Zoom avant

Dans son blog Zoom avant, Olivier De Bruyn observe principalement l'actualité du cinéma sous tous ses aspects : esthétique, économie, politique... Il aime aimer et, à l'occasion, ne pas aimer et le dire. Il ne s'interdit pas de fureter dans d'autres territoires quand l'envie lui en prend : télévision, musique, sport... 

« Camille redouble » : Noémie Lvovsky explose le chronomètre

Olivier De Bruyn
Journaliste
Publié le 12/09/2012 à 12h26

A force de la voir batifoler chez les autres dans des seconds rôles de premier choix (« L’Apollonide », de Bertrand Bonello, « Présumé coupable », de Vincent Garenq, « Les Adieux à la reine », de Benoît Jacquot…), on avait presque oublié l’essentiel : Noémie Lvovsky est avant tout cinéaste. Une cinéaste atypique qui, dans ses films (« Les Sentiments », « Faut que ça danse ! »…), sait comme pas grand-monde entremêler l’humour imprévisible et l’inquiétude psy, la fantaisie anarchique et l’autopsie des crises de foi identitaires. Une cinéaste ennemie de l’esprit de sérieux, qui aime le jeu, résolument, et pas seulement quand il s’agit de « faire » l’actrice.

« Théâtre, sport ou poker, peu importe le domaine, dit-elle, je crois que l’on se révèle à soi-même quand l’on joue. Le masque de la posture sociale se craquelle et l’on s’inquiète moins du jugement des autres ».

Actrice en H-P ?

Le jeu et ses vérités… Dans « Camille redouble », son nouveau film où il est question de retour en adolescence et de dérèglement des repères temporels, les personnages lycéens montent sur scène pour jouer une pièce de Goldoni : « Les Amoureux ». Un choix qui ne doit rien au hasard. Noémie Lvovsky :

« Cette pièce est bâtie sur des échanges très vifs qui correspondent au rythme du film, et certaines situations sont bien sûr en rapport avec la vie intime des personnages. Et puis il y a une raison personnelle.

A 15 ans, j’avais passé une audition dans un cours de théâtre pour jouer “ Les Amoureux ” et on m’avait fait des réflexions si rudes – j’avais l’air trop vieille, j’étais trop grosse – que je m’étais jurée que je ne deviendrais jamais comédienne. Je risquais de finir à l’hôpital psychiatrique. »

Depuis, le temps (l’obsession majeure de la cinéaste) a bien fait son œuvre… Noémie Lvovsky n’a pas fréquenté les hôpitaux psy et, devenue comédienne « par hasard » pour les autres, elle s’est réconciliée avec le jeu. (« Dès le premier film où j’ai été engagée – “ Ma femme est un actrice ”, d’Yvan Attal – j’ai éprouvé du plaisir et cela n’a plus cessé. »). Surtout, depuis « Oublie moi » en 1994, Lvovsky tourne ses propres films, qui ont la bonne idée de ne ressembler qu’à eux-mêmes.

Ce passé qui ne passe pas

Dans « Camille redouble », la cinéaste se surpasse et se met en scène sous les traits d’une quarantenaire mal en point, Camille donc, qui survit tant mal que bien entre son boulot médiocre (actrice dans des séries Z), son couple brinquebalant et une propension plus que certaine à noyer son spleen dans l’alcool.

Un soir de réveillon, Camille, au bout de son rouleau, tombe dans les pommes et accomplit un vertigineux voyage dans le temps, direction son adolescence, 25 ans plus tôt...

Bienvenue dans les années 80 : Camille a conservé son physique et sa « conscience » d’adulte, mais elle est la seule à le savoir. Autour d’elle, tout le monde la voit comme la gamine qu’elle n’est plus : ses parents qui la tannent pour étudier sérieusement au Lycée, ses copines surexcitées, ses profs barbants et… Eric, le grand amour de sa vie, l’homme dont elle est en passe de se séparer aujourd’hui, mais avec lequel rien ne s’est encore passé un quart de siècle au préalable.

Camille va-t-elle inverser le cours de sa vie ? Saura-t-elle ne pas reproduire les erreurs qu’elle sait avoir commises ?

