Zoom avant

Dans son blog Zoom avant, Olivier De Bruyn observe principalement l'actualité du cinéma sous tous ses aspects : esthétique, économie, politique... Il aime aimer et, à l'occasion, ne pas aimer et le dire. Il ne s'interdit pas de fureter dans d'autres territoires quand l'envie lui en prend : télévision, musique, sport... 

Après « The Artist » et « Intouchables », le succès d'un cinéma atypique ?

Olivier De Bruyn
Journaliste
Publié le 21/11/2011 à 16h42

« La crise, c’est tout bon pour le cinéma », dit la légende. Les chiffres du box office prouvent que le cliché n’est pas complètement infondé. Et, derrière le triomphe de « Intouchables », les surprises sont nombreuses. De bonnes surprises.

Le cinéma comme antidote à la crise ? Il y a de ça… La rigueur a beau être de rigueur (et le prix d’une place de cinéma être ce qu’il est), les salles ne désemplissent pas, merci pour elles.

Premier bénéficiaire : le phénomène « Intouchables », qui a déjà séduit 5 millions de spectateurs (selon Le Film français) et s’apprête à succéder aux « Petits mouchoirs » de Guillaume Canet, star de la saison 2010, au titre d’événement sociologique du cru 2011.

Au menu : la rencontre forcément « cocasse » et « touchante » entre deux types que tout oppose a priori : un Black de banlieue (Omar Sy) et un richissime tétraplégique (François Cluzet). Au final : des bons sentiments en rafale, un succès qui renseigne sur les états d’âme de la France d’aujourd’hui et une comédie consensuelle écrite avec un incontestable talent. Ce qui n’est (vraiment) pas rien quand on sait à quelle sauce indigeste la catégorie est souvent cuisinée du côté de chez nous.

Bande-annonce de « Intouchables »

Mais la comédie, toujours portée aux nues quand tout va mal dans la vraie vie, n’est pas le seul genre à profiter de l’engouement pour le cinéma.

« Intouchables », quoi d’autre ?

Les films « qui marchent », comme on dit, se bousculent au portillon et, bonne nouvelle, les plus importants succès du moment, quel que soit leur registre, échappent en général aux règles du formatage et du prêt-à-regarder.

Les franchises anciennes (« Twilight ») ou en devenir (« Tintin ») ne sont pas en effet pas les seules à réjouir les multiplexes et les vendeurs de pop-corn. D’autres titres, dont la production ne fut pourtant en rien une partie de plaisir, séduisent le bien connu « grand public », ce dernier prouvant une fois de plus qu’il apprécie autre chose que les fictions mitonnées par et pour les chaînes de télévision.

En tête de liste, « Polisse », de Maïwenn, dont on peut penser ce que l’on veut, mais qui échappe aux clichés du film de genre made in France en optant pour un réalisme cru qui regarde certains aspects de l’époque dans le blanc des yeux. Résultat : 2 millions d’entrées en quatre petites semaines.


« The Artist » de Michel Hazanavicius, avec Jean Dujardin, octobre 2011 

En deuxième position, « The Artist » (1,5 million en cinq semaines). Un film muet, en noir et blanc, qui, certes, n’aurait jamais vu le jour sans la présence tout en haut de la distribution du très populaire Jean Dujardin, mais ne répond en rien aux lois usuelles de la production dans l’Hexagone.

Deux films qui réuniront plus de spectateurs que les deux versions de « La Guerre des boutons » (1,5 million d’entrées chacun), obéissant pourtant à des schémas plus orthodoxes.

Dans le même temps – signe parmi d’autres que « les lignes bougent » – des films pourtant promis au triomphe affichent des chiffres décevants. En premier lieu : « On ne choisit pas sa famille », de Christian Clavier, avec lui-même, Muriel Robin et Jean Reno, qui rassemble moins de spectateurs dans sa première semaine d’exploitation que « Polisse », dans sa quatrième ! Et, par ailleurs, se fait hacher menu par « Mon pire cauchemar », d’Anne Fontaine, comédie nettement plus ambitieuse et incorrecte sortie le même jour (370 000 entrées pour la seconde, contre 230 000 pour la première, malgré une combinaison de salles supérieure).

