Zoom avant

Dans son blog Zoom avant, Olivier De Bruyn observe principalement l'actualité du cinéma sous tous ses aspects : esthétique, économie, politique... Il aime aimer et, à l'occasion, ne pas aimer et le dire. Il ne s'interdit pas de fureter dans d'autres territoires quand l'envie lui en prend : télévision, musique, sport... 

« Cheval de guerre » de Steven Spielberg : l'heure de l'écurie ?

Olivier De Bruyn
Journaliste
Publié le 24/02/2012 à 18h29

Quatre mois. Il n’aura fallu que quatre mois à Steven Spielberg pour envahir de nouveau les écrans. Après sa pâlichonne adaptation de « Tintin », le cinéaste est de retour avec « Cheval de guerre », un film qui trottera après une poignée de statuettes (six très exactement) lors de la prochaine cérémonie des Oscars, dimanche.

A priori, aucun rapport entre le blockbuster en 3D censé redonner vie au héros de Hergé et ce film « à l’ancienne », tourné en prises de vues réelles, et qui permet à Spielberg d’aborder une nouvelle fois les traumatismes du passé, en l’occurrence la boucherie de la Première Guerre mondiale. A priori, seulement, car dans « Cheval de guerre », malgré le contexte d’époque, les règles du divertissement consensuel ne tremblent pas exactement sur leurs bases.

Mon cheval, ma bataille

Quelque part dans la verte campagne anglaise, à la veille du conflit. Albert, un jeune homme courageux, parvient, après moult péripéties, à dresser un cheval de prime abord récalcitrant. Il le baptise Joey et se prend d’affection pour lui. Hélas, le paternel d’Albert, sans le sou, ne tarde pas à vendre le canasson à l’armée britannique pour améliorer un ordinaire qui en a bien besoin. Et voilà notre ami Joey transformé en cheval de guerre, d’où le titre.

Les quatre années suivantes, il sera tour à tour mis au service des forces alliées, capturé et utilisé par l’ennemi allemand, hébergé et soigné par un brave grand-père français (Niels Arestrup, dans un contre-emploi humaniste). Dans le même temps, Albert, qui a grandi, est devenu soldat et découvre les tranchées. Les deux entrecroiseront-ils de nouveau leur destin ? That’s the question.

De passage à Paris début janvier pour un hommage que lui rendait la Cinémathèque française, Steven Spielberg, visiblement ému d’être honoré dans la patrie du cinéma, évoquait son nouveau film, une fidèle adaptation du roman de l’écrivain britannique Michael Morpurgo, un spécialiste de la littérature enfantine.

« Lorsque j’ai découvert le livre, j’ai été très étonné qu’il n’ait pas déjà été porté à l’écran. Tout s’y prête : l’histoire est lumineuse, jamais encombrée par des symboles ou des métaphores. J’adore cela. Plus tard, quand j’ai vu sur scène la pièce adaptée du roman, j’ai été profondément ému. Les films que je réalise répondent à des coups de cœur. C’est particulièrement le cas pour “ Cheval de guerre ”. »

L’émotion, rien que l’émotion

Au nom du sentiment éprouvé lors de la découverte du livre, Steven Spielberg s’est donc lancé dans une aventure qui peut surprendre. Alors que, depuis quinze ans, le cinéaste, contredisant sa réputation réductrice de maître universel de l’Entertainment, avait multiplié les entreprises ambitieuses et « adultes » (entre autres : « La Liste de Schindler », « Il faut sauver le soldat Ryan », « Munich »…), le voilà qui met en scène la guerre « pour l’anecdote », comme une vulgaire décor pour que s’ébroue son cheval héroïque et que défilent les bons sentiments encombrant le scénario. Le cinéaste assume :

« “ Cheval de guerre ” est destiné à tous les publics et à toute la famille. Il n’entretient aucun rapport avec des films comme “ Il faut sauver le soldat Ryan ”. Certes, l’horreur de la guerre est là, en toile de fond, mais mon désir était de montrer l’amour liant un jeune homme à son cheval et de réaliser un film sur la fraternité et la croyance. »

Un conte familial en temps de guerre ? Après tout, pourquoi pas, même s’il y a quelque chose d’embarrassant à voir le destin d’un canasson prendre le pas (le sabot) sur le contexte hémoglobineux qui l’entoure. Et, accessoirement, quelque chose de cocasse à entendre tous les personnages s’exprimer en langue d’Hollywood, mais en forçant sur leurs accents nationaux, histoire de « faire vrai ».

Des soucis partout

Mais le problème du film ne réside pas seulement dans son propos (d’une mièvrerie rarement égalée dans la carrière de Spielberg), il est aussi niché dans sa forme.