« Camille redouble » ou l’art désopilant de filmer les dérèglements chronologiques et une tempête métaphysique sous un crâne. Une sorte d’idée fixe pour Noémie Lvovsky qui rôdait déjà autour du sujet dans ses films antérieurs : « La Vie ne me fait pas peur », avec ses adolescentes survoltées ou « Faut que ça danse ! », avec son juvénile octogénaire dingue de comédies musicales.

« J’ai voulu aborder frontalement des questions que je me pose depuis toujours, commente la cinéaste. Avec le temps, reste-t-on la même personne ? Y a-t-il quelque chose d’irréductible dans nos amitiés, dans nos amours, dans ce que l’on croit être ? Le voyage dans le temps s’est imposé comme la façon la plus concrète pour traiter ces thèmes ».

Elle poursuit :

« Avant et pendant l’écriture du scénario, j’ignorais quels acteurs allaient incarner les personnages principaux – je ne le sais jamais à ce stade – mais j’étais certaine d’une chose : Eric et Camille seraient interprétés aux deux âges par les mêmes comédiens.

Cela me permettait, entre autres, d’examiner un thème qui m’a toujours taraudée : l’inadéquation profonde entre l’âge que l’on a et celui que l’on se sent avoir. Sans ce jeu avec l’âge des acteurs, je n’aurais pas tourné le film. »

Drôle, mais pas seulement

Si « Camille redouble », avec ses anachronismes et ses violentes collusions temporelles, relève assurément de la comédie (et, denrée rare, de l’excellente comédie), le film n’a rien de la plaisanterie régressive ou de l’alignement de vignettes nostalgiques. Le fétichisme vintage n’y est de mise que pour l’anecdote, quand l’héroïne, de retour en adolescence après 25 ans d’absence, enfile éberluée son vieux T-shirt à l’effigie des Clash.

Et si les profs du lycée sont parfois des ahuris qu’il convient de chahuter, si les virées nocturnes du côté de la piscine garantissent quelques frissons érotiques, le drame rôde aussi, parfois…

En revenant à ses origines, Camille revisite ses joies comme ses blessures et cavale après une chimère : inverser ce qui ne peut pas l’être. Du haut simultané de ses 15 et 40 balais, elle est à la fois actrice et spectatrice de son existence. Dur de se revivre quand on connaît ses étapes.

« Plus ou moins consciemment, j’ai toujours eu envie de réaliser ce film, explique Noémie Lvovsky. Il m’a fallu attendre d’être suffisamment vieille... Coppola s’était risqué à une expérience voisine dans “Peggy Sue s’est mariée” et cela n’est pas un hasard, car lui aussi est obsédé par le temps.

Je pense profondément que, à certains moments de notre vie, on a tous les âges à la fois. En premier lieu pendant l’adolescence. Une période où l’on est à la fois très enfantin et très mûr, où l’on passe parfois en une seule heure de l’euphorie absolue au désespoir total ».

Se mettre en scène ou pas ?

« Camille redouble », très loin des figures imposées du film ado, respecte et restitue cette énergie propre à l’âge des possibles. Formidablement épaulés par les jeunes comédiennes qui les entourent, Samir Guesmi (Eric) et Lvovsky (Camille) incarnent avec une conviction électrique l’énergie débordante et les états d’âme compliqués de leurs personnages.

« La partition de Samir est plus compliquée que la mienne, explique la cinéaste. Lui, avec son corps d’adulte, incarne un personnage qui a vraiment 17 ans, sans recul, alors que Camille est projetée dans les années 80 avec la lucidité du temps écoulé. Je suis dans un balancier, lui, non ».

Elle poursuit :

« Au départ, je n’imaginais pas jouer dans mon film. A priori je ne pouvais pas me désirer moi-même et je m’apprêtais à rencontrer des comédiennes. Mais Jean-Louis Livi, mon producteur, a insisté pour que je tente. Son entêtement et sa délicatesse m’ont incitée à me faire passer des essais. Ils n’étaient pas convaincants. J’avais envie de m’éliminer. Je me disais : “ Mais qui est cette grosse ?”

Mais je m’apercevais en même temps, au cours des essais, que mon plaisir à jouer ce personnage était de plus en plus intense. J’avais l’impression de me réveiller à moi-même en allant traquer la jeunesse que je n’ai plus vraiment, ou que j’ai encore, je ne sais pas… J’hésitais, je n’arrivais pas à me dire “ oui ”, ni à me dire “ non ”. A force de ne pas pouvoir me décider, je me suis lancée. »

Impossible de le regretter. Ce film farouchement personnel, aux antipodes de l’autofiction geignarde, ne pouvait probablement être incarné que par son auteur. Camille redouble, mais Noémie Lvovsky, elle, vient de sauter plusieurs classes à la fois dans le cinéma français.