La marge au centre ?

Mieux : côté outsiders, les (bonnes) surprises se ramassent à la pelle. Des films ambitieux, ne rentrant aucunement dans la case « divertissement et audimat », remplissent les salles.

« L’Exercice de l’Etat », l’excellent précipité politique de Pierre Schoeller porté par Olivier Gourmet séduit 350 000 spectateurs en trois semaines et rappelle que l’ambition n’est pas forcément punie au box-office.

« Et maintenant on va où ?  », de Nadine Labaki, sur les crispations communautaires au Liban et « Le Cochon de Gaza », de Sylvain Estibal, farce corrosive sur le conflit israélo-palestinien, deux films « sans casting », comme on dit, rassemblent respectivement 350 000 et 250 000 spectateurs.

Des triomphes pour des films de ce genre, qui viennent s’ajouter à ceux des deux surprises de l’année : « Une séparation », de l’Iranien Asghar Farhadi (920 000 entrées) et « La Guerre est déclarée » de Valérie Donzelli (832 000 entrées), produit, rappelons-le, sans l’appui d’aucune chaîne de télévision.

L’excellent démarrage des « Neiges du Kilimandjaro “ , le nouveau film de Robert Guédiguian (sorti mercredi), va dans le même (bon) sens.

Et maintenant, quoi ?

Faut-il en conclure que tout va pour le mieux au pays du cinéma libre et indépendant ? Certes non.

Dans les premiers maillons de la chaîne (production), financer des projets atypiques ne relève évidemment pas de l’évidence. Et les succès conséquents des films sus-cités, s’ajoutant à beaucoup d’autres il y a moins d’un an, ne suffira probablement pas à inverser les voies du conformisme. Qui n’est pas la garantie du succès commercial, loin s’en faut.

Dans les derniers maillons de ladite chaîne (distribution-exploitation), les succès de nombreux films à l’affiche posent problème pour les nouveaux arrivants. Cas d’école : ‘ Nuit Blanche ’, le polar avec Tomer Sisley, Joey Starr et Julien Boisselier, qui n’a pu être accueilli que sur… deux écrans à Paris mercredi dernier, les films français en tête du box-office continuant obstinément à squatter les salles et empêchant ce faisant leurs petits camarades de vivre leur vie.

Production, distribution, exploitation… Comment dire ? Le combat continue.

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  • PaulTron
    PaulTron
    Ce champ sera visible par tous (...)
    • Posté à 17h03 le 21/11/2011
    • Internaute 168564
      Ce champ sera visible par tous (...)

    Il y a aussi le dernier film posthume de Philippe Noiret à l’Accatone à Paris.
    Pour ce brave Clavier, son bide était prévisible et c’est même une excellente nouvelle pour le cinéma français.

  • A déménagé le 13-02-2012
    • Posté à 19h35 le 21/11/2011
    • 175908

    le film de Guédiguian est très bon. Vu hier. C’aurait pu être l’adaptation des gens de peu, de Sansot, dans l’esprit de feu ce philosophe ou d’un Izzo.
    On voit une frange de la population, pas la plus visible habituellement sur les chaînes ou alors, dans son indigeste caricature (style Plus belle la vie ou l’horrible Clavier).
    Là c’est la population des chômeurs des prétretraités des syndicalistes, qui vivent comme ils peuvent, sont revenus de quelques illusions, mais restent vivants. Or un soir un couple se fait braquer par des gens du même milieu, pas doré sur tranche. Ils découvrent rapidement le pot aux roses : un voyou est expédié au trou. Le couple (Ascaride et Darroussin, excellents) finit par saisir ce qui a conduit le braqueur à faire ça, s’intéresse au contexte de son geste, à son histoire, et à sa famille. Guédiguian montre des gens intelligents, qui ont du recul sur eux-mêmes, sur l’état des choses, d’autres qui en ont moins, du recul (la tentation du talion, chez cet acteur très bon, Meylan) et qui, au total, se révèlent tous très fréquentables, et émouvants, contrairement aux tristes caricatures des séries de Tf1 mimant la réalité, offertes en pâté à un public infantilisé. Ici c’est l’exact opposé de ces personnages vides et nuls, tels que des promauteurs se représentent ceux de la vraie vie, ou voudraient qu’ils soient, selon l’audimat, sans scrupules. De plus la photo et la musique sont impeccables. En sarkozie, ça fait pas de mal...

