Zoom avant

Dans son blog Zoom avant, Olivier De Bruyn observe principalement l'actualité du cinéma sous tous ses aspects : esthétique, économie, politique... Il aime aimer et, à l'occasion, ne pas aimer et le dire. Il ne s'interdit pas de fureter dans d'autres territoires quand l'envie lui en prend : télévision, musique, sport... 

2012, année sociale pour le cinéma français

Olivier De Bruyn
Journaliste
Publié le 01/01/2012 à 11h04

Surendettement, chômage, précarité, lutte des classes… Plusieurs films français du premier trimestre mettent en scène l’Hexagone comme il va mal. En tête de liste : « Une vie meilleure », un grand film signé Cédric Kahn. Etat des lieux en crise.

Le cinéma français se bouge. Aux antipodes des comédies gentiment consensuelles et des produits formatés, plusieurs films du premier trimestre 2012 mettent en scène le « pays réel » et ses troubles. Comme la confirmation d’un mouvement de fond déjà évoqué, quand de nombreux cinéastes radiographiaient un certain état des choses de la France d’aujourd’hui.

Entre autres, Raphaël Jacoulot dans « Avant l’aube », Jean-Marc Moutout dans « De bon matin », Philippe Lioret dans « Toutes nos envies » et l’obstiné Robert Guédiguian dans « Les neiges du Kilimandjaro ».

Malgré le conformisme brutal caractérisant la production nationale (fomenter des projets atypiques n’est vraiment pas une mince affaire), ces nouveaux films du cru 2012 prouvent qu’il est possible de secouer le cocotier des idées reçues et des représentations confortables.

« Une vie meilleure » : le cercle vicieux du surendettement

Ils s’appellent Yann et Nadia et bataillent depuis des lustres pour gagner quelques centaines d’euros mensuels. Ils rêvent de monter une affaire – un restaurant – et achètent un local désaffecté. Ils n’ont pas de « mise de départ » et s’endettent. Jusqu’où ? Jusqu’au pire, peut-être…

Dans « Une vie meilleure », l’excellent Cédric Kahn met en scène deux personnages empêtrés dans l’époque et ses pièges. Avant de bâtir son script, le cinéaste s’est longuement documenté et cela se voit au détour de chaque plan.

Le cercle vicieux du surendettement, l’enlisement dans la misère, les banlieues déchirées de partout : le film, nerveux et bouleversant, s’impose d’ores et déjà comme l’un des plus puissants de l’année.

Il confirme, en passant, que les acteurs « installés » sur les sommets du box office ne sont pas tous indifférents à ce qui se trame « ici et maintenant ». Ainsi, Guillaume Canet, dont on peut penser ce que l’on veut des propres films, mais qui donne ici vraiment le meilleur de lui même. Il s’en explique :

« Il me semble important que des films évoquent frontalement la France d’aujourd’hui. Montrent que l’on vit dans une société qui conduit souvent les plus faibles à rentrer dans des engrenages insupportables. Je pense que les politiques ne se rendent pas compte de ce qui est en train de se passer. Modestement, notre devoir est de tourner des films qui racontent cette réalité que vivent beaucoup de gens au jour le jour. »

Sortie le 4 janvier

« Louise Wimmer » : précarité extrême

Elle s’appelle Louise. Louise Wimmer. La petite cinquantaine, elle bosse comme femme de chambre dans un hôtel et arrondit ses fins de mois plus que modestes en faisant des ménages chez les particuliers.

Elle attend l’attribution d’un logement social, qui ne vient pas, et passe ses nuits dans sa voiture, son seul bien. Elle se bat jour après jour, pour ne pas sombrer de « l’autre côté », dans une déchéance qui lui tend dangereusement les bras…

Dans « Louise Wimmer », son premier long-métrage de fiction, Cyril Mennegun, auteur de plusieurs documentaires, met en scène l’obstination et la volonté (presque) inébranlable d’une femme qui résiste aux vents mauvais de l’époque.

Formidablement aidé par son actrice très principale (Corinne Masiero), le cinéaste dynamite le misérabilisme et signe un film fiévreux, discrètement impressionnant. Son seul tort : sortir le même jour que « Une vie meilleure », qui menace de lui faire de l’ombre. L’un comme l’autre justifient pourtant le déplacement.

Sortie le 4 janvier.

« Dans la tourmente » : sus au patronat

Il s’appelle Franck et travaille depuis toujours dans une usine sise dans les environs de Marseille. Il apprend par hasard que cette dernière va être délocalisée « en douce » et que tous les ouvriers du cru vont rester sur le carreau. Avec l’un de ses amis, au bout du rouleau depuis son licenciement, il organise une riposte musclée.