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  • 7 réactions
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  • Beaufort
    Beaufort
    ville
    • Posté à 13h43 le 12/09/2012
    • Internaute 190490
      ville

    Avec une telle critique, ça donne envie d aller voir le film
    Et puis, ensuite, avec un peu d entrainement, parler autour de soi du dernier film de Noémie L.v.o.v.s.k.y sans écorcher son nom, quel bonheur !

  • gastonduf
    gastonduf
    cryptoquoi ?
    • Posté à 13h45 le 12/09/2012
    • Internaute 24314
      cryptoquoi ?

    Noémie LVOVSKY, Anna Magnani en encore plus belle... je laisse pas mon numéro parce que je suis pas libre mais... Quelle femme !

  • Provisus
    Provisus
    Autotopeur
    • Posté à 16h30 le 12/09/2012
    • Internaute 170180
      Autotopeur

    Je vais faire mon vieux ronchon, mais depuis quand ne dit-on plus « quadragénaire » ?

  • margot
    • Posté à 16h38 le 12/09/2012
    • Internaute 10060

    y’a que Technikart qui n’a pas aimé, c’est bon signe.
    (et la mini itv d’elle dans le magazine en question est absolument lamentable)

  • padiran
    padiran
    Chroniqueur Grolandais
    • Posté à 18h06 le 12/09/2012
    • Internaute 5159
      Chroniqueur Grolandais

    Les commentaires sont dithyrambiques depuis ce matin, même le Canard Enchainé y va de son petit couplet, donc à voir

  • Juliette Simon
    • Posté à 10h25 le 13/09/2012
    • Internaute 192106

    Mais personne ne voit que c’est une copie du film « Peggy Sue s’est mariée » joué par Kathleen Miller, un film des années 80 justement. Quasi tout pareil. Elle a fait un remake et ne veut pas l’admettre. En tout cas, cette actice a eu le tort de vouloir être la réalisatrice ET l’actrice. Franchement, moi elle ne me donne pas envie de voir son film. Mais, ^comme elle prone haut et fort els idées de la Gauche, c’est sur qu’elle aura beaucoup de critiques positives !

  • Julien83
    Julien83
    chroniqueur BD au Mague, (...)
    • Posté à 12h51 le 13/09/2012
    • Internaute 37797
      chroniqueur BD au Mague, (...)

    Combien de films américains font remonter le temps à des trentenaires, des quadras ... de Tom Hanks à Matthew Perry incarné en jeune par Zach Effron ...
    J’ai vu la bande annonce au cinéma ... ce film est mauvais, bourré de défaut techniques : lumière, photographie, mixage son... Rien n’est bon, la caméra de Noémie Lvostruckchose n’est pas fiable, c’est un modèle des années 80 .. ce n’est pas le film de l’année, on vous l’a dit, c’est AVENGERS ! C’est 1 milliard de dollars ! Là ça fait quoi ? moins de 10.000 euros à tout cassé si encore les copies sont « généreuses ».

    Depuis quelques jours je vois Noémie Lwevotruchose (un nom impossible à retenir ) , je vois ce film comme une daube, un raté, zéro, plus l’impression d’une prise intense de lexomyl pour trouer un sourire dans un instant d’humour ... mais Noémie L. ne semble pas en être la championne. Elle plonge dans le classique, dans la blague sans intérêt, et on préfère écouter la dernière blague de Bouvard aux Grosses Têtes.
    Ce film est une perte de temps. On aurait le mettre direct à la TV voir au DVD en promo à 9 euros ! Gaspillage public via le CNC ... Allez ! à la poubelle le film , pas besoin de faire tripler la classer ... sinon, il y a une erreur dans le titre ...
    On Double une classe, on la refait pour la 2de fois ! si on Redouble, ça veut dire qu’on fait la même classe pour la 3eme fois ! Elle ne fait pas exploser que le chronomètre Nomie LovStruckensky ... ( faut vraiment qu’elle prenne un pseudonyme. )

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