Dans « Cheval de guerre », le temps de quelques plans, défilent les ombres de John Ford (« L’Homme tranquille ») ou de Stanley Kubrick (« Les Sentiers de la gloire »), ce qui n’étonne pas venant de Spielberg, cinéaste cinéphile depuis toujours. Hélas, la comparaison est douloureuse et dans « Cheval de guerre », l’académisme, qui n’a rien à voir avec le classicisme, menace plus d’une fois. Spielberg :

« Je ne cherchais pas à rendre hommage à Ford, même si je le vénère. A mon sens, “ Cheval de guerre ” est une histoire que l’on ne peut filmer que de cette manière, comme le faisait autrefois Ford, Curtiz, Fleming ou Walsh.

Trop de films, aujourd’hui, obéissent à un rythme frénétique. Je suis soucieux de laisser de l’espace pour la perception du spectateur. Et puis, il fallait se donner le temps de filmer le cheval. »

Filmer le cheval ? On y revient toujours… Intarissable sur ce merveilleux animal (« J’ai toujours été stupéfait que l’on s’intéresse autant aux chiens, alors que les chevaux sont si subtils ») qui est aussi un acteur sensationnel (« Avec eux comme avec les enfants, il faut savoir être patient. »), Spielberg imite aujourd’hui sa pire caricature et nous entraîne dans un « grand » spectacle indigeste de deux heures et demie où la grandiloquence et le lyrisme exacerbé épuisent les résistances. Au risque de faire fuir au galop ses supporters ? Seul le box (-office) nous le dira.

Infos pratiques
« Cheval de guerre »
De Steven Spielberg, sortie le 22 février 2012
  • 10363 visites
  • 23 réactions
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  • Maud
    Maud
    In the eeeeeyes of the tiger
    • Posté à 18h46 le 24/02/2012
    • Internaute 66739
      In the eeeeeyes of the tiger

    Non mais rien que le titre, quoi...« Cheval de guerre ». En anglais ça claque peut être, mais en français... XD C’est aussi pêchu de « La France forte » (vraiment, j’entends « Francfort »). : p

  • Al Faylasuf
    Al Faylasuf
    Chroniqueur
    • Posté à 19h04 le 24/02/2012
    • Internaute 163004
      Chroniqueur

    J’ai pas compris un truc.

    Genre n’importe qui aujourd’hui peut pondre une critique d’un film ? Comme ça, en effleurant à peine le film ?

    On ne comprend pas trop ce que vous reprochez au film, à part l’académisme, mais alors il faudrait le définir et le démontrer, il suffit pas de balancer un mot comme ça pour se croire tiré d’affaire... Ni d’étaler trois quatre noms de réalisateurs pas grand publics pour donner l’impression qu’on s’y connait alors qu’on ne prend même pas la peine de prendre une pelle pour creuser un peu plus dans le sujet..

    Vous êtes payé pour écrire ça ?

    • Leon 777
      Leon 777 répond à Al Faylasuf
      artiste
      • Posté à 20h55 le 24/02/2012
      • Internaute 128120
        artiste

      « Genre n’importe qui aujourd’hui peut pondre une critique d’un film ? Comme ça, en effleurant à peine le film ? »
      Ben oui.
      C’est la « révolution de l’info »...
      Faut suivre.

  • J_P_M
    J_P_M
    N/A
    • Posté à 19h26 le 24/02/2012
    • Internaute 91451
      N/A

    Ridicule, cette pseudo-critique. Noyée dans un vocabulaire snob (« l’académisme, qui n’a rien à voir avec le classicisme, menace plus d’une fois »), et qui ne se fonde sur RIEN, ne présente aucun argument.

    Allez voir le film et n’écoutez pas les esprits forts.

  • HSEHNAMAP
    HSEHNAMAP
    R.I.P. 89...
    • Posté à 19h30 le 24/02/2012
    • Internaute 132226
      R.I.P. 89...

    Vous êtes anthropocentré
    C’est un défaut.

    Et puis c’est Spielberg, je ne suis pas fan mais j’ai cru comprendre que le type avait fait ses preuves, il fait les films qu’il veut et s’il veut filmer une huitre pendant deux heures, il peut le faire.

  • Cannibal Ferox-
    Cannibal Ferox-
    mangeur de chouineur
    • Posté à 19h30 le 24/02/2012
    • Internaute 159072
      mangeur de chouineur

    C’est bien le problème de Spielberg : malgré un talent certain, à force de se brider, il devient de plus en plus lénifiant et lénitif.

