike Tarantino
    Spike Tarantino
    etudiant
    • Posté à 11h29 le 07/11/2011
    • Internaute 102957
      etudiant

    Je suis allé voir le film de Lioret en avant première. Je trouve votre critique tout à fait juste. Ce n’est pas un film qui fait chialer mais qui fait réfléchir. En plus tourné en pellicule comme à l’ancienne et non en vidéo ; décidément un grand cinéaste.

    • Redroom
      Redroom répond à Spike Tarantino
      La V2, une grosse merde.
      • Posté à 11h39 le 07/11/2011
      • Internaute 23589
        La V2, une grosse merde.

      « mais qui fait réfléchir »

      Mais ce sont toujours les mêmes que ces films font réfléchir, ceux qu’ils devraient influencer préfèrent aller voir « transformers 18 » ou Saw 6... : -)

    • Spiripotain
      Spiripotain répond à Spike Tarantino
      promeneur écoutant
      • Posté à 22h18 le 07/11/2011
      • Internaute 49037
        promeneur écoutant

      C’est vrai qu’en film, c’est vachement mieux ! Pourquoi, au fait ?

  • PaulTron
    PaulTron
    Ce champ sera visible par tous (...)
    • Posté à 14h04 le 07/11/2011
    • Internaute 168564
      Ce champ sera visible par tous (...)

    c’est chiant ces critiques le lundi. Le temps que l’on puisse voirles films, le fil sera fermé et perdu dans les brumes de la V2.
    Attendez au moins que l’on voit les films.

    Je parlerai donc seulement de l’Exercice de l’Etat avec Olivier Gourmet, qui vaut le détour, surtout pour ceux qui n’aiment pas les politiques !

    • pelicano
      pelicano répond à PaulTron
      intermittent
      • Posté à 14h24 le 07/11/2011
      • Internaute 156246
        intermittent

      c’est fait exprès ça fait depuis le début que je le dis, ils veulent pas se faire esquinter nos journalistes, alors vaut mieux que la chronique disparaisse avant...ceci dit le Lioret à l’air pas trop mal...mais celui qui plus haut s’extasie « ouahou, en plus c’est de la pellicule pas de la vidéo ! » comme si il était capable de faire la différence entre du Panavision numérique et du 35 argentique...enfin ptét bien que oui, mais bon, j’ai des doutes, surtout ayant vu quelques minutes du film...bref.
      La V2 garde les inconvénients de l’ancienne version et en rajoute une grosse couche, mais quand à savoir pourquoi, ça ! pas possible d’avoir une réponse...

    • Fantomax
      Fantomax répond à PaulTron
      escroc
      • Posté à 17h56 le 07/11/2011
      • Internaute 157606
        escroc

      Moi j’ai vu hier la Grande Vadrouille.
      Vachement bien, hein.

  • DeSuisse-
    DeSuisse-
    Je pense donc je gêne !
    • Posté à 15h38 le 07/11/2011
    • Internaute 101756
      Je pense donc je gêne !

    Du bien beau cinéma citoyen ! et politique !

    180’000 dossiers d’endettement par an . 55% sont sans personnes à charge et 65% des personnes seules. Aggravation du nombre de dossiers dû à des difficultés familliales (séparation, divorce, décès)... (source : Lien).

    Le problème est important mais loin d’être un raz de marée.

    Les structures mises en place et singulièrement la commission de surendettement et ses mesures imposées tant à l’endetté qu’au bailleur sont un bon filet social.

    • Saba
      Saba répond à DeSuisse-
      • Posté à 09h09 le 08/11/2011
      • Internaute 9356

      Comme toujours le sparadrap après l’accident comme si il ne valait pas mieux agir en amont . Je trouve cela totalement incroyable qu’existent des sociétés qui prêtent ( à des taux usuraires) à des pauvres pour leurs dépenses courantes . Cela masque un temps la pauvreté mais cela finit par faire boule de neige et c’est la catastrophe .....pour les individus.... car les sociétés en question vont très bien , merci pour elles . Finalement ces sociétés qui ont pignon sur rue , ce n’est pas autre chose que les usuriers des romans du 19ème .....

  • Cannibal Ferox-
    Cannibal Ferox-
    mangeur de chouineur
    • Posté à 22h13 le 07/11/2011
    • Internaute 159072
      mangeur de chouineur

    Vous avez vu le film de Cédric Kahn ? C’est plus de la preview, c’est du piston.

  • Spiripotain
    Spiripotain
    promeneur écoutant
    • Posté à 22h20 le 07/11/2011
    • Internaute 49037
      promeneur écoutant

    Et que pense Mr Guédiguian des conditions faites aux intermittents dans sa propre boîte de production ?

  • Goetz
    Goetz
    Être supérieur
    • Posté à 23h29 le 07/11/2011
    • Internaute 125682
      Être supérieur

    Et après on s’étonne que les Français soit si pessimiste. C’est pas en faisant des films sur des perdants que l’on donnera l’envie aux français de consommer, de se surpasser et d’entreprendre.
    A quand un film sur un entrepreneur qui a réussi a construire un empire ? Jamais parce que tous les réalisateurs français sont des bobos gauchiste

    • Saba
      Saba répond à Goetz
      • Posté à 09h15 le 08/11/2011
      • Internaute 9356

      Les Français , pessimistes ...
      Quelle horreur , ils n’ont vraiment pas la fibre nationale.... On délocalise leur usine , et ils se retrouvent à 55ans au chômage en sachant qu’ils auront du mal à retrouver du travail et ils n’ont pas le moral ? Au contraire , ils devraient se réjouir qu’il y ait en France des entreprises dynamiques qui voient grand en s’installant à l’étranger pour exploiter plus confortablement la main d’oeuvre ......

    • kri
      kri répond à Goetz
      citoyen
      • Posté à 17h23 le 08/11/2011
      • Internaute 54475
        citoyen

      C’est vrai çà, ils pourraient faire des films à la gloire du libéralisme triomphant, des gagnants, des killers et des tueurs qui créent de la richesse pour tous, ils devraient positiver, se surpasser, s’inspirer du newage, du 3e Reich ou de la Pravda mais surtout pas faire des films réalistes qui font bobo aux pov’ptits bizounours comme Goetz qui rêvent d’une France belle comme dans les bandes dessinées d’avant guerre pour les 4-6 ans. Allez, couché !

  • jmc06
    jmc06
    chasseur de gorille
    • Posté à 10h46 le 08/11/2011
    • Internaute 75030
      chasseur de gorille

    pour l’instant vous le voyez au cinoche

    mais peut ètre que vous en serez un jour les acteurs
    ce que je ne vous souhaite pas bé sur

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