Avec « Dans la tourmente », Christophe Ruggia, cinéaste depuis toujours engagé (entre autres pour la défense des sans-papiers), s’essaie au thriller politico-social et, pour ce faire, dirige des comédiens (Clovis Cornillac, Yvan Attal, Mathilde Seigner…) que l’on n’est pas habitué à voir dans ce genre d’entreprise cinématographique.

Le résultat n’est pas exempt de maladresses, mais l’existence même du film (tourné avec un budget modeste) et l’engagement des comédiens prouve qu’un certain cinéma français ne demande qu’à échapper aux formules prémâchées.

Sortie le 11 janvier.

« Elles » : se vendre pour vivre

Elles s’appellent Alicja et Charlotte. Elles ont à peine 20 ans et sont étudiantes à Paris. Etudiantes et prostituées, parce qu’ il faut bien vivre, bouffer, se loger et que vendre son corps rapporte plus et plus vite qu’un hypothétique petit boulot. Une journaliste (Juliette Binoche) les rencontre pour les besoins d’une enquête et ce qu’elle entend la déstabilise au plus haut point.

Dans « Elles », Malgoska Szumowska évite les pièges du « film dossier » et bat en brèche nombre de clichés sur la prostitution, le sexe, le plaisir féminin… En toile de fond omniprésente : une certaine réalité contemporaine où la marchandisation impose partout ses lois, y compris dans les sphères les plus intimes. Le film fera probablement beaucoup parler de lui. Tant mieux.

Sortie le 1 février.

« Possessions » : lutte des classes, le retour

Ils s’appellent Maryline et Bruno et décident d’abandonner leur région d’origine, le Nord, pour s’installer dans les Alpes. Sur place, un promoteur leur a promis un hébergement « de standing » et leur fait miroiter des possibilités de trouver facilement du travail. Mais « ça » ne se passe pas exactement comme prévu et le couple de prolos essuie bientôt de multiples humiliations.

Lutte des classes, pas morte… Dans « Possessions », Eric Guirado s’inspire d’un fait-divers récent (la tuerie du Grand-Bornand), met en scène les frustrations sociales de uns et le mépris de classe des autres. Le paysage neigeux est décoratif, mais le contre champ de la carte postale dévoile une autre réalité : l’exploitation, le fric comme valeur ultime, le racisme … Comme la montagne est belle ? Non pas vraiment.

Sortie le 7 mars.

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  • 20 réactions
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  • vik75
    • Posté à 13h29 le 01/01/2012
    • Internaute 89761

    film de gauchistes pour des gauchistes.....content de voir que cela va se vautrer au box office

    • Lionel06
      Lionel06 répond à vik75
      Minoritophile et alter-natif
      • Posté à 17h11 le 01/01/2012
      • Internaute 30683
        Minoritophile et alter-natif

      Rien d’étonnant à ce qu’un pisse-vinaigre dans votre genre voue dans le même temps un culte au « box office » et râle après ceux qui font œuvre de salubrité publique, via le cinéma, en montrant les mécanismes qui font les inégalités et les injustices d’aujourd’hui. MDR !

      Le box office, les gauchistes le conchient allègrement.

  • vik75
    • Posté à 13h33 le 01/01/2012
    • Internaute 89761

    en tout cas pour « »« Possessions » » » faire des assasins d’une famille entière ( ils ont même tués les enfants) des héros de cinéma car sois disant victime des méchants riches qui ont trop d’argents....bravo bravo....

  • vik75
    • Posté à 13h44 le 01/01/2012
    • Internaute 89761

    ouai enfin bon , c’est pas de notre faute si les prolos sont incapables de comprendre le credit revolving....« on ne dépense pas plus que ce que l’on a », un gamin de 5 ans sait cela....mais bon encore une fois c’est la faute des méchants riches.....

    • Numerosix
      Numerosix répond à vik75
      Prisonnier dans le village (...)
      • Posté à 14h45 le 01/01/2012
      • Internaute 14499
        Prisonnier dans le village (...)

      Vous avez encore un peu de bile a cracher ou c’est fini pour aujourd’hui ?

      • lonesome
        lonesome répond à Numerosix
        un parmi tant d'autres
        • Posté à 18h04 le 01/01/2012
        • Internaute 165032
          un parmi tant d'autres

        Il s’emmerde tellement en chine à se branler devant canal qu’il faut bien qu’il se défoule le pauvre. Sinon je trouve ses critiques de film dignes des meilleurs chroniques d’un besson ou d’un naulleau.

    • Lionel06
      Lionel06 répond à vik75
      Minoritophile et alter-natif
      • Posté à 17h09 le 01/01/2012
      • Internaute 30683
        Minoritophile et alter-natif

      Toute l’aigreur du beauf qui n’a pas eu la chance d’avoir des parents communistes et qui finit par travailler dans un pays « communiste »...