    • megalodon-
      megalodon- répond à Cannibal Ferox-
      avatareux
      • Posté à 19h54 le 24/02/2012
      • 176877
        avatareux

      Je te jure, regarde « The Killing Jar », sans voir le trailer qui spoile un peu beaucoup. Un film avec un budget de rien, (relativement, c’est le budget d’un petit long métrage français), et excellent. Mais j’ai rien contre Spielberg.

    • Numerosix
      Numerosix répond à Cannibal Ferox-
      Prisonnier dans le village (...)
      • Posté à 20h20 le 24/02/2012
      • Internaute 14499
        Prisonnier dans le village (...)

      Spielberg, le réalisateur qui aura gardé tout au long de sa carrière la finesse d’un gros camion ..

      • Cannibal Ferox-
        Cannibal Ferox- répond à Numerosix
        mangeur de chouineur
        • Posté à 20h22 le 24/02/2012
        • Internaute 159072
          mangeur de chouineur

        Numérosix ou les dents de l’amer, selon certains ici ; -)

      • Barrabravo
        Barrabravo répond à Numerosix
        Buenos Aires nostalgique
        • Posté à 23h09 le 24/02/2012
        • Internaute 115757
          Buenos Aires nostalgique

        Haha pas mal. D’ailleurs quand j’y pense, je crois que les 2 films de Spielberg que je préfère (en fait, les seuls que j’aime vraiment bien), ce sont Jaws/Dents de la Mer, et Jurassic Park. 2 films où il n’y va pas vraiment avec le dos de la cuillère (c’est bien comme ça qu’on dit ?) mais que je trouve ultra-kiffant.
        Je précise aussi, à sa décharge, qu’il n’y a pas vraiment de film de lui que je déteste. Et non, je ne voterai pas Bayrou.

    • -Compte bloqué 29 fev 2012
      -Compte bloqué 29 fev 2012 répond à Cannibal Ferox-
      Bolchévique de bazar
      • Posté à 21h59 le 24/02/2012
      • 181673
        Bolchévique de bazar

      tant qu’il ne devient pas léniniste ça va encore.

  • gcoq
    gcoq
    En live
    • Posté à 21h11 le 24/02/2012
    • 182079
      En live

    Je peux en parler, je l’ai vu ! Je peux même dire que je l’ai SUPPORTE ! Un film long, très long, plus de deux heures sans surprise. Les décors sont surfaits, les acteurs français auraient mieux fait de parler français (vu en VO...). J’aime bien Spielberg et on peut pas toujours faire un bon film ! ...

    • -Compte bloqué 29 fev 2012
      -Compte bloqué 29 fev 2012 répond à gcoq
      Bolchévique de bazar
      • Posté à 22h02 le 24/02/2012
      • 181673
        Bolchévique de bazar

      c’est rare chez lui les bons films. disons duel, jaws, l’arche perdue, schindler, catch me if you can, et à la limite munich. et c’est tout.

      • gcoq
        gcoq répond à -Compte bloqué 29 fev 2012
        En live
        • Posté à 22h09 le 24/02/2012
        • 182079
          En live

        C’est déjà pas mal et très fort ! Y’en a qui passent toute leur vie à faire des navets ou... rien du tout ! ; -)

  • alaixih
    • Posté à 13h02 le 25/02/2012
    • Internaute 19775

    J’ai vu l’autre jour la bande annonce de ce film au cinéma.
    Et ma première réaction a été : « Putain quel gros nanard “.

    Bon ceci dit a part quelques film intelligents de notre ami spielberg qui m’a bien fait pleurer avec ET quand j’avais 10 ans en fait malgré tout si je regarde sa filmographie c’est pas super... Spielberg aime bien les bons sentiments.

    Mais ce film est franchement ridicule.
    Un cheval avec du patriotisme c’est risible au possible...
    Bon sur ce il semblerait que ce soit un film France Inter....

    Mais que sont ils allé faire dans cette galère..

  • Yves Guezengar
    Yves Guezengar
    particulier
    • Posté à 19h11 le 26/02/2012
    • 180828
      particulier

    Bon d’accord, c’est plein de bons sentiments (mais qu’est ce qu’un Spielberg sans les bons sentiments, ...), l’image est hyper léchée et c’est très académique. Ce n’est évidemment pas le film qui va révolutionner le cinéma et j’en aurais volontiers dit beaucoup de mal. Mais, voilà, il se trouve que mes enfants ont adoré et que ça change un peu la donne. Un film qui s’adresse à des enfants, sur un sujet finalement difficile, et sans faire de la soupe, ce n’est finalement pas si mal.

  • alaixih
    • Posté à 20h19 le 26/02/2012
    • Internaute 19775

    Un cheval patriote ?
    Cela diffuse des idées de sacrifice de sa vie, pour devenir un bon petit soldat... C’est vrai que c’est bien.

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