  • A déménagé le 04-03-2012
    • Posté à 21h10 le 21/11/2011
    • Internaute 89071
      non connue

    Intouchables, c’est un film nian nian à souhait et hyper convenu. Déjà vu 1000 fois, le scénario est facile à résumer sans l’avoir vu (ni même la BA, promis juré) :

    Première partie : rencontre entre deux personnages que tout oppose
    Deuxième partie : malentendus, quiproquos appuyé par des stéréotypes
    Troisième partie : élément inattendu avec naissance d’une complicité, d’une amitié
    Quatrième partie : meilleurs amis du monde

    C’est la même recette que les Ch’tis.

    Atypique, vous dîtes ?

  • Meryperry
    Meryperry
    Noctoplasme
    • Posté à 08h59 le 22/11/2011
    • Internaute 68410
      Noctoplasme

    On dit un Noir de banlieue

  • Jean_Karl
    Jean_Karl
    Rasta-quouère désabusé
    • Posté à 11h55 le 22/11/2011
    • Internaute 130805
      Rasta-quouère désabusé

    Argh, les pauvres majors, le cinéma en crise toussa toussa
    Écartelons les pirates et téléchargeurs !
    On ne choisi pas sa famille, encore une victime d’internet.

  • tatane75
    tatane75
    Trader à la SGAM
    • Posté à 15h54 le 22/11/2011
    • Internaute 136061
      Trader à la SGAM

    Faire le paris de l’intelligence, quel audace !
    Mais alors, il resterait encore quelques neurones en éveil.
    Vite rendez nous Christian Clavier !
    Si les gens commencent a penser au lieux d’avaler un scénario pré-maché ... Ca va affoler les marchés !

    • A déménagé le 13-02-2012
      • Posté à 19h04 le 22/11/2011
      • 175908

      je sais pas si c’est le pari audacieux de l’intelligence mais montrer des gens capables de « s’élever au-dessus des conditions subjectives du jugement, auxquelles beaucoup se cramponnent, et réfléchir sur son propre jugement à partir d’un point de vue universel - qu’on ne détermine qu’en se plaçant au point de vue d’autrui », comme disait l’autre, c’est déjà pas si mal : -) et c’est un peu ce que font les gens qu’on voit dans le film de Guédiguian. Après, les marchés, ils s’assoient dessus c’est sûr

  • Keldan
    Keldan
    Now future & karpe diem
    • Posté à 17h01 le 22/11/2011
    • Internaute 5164
      Now future & karpe diem

    « ne répond en rien aux lois usuelles de la production dans l’Hexagone »
    Y’a pas de femme à poil ? Les personnages passent pas 90% de leur temps à essayer de baiser ?
    Pour moi, les voilà les lois usuelles du films français... quoi que la seconde est assez internationale. Mais la première, c’est LA french touch.

    Enfin je trouve la question du titre un peu con. Le but de voir un nouveau film, c’est justement de voir quelque chose qu’on a pas déjà vu.
    Certes on peut regarder un film qui donne l’impression de l’avoir déjà vu dix fois (et même les films à deux balles doivent faire preuve d’innovation), mais c’est un truc qu’on se garde dans la catégorie téléchargement un soir où l’on est trop déchiré pour jouer.
    Quand on doit débourser 10€ pour mater un film, on essaye justement d’aller voir des trucs qui changent.

  • A déménagé le 9-4-2012
    A déménagé le 9-4-2012
    Explore l'indéterminé
    • Posté à 19h02 le 22/11/2011
    • Internaute 22643
      Explore l'indéterminé

    Quand on est miséreux, on se contente de peu.

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