  • Joseph Gratteur
    Joseph Gratteur
    Working Class Blero
    • Posté à 14h53 le 01/01/2012
    • Internaute 164574
      Working Class Blero

    Que les cinéastes français tournent vers le social, ce n’est que le reflet de l’air du temps de notre pays, s’ils pouvaient être un peu plus méchament politiques, ça serait mieux, surtout moins académiques et néo réalistes ca serait encore mieux, faudrait que la forme des films nous bousculent aussi un peu, même social, ça ronronne grave dans la forme, on s’ennuie souvent avec le politiquement correct, même et surtout de gauche...
    Les producteurs les en empêchent certainement, mais bon, un alex de la iglesia français dérangerait sans doute tout ce petit monde, il existe surement mais personne n’osera le financer.

    • Numerosix
      Numerosix répond à Joseph Gratteur
      Prisonnier dans le village (...)
      • Posté à 14h55 le 01/01/2012
      • Internaute 14499
        Prisonnier dans le village (...)

      C’est surtout que c’est toujours un peu lourdingue les films français y compris sociaux en général, contrairement aux réalisateurs anglais, par exemple. Et c’est toujours vu du point de vu de réalisateurs petits bourgeois..
      Bon ceux la , je sais pas, mais y a forcement des soupçons a priori..

      • Joseph Gratteur
        Joseph Gratteur répond à Numerosix
        Working Class Blero
        • Posté à 15h03 le 01/01/2012
        • Internaute 164574
          Working Class Blero

        Oui, produire un Ken Loach (chiant aussi parfois), c’est déjà s’interdire de box office puisque déplaire aux petits bourgeois, en plus s’il n’y a aucun acteur bankable (qui sont rares à prendre des vrais risques), y gagneront pas assez de pognon, les zélites du cinéma..

      • megalodon-
        megalodon- répond à Numerosix
        avatareux
        • Posté à 15h02 le 01/01/2012
        • 176877
          avatareux

        Faut voir le très bon « Killing Bono » , c’est vachement marrant.

  • Jacko34
    Jacko34
    Retraité administratif
    • Posté à 15h56 le 01/01/2012
    • Internaute 117309
      Retraité administratif

    Ben au moins au cinéma certains ressortent avec le moral... puis ne sait-on pas faire que ça en général ? Les films français produits à la télévision par exemple ne sont souvent que des remakes des faits divers des JT ! Désolé, mais si je m’efforce d’acheter français dans la vie courante, je préfère le cinéma américain.

  • Fantomax
    Fantomax
    escroc
    • Posté à 16h19 le 01/01/2012
    • Internaute 157606
      escroc

    Sans oublier Le Havre de Kaurismaki, tellement réussi qu’il donnerait presque envie de devenir pauvre et d’habiter Le Havre.

    Presque, hein.

    • We want a shrubbery
      We want a shrubbery répond à Fantomax
      Fonctionnaire. A voté!
      • Posté à 13h39 le 02/01/2012
      • Internaute 100046
        Fonctionnaire. A voté!

      Ah ça c’est vrai, on dirait presque que c’est beau le Havre (d’ailleurs il y a pire comme ville, Châlons-en-Champagne par exemple, où y a même pas la mer). Et si André Wilms n’a pas le César du meilleur acteur, ben ce sera vraiment pas juste.

  • Nadia Aouassi
    Nadia Aouassi
    Employée
    • Posté à 18h35 le 01/01/2012
    • Internaute 68357
      Employée

    2012 l’année de la révoltion française

  • Nadia Aouassi
    Nadia Aouassi
    Employée
    • Posté à 18h36 le 01/01/2012
    • Internaute 68357
      Employée

    2012 l’année de la révoltion française

  • Laurent.D
    Laurent.D
    Informaticien - Presta
    • Posté à 20h27 le 01/01/2012
    • Internaute 42721
      Informaticien - Presta

    Ca m’a l’air bien chiant tout ça.

  • Simptrl
    Simptrl
    Etudiant
    • Posté à 14h36 le 02/01/2012
    • Internaute 164325
      Etudiant

    C’est rigolo, les Inrocks qualifiaient exactement de « social » le cinéma français de 2011 dans leur dernier numéro de l’année.
    Soit c’est pompé, soit c’est vraiment vrai. En tout cas, vous avez le mérite d’avoir davantage développé.

  • zygzornifle
    zygzornifle
    Poussière d'étoiles
    • Posté à 16h52 le 02/01/2012
    • Internaute 160367
      Poussière d'étoiles

    2012, année sociale pour le cinéma français

    tagada, tagada voila Hadopi.......

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